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 La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)

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Scouby
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MessageSujet: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 23 Déc - 18:30:38

1. ME REVOILA, ARDOISE



Bonjour, mes amis ! Certains d’entre vous me connaissent déjà : Ardoise, chatte grise et modeste (mais oui !) demeurant chez un couple d’humains dévoués : Daniel et Michèle, pour ne pas les nommer.

Je n’ai pas toujours vécu en famille… Quand j’étais toute petite, j’ai été abandonnée et maltraitée. Par chance, j’ai été recueillie dans un refuge (Veeweyde, à Bruxelles) où ma famille actuelle est venue me chercher.

À l’époque, Olivier, le fils de la maison, vivait encore avec nous. Que de bonnes années nous avons passées ensemble ! Dans mon esprit, nous ne nous quitterions jamais, il était le Grand Amour de Ma Vie…
Hélas ! Les meilleures choses ont une fin. Olivier a grandi, est devenu adulte et a fait la connaissance d’une créature à deux pattes, nommée Nathalie. Un jour, il a quitté l’appartement parental pour s’installer avec elle. J’ai mis longtemps à m’en remettre : comment pouvait-il me préférer une personne sans moustaches, sans oreilles pointues, sans superbe fourrure grise à triple épaisseur ? Les humains sont décidément incompréhensibles…

Si vous avez déjà lu le premier volume de mes mémoires, "Chatte des Villes et Chat des Champs", vous en savez beaucoup sur mon caractère et mes habitudes. Vous aurez également fait la connaissance d’Orca, matou campagnard et philosophe, aujourd’hui disparu, mais toujours présent dans mon cœur.

Au moment où je reprends mon récit, les jours raccourcissent et le soleil se fait rare… J’ai pris mes quartiers d’hiver, c’est-à-dire que je somnole toute la journée, bien roulée en boule dans celui de mes paniers Félix  qui ne soit pas complètement amolli. En effet, comme Michèle ne l’a passé qu’une fois à la machine à laver, il se tient encore à peu près droit. Mon second panier, quant à lui, est tellement avachi que je l’ai surnommé "mon Titanic" !
Quand j’ai envie de me déplacer, c’est facile : les yeux toujours clos (c’est trop fatigant de les ouvrir pour vérifier où le destin me mène), je joue de la tête et des pattes pour faire rouler le panier…
La première fois qu’elle m’a vue à l’œuvre, ma mère d’adoption n’a pu en croire ses yeux.
— Ça alors ! Quelle fainéante tu es ! a-t-elle lâché avec son amabilité coutumière.
Je ne me suis pas troublée pour autant. C’est la jalousie qui lui dicte ces paroles, je le sais. Elle donnerait une fortune pour être à ma place, si elle le pouvait !

Pour me faire courir et m’obliger à faire de l’exercice, ce qui en soi est une gageure, elle a acheté deux nouvelles petites souris en tissu. Toutes les vieilles ont disparu, allez savoir où ! Je suppose qu’on en retrouvera une ou deux lors du déménagement, quand nous émigrerons définitivement vers la vieille maison de campagne que Daniel et Michèle retapent depuis des années pour en faire leur thébaïde. Les autres souris ont dû se volatiliser dans l’espace… ou, qui sait, dans mon estomac ?

Comme je suis une chatte conciliante et obligeante, je galope consciencieusement derrière les bestioles que Michèle jette aux quatre coins de l’appartement. Elle s’extasie sur mon esprit joueur. Qu’est-ce qu’il lui faut ? Si je dédaignais ces menus plaisirs, elle croirait que je suis malade. Et puis, il faut dire que cela me plaît bien d’envoyer, d’un élan précis, une souris sous un meuble bas. Alors, je me pose devant la cachette, me couche sur le dos et gigote frénétiquement des quatre pattes, histoire de prouver que je fais de louables efforts pour récupérer mon jouet. Ensuite, je pousse un profond soupir éploré.
« Ma souriiiiis ! Je n’peux plus la faire sortiiiiir ! »
Ça ne rate jamais : Michèle se met à quatre pattes, comme moi, jette un coup d’œil dans l’obscurité poussiéreuse où se tapit ma proie, avance une main exploratrice… L’instant d’après, je récupère ma souris et peux me livrer au plaisir de la pousser sous le canapé, bien bas lui aussi.
C’est pour ça, finalement, que j’en possède plusieurs : pas pour me faire plaisir à moi, non non, qu’allez-vous imaginer là ! C’est pour Michèle qui n’a pas envie de passer ses soirées à ramper dans le salon ou la salle à manger !

Je passe donc le temps de cette manière paisible et conviviale… Du moins, à partir du moment où ma famille rentre de son travail. Avant, inutile de me chercher, je dors ! Je me réveille quand j’entends une clé tourner dans la serrure de la porte d’entrée. Alors, je me dirige vers la cuisine pour vérifier si on remplace bien ma vieille gamelle par une fraîche. Après quoi, rassurée, je pirouette sur la table de la salle à manger et jette allègrement sur le sol le courrier que Daniel ou Michèle y ont déposé. Je suis, en effet, une fanatique de l’ordre : j’aime que cette table soit bien nette, ce qui me permet de l’arpenter à grands pas décidés, la queue droite et ondulante.

Aïe ! Un de ces prochains soirs, je vais devoir passer la visite médicale obligatoire : j’ai détecté, sur le buffet, une carte illustrée représentant un chat. Au dos de cette carte, ma vétérinaire a soigneusement indiqué, de sa petite écriture appliquée : Je vous signale qu’il y a lieu de procéder aux rappels de vaccins pour votre chatte Ardoise, contre…  là suit une litanie de termes scientifiques retraçant les maladies que l’on veut m’éviter. Il y en a beaucoup ! Du typhus au coryza (que j’ai déjà eu quand j’étais petite) en passant par la leucose, la rougeole, la scarlatine, la coqueluche, les oreillons… Je vois d’ici votre air épouvanté. J’exagère, d’accord ! Il n’empêche que je ne couperai pas à la corvée, d’autant plus que maintenant, on n’a plus besoin de voiture pour aller me faire soigner : figurez-vous que ma nouvelle vétérinaire, piqueuse sanguinaire, habite à deux maisons de la nôtre !
Pauvre Ardoise ! Sainte martyre !


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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 23 Déc - 18:34:13

2. MICHELE A LE CORYZA



Le vendredi soir (sauf quand, par chance pour moi, ma "mère" travaille le samedi), mes parents prennent des airs de conspirateurs. Moi, toujours tombée de la dernière pluie, je mets des heures à m’apercevoir qu’ils ont subrepticement fermé la porte des chambres et que mon panier Félix m’attend dans un coin du hall de nuit. Je n’ai plus d’autre issue que la cuisine (où se trouve ma gamelle) et la salle de bains (où je puis, si je le souhaite, satisfaire un petit besoin urgent). Toutes mes cachettes habituelles, si ingénieuses, me sont inaccessibles !

Quand je vois Michèle se saisir du frigo-box rouge et y entasser des tonnes de victuailles, un sinistre déclic se fait dans mon esprit. En un éclair, j’entrevois l’inéluctable : nous partons pour la campagne !
Je pousse un miaulement lugubre, plus impressionnant qu’une corne de brume.

Mes parents bêtifient à qui mieux mieux :
— Où c’est qu’elle va aller jouer, la mignonne ? Dans le jardin ! Hou que c’est gai, le jardin ! Hou la bonne herbe bien fraîche !
— Arrêtez de vous payer ma bobine, rétorqué-je du tac au tac. Je ne vais pas aller claquer des castagnettes dans le jardin en plein hiver, rien que pour vous faire plaisir, affreux sadiques !
Et gnagnagna et gnagnagna… Je râle sec.
Évidemment, j’ai beau dire, personne ne m’écoute ! On m’enfourne dans mon panier et en avant pour la tournée des sept douleurs !
C’est la ballade (et aussi la balade) du chat hurleur… car je ne me prive pas de manifester mon déplaisir, à grands trémolos, tout au long de la route
Inutile de préciser qu’une fois sur place, je m’amuse comme une petite folle…

En rentrant de notre escapade, ce dernier week-end, j’ai le plaisir de constater qu’un destin justicier a frappé : Michèle a contracté un énorme rhume !
Hilare, je me juche sur le dossier du canapé où agonise l’intéressée.
— Atchoub ! Atchoub !
— Alors, comme ça, tu as aussi attrapé le coryza ? Comme moi quand j’étais petite ? dis-je avec une fausse compassion.
Je penche la tête pour la fixer d’un regard innocent et soupire ostensiblement.
— Tu sais, cela peut être très dangereux, le coryza !
— Dangereux, un rhube ? Tu crois ?
— Oh oui !
Atterrée, elle ferme les yeux. Quand elle les rouvre, l’oiseau de mauvais augure n’est plus perché sur le dossier du canapé. Silencieusement, il est descendu tout près d’elle et tend le bec… pardon, le museau à deux centimètres de son nez. À la place du décor familier et rassurant du salon, Michèle ne distingue que deux grands yeux verts qui la fixent d’un regard hypnotique.
— Ardoise, tu be pompes l’air ! proteste-t-elle.
— Je venais tâter ton museau pour prendre ta température, dis-je obligeamment. C’est vrai qu’il est chaud, ton museau ! Et tout rouge ! Et tout gonflé ! On dirait une tomate…
— Ude tobate !
— Pas une grosse tomate, rassure-toi. Une moyenne…
— Oh, que je be sens boche, boche ! gémit-elle.
— Boche ? Ah oui, moche ! Tu as peut-être trop respiré l’air pur du jardin ce week-end !
L’être humain est ainsi fait que lorsqu’on lui assène une vérité qui le vexe, il répond par des insultes. Michèle ne déroge pas à cette règle.
— Stupide adibal ! fait-elle.
— Ô réveils d’Hannibal ! Lendemains d’Attila ! déclamé-je avec sentiment, puisant sans vergogne dans l’œuvre d’un auteur connu.
Elle a compris qu’elle n’aurait pas le dernier mot. Elle referme les yeux et s’absente en esprit. Je reste seule sur le champ de bataille.

Mais qu’elle ne s’en tienne pas quitte pour autant ! Le lendemain matin, très tôt, je m’introduis dans la chambre et saute sur le lit. Confortablement installée sur la couette et, par la même occasion, sur l’estomac de ma mère d’adoption, j’attends que Michèle se réveille.
Pour l’y inciter, je tapote délicatement de la patte la tomate citée plus haut.
Un rugissement répond à mon initiative.
— Ardoise ! Bon dez ! Tu be fais bal ! Rentre ta griffe !
Ravie, je prends un petit air contrit, typiquement ardoisien.
— Je n’avais pas vu que cette griffe était sortie, comme c’est bizarre ! Je venais simplement vérifier si tu allais mieux… (à l’évidence, non) et si l’heure de mon petit déjeuner n’avait pas sonné…
Elle jette un coup d’œil au réveil-radio encore silencieux.
— Il be reste encore un quart d’heure ! Laisse-boi dorbir !
— Bon… Je vais prendre mon mal en patience… Mais que j’ai faim ! Que j’ai faim ! Miaou ! Miaou ! Et puis tu sais, il y a encore ma litière à changer ! Miaou ! Miaou ! Miââââââou !
Rien à faire, elle reste encore immobile comme une statue pendant quinze minutes. C’est fou ce qu’elle peut être butée, parfois !
Le fichu quart d’heure académique étant écoulé, j’obtiens enfin satisfaction.
Puis, comme d’habitude, je me recouche pendant qu’elle part à son travail, le nez gonflé et le cheveu en bataille.
C’est bon d’être un animal domestique !
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 23 Déc - 20:45:34

J'ai pas le temps de lire ce beau texte, mais dès que je le peux je reviens

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Scouby
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 11 Mar - 16:01:10

3. LES PROBLEMES DE NÉGATIF



— À quoi vous pensez là, Mam’zelle Ardoise ?
De retour à la campagne, j’étais en train de méditer profondément sur mon rebord de fenêtre, lorsque Négatif a sauté d’un bond devant ma vitre, de l’autre côté évidemment. Gardons nos distances sociales, même si celles-ci ne se symbolisent que par une paroi transparente.
Négatif est l’un de mes compagnons félins, il squatte allègrement notre maison de campagne, malgré ma nette désapprobation. Comme il est un rejeton de notre Orca trop tôt disparu, il me faut toutefois bien tolérer sa présence.
Toujours joyeux et plein d’entrain, cet animal ! Même moi, je ne puis totalement résister à son charme, mais je dissimule jalousement cette faiblesse, indigne de la noble et vaillante chatte Ardoise.
— Je réfléchis à des réalités supérieures, dis-je en levant bien haut le museau vers les étoiles, encore invisibles puisque nous sommes en plein jour.
Négatif prend un air inspiré.
— Ah oui, les mystères de l’existence ! approuve-t-il en hochant la tête. Quels problèmes, hein, Mam’zelle Ardoise ! Moi aussi, je suis confronté à certains dilemmes fondamentaux…
— Ah tiens ? On peut savoir ?
Mes oreilles se tendent, s’allongent… Qu’a donc à raconter le digne rejeton d’Orca ?
— Les relations mère-fils sont rarement au beau fixe ! soupire-t-il.
— Vraiment ? Très intéressant !
Je suis alléchée. Les potins, il n’y a que ça de vrai. Enfin quelques nouvelles croustillantes à me mettre sous la dent !
— M’man est peut-être une chatte adorable, mais elle en a toujours après moi !
Ça, je l’avais déjà remarqué : quand on entend des cris retentir sur la terrasse, on peut être sûr que Néfertiti, la ténébreuse génitrice de l’olibrius, est en train de houspiller Négatif. La semonce se termine généralement au sommet du grand noyer où Négatif s’est réfugié pour avoir la paix et où Néfer, impitoyable, le rejoint. Quand elle a terminé ses récriminations, elle redescend, calmée, et retourne chez elle, dans un bosquet situé en face de notre maison. Négatif ne repose la patte sur le sol que lorsqu’il est sûr qu’elle est partie et ne s’occupe plus de lui.
— Elle a une imagination débridée et se monte la tête, continue-t-il. Elle est persuadée qu’elle est vraiment la réincarnation d’une reine d’Egypte.
— Z’avez pas de chance avec les femmes de votre vie, remarqué-je. Votre petite amie se prenait pour la princesse Diana, votre maman…
— Et c’est pas tout ! Elle trouve que Négatif, ça fait coiffeur…
— Plaît-il ?
— Ben oui… Néga-Tif… Non aux tifs … Compris ?
— C’est un peu tiré par les cheveux, à mon humble avis ! remarqué-je.
— Vous pouvez le dire ! Maintenant, elle m’appelle Amen-au-Fils. Vous y comprenez quelque chose, Mam’zelle Ardoise ?
Mes oreilles et ma queue dessinent des points d’interrogation dans l’air. Je suis perplexe.
Flash ! La lumière se fait dans mon esprit.
Amen-au-Fils… Aménophis…
Elle fabrique un joyeux patchwork de l’histoire d’Egypte, la Néfer !

