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Chatte des villes et chat des champs (extraits)
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| | Chatte des villes et chat des champs (extraits) | |
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| Auteur | Message |
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Marie Je garde le forum


 Nombre de messages: 7343 Age: 59 Localisation: montluçon Emploi: retraitée Loisirs: puzzle lecture mots fléchés internet Date d'inscription: 22/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Dim 30 Mai 2010 - 13:57 | |
| Très beau poême d'Ardoise ! Oh elle fait la tête sur la photo la minette, pas contente de ne pouvoir atteindre le bananier ?? ou bien elle s'est faite traitée de salle bête ?? Toujours très joli ce que tu écris ; on est toujours autant dans l'histoire, je me voyais vraiment dans le salon ! Pas mal aussi le coup du frigo avec Olivier ! Superbe ! Amiotiés !  |
|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Dim 30 Mai 2010 - 14:02 | |
| Merci, La Glaude ! La photo, c'est simplement pour illustrer la manière qu'elle a de s'asseoir, j'ai toujours trouvé ça comique. |
|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Lun 31 Mai 2010 - 21:47 | |
| C'est vraiment un très joli texte . Magnifique le poème et la photo pour clore tout ça est superbe. Une fois de plus tu nous as transporté dans le monde d'Ardoise, et c'est un grand plaisir.  _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mer 9 Juin 2010 - 13:07 | |
| HISTOIRE DE PELADES (Orca)
Ils se sont absentés quelques jours. Au retour… Cri d’horreur : - Orca! Que t’est-il arrivé ? Tu es tout pelé ! - Affreux ! Littéralement hideux, s’exclame Dan, péniblement impressionné par mon aspect. Et il ajoute pour faire bonne mesure, tandis que je courbe la tête sous le poids de la honte : « Répugnant ! » C’est pas gentil ça ! Je trouve quand même qu’il exagère un peu !
Bon, c’est vrai, ma belle fourrure s’en est allée. N’en subsiste qu’un poil ras qui repousse peu à peu. On dirait que j’ai fait mon service dans l’armée américaine.
Mimiche et Dan, remis de leur stupeur, m’examinent : « Oh, pauvre Orca ! Il y a plein de petites bêtes sur ton poil ! Où es-tu allé te promener ? » - Je n’en sais rien, dis-je lamentablement, j’ai attrapé ça tout à coup ! - Et ta figure toute sale ! Et ton museau ! C’est du sang séché ? - Mais non, c’est de la sauce tomate ! Il faut bien que je me nourrisse quand vous n’êtes pas là ! La voisine a fait du spaghetti à la Bolognaise et elle m’en a donné une assiette… - Tu es quand même maigre, mon pauvre minet ! Nous allons bientôt venir en vacances, Orca, on te remplumera ! Ouf ! Ils m’aiment encore, malgré mon aspect si peu engageant ! J’en ronronne de plaisir. Tant pis si, pour le moment, je suis le chat le plus affreux du village !
Passons à autre chose, ça vaudra mieux.
La timidité de ma pauvre Néfertiti me sidérera toujours ! Comment peut-on être timorée comme ça, alors qu’on connaît depuis des années tout son entourage, hommes et bêtes ? Néfertiti se conduit en tous points comme si elle vivait dans une jungle peuplée de monstres féroces n’ayant en tête qu’une idée fixe : la dévorer toute crue !
Ainsi, l’autre jour… Vous savez comme je suis prévenant avec ma fiancée toute noire, hein ? Je l’accompagne dans ses promenades, quand elle mange je fais le guet… Vraiment un chevalier servant irréprochable, je suis ! Mimiche a déposé une assiette de nourriture à son intention dans le passage entre notre maison et celle du voisin. Les autres chattes viennent manger sur la terrasse, en notre compagnie, mais pas Néfertiti ! Ou alors elle attend que la terrasse soit déserte… Mais à ce moment-là, Mme Gourmande et Mlle Petite-Goulaffe sont déjà passées et la gamelle est vide. C’est pourquoi on lui a mis un petit couvert à part. Bon, l’autre jour, donc, elle arrive, se faufile jusqu’à l’assiette avec d’infinies précautions et commence à manger. Moi, gentiment, sans penser à mal, je penche la tête en avant pour la contempler. A peine le temps de dire ouf, la voilà qui détale à toutes pattes !
- Qu’arrive-t-il à Néfertiti ? demande Mimiche toute étonnée. - Elle a eu peur, dis-je. Peur de moi ! Ça alors ! Il faut dire qu’à ce moment-là, je n’étais pas encore pelé. J’étais tout ce qu’il y a de normal. Je m’en vais retrouver l’éplorée dans sa tanière, au milieu d’un bosquet très feuillu et enchevêtré, situé devant notre maison, de l’autre côté de la rue. Entre parenthèses, c’est comme ça que Néfertiti est toujours avertie la première de l’arrivée de ma famille le vendredi soir : dans son fourré, elle est aux premières loges pour voir arriver la voiture ! - Qu’est-ce qui t’a pris, Néfer ? - C’est horrible ! hoquette-t-elle… J’ai vu… Une effrayante bête noire de l’autre côté du mur, qui me regardait fixement ! - Ta bête noire, c’était moi, Néfer ! - C’est pas vrai, t’es pas tout noir ! - Justement, ton imagination te fait voir des trucs qui n’existent pas, Néfer ! Faut faire un effort, ou alors aller voir un psy-chat ! - J’ai peur des bêtes noires, murmure-t-elle. Pourvu qu’elle ne se retrouve jamais devant un miroir !
Elle a décidé de faire un effort, un gros effort !
Un soir, tandis que Dan et Mimiche admiraient les étoiles sur la terrasse, la porte du jardin étant ouverte, Néfer a plongé : subrepticement, elle s’est introduite dans le fenil pour l’explorer. Comme son cœur devait battre ! Hélas ! Voilà qu’au même moment, Mimiche, prise d’un besoin naturel subit (le petit coin se trouve dans le fenil), s’est rendue au même endroit en… refermant la porte derrière elle. Pauvre Néfertiti ! Elle s’est mise à pousser des gémissements lugubres. Très étonnée, Mimiche, qui regagnait le jardin, a scruté l’obscurité. Elle n’a rien vu, Néfertiti se confondant avec l’ombre environnante. Au dernier moment, elle a cependant discerné deux yeux apeurés qui brillaient comme de petites lampes. Elle a évidemment laissé la porte ouverte en regagnant la terrasse. Aussitôt, elle a vu filer près d’elle une petite fusée noire et terrorisée qui s’est précipitée au-dehors et a disparu dans la nuit. Une nouvelle fois, je suis allé raisonner l’infortunée, blottie dans son nid de feuilles et de branchages. - Tu as voulu en faire trop d’un seul coup, Néfer ! Un pas à la fois, tu finiras bien par y arriver !
J’ai été récemment confronté à un mystère. - Orca, me dit Mimiche, la pauvre Néfertiti a attrapé les mêmes petites bestioles que toi : je l’ai vue tout à l’heure, son encolure est toute pelée ! - Pas possible ! dis-je. Je ne m’en suis pas aperçu ! Dans la soirée, alors que Mimiche lisait tranquillement sur la terrasse, mon copain le chat gris (vous savez, la créature soyeuse et ondulante avec un long, long dos ? Eh bien oui, il est devenu mon copain ! Vous voyez que je ne suis pas si terrible avec les jeunes chats!) mon copain le chat gris, donc, est venu me dire bonjour. Néfertiti le suivait, mais comme le crépuscule était tombé, je n’ai pas pu distinguer sa pelade. Tous trois, nous nous sommes tranquillement assis en rond, sur des pierres plates, pour deviser. Mon attention a été attirée, à ce moment, par Petite-Goulaffe qui essayait de s’intégrer à notre cercle. - Non, Petite-Goulaffe ! Laisse les adultes tranquilles ! Va jouer ! - Mais je peux bien parler avec vous ! J’suis aussi maligne que vous trois ensemble, non ? Je la regarde de travers. Je crains fort qu’elle n’ait raison, la petite délurée ! - Cela ne change rien à l’affaire, dis-je sans me fâcher. Tu es un NENFANT et tu ne te mêles pas de nos affaires ! - C’est pas juste ! - C’est ta faute : tu refuses de grandir ! Mouchée, la petite s’en va, un peu confuse. Je parie qu’elle va sérieusement réviser sa position et qu’elle aura gagné quelques centimètres bientôt !
Le lendemain, en plein jour, je revois Néfertiti. - Vous vous êtes trompée, dis-je à Mimiche, Néfer n’est pas pelée du tout ! Elle est sidérée. - J’avais pourtant bien cru voir… Une heure plus tard, Néfertiti mange, entre les deux maisons. Je m’approche, incrédule : elle a l’encolure toute mitée ! C’est Dan qui a trouvé la réponse à cette énigme. - C’est bien simple, se rengorge-t-il. Il y a deux Néfertiti, voilà ! Deux Néfertiti ! Laquelle est la mienne ? L’amour de ma vie ? - A mon avis, celle qui a un tout petit triangle blanc sur la gorge, me renseigne aimablement Dan. Eh bien ça alors ! Deux Néfertiti, toutes deux aussi timides l’une que l’autre, toutes deux habitant dans la même tanière et ne se montrant qu’à tour de rôle, jamais ensemble !