Négatif reparti en promenade, je coule un œil vers le Roublard, blotti dans un tout petit coin de notre terrasse.
Ce personnage bizarre, évoquant irrésistiblement un Charlie Chaplin déguisé en bonhomme de neige, est le frère jumeau du Négatif et son fidèle chat-lige. Le trait principal de sa personnalité consiste en un complexe d’infériorité… abyssal.
D’une griffe affûtée, je heurte la vitre à petits coups secs et répétés.
« Hé, venez ici, vous ! »
Il regarde derrière lui avec espoir, en pensant que c’est un autre chat que je vise. Pas de chance, il n’y a personne. Personne d’autre que lui.
Il s’approche tout doucement, comme si chacune de ses pattes était en plomb. Son regard se fait encore plus méfiant que d’habitude, ce qui n’est pas peu dire.
Michèle vient se poster près de moi, devant la fenêtre. Nous observons toutes deux le quadrupède qui n’en mène pas large.
— Pauvre Roublard, dit ma mère d’adoption, je me suis bien trompée sur son compte, au début ! Je croyais qu’il était une grosse brute rusée… et il n’y a pas plus innocent que lui ! Ce n’est pas sa faute s’il ressemble à un ours polaire.
— Ça t’apprendra à juger les gens sur la mine ! dis-je sévèrement.
J’admets qu’elle a des excuses : l’animal n’est pas précisément mignon ou craquant. On peut tout juste le qualifier d’original, avec ces étranges marques noires sur sa fourrure blanche et cette grosse voix dont on a du mal à croire qu’elle soit d’un chat. Et de plus, en ce moment, il a un énorme furoncle qui lui pousse sur le crâne. Ça fera un cratère dans son pelage, plus tard !
— C’est vrai qu’il n’est vraiment pas beau, remarqué-je pour la centième fois.
— Mais quand même assez attendrissant, marmonne Michèle, pas trop haut étant donné qu’elle est seule de cet avis.
Elle retourne vaquer à ses occupations pendant que je m’installe confortablement sur le rebord de la fenêtre.

— Pourkoike vous m’avez appelé, Mam’zelle Ardoise ? s’enquiert la bestiole, toujours debout comme un cierge sur la terrasse.
— Pour bavarder, dis-je gracieusement. Pour savoir si vous avez des problèmes avec votre M’man, vous aussi. Il faut tout me confier, vous savez : Ardoise voit tout, sait tout, comprend tout !
Là, j’exagère un peu. Mais c’est vrai que j’aime être au courant de ce qui se passe, c’est mon côté pipelette.
Il a l’air soulagé par mon apparente bonhomie : je ne suis peut-être pas si terrible que ça, après tout !
— Moi, j’ai pas de problème avec M’man, Mam’zelle Ardoise ! Elle dit toujours, M’man, que je suis un cas désespéré, sans amélioration possible, alors elle me laisse tranquille ! Elle m’appelle son petit Babar. Pourtant, Mam’zelle Ardoise, j’ai rien d’un nez-léphant, s’pa ?
— Heu-hum ! fais-je sans me compromettre.
— Alors, puisque pour moi c’est pas possible, M’man veut que, de tous les chats du village, Négatif soit le plus intelligent, le plus beau, le plus… tout, quoi ! Elle est toujours occupée à lui dire : « Amène-Office, tiens-toi droit et garde la tête haute ! Amène-Office, essuie-toi les pattes ! » Et patati et patata ! Et Négatif, il en a marre ! Quand M’man se balade dans la rue, il fait le tour par les jardins, pour pas risquer de tomber sur elle…
Pauvre Néfertiti ! Son épouvantable timidité l’ayant empêchée peut-être de réaliser ses propres rêves, elle essaie de les concrétiser en la personne de son rejeton le plus doué.
Mais elle s’y prend mal, comme tout le monde dans ce cas-là…
C’est la féline nature !
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 1 Avr - 14:27:14

Coucou Scouby !

Je viens enfin de lire les trois histoires

C'est trop bien écrit Scouby ; on a toujours l'impression d'être
à l'endroit où se passe les scènes et de les vivre vraiment

Merci de partager tes écrits avec nous ; c'est trop agréable

Bon dimanche Scouby
Calins à tous tes petits 4 pattes


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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 1 Avr - 15:12:13

Merci beaucoup, Marie, c'est très gentil !
J'ai écrit ça sur le vif, au fur et à mesure que se déroulaient les événements, il y a déjà pas mal d'années. Ils sont si passionnants à observer, ces chats ! Il est vrai qu'avec Ardoise, je suis tombée sur un bon numéro, même maintenant, à 22 ans, elle arrive encore à me surprendre.
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 1 Avr - 16:19:33


Coucou Scouby

Elle a 22 ans Ardoise
Et bien dis donc ; comment va sa santé Question

Je me suis toujours rappelée du chat qu'avait les parents de mon Parrain ;
20 ans et il ne se portait pas trop mal le bougre cat

Bon après-midi
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 1 Avr - 16:37:56

Elle se porte très bien, a conservé toute sa tête et son caractère, mais est devenue sourde. Toutefois, ça n'a pas l'air de l'affecter (je ne sais pas si elle s'en est aperçue).
Au moins, elle ne s'offusque plus quand je passe l'aspirateur !
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 24 Juin - 15:59:43

4. MALHEUREUSE ARDOISE !



Je suis une victime, je l’ai toujours dit et le maintiens !
Jeudi passé, de retour à mon appartement chéri, j’étais bien confortablement couchée sur la table de la salle à manger lorsque Michèle est rentrée de son travail. Daniel était absent.
— Bonjour, ma gentille Ardoise ! 
J’ai levé languissamment la tête pour accuser réception, puis me suis à nouveau plongée dans ma coutumière méditation.
Lorsque j’ai repris contact avec la réalité, Michèle posait à côté de moi mon panier Félix, vous savez, la prison ambulante dans laquelle s’effectuent mes trajets Bruxelles-Campagne et vice-versa.
Je fais un rapide calcul mental. Nous sommes rentrés il y a quatre jours, donc il n’est pas possible que nous repartions déjà. Et puis, je ne vais jamais à la campagne avec Michèle toute seule : nous partons toujours en famille.
Par conséquent, je peux méditer tranquille : ce panier n’a manifestement rien à voir avec moi !
J’en suis tellement convaincue que je ne réagis même pas quand elle me soulève et me pose dans le Félix. Elle ferme la grille de ma prison avant que je ne réalise ce qui m’arrive.
Que se passe-t-il ? Mais que se passe-t-il ?
Nous prenons l’ascenseur. Je suis muette de stupeur.
Nous sortons. Elle marche d’un bon pas, moi balancée dans le panier au bout de son bras. Je commence à paniquer : Daniel et elle se seraient-ils disputés ? Serais-je victime d’un rapt parental ? Ça arrive ces choses-là, on en a beaucoup parlé à la télé récemment.
Vous voyez le topo, hein : les parents se chamaillent et l’un des deux s’empare du pauvre enfant (moi). Et le pauvre enfant est attiré dans un endroit inconnu, sans ses petites souris, sans son radiateur bien chaud, sans son repose-pied, sans… Je me mets à gémir. Le vrombissement des voitures qui roulent sur le boulevard couvre le son lugubre de ma voix.
Nous dépassons la porte du garage. Bon ! On ne prend pas la voiture… Peut-être Michèle a-t-elle loué, pour nous deux, un logis pas trop loin de mon paradis perdu ? Je pourrai toujours essayer de m’enfuir et de rentrer à pattes… J’imagine la joie de Daniel quand je sonnerai à la porte ! Comme il sera heureux de retrouver sa pauvre chatte kidnappée !
Tandis que je peaufine mon scénario, nous pénétrons dans un autre immeuble. Je hume l’air, autour de moi. Ne serais-je pas déjà venue ici ?
Une petite blonde souriante ouvre la porte d’un appartement… et j’ai le cœur qui rate un battement.
La vétérinaire ! Mon Dieu, quelle horreur !

Je me pelotonne dans mon panier qui, subitement, me paraît le plus doux refuge qui soit au monde. Sans pitié, la vétérinaire m’en extrait comme un escargot de sa coquille. Me voilà sur la table d’examen. Je veux sauter à terre, on me retient. Pendant une seconde, je me sens complètement affolée : où est Michèle ? Je ne la vois plus ! Ah, la voilà, juste derrière moi. Je me retourne et me serre contre elle, lui entourant le cou de mes pattes antérieures.
— Allons, ma Minette, n’aie pas peur ! dit-elle.
— Oh, ils savent tous bien où ils se trouvent ! remarque la toujours souriante petite blonde.
Elle m’examine, comme d’habitude : les oreilles, les yeux, les dents… Rien à signaler.
Elle prépare une seringue, l’emplit d’un liquide incolore. Je m’agrippe à ma mère d’adoption et ferme les yeux.
Tiens, c’est fini et je n’ai rien senti ! Je suis à nouveau protégée contre tous les microbes qui pourraient me prendre pour cible.
Immensément soulagée, je ne me fais pas prier pour réintégrer mon panier.
— Vous avez un très gentil chat ! dit aimablement la vétérinaire.
Elle complète mon petit livret médical, tandis que Michèle règle le prix de la consultation tout en constatant en son for intérieur que la santé du chat fidèle est beaucoup plus onéreuse que celle de la modeste humaine attachée à son service !

Enfin, nous traversons la salle d’attente pour sortir. Un affreux molosse est installé là et, visiblement, il n’éprouve pas une folle affection pour les chats ! Il me fixe avec des yeux de fauve, injectés de sang, en secouant ses babines. Un aboiement aigu retentit : « Wouiiif ! Wouiiiif ! Miam ! Y a bon matou ! Miam ! »
On ne pourrait plus clairement exprimer ses intentions. Je me rencogne, terrorisée, tout au fond de mon panier.
Oncques ne cherche noyse à la vaillante chatte Ardoyse ! chevroté-je d’une voix tremblante.
Ah, il est loin le temps où je claironnais à l’oreille d’Orca la "fière devise de ma noble famille" ! Aujourd’hui, les mots ont du mal à passer…
Lorsque nous nous retrouvons sur le trottoir, je me sens mieux. Quand je pense que ce monstre sanguinaire a dû se poser après moi sur la table d’examen ! Ma petite odeur l’a sûrement rendu fou de rage…
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 24 Juin - 18:49:41

Merci Scouby

Toujours bien prise dans l'histoire quand je te lis ; et toujours
l'impression d'être sur les lieux ; c'est bien le même scénario
pour tous quand on va chez la ou le vétérinaire
Oui, il se mettent bien contre nous quand ils sont sur la table
d'examen ; pauvres tites mimines affraid

J'aime beaucoup le scénario que tu as mis dans la pensée d'Ardoise,
quand elle part dans la caisse mais juste avec "Michèle" confused

Grands calins à ta tite Ardoise

Bonne fin de soirée




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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Lun 25 Juin - 11:41:11

Merci Marie !
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Jeu 28 Juin - 10:00:21

Superbe Scouby, lorsque l'on commence, on ne peut pas s'arrêter, tu es un excellent ecrévain... pour les CHATS. Merci de nous faire partager tes récits.
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Jeu 28 Juin - 13:02:38

Merci Monika, je vais continuer régulièrement, maintenant.
Si tu as envie de voir ce que j'ai écrit et lire quelques-unes de mes nouvelles (félines ou non), il te suffit de cliquer sur ma bannière (signature "Scouby et ses chats écrivains"), tu arrives sur mon site.
Gros , maintenant je vais chez le coiffeur pour avoir face humaine (en espérant ne pas m'attirer ensuite l'éternel commentaire masculin : "J'aime paaaas !"
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Jeu 28 Juin - 13:49:42

Scouby, tu m'as bien fait rire ; je vais chez le coiffeur,
déjà pour avoir face humaine
Et l'éternel commentaire masculin "j'aime paaas"
J'ai prêté le premier livre que j'avais commandé en allant sur ton site,
" recueil du coeur N° 1" et il a beaucoup plû
Il faudra que je retourne voir ce que tu as fais, toi Scouby
Bon coiffeur
Calins à tous tes petits Chamours
Et toutes tes petites Chamourettes

Coucou Monika, c'est vrai que quand l'on commence à lire Scouby, on ne peut
plus s'arrêter, et on a vraiment l'impression d'être sur place
J'aime beaucoup quand tu écris toi aussi en faisant parler tite Gwendoline
Bon après-midi
Calins à tite Gwendoline

Calins à tous vos petits Chamours
et vos petites Chamourettes


clein d\'oeil
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Jeu 28 Juin - 14:15:04

Les chamoureux de chats, sont intarissable pour trouver les mots qui vont à leurs chamours...
Je vais essayer de refaire parler Gwendoline...
Scouby, je suis allée plusieurs fois sur ton site. Bon coiffeur, pas grave si la gent masculine n'apprécie pas toujours lol
Marie, bon après midi
Câlins à vos félins adorés....
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 29 Juin - 12:16:50

Merci les amies !
Monika, c'est dans quelle rubrique que tu fais parler la petite Gwendoline ?
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 29 Juin - 14:19:09

http://www.chatsminous.com/f10-presentez-votre-chat 'MOI GWENDOLINE'

et à très bientôt Scouby
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 29 Juin - 18:17:48

Je viens de lire, c'est SUPER ! Bravo à petite Gwendoline !
Je crois que Geisha a envie de s'immiscer dans la conversation, elle viendra sûrement faire un coucou à Gwendoline demain.
Gros , Monika !
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 29 Juin - 22:06:28

Super Scouby... merci à toi et bonne nuit.

Caresses à tes félins.
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 15 Juil - 14:27:15

5. PETITS CHERIS ET FIERES DEVISES


Et voilà, l’hiver s’écoule peu à peu et nous avons passé le réveillon de Nouvel An au fameux village de prédilection de mes parents adoptifs, dans la maison sans chauffage central, kaï kaï kaï !

Évidemment, comme d’habitude, il paraît que j’exagère ! Quand je me mets à grelotter ostensiblement, en grattant des pattes, afin de m’y emmitoufler, le tissu qui recouvre le canapé, j’ai droit aux commentaires désobligeants.
— Voyons, Ardoise ! Tu ne vas quand même pas dire qu’il fait froid ? Avec le poêle, la température est plus élevée qu’à l’appartement !
— Possible, Madame, mais moi j’ai besoin de la chaleur qui vient d’en bas ! Et comme je ne peux pas me coucher sur le poêle (pas si folle la bête), je me glace le ventre et les coussinets !
— Mais le carrelage est chaud ! On ne peut presque pas y poser la main !
— C’est le "presque" qui est de trop ! Chez moi, le radiateur est brûlant !

Je détourne la tête avec dédain et pousse un profond soupir. Puisque c’est comme ça, l’Ardoise martyre ne voit qu’une solution, un pis-aller : se coucher dans son Titanic, devant le feu, et s’y lover tout au fond. C’est une honte d’ainsi maltraiter une pauvre chatte qui n’a même pas droit à la parole ! À moi toutes les ligues de défense des animaux ! Offrez-moi un avocat pro deo ! Et un bon, hein ! Parce que Daniel et Michèle sont tellement obtus qu’il faudra bien un maître Vergès pour les convaincre que, pour la bonne santé physique et morale de leur chatte bien-aimée, il faut qu’ils fassent installer le chauffage central dans leur maison des champs !

Le matin, quand j’ouvre un œil, bien pelotonnée sous la couette du grand lit familial, Daniel est déjà debout, apparemment plein de vitalité.
— Alors, on se lève, on se lève ? J’ai allumé le feu !
— Compte pas sur moi, dis-je en refermant l’œil que je venais d’entrouvrir.
À présent que je me sens bien, je ne vais quand même pas me déranger !

C’est d’une oreille distraite que j’entends Michèle se lever à son tour, rabattre l’édredon sur le petit tas de béatitude que forme la chatte adorée et quitter la chambre, non sans avoir demandé, pour le principe : « Eh bien, Ardoise, tu ne te réveilles pas ? »
— Pas de danger, marmonné-je. Laisse-moi dormir, je vais encore piquer un petit roupillon. Mais tu peux revenir d’ici une heure ou deux, quand il fera potable en bas. Alors, j’accepterai peut-être de me lever…
Elle quitte la chambre, pendant que je m’étire voluptueusement. Ah, les petits matins sous la couette, c’est chouette !

Dans un demi-sommeil, j’entends ma mère à deux pattes qui descend l’escalier. Apparemment, je ne suis pas seule à avoir l’oreille fine, car sur la terrasse se déchaîne un concert.
— Miââââââââ ! Miaâââââââââ ! M’dame Mimiche, on est là, on est lààààà ! Roublard et moi, tous les deux !
— Ouais, moi aussi j’suis lààààààà ! Ouiiiiiin !
— Comment, déjà levés, les petits chéris ? s’exclame Michèle.
Sous la couette, je lève les yeux au ciel. Les petits chéris ! Tout ce qu’il ne faut pas entendre !
— On attend depuis quatre heures du matin, M’dame Mimiche ! On a la dent !
— Mais c’est pas vrai, ça, on n’attend que depuis une demi-heure, qu’est-ce que tu racon…
— Tais-toi, cornichon !
— Mais…
— Si on lui dit qu’on est là depuis longtemps, on recevra à manger plus vite, Babar !
— Ah bon, comme ça je comprends ! On est ici depuis une heure du mat’, M’dame Mimiche !
— Hé, faut quand même pas exagérer non plus ! Elle va nous prendre pour des potiches !
Jamais content, ce Négatif !

Pendant cet intéressant dialogue, Michèle s’est rendue à la cuisine pour y ouvrir une appétissante boîte (format économique), de bouchées en gelée pour chats. Pas du produit destiné au tout-venant, non, les petits chéris n’aiment pas…
Elle revient avec deux assiettes copieusement garnies, qu’elle dépose sur le sol de la terrasse. Aussitôt, c’est la ruée : Roublard avale une bouchée d’une assiette, puis se précipite sur l’autre, en un incessant va-et-vient. Négatif, plus calme, attend que la frénésie de son frère s’apaise. Quand Roublard est fatigué de sauter d’un point à l’autre, Négatif s’installe posément devant la gamelle restée libre.
Puis, Michèle apporte un grand bol de lait tiède dans lequel les deux frères plongent leurs museaux. Pour eux c’est jour de fête, puisqu’ils sont logés à la même enseigne que feu leur pauvre papa : bombance le week-end seulement et le reste du temps, ceinture !

Il est visible qu’ils n’ont pas de famille humaine. Je pense que Négatif pourrait se faire adopter facilement, mais voilà : il y a Roublard qui ne le lâche pas d’une patte ! Ils sont unis comme les doigts de la main et, si je ne craignais de faire un mauvais jeu de mots, je dirais que ce sont de vrais chats siamois. Celui ou celle qui aurait le coup de foudre pour Négatif devrait prendre Roublard en prime. Et Roublard, c’est un fameux paquet à adopter, ça vous pouvez le croire ! Les fées qui se sont penchées sur son berceau s’appelaient toutes Carabosse, hélas…
Il fait pourtant de gros efforts, il faut le reconnaître. Quand Michèle met le pied dehors, il ne mugit plus comme une sirène d’incendie, il essaie d’articuler correctement : Miaou ! Miaou ! Le résultat, bien sûr, c’est MIAAOU ! MIAAAAOU ! mais ce n’est pas bien grave. L’important n’est pas de gagner, mais de participer !
C’est ce que je lui dis souvent, à Roublard, pour l’encourager. Évidemment, il ne saisit pas l’astuce.
— Participer à quoi ?
— Mais… à la vie ! À tout ! Être là, et bien là ! Comme moi, vous voyez ?
Non, il ne voit pas. Il se perd dans un abîme de perplexité.

Cet hiver, il a élu domicile près de notre haie. Comme il ne tient pas à se geler les pattes, il a trouvé un arbuste sur lequel il demeure juché.
Quand nous regardons par la fenêtre, nous voyons un gros ballon blanc, à un mètre de hauteur. Roublard est bien installé dans son arbre : il y rêve, il y dort, il observe les alentours, il est aux premières loges quand Michèle sort sur la terrasse : il n’a que trois bonds à faire pour plonger le museau dans la précieuse gamelle ! Quand il veut un peu se réchauffer, il joue, avec Négatif, à courir aussi vite que possible sur les branches du petit saule qui frémit sous ce double poids de chats sautillants.

Dans le jardin, un gros merle passe ses loisirs à se moquer de Négatif. Il se perche sur une branche du prunier, siffle quelques mesures et attend.
Négatif s’approche de l’arbre en rampant, silencieusement. Je ne sais pas si c’est Néfer qui lui a appris ça ou s’il est, comme son père, un self-made-cat, mais c’est du travail bien fait, du boulot de professionnel.
De mon rebord de fenêtre, je contemple le spectacle.
Négatif se coule contre le tronc de l’arbre et se met à grimper tout doucement. Pour l’encourager, le merle sur sa branche fait : "Tuit ! Tuit !"
Négatif atteint la branche où se trouve l’oiseau. À peine a-t-il effectué un mouvement coulant très réussi que… Ffffrrrrt ! Voilà la proie qui s’envole et va se poser au sommet du grand sapin, en se tenant visiblement les côtes de rire : "Tuîîîît ! Je t’ai eu, le chat blanc et noir !"
À peine Négatif, tout déconfit, a-t-il regagné le sol que le merle se repose sur la même branche du prunier !
— Je ne vois pas pourquoi vous voulez absolument attraper ce merle, fais-je remarquer du haut de ma supériorité intellectuelle. Avec tout ce que vous mangez sur ma terrasse, vous ne pouvez plus avoir faim, quand même !
— C’est pour entretenir la souplesse de mes muscles et l’acuité de mon cerveau, rétorque modestement l’animal. C’est toute une tactique, attraper un oiseau, vous savez, Mam’zelle Ardoise ! Il faut être intelligent, prévoir les coups de l’adversaire…
— Dans ce cas précis, c’est raté ! dis-je avec une secrète satisfaction.
— Négatif jamais ne s’avoue vaincu ! Toujours sur le métier remettez votre ouvrage ! C’est en forgeant qu’on devient forgeron ! Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer !
La tête m’en tourne. À mon avis, il a dû potasser le dictionnaire des citations, ou alors il s’est acheté Briller en société, en dix leçons ou Comment épater la chatte Ardoise.
— C’est fini ? demandé-je.
Mais non, ce n’est pas fini !

— Vous savez, Mam’zelle Ardoise, moi aussi je me suis trouvé une fière devise, comme vous et mon P‘pa !
Ça devient d’un commun, maintenant, les fières devises ! Tout le monde en a. Je soupire.
Prenant mon silence pour un encouragement, l’animal se campe fièrement sur le sol de la terrasse, ferme les yeux d’un air inspiré, rejette en arrière une cape imaginaire et déclame :

Chéri de toutes les dames,
Hardi et imaginatif,
Plein de fougue et de flamme,
Tel est le charmant Négatif !

Je manque défaillir sous le coup. La dépression me menace, je le sens. Moi qui étais si fière de l’orgueilleuse devise de ma noble famille : Oncques ne cherche noyse à la vaillante chatte Ardoyse !
— Et puis, vous avez remarqué le jeu de mots ? s’enquiert mon tortionnaire.
— Lele… jjjeu de mots ? répété-je d’une voix expirante, submergée par une jalousie galopante.
Quel jeu de mots ?
— Oui, charmant Négatif ! Cha-rmant ! Chat ! Chat !
— Heu, chat en effet… Bien sûr, c’est la première chose que j’avais remarquée… Beuh heu !
Il me regarde, semble hésiter. Puis s’exclame avec un parfait naturel  :
— Vous savez, Mam’zelle Ardoise, je voulais d’abord dire Vaillant et imaginatif, puis je me suis souvenu que vaillant était déjà pris ! C’est vous la vaillante chatte Ardoise, hein ? Alors j’ai dû trouver autre chose… Évidemment, ma devise n’est pas aussi belle que la vôtre ! La vôtre, elle est super ! Géniale !
Il multiplie les adjectifs enthousiastes.
Je me sens revivre.

Roublard, qui a suivi bouche bée ces brillants propos, se risque timidement :
— J’aimerais bien aussi avoir une… heu… devise, moi ! C’était quoi, celle de P’pa ?
Orca, Maître-Chat ! cité-je avec attendrissement, tandis que me revient en mémoire ce lointain jour d’été, où l’Orca était venu me trompeter aux oreilles son fameux "slogan" ! Où est donc passé ce temps-là ? Ah, nostalgie, nostalgie…
Ardoise, secoue-toi !
— Mais moi, je peux pas prendre la même, hein ? Je suis pas encore un Maître-Chat ! Seulement un petit élève !
— Et même le cancre du fond de la classe, ne puis-je m’empêcher d’ajouter finement, reprise par le temps présent.
Mes aimables propos glissent sur sa conscience comme l’eau sur les plumes d’un canard. Il ne pige rien au second degré, cet obtus ! Ça ne vaut pas la peine de gaspiller mes talents avec lui.
— J’en ai une pour toi, dit soudain Négatif : Roublard, cas à part !  ou  chat à part, comme tu voudras.
— Tu crois que ça m’irait ?
— C’est tout toi, sois tranquille !
Il est fier comme un paon, le Roublard ! Son principal souci, maintenant, c’est le choix, cornélien comme il se doit : cas ou chat ? Cruel dilemme !
Souveraine, je tranche.
— Cas à part, c’est mieux, dis-je péremptoirement. On le voit bien, que vous êtes un chat, ce n’est pas la peine de le préciser !
En fait, j’ai quelques doutes : le Roublard pourrait aussi passer pour une baleine blanche ou un ours polaire… Mais il n’y en a pas en Belgique, sauf au zoo d’Anvers peut-être. Alors, je suppose quand même que les gens remarqueront les oreilles pointues, les moustaches, les quatre pattes et la queue formant, dans l’ensemble, un félin !
Il y a bien des individus peu aimables qui osent me comparer, moi, la belle Ardoise, à un phoque ! C’est de la jalousie, bien sûr… Néanmoins, même en admettant le fait, personne n’a encore dit, en me voyant : "Tiens, un phoque ! Comment est-ce possible ?" Non, on dit : "Tiens, c’est marrant ! Un chat qui ressemble à un phoque !"
Donc, je suppose que le Roublard aussi peut compter sur la reconnaissance de son statut de chat.
C.Q.F.D.
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 15 Juil - 14:57:44


Coucou Scouby

; c'est toujours aussi bien écrit
Et on se retrouve toujours sur place, comme si l'on passait
par un couloir du temps
J'adore le coup du merle ; canaille quand même ce merle scratch
Super les devises
Et la pauvre Ardoise qui dit avoir froid aux pattes ; car il ne chauffe
pas assez vite le grand poêle
C'est un peu faux tout de même

Merci scouby, toujours très agréable de lire tes récits
Bon après-midi
Calins à tous tes 4 pattes
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 15 Juil - 15:25:22

Merci beaucoup, Marie ! Cela me fait plaisir que tu aimes mes récits, ou plutôt ceux d'Ardoise.
Elle est justement en train de tourner autour de mes pieds en ce moment, à mon avis elle espère encore une petite assiette de steak haché.
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 20 Juil - 9:49:21

Je viens de lire ce tome 2 sur Ardoise, c'est magnifique, qu'elle est belle l'histoire et tout ça écrit d'une main d'écrivain.