- Tu aurais pu m’avertir ! dis-je à « ma » Néfertiti, celle qui heureusement, n’est pas pelée. - Oh, Orca, c’est tellement amusant d’intriguer ainsi les gens ! minaude-t-elle. Incroyable, vous ne trouvez pas ? |
|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mer 9 Juin 2010 - 13:20 | |
| Ah oui incroyable S'il n'y avait pas eu ce parasite vous n'auriez jamais sû que Néfertiti avait une jumelle . Une fois de plus j'étais moi aussi dans le jardin à observer les chats  Merci Scouby _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Dim 27 Juin 2010 - 12:40 | |
| A nouveau Ardoise...
Et maintenant, c’est presque le départ en vacances… mais pas en ce qui me concerne : Olivier et Nathalie vont me garder et me dispenser toute la nourriture, la boisson et l’affection dont j’aurai besoin durant les trois semaines où Michèle et Daniel iront travailler dans la vieille maison de campagne avec, toutefois et s’il fait beau, un intermède de trois ou quatre jours en France !
Pourquoi ne puis-je les accompagner ? Eh bien, en premier lieu, parce que je déteste voyager en voiture, comme chacun sait, et en second lieu… parce que l’Orca a attrapé des parasites dans sa fourrure et que Michèle a peur de la contamination pour moi ! Pauvre Orca, il en est tout traumatisé ! C’est vraiment la grande affaire de sa vie en ce moment ! Je dois avouer que je suis plutôt embêtée… Vous vous en souvenez peut-être, j’avais composé, il n’y a pas longtemps, des vers de mirliton souhaitant la gale à mon chevalier noir et blanc… Et si c’était la conséquence de mon vœu si peu charitable ? Serais-je une sorcière jeteuse de sorts sans m’en douter ? Je me contemple dans le miroir : a-t-on jamais vu une sorcière tigrée et toute ronde, avec des yeux naïfs et un petit museau rose ? Je serais bien la première de ce style mais… on ne sait jamais !
Une fois de plus, Daniel est parti pour quelques jours dans notre vieille maison et je me retrouve seule avec ma mère d’adoption. Le soir, ma compagne à deux pattes nettoie et fait du repassage en prévision de son départ. Moi, confortablement étalée sur le dossier de mon fauteuil, je la regarde, les yeux mi-clos, image vivante de la béatitude. Ça a du bon, la vie de chat ! Au fond, je suis à l’hôtel toute l’année, moi !
Quelque chose ne me convient pas ? J’appelle le personnel de cuisine : « Hep ! Michèle ! Veuillez remplacer cette infâme tambouille par du colin d’Alaska bien frais, je vous prie ! Je ne mangerai plus une miette d’ici-là ! Hep ! Veuillez remplacer ma litière ! Il y a comme une petite odeur qui m’incommode ! » — Tout de suite, Votre Altesse ! Je ne garantis pas la véracité absolue des dialogues, mais c’est quand même à peu près ça… Il paraît que mes mimiques sont tellement expressives que tout le monde comprend ce que je veux dire ! Et tout le monde se met en quatre pour me satisfaire car « Pauvre Ardoise ! Tu as été si malheureuse quand tu étais petite ! Tu mérites bien une bonne vie douillette, maintenant ! »
Après avoir repassé son linge, Michèle pense aux loisirs. Elle s’installe bien à son aise et regarde une cassette-vidéo qu’elle n’a pas encore vue. Il faut vraiment profiter de l’absence de Daniel pour regarder un programme : quand il est là, il est constamment vissé devant le petit écran et il zappe ! Il adore ça, regarder plusieurs chaînes à la fois. Pendant ce temps, Michèle s’énerve. Moi, je m‘en fous.
Si je suis satisfaite des services de mon maître d’hôtel, je grimpe sur ses genoux et fais mine de regarder, moi aussi, la cassette. Sinon, je me réfugie sur une chaise glissée sous la table et me rends invisible, dissimulée par la nappe qui recouvre mon museau. Ah, Michèle ne m’a pas acheté de bœuf haché ! Je ne lui ferai pas l’honneur de ma compagnie, na !
À neuf heures, ni plus tôt ni plus tard, je vais me coucher sur un vieux repose-pieds, mon lit à moi, et je m’assoupis, satisfaite de ma journée. Je somnole, en entrouvrant de temps en temps les yeux pour surveiller ce qui se passe. Vers dix heures du soir, je me réveille pour casser la croûte, puis reviens me coucher. Une bonne petite vie de chat, vraiment !
Mon ex-grand amour, Olivier, a terminé ses études et cherche du travail. Nathalie, elle, en a déjà trouvé. De temps à autre, le tout récent diplômé ne peut dissimuler ses craintes : et s’il ne trouvait rien ? Il aurait l’air fin, vis-à-vis de sa dulcinée ! — Ne t’en fais pas, lui dis-je réconfortante, si tu ne trouves pas de boulot, tu resteras avec moi. Tu partageras ma petite existence confortable, tu me soigneras, on mangera du colin d’Alaska, puisque maintenant on ne peut plus rien manger d’autre, avec ces histoires de vaches cinglées et de poulets dioxinés. On restera ensemble toute la journée pendant que Nathalie travaillera… Déjà je fais des rêves roses, mais la vie idyllique que je lui décris ne semble pas sourire au principal intéressé. Lui qui, il y a deux ans à peine, prétendait tellement m’aimer ! Je râle. Michèle s’en mêle : « Je t’ai déjà dit, Ardoise, qu’Olivier ne veut pas mener une vie de chat ! » — Mais pourquoi ? Pourkwââââââ ? Vraiment, je ne comprends pas !
Les humains sont tout à fait étranges, vous ne trouvez pas ? Toujours à courir après ce qu’ils n’ont pas ! Ils devraient faire comme moi, je suis contente de ma situation actuelle et n’en veux pas changer… Bon, il m’arrive de bouder, c’est vrai, mais ça ne dure jamais bien longtemps… — En quoi tu as tort, murmure une voix désapprobatrice près de mon oreille. — Tiens, vous voilà, Vot’Seigneurie ? — Un chat digne de ce nom (moi, par exemple) sait bouder longtemps, très longtemps ! — C’est fatigant, ça, Vot’Seigneurie ! — Tu n’as pas assez de suite dans les idées ! Comment veux-tu qu’on te respecte, si… — J’veux pas seulement qu’on me respecte ! J’veux surtout qu’on m’aime ! Qu’on me fasse des petites caresses, qu’on me grattouille le menton ! — Oh, dans cette famille, ce n’est sûrement pas ça qui te manque ! Je me souviens, moi, je me prêtais en général de bon gré à leurs manifestations d’affection (il faut avouer que c’est assez agréable) mais quand j’en avais assez des caresses, je levais une patte en guise d’avertissement : " Fini, maintenant, sinon je mords !" et ils me laissaient tranquille. Il faut leur montrer que tu as de la personnalité ! — Voui, Vot’Seigneurie ! — Que tu n’es pas un animal en peluche ! — Non, Vot’Seigneurie ! Mais soyez tranquille, avec tout ce que je bouffe, je leur coûte cher et ils voient bien que je ne suis pas une peluche ! — Bon ! Continue à suivre mes conseils et dans très, très longtemps, tu ressembleras peut-être à une chatte normale. Tu n’auras jamais mon quotient intellectuel, mais personne ne te demande d’être une surdouée, ne t’en fais pas ! Sur ces paroles de réconfort, elle s’évanouit dans l’air, tandis que je rumine : c’est quoi, une chatte normale ?
CE DEMON DE PETITE-GOULAFFE ! (par Orca)
Bof, je ne suis pas très chanceux en ce moment… Récapitulons : l’année dernière, à cette époque, j’étais presque borgne. Puis, quelques mois plus tard, je me suis esquinté une patte. Maintenant, j’ai attrapé je ne sais où des petites bestioles féroces qui s’attaquent à mon pelage ! Si c’est pas de la poisse, ça ! Dur dur, le métier de chat des champs !
Parfois, je me surprends à envier la belle Ardoise. Elle ne change pas, elle ! Elle garde un visage de chaton, sa fourrure est brillante et épaisse, les coussinets de ses pattes sont propres et intacts… Mais toute médaille ayant son revers, je suppose que parfois elle doit s’ennuyer ! Elle prétend que non, que son imagination lui fait vivre une foule d’aventures extraordinaires dans l’espace restreint de son appartement, mais je doute… Moi, je n’ai pas une imagination débridée, mes aventures m’arrivent vraiment, je n’ai ni le temps ni l’envie de fabuler ! Lequel de nous deux est le mieux loti ?