Merci pour ce beau partage.

à Ardoise.
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Sam 21 Juil - 16:32:08

6. ROUBLARD A LA PAROLE


Comme je suis une brave chatte, j’ai décidé d’offrir un cadeau au Roublard. Par pure bonté d’âme, je lui ai permis de vous écrire quelques mots de sa plus belle patte.
Il a eu l’air complètement paniqué.
— Mais qu’est-ce que je leur dirais, moi, à vos lecteurs ? Hein, Mam’zelle Ardoise, hein ?
— N’importe quoi ! Bavardez à tort et à travers ! Racontez votre vie !
Perplexité totale.
— Ma vie, heu !
— Et surtout, il ne faut pas en parler à Négatif, c’est un secret ! dis-je d’un ton pénétré.
— Un secret ?????????
— Oui, parce que sinon il voudrait écrire lui-même et ne vous laisserait plus tracer un mot ! (et à moi non plus… ajouté-je in-petto).
— Ah, mais j’aime autant ! Parce que moi, je sais pas quoi dire !
— Non, non, ça fait partie de votre psychothérapie ! C’est pour vous désembourber du cloaque mental où vous vous êtes imprudemment fourvoyé ! Il faut dégager votre moi profond, vous exprimer !
— Je comprends rien à ce que vous racontez, Mam’zelle Ardoise !
— Motus et bouche cousue, compris ? Vous écrire sur papier n’importe quoi qui passe dans votre tête ronde et vide, pigé ? Exécution ! Je surveille !
— Ouiiiiiiiiin !


Bon, heu, alors je vous écris, vu qu’elle surveille ! Et c’est vrai, vous savez, elle a l’œil !
Faut pas vous étonner si je suis timide avec vous, c’est parce que c’est la première fois que ça m’arrive, une aventure comme ça.
Puisque je dois raconter ce qui passe dans ma tête, comme a dit Mam’zelle Ardoise, ce sera vite fini, parce que j’ai beau courir après, je crois qu’il y a rien qui passe dans ma tête !
C’est pas comme Négatif ! Il sait miauler de belles phrases, longues, avec des mots bizarres. Il ferme les yeux et il lit tout ça derrière ses paupières. J’ai essayé aussi : j’ai serré fort les yeux et j’ai regardé à l’intérieur de ma tête. Mais j’ai rien vu, à part du noir ou alors un peu de rouge à cause du soleil.
Négatif, il court partout, il connaît tout le monde. Moi, quand je suis pas occupé à jouer avec lui, je reste avec M’man, dans le fourré où je suis né, ou alors dans la haie de M’sieur Dan et M’dame Mimiche, là où on a une bonne vue sur les gamelles.
C’est pour ça que c’est si difficile pour moi de parler avec les gens. Mon grand talent, c’est pas parler, c’est manger. Là, je suis imbattable. Un chef.
Ou plutôt, je le croyais… mais paraît que c’est pas tout à fait vrai.
Ça, c’est une histoire que je peux raconter !

Un jour, j’étais en plein travail, toute la figure enfoncée dans l’écuelle que M’dame Mimiche venait de me donner, quand j’ai entendu un miaulement : « Bonjour, intéressant jeune homme ! »
Je me suis effrayé, vous pensez ! J’ai levé la tête en sursautant, et j’ai vu une jolie dame tricolore qui se tenait près de moi. Elle avait l’air gentil, alors je ne me suis pas enfui. Et puis, la gamelle n’était pas vide, ça compte aussi, vous savez !
— Voyons, jeune homme, qu’elle m’a dit, la dame chatte, ce n’est pas ainsi que l’on mange, allons !
— Ah non ? que j’ai fait.
Pourtant je croyais que je me débrouillais bien !
— Déguster est un art ! Il faut le maîtriser à bon escient ! Allons, faisons une petite démonstration : mangez, que je voie comment vous faites.
Ça, je comprenais, c’était pas difficile. J’ai sauté tête baissée sur mon assiette et j’ai commencé à dévorer.
— Et voilà, qu’elle a dit au moment où je relevais le nez, vous êtes déjà tout essoufflé et la gamelle est encore à moitié pleine ! Vous y mettez trop de fougue, jeune homme ! Vous ne dégustez pas, vous engloutissez ! Ce n’est pas du tout pareil !
— Euh ?
— Regardez comment on fait !
Elle s'est mise à déguster (comme elle dit) à toutes petites bouchées, tranquillement. Quand elle s'est arrêtée, y restait plus rien !
— Voilà le secret de l'art du mangeur de fond : prendre son temps et ne pas avaler de trop grosses quantités à la fois ! Vous remarquerez, intéressant jeune homme, que je n'ai pas le souffle court !
Je remarque.
Je remarque surtout que l'assiette est vide.
Mais elle est gentille, cette dame ! Et puis, personne n'a encore dit "intéressant jeune homme" en parlant de moi !
Voilà que la porte de la maison s'ouvre. Quelle joie ! M'dame Mimiche apporte une autre gamelle !
— Bonjour, ma petite Gourmande, dit-elle en se penchant sur la dame pour la gratouiller dans le cou.
Maintenant je la reconnais : je l'ai vue parfois se promener avec P'pa. Elle habite dans le bas de la rue, là où y a des chiens qui aboient quand je passe. M’dame Gourmande, qu'elle s'appelle.
— Je vous laisse cette pâtée, mon jeune ami, dit-elle de sa petite voix (Comme si elle avait pas déjà mangé la mienne, de pâtée !) Vous avez vu comment on fait, n'est-ce pas ? Et vous remarquerez que, malgré tout ce que je mange, je garde la ligne ! Croyez-moi, si vous appliquez mes méthodes, avec vos dispositions innées, vous deviendrez un grand artiste !
Elle s'en va tranquillement.
Un grand artiste, moi ? J'en reviens pas !
J'essaie. Je fais des efforts. Mais c'est difficile, difficile! J'ai beau faire, ma bouche s'ouvre toute grande pour tout enfourner à la fois ! Ah, que c'est compliqué, la vie d'artiste !

Heu… Qu’est-ce que je vais raconter encore ? Ah oui, je vous ai parlé de Négatif, pas vrai ?
Vous le savez peut-être pas, j’ai oublié de vous le dire, mais Négatif, c'est mon frère. On est toujours ensemble, sauf quand il va faire ses promenades dans le village et que moi je reste dans mon fourré. À part ça, on dort ensemble, on mange ensemble, on joue dans les arbres, on parle, on se bagarre... On peut pas se quitter, quoi ! Je me sentirais tout bizarre si j'avais plus Négatif. Et c'est la même chose pour lui. On serait chacun comme un demi-chat.

Et puis, là où je vis, y a aussi la chatte Ardoise. Vous la connaissez ? Ah oui, bien sûr, que j'suis bête ! C'est elle qui m'a donné votre adresse, pour ma psyki… psykotérafie ! Paraît que si je dis tout ce qui passe dans ma tête, et même tout ce qui n’y passe pas, je serai un autre chat ! C'est ça qu'elle a dit, Mam'zelle Ardoise !
Moi, j'ai un peu peur d'être un autre chat. Qu'est-ce qui arriverait si je me reconnaissais pas ? Je passerais à côté de moi sans me voir et je me perdrais ! C'est ça que je lui ai répondu, à Mam'zelle Ardoise ! Elle m'a répliqué : « Andouille ! »
C'est pas vraiment une réponse, je trouve ! Ça me laisse avec mes angoisses !

Elle est bizarre, la Mam'zelle. Au début, je voulais pas croire que cette chose grise, là, derrière la vitre, avec son regard tout glacé, était un chat.
— Ça ressemble pas à un chat ! que j'ai dit à Négatif.
— Pourtant, c'en est un ! qu'il m'a répondu. C'est même une chatte !
— L'a de drôle de z-yeux ! Comme la grenouille de l'étang !
— C'est une manœuvre d'intimidation ! a dit gaiement Négatif. Dans sa tête, elle n'est pas comme ça, rassure-toi !
Quand je l'ai un peu mieux connue, c'est vrai, j'ai été rassuré. Mais pas à ce moment-là, vous savez ! Il a fallu du temps !
Et même, encore maintenant, parfois, quand elle me regarde fixement, je me sens devenir tout petit et j'essaie de m'enfoncer dans un mur. Ça ne marche pas, évidemment. Alors Mam'zelle Ardoise tourne la tête et, juste quand je suis un peu remis de mes émotions, elle me relance un sale regard qui dit: "J'vous tiens à l'œil, vous !"
J'en tremble !
— Sois pas si cloche, c'est du cinéma ! dit Négatif.

Elle est un peu gendarme, aussi, Mam'zelle Ardoise. Quand elle a décidé, il faut sauter ! Et quand elle sort au bout de sa corde, y faut se tenir pas trop près d'elle, pour pas lui "pomper l'air" comme elle dit, et faut rester droits comme des piquets, Négatif et moi. Moi, c'est pas difficile, elle me donne les jetons et j'en reste sans pouvoir bouger, mais Négatif rigole en douce. Il trouve ça très drôle, Négatif !
Elle dit qu'elle va refaire mon éducation, que M'man a complètement ratée. Je crois que quand elle va voir quel travail que c'est, elle va laisser tomber. J'espère.

Et M'man ! Elle est super-gentille, ma M'man, mais à côté de ses pompes, comme dit Négatif. Elle est aussi timide que moi, mais elle essaie de se soigner. Ça réussit pas toujours. La timidité c’est un handicap, croyez-moi.
Dernièrement, elle s'est trouvé une vraie maison, ma M’man, un monsieur de notre rue l’a adoptée, alors elle ne sort presque plus. Elle préfère être timide à l'intérieur, là où personne ne la voit, sauf son Monsieur qui la prend pour une reine d'Egypte. Et elle en est persuadée aussi, M'man, vous savez !
Y a qu'avec Négatif qu'elle est pas timide : elle arrête pas de lui chercher des puces, quand ils se retrouvent par hasard ensemble. Heureusement, c'est pas souvent. Parce que Négatif, il file en douce quand il aperçoit le bout du nez de M'man, de l'autre côté de la rue.
Parfois, il a pas de chance : elle le voit s'enfuir et le poursuit. Et elle court vite, ma M'man, malgré son âge, vous savez ! On dirait un éclair tout noir. Un éclair au chocolat fondant (c’est vrai, je ne pense qu’à manger).
Alors elle le houspille. Elle pousse de grands cris aigus et Négatif court encore plus vite, mais M'man finit toujours par le rattraper. Une sportive, je vous dis !
Après, Négatif doit écouter toute une Ho-Mélie comme il appelle ça, avec ses mots savants. Il doit répondre: « Oui, M'man, non, M'man, t'as raison, M'man ! » jusqu'à ce qu'elle soit calmée. Puis tout va bien pendant quelque temps.

Dans ma vie, y a aussi M'sieur Dan et M'dame Mimiche.
J'ai un peu peur de M'sieur Dan, parce qu'il a pas l'air normal. Une fois, il m'a enfermé dans le fenil et j'y suis resté cinq jours, vous vous rendez compte ? J'ai fouillé les poubelles pour manger. Y avait des restants de poulet. C'était bon, mais pour cinq jours, c'était pas assez.
Tout le monde me dit qu'il a pas fait exprès de m'enfermer, mais j'en suis pas si sûr, alors, quand il sort dans le jardin, je m'éloigne un peu. Vaut mieux être prudent, pour le cas où il aurait envie de recommencer.
En plus, il arrive pas à se souvenir de mon nom, M'sieur Dan. Quand il me voit arriver de loin, il crie: « Michèèèèèèle ! Gros-Bazard est là ! »
J'ai beau lui dire : « Je m’appelle Roublard, pas Gros-Bazard », rien à faire !

Oh ! J'ai quand même trouvé kêke chose à vous raconter, dans ma tête, on dirait ! J'aurais jamais cru ! Elle va être étonnée, la chatte Ardoise ! Qu'est-ce que vous en dites, hein ?
Peut-être que je pourrai la continuer, ma psyki... psyko... Vous savez quoi ! Même si moi je sais pas !
Allez, salut !

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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Sam 21 Juil - 16:42:44

Merveilleux...

Roublard, il me semble que je le vois au travers des écrits.

Merci Scouby... c'est un enchantement que de te lire...

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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Sam 21 Juil - 16:56:08

Merci Monika !
C'est vrai que Roublard était un grand timide, et pas très malin, le pauvre. Mais un appétit pĥénoménal !
Allez, je vais ajouter un chapitre... ou un chat-pitre ?
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Sam 21 Juil - 17:04:34

7. UN MYSTERE


Quelque chose se trame, je le sens ! Daniel et Michèle me regardent parfois d'un drôle d'air.
Tandis que je prends mes aises, bien étalée sur le dos au sommet de mon radiateur, je les entends chuchoter. Et un nom revient dans leurs chuchotis : Scoubidou.
— Bzzzzzzz Bzzzzzz... Faut trouver une solution, pour Scoubidou...
— Oui... Mais que va dire Ardoise ?
Mes oreilles pointent. Mes yeux prennent la forme de points d’interrogation.
— Bzzzzzzz Bzzzzzzzz… La préparer à l'idée… La vétérinaire a dit d'apporter à chacune quelque chose qui porte l'odeur de l'autre... Une couverture, par exemple.
Michèle me sourit d'un air engageant.
— Tu sembles bien triste depuis que notre Orca n'est plus là, ma pauvre Ardoiseke !
— Heu, voui, il m’arrive parfois d’avoir le cafard… concédé-je avec réticence.
— Tu te sens seule, hein ?
— Heu... C’est pas spécialement ça...
Où veut-elle en venir ? Je me méfie, je me méfie !
Elle va chercher dans l'armoire une couverture de bébé qui a appartenu à Olivier, il y a très longtemps.
— Couche-toi là-dessus, ma minette ! Fais une petite sieste !
Son comportement me semble de plus en plus suspect. Dans le doute, abstiens-toi, Ardoise !
J'évite soigneusement la couverture. Quand Michèle l'étale sur mon repose-pieds, je vais dormir sur le dossier du divan. Quand je découvre l'objet déposé comme par hasard sur mon nouveau lieu de repos, je déménage dans l'ancienne chambre d'Olivier. Et ainsi de suite.
À malin, malin et demi !