Faut dire que je ne me pose la question que lorsque je suis un peu déprimé, comme en ce moment. En temps ordinaire, je suis très heureux de ma condition : je vais, je viens, je fréquente qui je veux, je suis mon seul maître. Les week-ends, je suis alimenté comme un pacha et, en semaine, je chasse pour me nourrir, ce qui entretient la sveltesse de ma silhouette et la souplesse de mes articulations. Si j’ai envie de faire une sieste au soleil, couché de tout mon long dans le potager de Dan, pas de problème. Si je préfère grimper au sommet d’un arbre pour explorer les alentours, personne ne songe à m’en empêcher. Si, d’aventure, on me cherche des puces, je ne suis pas obligé de le supporter, je m’en vais…
Ah, satanées bestioles ! Elles me chatouillent, me grattouillent… Le mois dernier, j’avais perdu tout le beau poil de mon encolure, presque jusqu’au milieu du dos ! Heureusement, il repousse, tout doux et soyeux, mais encore un peu court à mon idée. Quand elle me caresse, Mimiche dit que je suis en velours, ce qui me console un peu. Il faut avouer que j’ai vraiment une allure bizarre en ce moment : le haut tout maigre et déplumé, le bas hirsute… je ressemble à un vautour de bande dessinée.
Durant leurs vacances, Dan et Mimiche se sont donné beaucoup de mal pour me faire grossir, sans beaucoup de succès. Pourtant, je mange avec un appétit d’ogre. Faut croire que je dépense toutes les calories que j’avale. Ils se sont aussi attaqués à mes horribles petites bêtes et j’ai constaté une réelle amélioration de mon état. Je n’ai pas retrouvé mon look de jeune premier, je ressemble toujours plus à Columbo qu’à Depardieu, mais patience ! Ma beauté reviendra, du moins je l’espère !
Je n’ai pas encore digéré l’épisode " Néfertiti". Quand je vais retrouver ma fiancée dans son abris de feuillage, je me sens étreint par un doute : laquelle vais-je rencontrer ? Dans l’ombre environnante, je ne vois pas très bien la petite étoile blanche qui, paraît-il, distingue la mienne de l’autre ! Et si cette dernière vient de boire un bol de lait, la ressemblance est tellement frappante qu’il me faut la pleine lumière du jour pour déterminer à qui j’ai affaire !
Ma Néfertiti à moi me semble plus mince, haute sur pattes. L’autre est un peu plus trapue et son pelage noir prend des reflets roux au soleil. Mais elles ont exactement le même petit visage craintif, la même expression timide ! Dire que j’ai mis tant de temps avant de comprendre ! Et encore, si Néfertiti n° 2 n’avait pas attrapé les mêmes petites bestioles que moi, je n’aurais peut-être jamais rien su !
— Je ne peux pas continuer à vous appeler toutes les deux Néfertiti ! dis-je à la mienne sur un ton agacé. — C’est bien simple, rétorque-t-elle, appelle-nous Néfer et Titi ! — Mais dans le noir, comment puis-je savoir qui est Néfer et qui est Titi ? Pas de réponse. Je la soupçonne de ne pas très bien savoir elle-même laquelle des deux elle est !
Lors de sa dernière visite chez nous, Mme Maman m’a trouvé vieilli. Il est vrai que mon visage patibulaire a pris une expression soucieuse. Avec mon allure dégingandée et mes pattes qui ont foulé d’innombrables chemins, je ne ressemble certainement plus au jeune chat à qui sa mère conseillait : "Tact et diplomatie !" Doucement, j’avance en âge et mon existence aventureuse n’est pas de tout repos ! Mes nombreuses cicatrices témoignent de multiples bagarres avec des intrus briguant mon territoire… et s’il n’y avait encore que des intrus ! Z’imaginez pas ce que je souffre avec une intruse !
Bien sûr, vous avez deviné de qui je veux parler : Petite-Goulaffe, alias Attila, le fléau de Dieu !
Non contente de faire fi de mon autorité et de me rire au nez chaque fois qu’elle en a l’occasion, elle s’est carrément installée chez moi ! Elle entre, elle sort, elle va flairer ma gamelle dans la cuisine… L’autre jour, je l’ai surprise à arpenter le salon à petits pas. — Que fais-tu ici, Petite-Goulaffe ? dis-je d’un ton sévère. Avec les enfants, il faut être ferme ! Surtout ne jamais se laisser déborder, sinon ils ne feront qu’une bouchée de vous ! — Je visite les lieux, répond-elle d’une petite voix sereine. Quand M. Dan et Mme Mimiche viendront habiter ici, qu’est-ce que nous allons être heureux tous les deux, M’sieur Orca ! — Tous les deux ? — Ben oui, vous-z-et moi, M’sieur Orca ! Enfer et damnation ! Envisagerait-elle… ? Je n’ose penser la suite ! — Mais, Petite-Goulaffe, tu n’es pas chez toi, ici ! — Ça sera chez moi ! Si ! Elle envisage… ! Je crois que je vais me sentir mal ! — Petite-Goulaffe, je ne suis pas d’accord ! Et M’sieur Dan et M’dame Mimiche non plus ! Et la noble chatte Ardoise non plus ! Elle fait onduler sa superbe queue touffue d’un petit air moqueur et ne daigne pas prendre acte de ma désapprobation. — Ce sera bien, dit-elle d’un ton pénétré. Dans quelques années, quand je serai devenue célèbre, on mettra une plaque sur la porte : "Ici vécut la grande Petite-Goulaffe qui rêve-volutionna le village." Ça ne vous plairait pas, M’sieur Orca, de vivre avec quelqu’un de célèbre ? Et quoi encore ? Je suis déjà servi avec la chatte Ardoise !
Je n’ai pas la force de répondre. Comme je suis d’avis que la meilleure des défenses, c’est l’attaque, je mets ce principe en application : je bondis vers Petite-Goulaffe qui s’enfuit à toutes pattes. Je la raccompagne ainsi jusqu’à la porte du jardin et la regarde s’éloigner à petits bonds. J’espère lui avoir fait peur, mais je ne me fais pas d’illusions : elle reviendra !
— Pauvre Orca, dit Mimiche, elle te fait tourner en bourrique, celle-là ! Tu en as perdu ta légendaire patience avec les chattes ! Je renchéris : « Cette Petite-Goulaffe viendrait à bout d’un saint ! Ça une chatte ? Me faites pas rigoler, c’est un véritable démon ! »
Au crépuscule, je suis tranquillement couché sur le rebord du muret séparant la terrasse de notre jardin. Je goûte un peu de fraîcheur après la canicule du jour. — Bonsoir ! me susurre Petite-Goulaffe. C’en est trop ! Mes nerfs cèdent. De curieux petits cris s’échappent de mon gosier. — Grouuuuuïk ! Grooooouuuuuuiiiiik ! — Que se passe-t-il, mon Orca, s’inquiète Mimiche, toujours en retard d’une guerre. Sans répondre, je me dresse comme un ressort et me rue sur la petite insolente qui détale une fois de plus. Comme je suis un chat civilisé malgré la colère qui me secoue, je veille à ne pas la rattraper et me contente de la pourchasser jusqu’aux limites de mon domaine. Puis je retourne sur mon muret. Pas pour longtemps ! À peine me suis-je confortablement installé qu’une longue queue grise et touffue vient ondoyer à quelques pas de moi. C’est qui, devinez ! — Groooouuuiiik ! Et c’est reparti pour un tour !
Il va falloir que je trouve une solution. Que faire ? Sermonner Gourmande et la prier de surveiller étroitement sa progéniture ? Inutile ! Ça fait longtemps que j’ai évalué à leur juste valeur ses talents d’éducatrice ! Rallier la chère Ardoise à ma cause ? Comme je la connais, elle ne supportera jamais la présence d’une Petite-Goulaffe chez elle ! C’est une idée à creuser. Je pourrais lui envoyer une lettre anonyme parsemée de subtiles fautes d’orthographe :
Jollye Ardoys,
Sessi pour vous dir qu’une créatur sanguinèr et sans scrupul veut vous voler votre méson. Orka essè de l’ampaicher mais rien à fère ! Ouvrez l’œil et le bon ! Dite à Mimich qu’il en è pas kestion ! S.O.S. c’è urgen, Orka en devien singlé ! Prené pitié du chat des chants ! Le monstre sappell Petite-Goulaff et est daiguisé en chaton !
Signé : un ami qui vous veut du bien.
Pas mal, qu’en pensez-vous ? De quoi mettre le feu aux poudres, sans me mouiller ! Personne ne devinera jamais que c’est moi l’expéditeur et la belle Ardoise fera tout le boulot !
J’en étais là, à envisager des mesures extrêmes, quand le ciel m’a exaucé : Petite-Goulaffe est devenue persona non grata dans mon domicile. J’en pavoise ! Cela s’est passé d’une manière bien indigne de l’intelligence de l’infernal chaton. Dans la salle à manger, Mimiche a placé sous la table un tapis rouge qui ornait jadis le salon de Mme Maman. Pour une raison obscure, Petite-Goulaffe, reniflant ce tapis, l’a trouvé à sa convenance.
— Tiens, c’est bizarre, il y a comme une trace humide sur mon tapis ! dit Mimiche en se penchant. Je cours vérifier : les énigmes me passionnent ! — C’est Petite-Goulaffe qui a fait pipi ! dis-je frénétiquement. Horreur ! Mimiche n’a pas l’air de comprendre mes paroles… et Petite-Goulaffe, débouchant du jardin comme si de rien n’était, vient se faire caresser en me décochant un coup d’œil triomphant. — Jolie Petite-Goulaffe ! dit Mimiche. Je voudrais bien savoir pourquoi tout le monde tombe dans le panneau et considère la rusée comme un mignon petit animal sans défense ! Ça m’énerve, vous ne pouvez pas comprendre à quel point !
Deux jours plus tard… Petite-Goulaffe s’oublie sérieusement sur le tapis ! Elle aurait pu prendre ses pattes à son cou et sortir vite fait, puisque personne ne l’avait vue ! Mimiche était dans le fenil et Dan au salon, en train de regarder le tour de France cycliste. Le désastre n’aurait été constaté que plus tard et… aurait-on même soupçonné Petite-Goulaffe ? J’aurais fait un suspect plus probable… C’est alors que la friponne a fait une grosse bêtise. N’écoutant que son instinct qui la poussait à dissimuler un objet si répugnant, elle s’est mise à gratter bruyamment le tapis… avertissant Dan qui est sorti du salon pour se rendre compte de ce qui se passait. Je dois avouer que ce qui suit fut une musique bien douce à mes oreilles : — Petite-Goulaffe ! Cochon ! Dehors ! Les chats qui ne savent pas se servir d’un bac de sable n’entrent plus dans la maison ! Le tapis a été nettoyé et l’assiette de Petite-Goulaffe déménagée sur la terrasse. Grandeur et décadence… — Pauvre Petite-Goulaffe ! dit Mimiche en lui servant un petit morceau de viande pour la consoler. Je triomphe silencieusement : je sais me servir d’un bac de sable, moi ! Mais vous savez quoi ? J’ai l’impression que mes ennuis ne sont pas terminés : le petit démon reviendra ! |
|  | | Marie Je garde le forum


 Nombre de messages: 7343 Age: 59 Localisation: montluçon Emploi: retraitée Loisirs: puzzle lecture mots fléchés internet Date d'inscription: 22/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Dim 27 Juin 2010 - 14:56 | |
| Bonjour Scouby ! Magnifique écriture ! On est toujours autant sur les lieux, avec les mimines et leurs maîtres ! Et c'est incroyable on imagine vraiment tout ce petit monde et les situations ! Très beau ! Amitiés !  |
|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mar 29 Juin 2010 - 9:36 | |
| Scouby , j'ai beaucoup aimé le passage avec Orca et petite-Goulafe Je riais toute seule devant mon ordinateur C'est très vivant et l'on n'a qu'une envie c'est de lire bien vite la suite Tu écris vraiment très bien , un plaisir _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Scouby

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 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mer 30 Juin 2010 - 14:00 | |
| Merci beaucoup, les filles ! Je vais encore en ajouter un peu, j'ai moi aussi beaucoup aimé cette période vécue avec Orca et ce démon de Petite-Goulaffe... Une chatte adorable et attachante, mais vraiment un sacré numéro ! |
|  | | Scouby

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 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mer 30 Juin 2010 - 14:07 | |
| ARDOISE = ORSON WELLES (par Ardoise)
Et voilà, les vacances sont passées et Michèle a repris le travail avec l’entrain qu’on lui connaît en ces circonstances. Encore attendre 11 mois avant les prochaines vacances ! Pffft ! Ces trois semaines de détente se sont bien vite écoulées pour moi aussi, d’ailleurs, car je les ai passées à sommeiller, confortablement étendue, ma petite silhouette déjà grassouillette prenant tout doucement une ampleur à la Orson Welles, si vous voyez ce que je veux dire…
Comme Nathalie avait commencé son activité professionnelle, Olivier et moi étions seuls. C’était vraiment idyllique… sauf qu’il s’est montré vraiment mal inspiré en ce qui concerne le choix de mes aliments ! Vous savez, c’est bien beau de vivre d’amour et d’eau fraîche, mais il faut y ajouter du consistant !
— C’est abominable ce que tu me donnes là ! Montre voir : Foie et cœur en pâtée !!! Pouah ! Tu sais très bien que je n’aime pas les abats, le cœur et le foie ! Encore moins la pâtée ! Pourquoi tu ne m’achètes pas du colin d’Alaska ? Bon, il faut bien que je me dévoue… Je vais manger… mais juste assez pour ne pas mourir de faim, je t’assure ! Je suis finalement venue à bout de toutes ces denrées. Mes siestes digestives se sont faites de plus en plus longues. Je crois qu’à présent, ma petite personne emplit le fauteuil du salon. Je vous laisse imaginer les cris d’horreur de Michèle et Daniel quand ils m’ont vue ! — Ardoise ! Mon Dieu ! On dirait un ballon de football avec une petite tête et une queue ! — Moi ? — Quel dommage qu’on n’ait pu t’emmener, on t’aurait fait un peu courir ! Mais on n’a pas osé prendre le risque, avec les petites bêtes d’Orca… — Il en a encore, des petites bêtes, l’Orca ? — Beaucoup moins qu’avant les vacances ! Zut, si l’Orca redevient nickel, je n’y couperai pas : sport intensif dans notre jardin à la campagne ! Pauvre, pauvre Ardoise ! Je m’insurge : "Je ne suis pas si énorme ! C’est parce que l’Orca est maigre comme un clou que la vue d’une chatte épanouie, en pleine santé, vous semble bizarre ! Tout est relatif ! " Qu’à cela ne tienne, à présent, tous les soirs, Michèle me fait jouer avec mes petites souris factices. Un cadeau empoisonné, ces souris ! — Cours, Ardoise ! Où elle est, la souris ? Hop, je la jette, la souris ! Cours ! Et je cours, pour lui faire plaisir. On dira encore que je ne suis pas une brave chatte ! En récompense, je le reçois enfin, mon colin d’Alaska ! Il faut rendre cette justice à Michèle, elle comprend bien mon langage gestuel.
Ainsi, elle me sert de la pâtée… Je regarde mon assiette, renifle, affecte un air dégoûté. — C’est pas bon, le miam-miam ? Mais si ! Y a bon miam-miam ! Dédaigneuse, je tourne le dos, sors de la cuisine sans me presser, la tête et la queue bien droites, une sorte de petite lassitude désenchantée dans la démarche… — C’est si mauvais que ça ? Elle se penche, prend la gamelle, renifle à son tour… Je surveille les opérations de loin, sans en avoir l’air. Je fais semblant de ne pas être là. Elle ne sent rien. Aucune odeur suspecte. Aucune odeur du tout, d’ailleurs : Michèle a le rhume des foins en ce moment. Dans le doute, elle jette le tout à la poubelle, ouvre le frigo… Réapparue comme par magie, à la vitesse de l’éclair, je roucoule en me frottant contre ses jambes. Elle prend une boîte de Félix. Après un bref regard sur l’étiquette, je me détourne d’un air accablé, amorce une nouvelle sortie. Elle hésite, ouvre le compartiment à glace. Je bondis à ses côtés en miaulant fiévreusement. Enfin, elle a compris ! Elle prend un paquet de poisson surgelé, en dépose deux morceaux dans une assiette et ouvre le four à micro-ondes. Je ne me lasse pas de ce spectacle, je manifeste bruyamment ma joie. Bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz ! L’appareil est en marche ! Je bondis allègrement sur la tablette, devant la porte du four, et je contemple avec ravissement mon colin d’Alaska qui baigne dans une lumière dorée. Un délicieux parfum emplit l’atmosphère.
Bzzzzzzz ! Ding ! C’est prêt ! Mais où est Michèle ? Je saute sur le sol, me mets à chercher. Que fait-elle dans la salle de bains alors que mon poisson est cuit ? C’est un monde ça ! Je fais irruption dans la pièce en poussant des cris aigus. — Que se passe-t-il, mon Ardoise ? C’est pas possible ! Elle n’a quand même pas oublié ! — Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiih ! Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiih ! — Ah, ton poisson ! Ouf ! Je la précède triomphalement jusque dans la cuisine, la regarde ouvrir le four. Je me précipite à la place où, dans quelques secondes, elle va déposer ma gamelle odorante… Et voilà que, sans raison apparente, elle fourre mon poisson dans le frigo ! Elle me fait toujours le même coup ! Je brame de déception. — C’est encore trop chaud, Minette, tu brûlerais ta petite langue ! Faut que ça refroidisse quelques instants ! Quelques instants ! Cela s’éternise… Emplie de découragement, je vais me coucher. Enfin, enfin, quand elle le juge bon (c’est très subjectif), elle sort le poisson du frigo et le pose sur mon assiette. Alors, le roi n’est pas mon cousin ! Mais que de peines et d’anxiété pour en arriver là ! Je suis épuisée…
… et un peu inquiète ! Hier soir, j’ai entendu Michèle dire à Daniel : — J’ai rencontré le voisin du cinquième étage avec son chien, tu sais, le toutou qui était si gros ? Qu’est-ce qu’il a maigri ! C’est la vétérinaire qui habite un peu plus loin, qui a réussi cet exploit… On n’y emmènerait pas Ardoise ?