Mes soupçons s'intensifient. Hier, en flairant par hasard le bas du pantalon de Daniel, j'ai senti comme un parfum félin étranger.
Késaco ?

J'ai fini par craquer et me coucher sur la couverture, durant plusieurs jours. C’était trop tentant : elle est tellement duveteuse, tellement douce, cette couverture ! Hier, surprise : elle avait disparu, remplacée par une autre (pas aussi jolie) sur laquelle j'ai détecté... quelques longs poils noirs et soyeux qui ne m'appartiennent pas ! J'ai reniflé, reniflé...
— Quel air a-t-elle ? a chuchoté ma mère d'adoption.
— Un air offusqué.
— Aïe aïe aïe...
— Si elles ne s'entendent pas, faudra les séparer... En mettre une dans la chambre d'Olivier...
À quoi riment ces cachotteries ? La moutarde commence à me monter au museau !

Scoubidou, bien sûr, c'est un nom que je reconnais : il s'agit de ma "cousine" si j’ose dire, la fille adoptive de ma Bobonne, la mère de Daniel... Mais qu'est-ce que cela a à voir avec moi, je vous le demande ?



8. LA CHATTE SCOUBIDOU


Vous savez, c’est un fameux calibre, ma "cousine" Scoubidou ! Quelqu’un de vraiment spécial !
Elle est de mon âge à peu près, mais plus grande et, de l’avis des humains qui n’y connaissent rien, absolument superbe. On me l’a décrite et personnellement, je ne vois pas quel charme on peut trouver à une chatte vaguement angora, toute noire et dont la fourrure prend des reflets roux au soleil… C’est d’un commun ! En plus elle a de grands yeux dont la couleur oscille entre le vert et le jaune, pfffft ! Un vrai chat pour sorcière d’Halloween ! Et un caractère, je ne vous dis que ça !
Surtout, ne pensez pas que je sois jalouse ! Je suis tout simplement objective : avouez qu’une belle chatte grise un peu ronde, c’est quand même plus classe qu’une espèce de ténébreuse armoire à glace !
Sur ce, maintenant, je suis obligée de lisser ma fourrure, parce que je me sens tout ébouriffée quand je pense à cette grande bringue de Scoubidou.
Pourtant, il faut bien que je continue à parler d’elle, pour vous mettre au topo. Tout ce que je ne fais pas pour vous, hein ?

La créature est native de notre village, à la campagne. Comme notre Orca, c’est une chatte de la Belgique profonde.
Quand elle était toute chatonne, elle est arrivée un jour d’été, par hasard, sur notre terrasse où mes parents prenaient leur repas, en compagnie de ma Bobonne.
Le ventre creux, la bestiole noire a accepté de bon cœur les restes de viande qu’on lui offrait et, mise en confiance, a pénétré sans façons dans la maison pour faire sa sieste sur le plus beau fauteuil du salon.

En ce temps-là, la chatte Caramel, "Sa Seigneurie" comme je l‘appelle, régnait encore en maîtresse incontestée sur la maison comme sur le cœur de mes futurs parents… et l’intrusion, dans son antre, d’un chaton guère plus grand qu’une crevette n’a pas été de son goût !
Les yeux exorbités de surprise, pétrifiée, elle a contemplé fixement le bébé félin tranquillement endormi. Visiblement, elle ne savait quel parti prendre…
Sa Seigneurie, vous la connaissez déjà, je vous ai parlé d’elle : théâtrale et exclusive, du style "Je t’aime pour la vie, mais si tu oses en regarder une autre, je te tue, je la tue, je me tue !"
Sous son regard courroucé, Scoubidou a continué à sommeiller paisiblement… Peut-être son instinct lui soufflait-il qu’en fait, elle ne courait aucun danger réel ?
Après sa sieste, elle a manifesté le désir de rester dans la maison. Pour couper court aux véhéments reproches de Caramel, mes parents ont installé dans le fenil une petite couchette où le chaton a passé la nuit. Ne voyant plus l’intruse, Sa Seigneurie s’est calmée.
Cela se passait à une époque où ma Bobonne se sentait fort seule : elle avait perdu son mari et son chien à quelques mois d’intervalle et ce chaton surgi de nulle part, sans doute perdu ou abandonné, lui est apparu comme un don du ciel : l’âme-sœur avec qui elle pourrait partager son petit appartement à Bruxelles.
C’est ainsi que, le week-end écoulé, Daniel a percé de petits trous une caisse en carton dans laquelle il a installé le bébé chat et… en route !
Une fois arrivée dans les lieux où elle vivrait désormais avec sa nouvelle compagne à deux pattes, Scoubidou a fait part de son légitime mécontentement :
— Comment, je choisis une maison qui me plaît, avec un jardin et tout et tout… et on m’offre ça ?
Malgré son extrême jeunesse, elle a immédiatement fait preuve d’un caractère bien trempé :
— Bon, je condescends à vivre ici avec toi, puisque, après tout, je n’ai pas le choix, mais attention ! Il faut que tout soit impeccable ! Je veux une nourriture raffinée et un bac de sable immaculé ! Sinon, gare aux représailles ! Tu as vu mes dents ? Tu as vu mes griffes ? C’est du costaud, hein ! Et je vais encore beaucoup grandir…
À bon entendeur, salut !
En un tour de patte, Bobonne s’est retrouvée réduite en esclavage, au point de ne plus même oser sortir de chez elle, sauf pour de brefs instants.
— Une journée à la mer, vous n’y pensez pas ! Je ne peux pas laisser ma pauvre Scoubidou toute seule, elle tant chaque fois que je m’absente !
Les relations entre Bobonne et Scoubidou s’avèrent houleuses et passionnées. Un jour, c’est la révolte : « Sale bête ! J’aurais mieux fait de me casser une jambe le jour où j’ai eu l’idée de t’adopter ! »
Le lendemain, c’est une autre chanson : « Ma poupousse ! Mon bébé ! Que deviendrais-je sans toi ? »  
Et la Scoubidou, tour à tour, lance des coups de griffe ou émet de voluptueux ronrons !
Étrangement, si elle se montre hardie et autoritaire avec Bobonne, elle est, au contraire, d’une timidité maladive à l’égard des étrangers. Sitôt qu’elle entend retentir la sonnette de la porte d’entrée, elle se rue dans le lit de Bobonne et va se dissimuler sous la couette, pour ne reparaître qu’une fois le visiteur en allé. Quand, poussée par la faim ou par un petit besoin pressant, elle est obligée de traverser le salon, elle le fait en rasant les murs et en se cachant derrière les meubles avec l’espoir d’être invisible.
Un cas spécial cette Scoubidou, vraiment !

Les mois, les années ont passé. Sa Seigneurie Caramel a achevé sa vie et moi, j’ai fait mon entrée dans la famille…
Petit à petit, cependant, Scoubidou a commencé à s’ennuyer dans son appartement. « La vie d’hôtel, c’est très joli mais un brin monotone… Et si j’allais voir dehors ce qui s’y passe ? »
Mine de rien, elle a guetté le moment opportun pour fausser compagnie à sa mère d’adoption. Elle a dû se montrer très patiente, car Bobonne veillait sur elle comme sur la prunelle de ses yeux !
Mais ce que chatte veut…
Par une nuit d’été, Bobonne est réveillée en sursaut par un grand bruit dans la rue… Poussée par la curiosité, elle se lève, remonte légèrement ses volets… et Scoubidou, qui n’attendait que cette occasion, s’est précipitée comme une flèche au-dehors, pour se volatiliser dans la nuit !
Aussitôt alerté par sa grand-mère affolée et sanglotante, Olivier a parcouru tout le quartier en voiture… Mais comment retrouver un chat noir dans l’obscurité ? Il est revenu bredouille.
Le lendemain, il a photocopié à de multiples exemplaires un portrait de la disparue et a collé des affiches un peu partout : Perdu chat noir (femelle) "Scoubidou". Très peureuse. N° de téléphone : …
Cette photocopie semblait représenter une énorme tache d’encre où se discernaient deux grands yeux diaboliques. C’est dire qu’elle n’était pas très nette.
Pour s’assurer l’aide du ciel, Bobonne a fait brûler des bougies devant une statuette de saint Antoine, en suppliant ce dernier de lui rapporter l’objet perdu.

À l’heureux étonnement de mes parents, beaucoup de personnes se sont intéressées au sort de la fugitive. En même temps, le nombre de chats noirs en vadrouille dans cette partie de la ville a semblé se multiplier ! Nous avons reçu d’innombrables coups de fil émanant de gens bien intentionnés qui voyaient vagabonder "Scoubidou" dans leur rue. À chaque fois, Daniel et Olivier allaient vérifier, l’espoir au cœur. À chaque fois, ce n’était pas elle…
Nouvel appel téléphonique.
Voix : « Allô, Monsieur Cuvelier ? La chatte que vous avez perdue attend-elle des petits ? » 
Olivier : « Heu, non, madame, mais elle est effectivement assez volumineuse…»    (l’effet des bons petits plats préparés par Bobonne !)
Voix : « Alors, je crois que je la vois ! » (Quel prodige, une voix qui voit !)
« Elle est devant ma porte !... Je vais demander aux passants de l’empêcher de partir. Voici l’adresse : … »
Daniel et Olivier se précipitent sur les lieux.
Arrivés à trois mètres de la chatte : « C’est elle ! »
Arrivés à un mètre : « Non, ce n’est pas elle ! » 
Désillusion. Les passants compatissent.
— C’est votre chat qui s’est perdu ? Ah, celui de votre maman ! Et si vous preniez celui-ci à la place ?
Imaginant la tête de Bobonne devant la fausse Scoubidou, Daniel a poliment décliné cette suggestion.
La chatte noire a profité du remue-ménage pour s’esquiver en catimini, en secouant la tête : « Ils sont fous ces humains ! Je me demande bien ce qu’ils me voulaient ! »

Le surlendemain de la disparition, encore un coup de fil, décisif celui-là  :
— Allô, Monsieur Cuvelier ? Je suis une voisine de votre maman et je viens de trouver son chat bloqué dans une fenêtre en sous-sol ! Pouvez-vous venir le récupérer ?
Arrivés à l’endroit indiqué, non loin de chez Bobonne, mes parents aperçoivent un attroupement : les habitants de la rue palabraient en se penchant sur une fenêtre en sous-sol d’où montaient des clameurs déchirantes.
Cette voix, ce pelage couleur de charbon, ces yeux de braise… Pas moyen de se tromper ! C’était bien elle, enfin !
Bobonne a couru à toutes jambes jusque chez elle pour préparer une assiette bien garnie à l’intention de la malheureuse rescapée, tandis que Daniel repêchait Scoubidou au moyen d’un filet à crevettes.
Pauvre Scoubidou, si timide ! Elle devait se sentir profondément bouleversée de voir tout ce monde autour d’elle. En outre, elle avait faim et froid, la pluie n’ayant pas cessé de tomber depuis sa fuite.
Et quel sauvetage humiliant ! Le filet à crevettes, comme un vulgaire crustacé !

Pour une chatte partie joyeuse à la conquête du vaste monde, l’aventure se terminait en queue de poisson…

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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Sam 21 Juil - 18:13:52

Trop beau... Vivant et passionnant...

Merci
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Mer 25 Juil - 14:26:40

Coucou Scouby

C'est trop agréable de te lire ; vraiment

Merci pour tous ces écrits

Bon après-midi

Calins à tous tes petits (es) 4 pattes


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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Mer 25 Juil - 16:00:08

Merci Marie, bon après-midi à toi aussi.
Je flemmarde un peu sur ma terrasse.
Gros .
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Jeu 26 Juil - 15:58:18

9. LE MYSTERE S’ÉPAISSIT


Après cet édifiant flash-back, revenons à la minute présente… et à mes interrogations sans réponse.
Il va sans dire que je reste sur le qui-vive, malgré mes airs nonchalants !

Nous sommes samedi… et Michèle est partie travailler. D’habitude, Daniel en profite pour faire la grasse matinée. Mais aujourd’hui, surprise : je le vois surgir dans le living, tout habillé, à neuf heures sonnantes !
Moi, j’émerge à peine du délicieux sommeil qui fait suite à mon premier petit déjeuner.
— Keske tu fais debout si tôt ? m’étonné-je.
Il ne répond pas, mais me lance un regard oblique. Il n’a vraiment pas l’air à son aise, je trouve. Qu’est-ce qu’il manigance, projetterait-il de m’emmener à la campagne ?
Méfiante, j’inspecte le hall d’entrée du regard. Aucun sac n’est placé devant la porte. Le frigo-box rouge brille par son absence… Bon, je ne crois pas que nous partions en voyage. Soulagée, je m’étire voluptueusement sur mon radiateur bien chaud.
Daniel enfile son blouson.
— Où cèke tu vas ? m’enquiers-je, talonnée par une légitime curiosité.
— À l’appartement de Bobonne, marmonne-t-il.

Ah oui, c’est vrai : ma Bobonne a déménagé. Elle habite à présent une maison de repos pour personnes âgées et Daniel consacre une partie de ses journées à vider l’appartement qui doit être remis en location.
Je suis sur le point de me satisfaire de cette explication…

Mais que fait-il ? Sur le point de partir, il prend sur le buffet une petite boîte en carton qu’il fourre dans sa poche.
Ma curiosité est à son comble : je sais en effet ce que contient cette petite boîte, j’ai lu la notice (mais oui, je suis une chatte exceptionnelle !) Il s’agit d’un puissant calmant pour animaux de compagnie. Un somnifère pour quadrupèdes agités.
Au début, j’ai cru que ce médicament était destiné à m’abrutir, lors de mes trajets en voiture. Mais toute réflexion faite, je ne vois pas pourquoi on m’infligerait ce traitement maintenant, au bout de plusieurs années de trajets hebdomadaires auxquels, d’ailleurs, je me suis petit à petit accoutumée, malgré mes spectaculaires trémolos…
Alors, à qui est destiné le contenu de la petite boîte ?

Demeurée seule, je rumine ces pensées sans y trouver de réponse. Puis, épuisée par cet intense effort intellectuel, je me rendors.
C’est à peine si je me rends compte du retour de Daniel, tout ébouriffé et porteur d’un grand carton agité de soubresauts, qu’il a l’air de maintenir à grand-peine. Le carton et son invisible contenu disparaissent dans l’ancienne chambre d’Olivier.