Au cours d’une communication téléphonique, ma « mamie » (la maman de Michèle) y va de son grain de sel : — Tu sais, Mimiche (surnom de Michèle), le chat de Didine (surnom de la sœur de Michèle) avait aussi grossi et maintenant, il est au régime. Il passe ses journées à regarder le frigo ! J’en flageole sur mes pattes. Mon Dieu , mon Dieu, qu’est-ce qui m’attend encore ? — Je ne suis pas si grosse que ça, dis-je pour la centième fois. C’est ma superbe fourrure à trois épaisseurs qui fait illusion. Michèle m’a prise au mot : elle s’est emparée d’un peigne spécial et a ratissé allègrement la magnifique fourrure. Elle en a tiré un fameux paquet de poils. — Tu vois ? dis-je lamentablement. — C’est vrai que tu as beaucoup de poils morts dans ta fourrure… Dorénavant, je te peignerai tous les soirs ! Je soupire. Choisir entre deux supplices, la faim ou le toilettage, tel est mon lot ! Et je crains fort que le peigne soit impuissant à éliminer mon excédent de poids. La faim et le toilettage, quelle triste destinée ! Ayez pitié de la pauvre Ardoise !
Quand fera-ton une étude scientifique sérieuse sur la question ? Je vois déjà les articles qui ne manqueront pas d’attirer l’attention de ma mère d’adoption, par exemple : " Les dernières découvertes en la matière prouvent indiscutablement que les chats bien enveloppés sont plus intelligents, plus doux et plus résistants que les avortons ! " ou alors : " Titre de l’article : JAMAIS DE REGIME POUR LES CHATS ! Les dernières découvertes en la matière ont indiqué que les félins mis au régime peuvent devenir enragés et développer certaines pathologies… " |
|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mer 30 Juin 2010 - 14:35 | |
| Alors régime ou pas régime Pauvre petite Ardoise J'imagine très bien la tête qu'elle fait _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Marie Je garde le forum


 Nombre de messages: 7343 Age: 59 Localisation: montluçon Emploi: retraitée Loisirs: puzzle lecture mots fléchés internet Date d'inscription: 22/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Lun 5 Juil 2010 - 21:08 | |
| J'imaginais bien Ardoise courir après la souris.... factice ! ça m'a bien fait rire ! Et le poisson qui est prêt, et la maman.... dans la salle de bain ?? Vraiment très amusant, mais Ardoise a quand même eu peur d'aller chez le vétérinaire, pour maigrir !! Encore un délice de lecture ! (Empereur a une souris toute rose qu'il adore) !! amitiés ! |
|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 15 Juil 2010 - 12:16 | |
| PETITE-GOULAFFE RÊVE… Bien sûr, Petite-Goulaffe n’attache aucune importance au fait que le Maître-Chat la prenne pour un suppôt de Satan. Toutefois, cette pensée a dû insidieusement lui trotter dans la cervelle car, étendue assoupie au pied d’un saule, Petite-Goulaffe rêve… qu’elle arrive aux portes dorées du paradis. Orca, le Maître-Chat est là, lui aussi, ainsi que les autres chattes du village. Et même Ardoise, dites donc ! Tout le monde veut assister à l’examen d’entrée de "l’infernal chaton". Va-t-elle réussir ? Morte de peur, Petite-Goulaffe voir venir vers elle le grand Saint Pierre, tout de blanc vêtu. Tiens, physiquement, le grand Saint Pierre ressemble un peu à Orca, comment cela se fait-il ? Comme lui, il a de superbes moustaches blanches et des oreilles noires et pointues. Son regard amical se pose avec bienveillance sur la Petite-Goulaffe toute tremblante. — Voyons, dit-il en consultant son ordinateur (Saint Pierre s’est mis récemment à l’informatique, il faut progresser avec son temps !), voyons, qui donc nous arrive là ? Quel est votre nom, joli chaton gris ? Petite-Goulaffe (très émue et bafouillant) : Je suis… Pppppetite-Gou… Hou ! Hou !... Saint Pierre (consultant son PC, perplexe) : Petite Gouhou… Drôle de nom. Il ne me semble pas l’avoir vu dans les archives ? Orca (s’en mêlant) : Vous ne le trouverez pas, grand Saint Pierre ! Ca m’étonnerait que Petite-Goulaffe ait une place au paradis ! C’est le diable en personne, croyez-moi ! Saint Pierre (conciliant) : Même si tel est le cas, il reste au chaton gris assez de temps à vivre pour s’amender… Voyons, jeune Gouhou… Petite-Goulaffe (faiblement) : Pe… Pe… Petite-Goulaffe, grand Saint Pierre ! Saint Pierre (dur d’oreille : c’est normal à son âge) : Voyons, Gou… ha ? Comment vous définissez-vous, en cette vie ? Quelle question difficile ! Petite-Goulaffe réfléchit à toute allure. Petite-Goulaffe : Heu… Je suis chaton… et philosophe, grand Saint Pierre ! Saint Pierre (tapotant sur le clavier de son PC) : Pas mal, pas mal… Et quelle est votre ambition, jeune Gouha ? Petite-Goulaffe (mise en confiance) : Je veux devenir… rêve-volutionnaire, grand Saint Pierre ! Saint Pierre (très surpris) : Rêve-volutionnaire… J’en ai vu défiler ici, des chatons, mais c’est le premier qui me dit ça ! Orca (triomphant) : C’est normal, la Petite-Goulaffe n’est pas un vrai chaton, grand Saint Pierre ! C’est un esprit malin envoyé sur terre pour me harceler ! D’ailleurs, regardez sa figure, est-ce que c’est une figure de chat, ça ? Tout le monde regarde attentivement Petite-Goulaffe qui se sent rougir. Voyons, ces yeux un peu petits, ce nez un rien trop long… Saint Pierre : C’est vrai, la jeune Gouha n’a pas vraiment un visage de chat… On dirait plutôt un lionceau. Très bizarre ça… Petite-Goulaffe (étonnée) : Pourtant j’ai pas de lion dans ma famille ! Va falloir que je demande à M’man ! D’ailleurs y a que ma figure qui cloche, hein ? Le reste, c’est du chat ! Garanti ! Saint Pierre : Sans aucun doute. Voyons, mon bon Orca, ne vous laissez pas emporter par votre imagination. La mignonne Gouha n’a rien d’un démon ! C’est tout juste un chaton turbulent !... Orca (peu convaincu) : Pourtant, vous avez bien vu que son nom ne figure pas sur votre liste, grand Saint Pierre ! Saint Pierre : Voyons que je vérifie… GOU… GOU… Pas de Gouhou ni de Gouha… Petite-Goulaffe (dans un cri) : Faut regarder à la lettre P, grand Saint Pierre ! Je m’appelle Petite-Goulaffe comme on dit Marie-Thérèse ou Anne-Sophie ! C’est un prénom composé ! Saint Pierre : Ah, je comprends mieux, maintenant… Voyons, Pa… Patou… Pastis, Pastelle… Ardoise (sursautant) : Pastelle ! Je la connais, c’est la chatte de ma tante Chantal ! Saint Pierre (poursuivant) : Pistou, Petiot, Petit… Ah, voilà, Petite-Goulaffe, fille de Mme Gourmande ! C’est bien vous, chaton gris ? Eh bien, j’ai le plaisir de vous apprendre que votre place est réservée au paradis ! Félicitations ! Orca (médusé) : C’est pas possible, grand Saint Pierre ! Quand je partirai pour l’autre monde, ne me dites pas que la Petite-Goulaffe m’y rejoindra un jour ! Ce ne serait pas le paradis, pour moi ! Une enquiquineuse pareille ! Ardoise (réalisant à son tour) : Et moi, je devrai passer mon éternité avec l’Orca ? Plutôt mourir… Heu, plutôt aller en purgatoire, ce sera moins stressant ! Saint Pierre (apaisant) : Le paradis est si grand, mes amis, que vous ne serez pas obligés de vous rencontrer si vous ne le souhaitez pas ! Petite-Goulaffe (ravie) : Mais moi j’veux rester avec M’sieur Orca ! Je veux pas le quitter, M’sieur Orca ! Il est si comique !... Moi je l’aime bien, M’sieur Orca ! Un ange passe… Néfertiti (d’une voix timide) : Il y a beaucoup de chats au paradis ? Saint Pierre : Oui, beaucoup, petit chat noir ! Beaucoup plus d’animaux que d’humains à mériter le paradis ! Ceci étant dit (et bien dit), il les bénit tous et disparaît. Ardoise : Je me demande quand même pourquoi le grand Saint Pierre a parlé si longuement avec Petite-Goulaffe alors qu’il ne m’a dit qu’une phrase, à moi, quand je suis arrivée et que je lui ai dit bonjour ! Pourtant je suis beaucoup plus importante que Petite-Goulaffe ! Orca (courtois) : Que vous a donc dit le grand Saint Pierre, jolie Ardoise ? Ardoise : Il a dit « Heureux les simples en esprit, le royaume des cieux est à eux ! » Ça veut dire quoi, dites, ça veut dire quoi ? Orca (pris au dépourvu) : Heu… C’est alors que Petite-Goulaffe se réveille, bien contente d’avoir mérité le paradis ! NEFER ET TITI ( par Orca) Me voilà de retour pour déverser dans votre oreille attentive les petits heurs et malheurs de mon existence quotidienne… C’est pas bien dit, ça ? Malheur n° 1 : vous vous souvenez, Petite-Goulaffe, ignominieusement chassée de mon home sweet home ? Eh bien, elle est de retour, la tête haute et la queue en panache ! Qu’est-ce que vous dites de ça ? Je ne comprends vraiment pas Dan et Mimiche : ils se font littéralement rouler dans la farine par cette petite chipie. Moi, à leur place, croyez-vous que je me serais soucié des mines sucrées et des roucoulements de la perfide créature ? « Dehors ! » aurais-je dit, sur un ton sans réplique, avec une intense satisfaction. Mais il paraît que ce n’est pas encore moi qui commande ici… Cela changera quand nous nous installerons dans cette maison à demeure, Dan, Mimiche, l’Ardoise et moi ! Que dites-vous ? Que c’est Ardoise qui sera le chef ? Vous croyez ? Malheur n° 2 : je suis toujours aussi affreux ! Comment est-ce possible ? Je me sens pourtant bien, je suis souple et vigoureux… J’étais patraque le week-end passé, mais il a suffi que Mimiche et Dan retournent à la ville pour que moi, je reprenne du poil de la bête. Ils n’y comprennent rien ! — Donnerions-nous à notre pauvre Orca une nourriture débilitante ? s’inquiète ma mère d’accueil. Apparemment non, puisque Néfer et Titi (ben oui…), Gourmande et Petite-Goulaffe profitent largement du contenu de ma gamelle et ont l’air en pleine forme. Je suis le seul à me promener tête baissée, avec tout le poids du monde sur mes épaules. Dan a entrepris de me raisonner. Après avoir remarqué des cicatrices nouvelles sur ma fourrure déjà si mitée, il a voulu me faire comprendre, en douceur… — Comment ? Je ne serais plus le Maître-Chat du village ? — Il faut commencer à te rendre compte que tu vieillis, mon petit Orca. Tu as plus de mal à t’imposer ! Pourquoi ne te reposerais-tu pas un peu, au lieu de faire le caïd chaque nuit ? — Me reposer ? Jamais de la vie ! Orca Maître-Chat Toujours prêt au combat, Plutôt mourir que fléchir, Non mais des fois !
Ils sont bien gentils de s’inquiéter pour moi, mais le boulot de chat des champs a ses exigences ! Je ne peux pas démissionner comme ça, je tiens à mon poste ! Pas question qu’un matou quelconque se pavane sur mon territoire sans que je réagisse, j’ai ma fierté ! Et puis, vous me voyez déjà vivre aux crochets de mes chattes ? De quoi j’aurais l’air ? Alors, même s’il est vrai que je ne suis plus de la première jeunesse, je ne suis pas encore croulant au point de prendre ma pension de retraite. — Avant l’hiver, on emmènera Orca chez la vétérinaire, pour une bonne cure de vitamines, dit Mimiche. Parfait, comme ça, j’aurai encore plus d’énergie pour la bagarre ! Tremblez, jeunes matous aux dents longues ! Orca le super-chat vitaminé vous réserve des surprises ! — De toute façon, en hiver on te laissera beaucoup de nourriture, Orca, avec le froid elle va se conserver ! — Et s’il gèle dehors, tu peux toujours te réfugier à l’intérieur de la maison, maintenant qu’il y a une chatière. Même s’il n’y a pas de chauffage, c’est mieux que rien. Sauf peut-être s’il fait moins vingt… Cela s’est passé, paraît-il, il y a quelques années, je ne les connaissais pas encore à ce moment-là. Il y a eu un hiver dur, mais dur ! La preuve : Mimiche avait oublié au fond de son lit une bouillotte. Quand, le week-end suivant, elle a soulevé la couette, la bouillotte était toujours là, dure comme un roc : l’eau était entièrement gelée ! La même année, le compteur d’eau a éclaté. J’espère que l’hiver qui vient ne me réservera pas de semblables surprises : je risquerais de me retrouver dans le rôle-titre de Hibernatus ! Enfin, si j’ai la jouissance de la maison, je pourrai toujours m’enfouir dans ma petite couverture Sole Mio bleue pour me réchauffer. Et ils ont promis de revenir chaque week-end, qu’il neige ou qu’il gèle, rien que pour moi ! Avant de me connaître, ils venaient très peu en hiver… C’est beau l’amour ! En attendant, il fait toujours splendide dehors. Les feuilles commencent doucement à tomber, mais les arbres sont encore bien verts. Les hirondelles, toutefois, parlent de départ. Chaque fois que ma famille d’accueil se pointe à l’horizon, j’arrive à fond de train, vous pensez bien ! Je ne veux pas refaire la même boulette que la dernière fois : figurez-vous que j’ai fait irruption dans la cuisine en poussant les miaulements rauques par lesquels j’avise traditionnellement Dan et Mimiche de ma présence. — Miâââââââââ ! Miââââââââ ! C’est moi ! Bonjour, on est déjà vendredi ? Chic alors ! Dan soupire. — On est dimanche, mon pauvre Orca ! Ça fait deux jours qu’on se demande ce qu’il est advenu de toi ! Zut ! Deux jours sans pâtée, sans caresses, sans mots doux… Qu’est-ce que j’ai été distrait, quand même ! Et ce n’est pas la première fois ! Après, bien sûr, j’ai fait attention : j’ai gardé l’œil sur ma maison. Si je vois la voiture, j’accours et je ne quitte plus Dan et Mimiche. Si je suis toujours là, les suivant pas à pas, peut-être qu’ils ne partiront plus ? Hélas, jusqu’à présent, ce naïf espoir a toujours été déçu. J’ai pourtant fait un gros effort, l’avant-dernier week-end : j’ai renoué avec une habitude de l’année passée et j’ai dormi dans la chambre, sur ma petite Sole Mio. J’ai été très sage, je me suis servi de mon bac de sable avec toute la discrétion d’un chat bien élevé. Le matin, je ne les ai pas réveillés, j’ai attendu qu’ils se lèvent. Y a pas à dire, quand je veux, je suis vraiment un gentlecat civilisé ! Petite-Goulaffe, elle, ne quitte plus notre jardin. La raison de cette soudaine fidélité est visible : Petite-Goulaffe est amoureuse ! Mais non, pas de moi ! Qu’allez-vous penser là ? Petite-Goulaffe, qui ne sait rien faire comme tout le monde, n’a pas eu le coup de foudre pour un chat, comme on pourrait le croire. Non, Petite-Goulaffe aime… un arbre ! L’heureux élu (si l’on peut dire) est un petit saule qui pousse sur notre pelouse. C’est encore un enfant-arbre, comme Petite-Goulaffe est un enfant-chat. Parfois, confortablement allongé sur le muret qui sépare le jardin de la terrasse, j’observe l’étrange manège de Petite-Goulaffe qui converse avec son saule. Dans un élan d’amour, elle entoure le tronc de ses pattes antérieures, fait des petits bonds autour de l’arbre. Puis, elle saute légèrement jusqu’à la naissance des branches, redescend dans une cabriole. Je l’ai même vue s’élever dans l’espace pour s’agripper aux feuilles les plus basses. Un vrai Tarzan ! Elle passe des heures entières à contempler son arbre, à jouer avec lui. Je vois les choses d’un bon œil : pendant qu’elle est ainsi occupée, elle ne pense pas à me poursuivre de ses agaçantes diableries, ce qui est bien reposant pour moi ! Je commençais à me détendre, pensant en avoir provisoirement fini avec toutes les émotions qui m’ont assailli ces derniers temps, lorsque… — Je commence à bien pouvoir distinguer Néfer de Titi, remarque Mimiche. — Moi aussi, ai-je approuvé nonchalamment. Titi a la fourrure un peu plus rousse que Néfer ! — Tu as remarqué, Orca, on les voit ensemble, maintenant ! C’est vrai ! Pour la première fois depuis au moins trois ans, et sachant que leur ruse a été éventée, Néfer et Titi daignent se présenter ensemble à nos regards. Toujours aussi timides, cela va de soi ! Mais enfin, il y a de l’amélioration, ce n’est plus de la névrose, comme naguère. — Oui, elles commencent à devenir raisonnables, dis-je. Mimiche prend l’air étonné. — Elles ? Tu sais Orca, je crois que Titi est un garçon ! Je manque m’évanouir. Me voici dans l’abri de feuillages de ma dulcinée. Elle est seule. — Néfer, tu es une menteuse-née ! Pourquoi as-tu prétendu que Titi était ta sœur, alors qu’il est ton frère ? Quel mélo ! J’ai l’impression de jouer un mauvais vaudeville. — Parce que je ne voulais pas te traumatiser, Orca ! Et puis, quelle importance ? — Comment, quelle importance ! Je me suis couvert de ridicule en minaudant quelquefois avec un matou, dans l’illusion qu’il s’agissait de toi ! — Justement, Titi a été très touché de ta gentillesse à son égard ! Et puis, je ne sais pas si tu as remarqué, Orca, mais Titi est un peu retardé… il a gardé une âme de chaton ! Il est adorable, très doux, mais si innocent ! Et tellement timide ! Je suis estomaqué. C’est elle qui dit cela ? Elle qui ne supporte pas qu’un humain l’approche, elle qui se réfugie à l’abri des regards pour manger, elle qui a peur des bêtes noires que lui montre son imagination débridée ! Tiens, au fait, pourquoi alors n’a-t-elle pas peur de Titi qui est ténébreux comme la nuit ? Insondable mystère de la psychologie féminine féline ! Je n’y comprendrai jamais rien ! Au moins, la situation a son avantage : je ne me croirai plus bigame, puisqu’il n’y a ici qu’une seule chatte : elle est superbe, toute noire avec une petite cravate blanche, c’est Elle, ma Néfer ! Mon grand amour est sauf ! Ouf ! Je suis rasséréné et décidé à me conduire en frère avec le dénommé Titi, l’alter ego de ma Néfer. Je vais continuer à le tolérer dans mon jardin, je ne dois pas perdre de vue qu’il est mentalement un peu à la traîne… Justement, le voilà qui rampe sous la haie, dans l’espoir de trouver la gamelle pleine. C’est vrai qu’il a un peu l’air d’un innocent de village, le pauvre animal ! Je me dévoue. — Mimiche, regardez, voilà Titi qui a faim ! — Eh bien, donnons un peu à manger à Titi ! J’assiste à l’opération. Mimiche va porter la gamelle entre les deux maisons, là où l’attend déjà Titi. Mais que vois-je ? Ce dernier se met à roucouler et accepte de se laisser caresser ! Je me rue chez ma fiancée : — Regarde, Néfer ! Le plus timide des deux n’est pas celui qu’on pense, pas vrai ? Elle ouvre des yeux grand comme des soucoupes ! Visiblement, elle n’en revient pas. — Allez, Néfer, un peu de courage ! Tu ne vas quand même pas te laisser distancer par Titi ? Il n’a plus peur de Mimiche, lui ! D’une voix expirante, elle me dit qu’elle va réfléchir. — Ne réfléchis pas trop longtemps, Néfer ! Pendant que tu es ici, Titi vide la gamelle ! À bon entendeur… Je crois avoir fait une bêtise, hier matin, dimanche … Une de plus ! Après une bonne nuit passée sur ma petite Sole Mio bleue, je me suis réveillé à l’aube, assailli par quelques crampes d’estomac. — Mimiche, Mimiche, j’ai faiiiiiiim ! Miââââââââ ! Dan pousse du coude la forme béatement assoupie à côté de lui. — Michèèèèèèèèle ! Le chat a faim ! Pas bien réveillée, elle se lève et me sert mon petit déjeuner. Puis nous retournons nous coucher. J’adore dormir dans cette chambre, sur la petite couverture ! Au point que… — Orca ! Il est neuf heures ! Grand temps de se lever ! — Noooooooooon ! Je dooooooooors ! — Orca ! Rien à faire ! De toutes mes forces, je me cramponne à mon lit. Je fais semblant de dormir profondément. Elle me soulève. Je suis furieux et proteste à grands cris indignés. — J’ai encore sommeil ! Je veux dormiiiiiiir ! — Tu pourras continuer ta sieste en bas, dans le salon, si tu veux ! Elle me pose sur le sol. Je suis raide comme un piquet, tétanisé par l’indignation. — Allez, Orca, avance ! On va dans la cuisine ! À contrecœur, je me traîne jusqu’à la porte de la chambre, m’immobilise sur le palier. Mimiche descend les escaliers en me faisant signe de la suivre. Feignant de ne pas comprendre, je reste là. Plus moyen de rentrer dans la chambre, elle a fermé la porte ! J’ai une petite lourdeur dans la vessie, mais pas envie de descendre l’escalier, pas envie de sortir au jardin ! Je fais quelques pas sur le chantier de la future salle de bains et m’aventure sur une poutre surplombant le fenil. De gros ballots de foin, vieux d’au moins vingt ans, sont posés sur les chevrons, au-dessus du fenil. De la paille… Si j’y faisais mon petit besoin, ni vu ni connu ? Sitôt pensé, sitôt effectué. D’une patte légère, je dévale les escaliers et vais rejoindre Mimiche à la cuisine. Je prends un second petit-déjeuner, la vie est belle ! Un peu plus tard… Dan se rend au fenil, renifle : « Bizarre ! Ça sent le chat ! » Que voit-il au milieu du passage, bien en vue ? Une petite flaque de liquide ambré… Le pipi discret avait traversé la paille pour terminer sa course là. Ma réputation de gentlecat en a pris un coup ! Pourquoi est-ce que ça m’arrive toujours, à moi ? |
|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 22 Juil 2010 - 23:30 | |
| He bien il en arrive des choses à Maître Orca. Toujours un plaisir Scouby _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Scouby

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 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mar 27 Juil 2010 - 13:37 | |
| Avant de partir jusque vendredi, je vous en mets encore une petite couche... GYM ET REGIME (par Ardoise) Et moi, pendant ce temps, qu’est-ce que je deviens ? Bah, rien de bien nouveau : je mange, je dors, je mange, je dors… Dans les intervalles, je joue un peu avec ma balle de tennis, histoire de prouver à Michèle que je fais bien ma gymnastique quotidienne. Elle aussi, chaque matin, elle fait sa gymnastique ! Je trouve ça à mourir de rire, d’ailleurs. Moi je suis au spectacle, je m’installe confortablement sur mon fauteuil, en face d’elle et je regarde en arborant une petite expression sérieuse. - Ardoise, si tu me fixes comme ça avec tes yeux en boule de loto, je ne pourrai pas faire ma gymnastique à mon aise ! Impavide, je ne réponds pas. Elle soupire et commence ses exercices. Elle s’est acheté une sorte d’appareil en plastique garni d’élastiques, idéal, paraît-il, pour les muscles abdominaux et ceux des bras. - Un, deux, trois, quatre… compte-t-elle. - Tchac , tchac, tchac, tchac, fait l’appareil. Ça devrait aller comme ça jusque cent. Ça se ralentit toujours vers la fin, avec le souffle qui manque. - 96… pffff ! …97 … 98 … pffffffffft ! 99 … 100 ! Pouffff pouffff ! Ne te moque pas de moi comme ça, Ardoise ! - Je ne dis rien, moi ! - Tu n’as pas besoin de parler, je lis tes pensées dans ton regard goguenard ! Si les résultats de la gym sont concluants ? Heu… au bout d’un mois, je ne vois toujours pas la différence ! - Si, si, Ardoise, je sens que mes muscles durcissent ! - Si tu le dis… Moi aussi, ma gymnastique fait de l’effet ! Tu ne vois pas une minuscule amélioration quand je suis de profil ? - Tu appelles ça de la gymnastique : gigoter sur le dos en agrippant une balle de tennis des quatre pattes ? Tu ferais peut-être mieux de courir dans l’appartement comme tu le faisais avant ! - Je le fais encore, Madame, mais z’êtes pas là pour le voir ! La preuve : quand vous rentrez le soir, la nappe de la table est toute plissée, parce que je me suis entraînée dessus ! Non mais ! La sadique a trouvé le moyen de me faire suivre un régime sans en avoir l’air : elle m’achète des boîtes que je n’aime pas ! C’est vicieux, ça, hein les amis ? Comme cela me met de très mauvaise humeur, j’use d’arguments mordants : « gnac ! » - Aïe, Ardoise, arrête de me grignoter les orteils ! - Tu ne me donnes rien de bon à manger, faut bien que je me rabatte sur autre chose ! Je sens que je deviens orteillivore ! dis-je en la considérant de mon œil le plus belliqueux. Je suis une crème de chatte, mais faut pas qu’on touche à mes menus ! Je vais hisser le drapeau de la rébellion ! Organiser une grande manifestation : 100 participantes grises (selon les syndicats) une seule (selon la  ) ! Arpenter l’appartement de mon pas le plus martial, avec une banderole déployée au-dessus de ma tête : « A BAS LES TYRANS ! J’VEUX DU COLIN D’ALASKA ! » Michèle, mine de