Au retour de Michèle, j’entends une conversation qui ne manque pas de m’intriguer.
Daniel, encore sous le coup de l’émotion :
— D’abord, je lui ai mis un demi-comprimé de calmant dans son steak haché, comme la vétérinaire l’avait conseillé… Puis j’ai attendu les premiers effets. Rien ! Elle ne s’est pas calmée du tout ! J’ai mis le second demi-comprimé… Rien ! J’ai été obligé de la poursuivre à travers l’appartement jusqu’à ce qu’elle se réfugie sur l’appui de fenêtre de la cuisine, alors j’ai pu la faire basculer dans une boîte en carton et j’ai fermé le couvercle…
— Oh là là ! La pauvre ! Et comment va-t-elle maintenant ?
— Maintenant, elle dort !
Une myriade de points d’interrogation tourne par-dessus ma tête.
— Et Ardoise, elle n’a rien remarqué ? chuchote Michèle en me coulant un regard sournois qui ne me dit rien qui vaille.
— Ben non, pas encore…
Ce qui démontre leur manque total d’observation ! Évidemment que je sais qu’il se passe quelque chose qui, peut-être, me concerne ! J’aimerais bien qu’on me mette au parfum, si ce n’est trop demander !
Mais j’ai beau accumuler les petites mines et les "Kwâ ? Kwâ ? Keskyâ ?", personne ne daigne m’expliquer la situation. On me regarde avec quelque chose qui ressemble à de la commisération.
— J’espère que notre pauvre Ardoise ne sera pas trop traumatisée…
— Mais non, elle a appris à connaître d’autres chats, à la campagne !

La soirée s’écoule paisiblement. J’ai renoncé, du moins pour l’instant, à éclaircir le mystère. Je somnole béatement sur le radiateur.
Nous sommes samedi soir, nous restons bien au chaud dans l’appartement et je me prépare à passer un dimanche paisible et familial.
Juste nous trois, mes parents-z-et-moi !



10. UNE INTRUSE !


Le dimanche matin, comme de coutume, je me réveille très tôt. Je bâille un bon coup et dis bonjour à l’aube nouvelle, même si, en fait, il fait encore sombre dehors.
Puis, je trottine vers la chambre afin de réveiller Michèle et lui faire savoir que je souhaite mon petit déjeuner.
La tactique est simple mais efficace : j’entre dans la chambre et saute sur le lit. Me mets à déambuler sur les deux montagnes qui font : "Rrrrrrrrrrr… Rrrrrrrrrrr…"
D’une patte précautionneuse, je tapote doucement une joue, tire une touffe de cheveux avec délicatesse. J’entonne, d’une petite voix douce un peu fêlée, ma voix irrésistible de tendre animal fidèle : « Mia-ha ! Mia-ha ! »
— C’est quoi, ça ? grommelle Michèle, ensommeillée.
— Mia-ha ! C’est moi, j’ai faim ! Mia-ha ! Miââââ-ha !
Elle soulève la tête, jette un regard incrédule sur le réveil.
— Mais… Il est cinq heures sept !
Qu’est-ce que ça peut me faire, à moi ? Il n’y a pas d’heure pour les braves !
— J’ai faim, j’ai faim ! Miâââââ…
— Bon, ça va !
Elle se lève, remplit ma gamelle, retourne se coucher. Je savoure mon premier repas dominical.
C’est la routine des dimanches, de chaque dimanche que Dieu fait.
Sauf aujourd’hui. Aujourd’hui, je n’entonnerai pas mon grand air de Mia-ha !

En effet…
Arrivée à hauteur de la porte fermée de l’ancienne chambre d’Olivier, je m’arrête net et tends l’oreille. Qu’ai-je entendu là ?
Ce n’est pas possible, je rêve, j’ai des hallucinations auditives ! Il va falloir me faire soigner par un psy-chat, mon Dieu, mon Dieu ! Et si c’était grave ? Si j’avais une sorte de tumeur au cerveau ? Si…
Mon imagination fonctionne à plein rendement. Juste pour me rendre compte de la persistance des symptômes alarmants, je risque un timide « Miaou ? » et j’attends l’écho… qui ne tarde pas.
— Miow ! Ooooooooooooooh !
Le poil tout hérissé, je me précipite vers le lit de mes parents.
— Ya...yayayayaya... un chat qui est entré cette nuit dans mon appartement ! Il… il… il est caché dans la chambre d'à côté ! Il miaule ! Il  ! Keskon va faire ?
— Ne t'affole pas, Ardoise, on va t'expliquer...
Et j'ai droit à l'explication, un peu tardive je trouve. Pourquoi me met-on devant le fait accompli ? Pourquoi ne m'a-t-on pas d'abord demandé mon avis ? C'est indélicat, ça, vous ne trouvez pas ? Je suis froissée au-delà de toute expression.
— Moi, j'aurais dit non ! Pas d'autre chat chez moi !
— Il faut comprendre, Ardoise, la pauvre Scoubidou n'a plus sa mamy… Sa mamy est placée en maison de repos et Scoubidou se retrouve seule au monde...
Et patati et patata. On croirait un remake des Deux orphelines, ma parole ! Je renifle avec dédain.
— Allez, Ardoise, un bon mouvement ! Tu es sa seule famille féline, à la pauvre Scoubidou !
Cela ne me fait ni chaud ni froid !

Un peu plus tard, Michèle se risque à ouvrir la porte de la chambre condamnée, afin de nous permettre, à l’intruse et moi, de faire connaissance.
Le museau fureteur, l’œil aux aguets, j’explore les lieux. Bon, il y a là un bac rempli de sable.
Je vais faire un petit pipi dedans.
Il y a là une assiette pleine de Sheba... Au contraire d’une foultitude d’autres chats, je ne raffole pas du Sheba, mais j'en mange un petit peu.
Il y a de l'herbe pour chat... C'est un pot identique à celui qui trône à côté de ma gamelle, dans la cuisine, mais goûtons quand même le contenu de celui-ci.
Après quoi, je recommence à arpenter la pièce d'un pas de propriétaire. Aucun chat en vue ! Pourtant, je hume sa présence. .. Où est-il donc passé ?
Jetant un coup d'œil au ras du sol, j'aperçois soudain, sous le lit, blottie contre le mur, une grosse silhouette noire dont les yeux phosphorescents me fixent avec appréhension.
Intriguée, je m'approche...
— Oooooooooooooooh, sanglote la créature, une vilaine bête grise ! Je veux ma mamy ! Ooooooooooooooh ! 
Stupéfaite, je regarde autour de moi. Complètement mythomane, cette Scoubidou ! Je ne vois aucune vilaine bête grise ici ...
Elle se remet à pleurer. Décidément, ça commence à bien faire !
— Viens, Ardoise, ça suffit pour le premier jour, dit Michèle en me faisant sortir de la pièce.  La pauvre Scoubidou a peur de toi.   
Je ricane intérieurement et me gonfle de fierté : laissez passer la redoutable Ardoise !

La porte de la chambre étant refermée, je ne me soucie plus de la créature qui y demeure. Tranquille, je poursuis ma petite vie ordinaire, apparemment pas traumatisée pour un sou. Daniel et Michèle semblent ravis de mon égalité d'humeur.
C'est au point qu'à présent, quand ma mère d’adoption rentre du bureau, elle se risque à ouvrir la porte de la chambre pour toute la soirée.
— C'est pour encourager la pauvre Scoubidou à prendre part à la vie familiale, dit-elle.
Hé là, pas si vite ! Scoubidou bouclée dans une pièce fermée, bon, je peux encore l'admettre. Mais Scoubidou vagabondant dans mon appartement, c'est une autre paire de manches et j'ai bien l'intention de le faire savoir à l'intéressée !
La mine conquérante, je m'introduis dans l’antre de l’intruse et la cherche des yeux.
Enfin, je la vois distinctement ! Elle ne s'attendait pas à ma visite et déambulait dans la chambre, se familiarisant petit à petit avec les lieux.
Elle est immense ! Toute noire, avec de longs poils touffus et des yeux flamboyants ! Les miens, d’yeux, m'en sortent de la tête.
Hum ! Hum ! Heureusement que rien jamais n'impressionne la vaillante chatte Ardoise !
Je respire un bon coup.

Après les émotions du premier jour, la créature semble s'être légèrement ressaisie. Assise sur son derrière, elle me dévisage, sa queue frappant le sol à côté d'elle : tap, tap, tap...
À mon tour, je m'assieds de la même façon, battant de la queue selon un rythme identique : top, top, top...
Silencieuses, nous restons à nous dévisager dans le vert des yeux, sans faire d'autre mouvement. Un quart d’heure se passe de cette manière. Je crois que le rite ancestral des présentations entre chats s'est déroulé de manière convenable. Il est temps de passer aux choses sérieuses.
Je prends mon air le plus patibulaire, le colt à la ceinture.
— C'est toi qu'on nomme Bidou ? Écoute-moi bien, je ne le répéterai pas : le chat de cette maison, c'est moi ! Pigé ?
Mentalement, je fais tournoyer mon colt. Yeah !
Elle semble perplexe, mais ne cède pas d'un pouce. Serait-ce une dure à cuire, sous ses airs effarouchés ?
— Et moi alors ? dit-elle avec une arrogance inqualifiable.  Je suis pas un chat, peut-être ?
Écrasons la rébellion dans l’œuf.
— Toi, tu es une orpheline recueillie par charité. Un genre d'animal sans importance...
Reprenant du poil de la bête, elle me lance un regard qui n'a rien d'insignifiant. Quelque chose me dit tout bas qu'il ne me sera pas tellement facile de la mettre au pas. La Scoubidou, bien que native de notre village campagnard, ne semble pas aussi malléable que mes charmants compagnons de là-bas...
— D'abord, dis-je, tu restes dans ta chambre. Je ne veux pas te voir ailleurs. Vu ?
— Pour le moment, j'ai pas envie d'aller ailleurs ! Après, je verrai !
Assurément, la lutte qui s’engage sera serrée… Mais l'issue n’en fait aucun doute dans mon esprit.

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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Jeu 26 Juil - 17:23:03

Trop mignon, comme toujours je vis au travers des lignes avec les chats.

MERCI.

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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 27 Juil - 14:31:42

C'est trop beau Scouby

Merci de nous avoir remis un morceau de tes écrits ;
comme le dis Monika en te lisant nous sommes avec
les mimines dans la pièce

Bon après-midi
Calins à tes petits 4 pattes
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Scouby
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Ven 31 Aoû - 12:41:45

11. COHABITATION DIFFICILE


J'ai pris l'habitude de rendre visite à ma "cousine" tous les soirs, afin de la surveiller de près. Nous nous considérons d'un oeil méfiant, assises à quelques pas l'une de l'autre. Parfois, nous échangeons des propos gracieux.
— Eh bien, andouille ?
— Ben quoi, grisouille ?
— Motus, fripouille !
— Non mais, gargouille !
— Gargouille, moi ? Annule, capsule !
— À d'autres, pustule !
— Noiraude ! Pruneau !
— Sale raciste !
— Raciste, moi ? (j'étouffe d'indignation)
— Tu m'as dit "Noiraude" ! C'est pas parce que j'ai le teint foncé que...
— Tu me traites bien de grisouille !
— C'est tout à fait différent !
Arrivées à ce stade de nos discussions quotidiennes, nous nous mettons à rugir et à souffler. C'est à qui prendra la voix la plus perçante.
— Enfer et damnation ! (très dramatique, la Bidou !)
— Purée de marrons ! (ça, c’est pour faire joli)
— Tu me les casses, fripouille !
— Attrape, grenouille ! Vlan !
— Ouille !
C'est alors qu'un de nos bipèdes, attiré par le bruit, surgit en catastrophe, persuadé que nous nous étripons… Juste quand on commençait à bien rigoler ! Moi, du moins…
— C'est presque fini ce raffut ? Ardoise, sors ! Arrête de faire peur à la pauvre Scoubidou qui n'a plus sa mamy !
Et gnagnagna ! Et gnagnagna ! Et je dois être douce et charmante! Et je dois donner l'exemple ! C’est toujours la même qui trinque !
La "pauvre Scoubidou" me lance un regard torve. Bon, je sors, mais pas trop vite, pour ne pas avoir l'air de décamper. J'emboîte dignement le pas à Michèle tout en jetant négligemment, par-dessus mon épaule : « Bye bye, Bidou, je reviendrai ! »
Elle me fait une grimace affreuse. Décidément, le dressage s'annonce difficile

À présent, elle quitte sa chambre le soir pour se faufiler sous le lit de Daniel et Michèle. Comme elle est toute noire, personne ne la voit.
Ma mère à deux pattes, en faisant son petit tour d'inspection dans l'antre scoubidien, constate que l’ordinaire occupante des lieux s'est absentée. C'est pourquoi elle laisse la porte ouverte.
Évidemment, ça ne rate pas : à trois heures du matin, nous nous retrouvons sous le lit parental et recommençons à nous chat-mailler. Excédé par les rugissements, Daniel a décidé que ces "sales bêtes" avaient dorénavant intérêt à se tenir tranquilles en sa présence. Pour commencer, on nous a séparées la nuit : la Bidou consignée dans sa chambre et moi, dans le reste de l'appartement.
Me traiter de sale bête, moi ! Bon, Daniel dit ça, mais quand je vais vers lui en ondulant et en faisant des petites mines, il fond. Je sais comment le prendre. ..
Mais je ne sais toujours pas comment prendre la Scoubidou ! Ça m'énerve !
Et vous pensez peut-être qu’au fil des jours, les choses vont s'améliorant ? Que nenni ! Maintenant, la bestiole refuse toute discussion : elle reste dans l'obscurité, tapie dans sa cachette. On ne la voit plus que sous forme d'une ombre vague. C’est la "chatte-fantôme".
Quant à moi, je dois bien avouer que je n'ai jamais fréquenté une créature comme ça, jamais, même quand j'étais au refuge Veeweyde !

— Mais Ardoise, me demande Michèle, pourquoi veux-tu absolument imposer ta loi à cette pauvre Scoubidou ?
— Tout simplement parce que je suis un chat dominant ! dis-je, surprise par la question. Et les chats qui prétendent vivre avec moi doivent s’y faire, c'est aussi simple que ça !
Entre nous, je ne crois pas avoir jamais réellement dominé l'Orca, quand j’y réfléchis sérieusement. L'animal se contentait d'appliquer avec moi son fameux principe : "Tact et diplomatie !" et je n’y voyais que du feu. Toutefois, l'important n'était pas la situation réelle, mais la perception que j'en avais.
— Et... il y a longtemps que tu es un chat dominant ? demande ma mère d'adoption, un peu sceptique.
— C'est de naissance, Madame !
— Mais...
— Décidément, vous les humains, vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez : pourquoi penses-tu qu'à Veeweyde, toutes les autres chattes de la cage me laissaient toujours manger la première ? Pourquoi elles n'osaient rien dire quand j'engouffrais la moitié de la pitance commune ? Hein ?
Michèle ouvre des yeux effarés. C'est vrai qu'elle ne s'était jamais posé la question. Elle me dévisage avec une considération nouvelle qui, je dois le dire, me fait bien plaisir.
— Comment ? Toi, si petite, si grise, si invisible, si... ?
Décidément, elle en rajoute, je finirais par me vexer ! Je gonfle le poil.
— Et alors ? Tu n'as jamais entendu parler des éminences grises ? Tu en as une devant toi !
Soufflée, elle ne pipe plus mot.
C'est vrai, quoi, personne ne m'apprécie à ma juste valeur, dans cette maison !

Je tente une autre tactique.
Assise sur mon derrière devant le lit sous lequel se terre la rétive Scoubidou, je prends mon air le plus bénin.
— J'ai une proposition à te faire, Bidou. Ouvre bien tes oreilles.
— Pffffffft !
— Tu as tort de le prendre sur ce ton, car ma proposition est très généreuse : veux-tu faire partie de ma meute ?
Silence sous le lit.
— Parce que, tu sais, je suis chef de meute !
— J’ m’en bats l’œil !
Je suis renversée.
— Tu sais au moins ce que c’est, une meute ? C'est un groupe de chats subalternes qui se placent sous l'autorité d'un chef, expliqué-je pompeusement. Les chats obéissent à leur chef qui, en retour, dans sa magnanime bonté, leur octroie sa haute protection. 
Un ricanement (qui ne me plaît pas beaucoup) se fait entendre sous le lit.
— Et où elle est, ta meute ?
— Les temps se suivent et changent, dis-je doctoralement. Dans ma jeunesse, j'ai eu sous mes ordres une quinzaine de chattes obéissantes...
(Si je me souviens bien, elles étaient plutôt somnolentes, mais passons.)
— Puis, je les ai quittées pour venir vivre ici et elles, à leur tour, ont dû être dispersées... Je suis sûre qu'elles pensent encore à moi avec nostalgie...
(En réalité, elles doivent se féliciter d’être débarrassées du goinfre qui les limitait à la portion congrue, mais  !)
Certaine de mon petit effet, je fais une pause. La voix sous le lit dissipe mes illusions.
— Tu radotes, Charlotte !
Supérieure, je décide d'ignorer l'interruption et poursuis :
— Ensuite, j'ai. eu sous mes ordres un dénommé Orca et une certaine Petite-Goulaffe. J'ai été obligée de chasser la Petite-Goulaffe qui me manquait du plus élémentaire respect. Le pauvre Orca, qui m'était resté fidèle, a perdu la vie... Maintenant, c'est toi ma meute.
Rugissement indigné. Je recule, un peu inquiète quand même.
— Moi ? Je suis pas une meute ! Moi je ne vis pas en groupe ! Moi je suis le cow-cat solitaire et loin de son foyer !
V'là la Bidou qui se prend pour Lucky Luke, à présent !
— D’ailleurs, ronchonne-t-elle, c’est pas les félidés, mais les canidés qui forment des meutes. T’es pas un chien ni un loup, que je sache ?
Je suis suffoquée. C’est n’importe quoi !
Et même si… Qu’est-ce qui peut m’empêcher, moi, d’être chef de meute, hein ? Puisque je l’ai décidé !
— Et arrête de me casser les pattes, je dors ! poursuit ma meute irascible.
— Je n'ai pas dit mon dernier mot ! rétorqué-je, ulcérée, en quittant la pièce de mon allure la plus royale.

Mon dernier mot, je l'ai dit hier soir.
Une fois de plus, confortablement installée devant le fameux lit, je fixais la pénombre dans laquelle se tapissait ma proie.
J'avais calculé, il y a un certain temps déjà, qu'en me plaçant à cet endroit stratégique, je faisais obstacle à la progression de la créature vers son assiette de nourriture et son bac de sable. Qui veut la fin veut les moyens : une Scoubidou affamée serait plus facile à mater qu'une Scoubidou en pleine forme. Je connais déjà assez la bestiole pour savoir que, moi présente, elle ne se risquera pas à manger ni à faire ses petits besoins : elle a de ces méfiances...
Donc, j'étais là, immobile et attentive. Aucun bruit, pas même un "Miow !" excédé ne me démontrait si ma ruse avait des chances de réussir. Coriace, l’animal !
Alors, la vaillante chatte Ardoise a perdu sa légendaire patience.
Hors de moi, je me suis précipitée sous le lit afin de donner à la mijaurée la correction qu’elle méritait cent fois. Oh, mes aïeux, j’en suis encore tout étourdie ! Un tourbillon noir s’est abattu sur moi et m’a poursuivie, dans ma fuite peu glorieuse, jusque dans la salle de bains !
Je ne sais ce qu'il serait advenu de ma petite personne si, sur ces entrefaites, Daniel n'avait fait irruption sur le champ de bataille. La Bidou n'a fait qu'un bond jusqu'à son refuge habituel, me laissant seule à essuyer les reproches.
— Ardoise ! Cette fois-ci, tu ne pourras pas nier, je t'ai vue. C'est toi qui as commencé !
Bien sûr que c'est moi ! C'est aussi moi qui suis ici chez moi, non ? Je ne vais pas me laisser faire, non mais !
Le voilà qui se rend dans l'ancienne chambre d'Olivier pour tenter de calmer un peu la locataire des lieux, à nouveau pelotonnée sous le lit, tandis que je prends place sur le radiateur du salon, en ruminant de sombres pensées.
Michèle entreprend de me consoler.
— Ne t'en fais pas, Ardoise ! Si ça ne va vraiment pas, on gardera la porte fermée, voilà tout !
— J'ai vraiment l'impression que Scoubidou se sent plus heureuse dans la solitude, dit Daniel qui vient de quitter le fauve.
Moi, cela me sidère qu'un félin refuse ma si agréable et enrichissante compagnie. Scoubidou, chatte grande et forte, aurait fait une meute si présentable !
Quel gâchis, vraiment !
— C'est dommage qu'elle soit si épouvantablement timide ! soupire Michèle.
— En tout cas, moi, je ne veux plus m'occuper de sa réinsertion sociale, c'est mon dernier mot ! dis-je d'un ton résolu, comme un candidat au jeu de " Voulez-vous gagner des millions ?" 
Et c'est vrai que j'ai gagné le gros lot avec ce monstre : le gros lot des emm... !

Toutefois, passant devant la porte close de l’intéressée, je ne peux m’empêcher de clamer : « Tu ne sais pas ce que tu perds, Bidou, yeah ! »
— J’y gagne une paix royale, miow ! rétorque-t-elle.
Actuellement, les choses en sont là.


Cela fait à présent un mois et demi que la perturbatrice en fourrure noire est venue squatter mon home sweet home et se permet d’y rester.

Figurez-vous que Mademoiselle Scoubidou s’imagine à présent que l'ancienne chambre d'Olivier est sa propriété exclusive ! Quand je me permets d’y entrer (parce que moi je suis chez moi, comme nul n’en ignore), elle me lance des injures de l'endroit où elle se tapit.
Alors, froissée, je me contente de m'asseoir devant sa porte ouverte, l’œil aux aguets, l'expression réprobatrice.
Ça ne lui plaît pas non plus ! Qu’est-ce qu’il lui faut ?

Quand Michèle apporte au stupide animal une assiette copieusement garnie, je l'escorte, bien sûr. Pas question qu'on m'écarte de la vie familiale ! Quand la gamelle est posée sur le sol, je la renifle, évidemment, faut que je contrôle la tambouille ! Pour contrôler, c'est incontournable : je dois goûter, sinon ce ne serait pas une vérification sérieuse. Je teste donc le steak haché de Scoubidou, le mien se trouvant bien en sécurité dans ma propre écuelle, à la cuisine.
Eh bien, pour récompense de mes bons soins, je ne reçois que noire (c'est le cas de le dire) ingratitude. La bestiole prend mal ces marques d'intérêt et s'avise de mugir et souffler dans ma direction !

Voilà-t-il pas que, l'autre jour, je la rencontre dans le hall de nuit, entre la salle de bains et sa chambre !
— Keske tu fais là ? éructé-je, les poils gonflés.
— Je me promène, grogne la ténébreuse. Je suis pas prisonnière, non ?
— Si, dis-je en barrant fermement le passage qui mène au salon et au reste de l'appartement dont je suis l'incontestée maîtresse.
— Et pourquoi je pourrais pas me balader dans le hall de nuit, si je peux savoir ? rétorque la créature à l'aspect méphisto-félin.
Bonne âme, je consens à expliquer :
— Parce que ce passage mène à la salle de bains où se trouve mon bac de sable, et je ne veux pas te rencontrer quand je me rends au petit coin, vu ?
— Sale caractère! grommelle l'intruse en réintégrant dignement sa tanière où je m'apprête à la suivre pour continuer cette édifiante conversation. Un rugissement me coupe les pattes
— Pas de grisouille dans ma chambre !
— Rien n'arrête la vaillante chatte Ardoise, clamé-ie pour la galerie.
Ceci étant dit, je me retire avec vaillance et diligence afin de méditer sur ma majesté outragée.
Une seule attitude est de mise, en une telle occurrence : le dédain absolu ! La négation intellectuelle de la moindre notion scoubidienne ! Peut-être que si je me concentre suffisamment longtemps, la bestiole finira par disparaître, à force de ne pas exister ?

Suite à cette scène, rien que pour m'embêter, la Bidou a fait des efforts de sociabilité. Pas à mon égard, non, non ! Elle est sortie de sa cachette alors que Michèle garnissait sa gamelle et a gambadé dans la pièce en se tortillant de manière coquette, tout en émettant des miaulements presque amicaux.
Miaulements qui sont allés crescendo lorsque, l'assiette proprement vidée, elle a voulu faire comprendre qu'elle désirait encore un peu de steak.
— Eh bien, on dirait que tu as moins peur de nous, Scoubidou ! l'a complimentée ma mère d'adoption tout en évitant de faire le moindre geste brusque susceptible de provoquer une rechute de paranoïa.
Moi, oubliant mes bonnes résolutions, je suis venue aux nouvelles. Il faut croire que je suis le monstre du Loch Ness, parce que j'avais à peine pointé le nez sur le seuil de la chambre que…
— Hiiiiiiiiiiiii ! s'est époumonée la maniérée.
Outrée, je suis retournée sur mon radiateur où Michèle est venue me prodiguer, une nouvelle fois, ses consolations bien intentionnées.
— Ne t'en fais pas, mon Ardoiseke !
— Oh, pas de raison pour que je m'en fasse ! dis-je en regardant paresseusement le boulevard. C'est quand même moi qui ai la meilleure part… Et puis, à mes yeux, sincèrement, cet animal n'existe pas !
C'est tellement vrai que lorsque, quelques instants plus tard, la Bidou (ayant pris son courage à quatre pattes), a passé une tête précautionneuse dans mon salon, je me suis contentée de fermer les yeux en faisant mine de plonger dans un profond sommeil.
Le dédain absolu, j'ai dit !

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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Sam 1 Sep - 17:14:33

Merci Scouby

Comme l'on plonge facilement dans tes écrits ; c'est super
Enore une fois j'étais sur les lieux

Bonne fin d'après-midi
Calins à tous tes cat'pattes


clein d\'oeil
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Jeu 6 Sep - 8:30:54



SCOUBY

En lisant, on se croit vraiment avec ces deux (fripouilles)
C'est un véritable enchantement.
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Scouby
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Lun 1 Oct - 12:09:23

12. JE DISPARAIS

Et les semaines passent et se ressemblent…
Compte tenu de l’indésirable existence de la Bidou, vous comprendrez que c’est à présent avec plaisir et soulagement que je vois arriver le week-end et la perspective d'un séjour régénérant dans une maison accueillante, n’appartenant qu’à moi.
Si on m’avait dit cela, il y a quelques mois, je ne l’aurais jamais cru !
Après (tout de même) les traditionnels trémolos que je vocalise du fond de mon panier, nous voilà arrivés à la campagne. Comme d'habitude, il fait froid et Daniel court dans le fenil casser du petit bois pour le feu, tandis que Michèle range les blousons dans ce qu'elle appelle son vestiaire : une gigantesque armoire ancienne.
Mue par une légitime curiosité et un sempiternel besoin de vérification — les meubles n'auraient-ils pas changé de place en mon absence ? — j'entre dans l'armoire sans que Michèle s'en aperçoive... et la porte se referme sur moi.
Comme il fait noir ici ! Et bien tiède, dites donc ! Pas comme dans le salon où je claque des billes !
J'explore, à tâtons. Tiens, voici la chemise de Daniel, je la reconnais : elle porte son odeur parce qu'il vient de l'enlever pour revêtir un gros pull. Des deux pattes antérieures, je fais glisser du cintre ladite chemise, la roule en boule dans le fond de l'armoire et me couche dessus en fermant les yeux d'aise.
En dehors de l'armoire, les événements se déroulent sans la moindre sérénité...
— Daniel, tu n'as pas vu le chat ? J'ai beau chercher partout, je ne la vois pas...
— Elle n'est pas dans le fenil !
— Peut-être est-elle montée dans la chambre, je vais regarder...
Quand elle redescend, l'angoisse se fait jour dans sa voix.
— Pas de chat ! Pourvu qu'elle n'ait pas découvert comment utiliser la chatière !
Daniel abandonne son bois en fulminant. Les voilà tous deux occupés à fureter avec frénésie, en hurlant sur tous les tons mon doux prénom.
Moi, comme Orca vous l’a déjà dit en son temps, je suis le chat qui ne répond jamais au nom d'Ardoise. Tranquille dans ma cachette, j'écoute avec ravissement la scène de ménage qu'a provoquée ma disparition. Ils en sont aux mots d'oiseaux. J'adore les mots d'oiseaux, ceux qui volent haut comme ceux qui volent bas... Ça me donne envie de les attraper.
— Tu peux bien parler, clame Michèle, c'est quand même toi qui avais perdu Ardoise l'été dernier !
— Et c'est toi qui as oublié de fermer la chatière quand nous sommes arrivés ! Intelligente comme elle l’est, elle aura vite compris !
Compris quoi ? Décidément, cette fameuse chatière m'intrigue de plus en plus. Va falloir que je vérifie, un de ces jours...
Les voilà qui sortent de la maison, l'un par la porte du jardin, l’autre par celle de la rue. Désespérément, ils scrutent l'obscurité en lançant des appels angoissés : « Ardoise ! Ardoise ! »
— C'est impossible, s'exclame ma mère d’adoption en rentrant. Elle ne peut pas avoir disparu aussi vite ! Je vais encore voir en haut !
Elle monte l'escalier, munie d'une lampe de poche, et s'aplatit par terre pour regarder sous tous les meubles. Daniel, lui, regagne le salon et, pris d’une inspiration subite, ouvre la porte de mon armoire.
J'entends les trompettes de Jéricho : « Je l’ai ! Elle est là ! Dans le vestiaire ! »
Soulagement général. Je sors de l'armoire, la queue haute, le regard critique.
— Vous n'avez même pas encore allumé le feu ? dis-je, réprobatrice. Décidément, vous ne vous souciez pas beaucoup du bien-être de votre chatte adorée !
Parfois, j’ai comme l’impression que je les énerve, je me demande bien pourquoi.

Le lendemain matin, Daniel est parti en voiture pour aller chercher ma Bobonne qui venait passer la journée chez nous.
Je l'aime bien ma Bobonne, parce qu'elle dit toujours que je suis une chatte si gentille et si mignonne, et aussi parce qu'elle s'extasie à chacune de mes petites mines. Le seul point négatif, c'est qu'elle parle aussi beaucoup de son monstre familier : « Et Scoubidou ceci, et Scoubidou cela... Ah, elle me manque, Scoubidou ! »
Comme vous le voyez, même ici, la bestiole ne me laisse pas tranquille ! Dommage qu'on ne puisse l'accepter, à la maison de repos. Malheureusement, les responsables des lieux sont intraitables là-dessus : pas d'animaux domestiques ! Et encore, ils n'ont jamais vu la Bidou. S'ils la connaissaient, le règlement serait sûrement encore plus draconien : pas de Scoubidou même en effigie ! Heureusement, tel n’est pas le cas et Bobonne peut conserver pieusement, sur sa table de nuit, une photo du fauve bien-aimé.
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 7 Oct - 15:38:39

Coucou Scouby
Super ; Ardoise cachée dans l'armoire qui écoute tous les
noms d'oiseaux
C'est incroyable qu'ils ne viennent pas quand on les appelle ; et
quand ils sont bien planqués comme ça ; allez les trouver scratch
J'enferme souvent perline dans la salle de bains ; au bout d'un moment
Empereur me fait comprendre que ça gratouille à la porte
Merci beaucoup Scouby ; encore une fois j'ai vécu la scène comme si j'y étais
Passe un bon après-midi
Calins à ton p'tit club
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Mar 9 Oct - 10:51:30

Scouby, c'est toujours un enchantement que de lire ces Mémoires... Comme le dit Marie, nous vivons la scène en même temps que nous la lisons.

Un grand merci à toi de nous les faire partager.



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Scouby
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 30 Déc - 18:56:28

On prend son courage à deux pattes... et on continue.


13. UN PEU D’EGYPTOLOGIE

Annette, notre voisine, est occupée à soigner son jardin avec amour et compétence. Assis sur son derrière tout près d'elle, Négatif admire en connaisseur.
— Pas mal, M'dame Annette, vous ne voulez pas que je vous aide un peu à creuser la terre ? Avec mes pattes, ce serait vite fait ! Je peux même arroser, si ça peut vous être utile !
— Arroser… Vraiment, si c’est comme tu l’entends, je préfère que tu t’abstiennes… mais tu es quand même un gentil chat !
Négatif se rengorge : il a grand soin de rester dans les bonnes grâces de cette aimable personne. En effet, elle lui donne régulièrement des restes de nourriture dont il fait son régal.

Plus tard, lui et moi nous retrouvons de part et d'autre de notre fenêtre de salle à manger. Je constate que l'animal semble soucieux.
— Koikilia ? m'enquiers-je.
— Oh, Mam'zelle Ardoise, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on ne voit plus Roublard.
J'écarquille les yeux. C'est vrai : ces derniers temps, Négatif est toujours seul.
— Où peut-il être passé ? soupire le délaissé.
— Il s'est peut-être fait écraser par une voiture ? dis-je, encourageante et optimiste comme toujours.
— On le saurait, Mam’zelle Ardoise ! On l'aurait vu ! Surtout un chat du gabarit de notre Babar !
C'est juste.
— Naïf comme il l’est, il a peut-être suivi une chatte de rencontre, se lamente Négatif. Ou alors, il est allé se promener dans la forêt et s'est perdu...
— Beuh non, dis-je, cette forêt est toute petite ! Même un bêta comme votre frère ne pourrait s’y égarer !
— Ou alors, il a trouvé une famille quelque part...
Devant mon visible scepticisme, il fait valoir ses arguments : « Vous savez, Mam'zelle Ardoise, il y a des gens qui aiment bien les gros patapoufs blancs avec une tête à la Chaplin, comme notre Roublard ! Ils trouvent ça mignon. »
Bon, d'accord. Certaines personnes ont des goûts bizarres...
— C'est comme P’pa, hein, Mam'zelle ! Il était pas si beau que ça...
C’est le moins qu’on puisse dire, mais je m’abstiens d’en rajouter. Pas la peine de vexer mon interlocuteur : la famille, c'est sacré !
— …et pourtant, M'sieur Dan et M'dame Mimiche l'aimaient beaucoup ! Vous l'aimiez beaucoup aussi, Mam’zelle Ardoise, malgré vos airs !
— Bon, bon, d'accord, c'est pas la beauté qui compte ! capitulé-je, évitant de laisser glisser la conversation sur mes petites mines snobinardes.
— Peut-être que notre Roublard se cache quelque part au chaud, comme M'man qui passe à présent toutes ses soirées chez son Monsieur ! continue l'animal pour se rassurer.
— C'est bien possible, approuvé-je. À propos, comment va-t-elle, votre maman ?
— Elle est incroyable, Mam’zelle Ardoise ! Elle a de ces inventions ! Vous savez qu'elle n'aimait pas mon prénom, Négatif ? Eh bien, maintenant, elle commence à l'accepter... Devinez pourquoi ?
J'ouvre grand mes oreilles pointues.
— Elle a découvert que Nég-Atif, ça a un petit aspect égyptien !
Il est obligé de m'épeler pour que je comprenne. Les pattes m'en tombent.
— Et même parfois, reprend la bestiole en prenant un air misérable, elle m'appelle Nég-Aton !
Je manque dégringoler de mon appui de fenêtre et reprends ma dignité à grand-peine.
— Elle est occupée à réinventer toute l'égyptologie, Mam'zelle Ardoise. Son histoire d'Égypte à elle, c'est ça :
« Il était une fois un immense royaume où coulait le Nil. Sur ce royaume régnait une jolie petite chatte noire à jabot blanc, nommée Néfertiti. Cette petite chatte était mariée à un pharaon noir et blanc, répondant au nom d'Or-Kâ, et avait deux enfants, Nég-Aton et Bab-Hâr... Un triste jour, pourtant, Or-Kâ partit sur la barque du destin... »
...et ainsi de suite, Mam’zelle Ardoise ! Notez bien, on ne le dirait pas, mais c'est une intellectuelle, ma M'man ! Au fond, j'aurais bien aimé vivre en Egypte, au temps où nous y étions si bien considérés, nous les chats !
— C’est vrai ? Que faisions-nous, en Egypte ? demandé-je, intriguée.
Un peu d'instruction n'a jamais fait de mal à une honnête chatte !
— Nous gardions les temples, Mam'zelle Ardoise! Nous avions même une déesse à notre effigie : Bastet, qu’elle s’appelait. Ça devait être cool, non ?
Moi, Ardoise, gardienne d'un temple ? Je ne crois pas que ça me plairait... Vous me voyez déjà exercer une fonction pareille, avec le petit caractère enjoué que vous me connaissez ?.Je périrais d'ennui ! D’abord, est-ce qu'il y avait des radiateurs surmontés de coussins moelleux, dans ces temples ? Ça m'étonnerait... Non, non, je suis bien contente de n'être pas chat d'Égypte à l'époque des pharaons.
Par contre, Sa Seigneurie Caramel aurait adoré ça !

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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Dim 30 Déc - 19:02:19

14. PARTAGE DU TERRITOIRE


Voilà que nous rentrons à Bruxelles, le week-end terminé. Demain, Daniel va entamer sa dernière semaine de labeur, avant la pré-retraite ! Michèle va travailler encore quelques mois... À courte échéance, notre vie va changer, mais je ne m’en rends pas encore vraiment compte.
Évidemment, à peine ai-je posé les pattes dans mon appartement et entrepris mes rituelles vérifications, il faut que je me rende à l'évidence : avec son sans-gêne coutumier, la Bidou s'est baladée partout chez moi !
Justement, la voilà à la porte de sa chambre, me fixant d'un œil menaçant.
— Cette chambre, le hall de nuit et la salle de bains sont à moi ! déclare-t-elle sans ambiguïté. Je consens à te laisser un droit de passage pour te rendre à ta litière, mais c'est tout ! C'est pas juste que toi, tu prennes tout l'appartement alors que moi, je n'ai qu'une chambre !
Mon poil se gonfle. Oser me traiter de la sorte chez moi !
— En plus, poursuit l'insupportable, je veux aussi la chambre dont la porte est fermée, celle-là !
— Jamais de la vie ! glapis-je. C'est la chambre de Daniel et Michèle et j’y passe mes nuits. Pas de noiraude dans la même pièce que moi !
— Teigneuse !
— Voleuse !
— Chicaneuse !
— Emm...euse !
— Yeeeeeeeeeeeeeeeek !
— C’est presque fini, les chats ! hurle une voix bien connue, venant du salon. Ardoise ! Viens ici ! Tu sais bien que Scoubidou a peur de toi !
Peur ? Mon oeil !
J'opère une digne retraite. Inutile de préciser que je bous de rage, je parie que la vapeur me sort par les oreilles !

Plus tard, je viens à peine de m'allonger sur mon repose-pieds, que vois-je ? La Bidou se dirigeant d'un pas nonchalant vers ma cuisine ! Je gonfle comme un ballon : c'est fou comme mes poils s'aèrent souvent, ces derniers temps !
— Eh ! Je t’ai pas laissé le droit de passage ! craché-je.
— Ce droit, je l'ai automatiquement ! réplique (de loin) l'intéressée. N’oublie pas que mon nom officiel est Scoubidou Passage !
— Et pourkwâ que tu t'appellerais comme ça ? hurlé-je.
— Parce que c'est le nom de famille de ma Mamy ! Donc c'est mon nom aussi ! C’est écrit sur mes papiers d’identité et dans mon petit livret de santé !
Le comble, c'est que c'est vrai ! Écœurée, je ferme les yeux… pour les rouvrir aussitôt, frappée par une pensée soudaine : si la Bidou habite à présent chez moi, va-t-elle changer de nom de famille ? Va-t-elle s’appeler comme moi ? Inimaginable, vous ne trouvez pas ?
Ce qui me fait enrager, c'est que, vraiment, mon appartement est à présent coupé en deux par un invisible mur de Berlin ! Au diable la calamiteuse !
Cette dernière n'a pas renoncé à inclure aussi dans son territoire la chambre de mes parents. Mais là, elle tombe sur un os : elle a beau fixer Michèle d'un regard plein d'espoir quand celle-ci ouvre la porte de ladite chambre, elle n'a toujours pas le droit d’y pénétrer… Mes parents n'ont pas envie d'être à nouveau réveillés, à trois heures du matin, par une flambée de guerre ardoiso-scoubidienne se déclenchant sous leur lit !

Pour ma part, je médite sur mon radiateur, morose, en regardant distraitement les autobus et les voitures qui circulent sur mon boulevard.
Au terme de mes pensées, je suis obligée d'admettre une chose : je ne suis pas une chatte ordinaire.
Bien sûr, j'ai de multiples qualités qui font de moi le fleuron de l'espèce (vous allez penser que mon second prénom est Modeste) mais par ailleurs, il est évident qu'une malédiction s'attache à ma pauvre petite personne.
Comment expliquez-vous, les amis, que j'attire comme un aimant tous les chats tordus de la Terre ? Je ne connais aucun chat simplement ordinaire ! C'est comme si je portais sur la tête une banderole : "Venez à moi les félins vagabonds, ou complexés, ou timides, ou trop bêtes, ou trop intelligents, ou mythomanes, ou petites pestes, ou gloutons, ou envahissants ! Venez à moi, les Orca, les Titi, les Roublard, les Négatif, les Néfertiti, les Petite-Goulaffe, les Gourmande, les Scoubidou ! Venez compliquer l'existence de la pauvre Ardoise qui ne demandait benoîtement qu'à mener une vie paisible !"
Peut-être que ça n’existe pas, un chat simplement ordinaire…
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MessageSujet: Re: La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)   Mer 2 Jan - 16:13:01

Coucou Michèle

Merci pour ces nouveaux chats-pitres "Négatif" avec votre tite "Ardoise "
et "Scoubidou" tojours avec votre tite "Ardoise "
Toujours aussi bien écrit ; on entre de suite dans l'histoire et
on est vraiment sur place

A bientôt de te lire


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La valse des chats noirs (Mémoires d'Ardoise tome 2)
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