rien, est impressionnée par ma détermination. Elle tente pourtant de discuter. - Mais Ardoise, la dernière fois que tu as reçu du colin d’Alaska, tu l’as avalé si gloutonnement que tu l’as vomis directement après ! - C’est ta faute, je mourais de faim ! Là, je suis un peu de mauvaise foi, mais si peu ! C’est vrai que j’ai l’habitude de me précipiter comme un bolide sur mon assiette de colin et de tout avaler en une bouchée… C’est vrai aussi que mon estomac a tendance à rejeter ce que j’y enfourne de manière si brutale… Le colin d’Alaska, censé m’apporter des protéines (pour la régénération des cellules de mon petit corps potelé) et du phosphore (pour me rendre encore plus intelligente que je ne le suis) finit ainsi tristement son destin dans la poubelle. Moi, pas très fière, je me réfugie sous la table de la salle à manger pour me faire oublier. Même si je suis très, très sage, je devrai me contenter d’une boîte de pâtée ce soir ! Michèle a trouvé un compromis : elle m’achète de nouveau du colin d’Alaska mais m’en sert très très peu à la fois, de manière à ce que je ne puisse avaler de trop grosses bouchées. Dans une autre assiette elle met de la pâtée. Evidemment c’est le colin qui part en premier lieu, mais je ne suis plus malade. Mon humeur est de nouveau au beau fixe. Il en faut si peu pour me rendre heureuse ! Nous avons eu une aventure, l’autre jour ! Faut dire que s’il avait fallu compter sur moi pour éviter la catastrophe… Michèle et Olivier étaient partis visiter ma Mamie (la Mme Maman d’Orca) qui est fortement grippée. Daniel est rentré à la maison comme d’habitude après le travail (et peut-être aussi après le bistrot avec les collègues), il a enfilé un short et un T-shirt pour être à l’aise et il a mangé du rôti qui restait du souper d’hier. Comme il y avait un fond de sauce durcie dans la casserole, il a allumé la cuisinière par-dessous, pour liquéfier la graisse avant de la jeter. Puis, se sentant un peu fatigué (peut-être l’effet des bières bues avec ses collègues ?), il s’est étendu sur son lit… et s’est endormi. Moi, impavide, tapie sur une chaise de la salle à manger (un de mes postes de guet favoris), j’ai regardé d’un œil intéressé une épaisse fumée grise envahir l’appartement, accompagnée d’une horrible odeur de sauce brûlée. J’étais dans l’expectative : j’attendais les flammes. Soudain, une espèce de fusée en short est sortie de la chambre, se précipitant vers la cuisine. Puis Daniel, toussant et suffoquant, a ouvert les fenêtres et la porte de la terrasse. Après quoi, se souvenant du chat fidèle et bien-aimé, il a tenté de le découvrir dans la brume ambiante. - Ardoise ! Réponds ! Tu n’es pas asphyxiée ? - Mais non, tu ne devras pas me faire de bouche-à-bouche, dis-je en soulevant de mon museau le bout de la nappe qui me dissimulait. - Tu es un beau chat de garde, toi ! - Ben kwâ ? - Tu aurais pu m’avertir que ça sentait le brûlé ! - Mwâ ? Je suis sincèrement surprise. Il n’a pas insisté. M’aurait-il fait du bouche-à-bouche si la fumée m’avait intoxiquée ? J’en doute fort ! Il m’aurait fourrée dans mon panier et transportée illico-presto chez la vétérinaire qui habite sur le boulevard. Vous savez, la fameuse vétérinaire qui a fait maigrir le chien du cinquième étage ? Je l’ai échappé belle ! D’un autre côté, une fois ranimée, j’aurais pu dire, comme les stars : « Je reviens d’une cure de désintoxication ! » Histoire de produire son petit effet au village où je vais passer chaque week-end ! Mine de rien, ça vous pose une chatte ! L’Orca en serait vert de jalousie ! Méditant là-dessus, je sors sur la terrasse, histoire de prendre un peu l’air pur de notre boulevard. Que vois-je ? Le petit bananier qu’on avait mis là à l’abri de mes dents… eh bien à son tour, il a eu un bébé ! Une petite feuille toute verte et vigoureuse qui jaillit de terre. Je m’approche pour contempler ce phénomène de près. - Y a bon bananier ! - Ardoise ! Rentre ! Quand je ne fais rien, on me critique ! Quand je bouge, on me gronde ! Quelle famille ! L’ex-Grand-Amour-de-Ma Vie, Olivier pour ne pas le nommer, est sur le point de me quitter et d’aller s’installer ailleurs avec une bipède nommée Nathalie… Ô trahison ! Alors moi, j’ai bien réfléchi et j’ai pris une grande décision. Comme je suis une chatte sensée, équilibrée, pas masochiste pour un sou, n’ayant pas la vocation du martyre, je ne vais pas être assez bête pour me payer un chagrin d’amour et une dépression nerveuse, par-dessus le marché ! Alors, je vais changer de « Grand Amour de Ma Vie » ! Mais sur qui jeter mon dévolu ? Daniel ? Il est tellement distrait, quand il regarde la télé, que je devrais toujours faire des efforts pour attirer son attention… Sa Seigneurie Caramel, elle, n’y allait pas par quatre chemins : quand il ne passait pas son temps libre à l’admirer, elle lui tapotait impatiemment les joues de sa patte, afin de le remettre dans le droit chemin : « Hé, c’est pas la télé, c’est moi que tu dois regarder ! MOI ! » Suis-je prête à déployer la même énergie, la même opiniâtreté ? Non. J’aime mes aises et ne tiens pas à être constamment sur le qui-vive : « Que fait-il ? Où va-t-il ? S’il n’est pas rentré dans cinq minutes, je fais une scène ! » La chatte Caramel excellait dans ce rôle. Rien n’était excessif pour elle, elle se donnait à fond dans ses passions. Très peu pour moi, merci ! - En attendant de rencontrer un autre prince charmant, je te nomme « Amour de Ma Vie » par intérim, dis-je à Michèle très étonnée de cette décision. Du jour au lendemain, je lui accorde donc une particulière attention. Partout où elle va, je vais. Je m’affale sur ses genoux quand elle lit son livre, je me couche sur le lit (dans le sens de la largeur, bien sûr) quand je souffre de solitude en plein cœur de la nuit, je m’installe allègrement sur son estomac quand j’entends sonner le réveille-matin : « Hep, hep ! Il est temps de te lever et de me donner à manger ! » - Encore cinq minuuuuuuuutes, Ardoiiiiiise ! Je me promène de long en large sur le lit, imbue de mon importance. Si je n’étais pas là, tout irait à vau-l’eau dans cette maison. Sévère, je réplique : - Non pas cinq minutes, sinon je vais faire des bêtises, je le sens ! Les bijoux qu’elle a enlevés hier soir traînent sur la table de nuit. Il suffirait d’un bon coup de patte… Et ses appareils auditifs ! Ben oui, elle en a, sinon elle n’entend rien… J’en ai volé un, une fois. Subrepticement, je l’emportais dans ma gueule pour jouer avec lui, quand j’ai appuyé, par inadvertance, sur un petit bouton. L’appareil s’est mis à siffler, avertissant Daniel qui m‘a bondi dessus pour me confisquer mon nouveau jouet. Après cette émotion, Michèle dissimule chaque soir ses appareils dans un endroit inconnu de moi… Il faudra que je cherche sérieusement. Je me demande bien quel goût ça a, un appareil auditif ! Est-ce que ça craque sous la dent ? Est-ce que mon estomac se mettrait à faire bip-bip ? Je brûle de faire de nouvelles expériences… L’autre soir, Michèle et Nathalie étaient en train de papoter. Les deux hommes étaient partis étaler une ultime couche de peinture dans le nouveau petit appartement du jeune couple. Moi je somnolais sur le dossier de mon fauteuil préféré. - Je n’ai plus peur de votre Ardoise ! a dit Nathalie. - Zut alors, me suis-je dit. - … mais j’ai un peu peur de votre chat des Ardennes ! Il est si bizarre ! Il faut avouer qu’elle a du bon sens parfois, cette Nathalie ! Décidément, il n’y a que Michèle et Daniel pour ne pas s’apercevoir que le chat des champs est in-fré-quen-ta-ble ! Il y a longtemps que je me suis fait mon opinion là-dessus ! - Oui, dit Michèle, c’est vrai qu’il a un peu une tête de gangster… Ah ! Quand même ! Je ronronne. - … mais il est tellement gentil ! Tellement affectueux ! Je m’arrête de ronronner. Et voilà, le petit couple a déménagé ! La vie me semble toute bizarre sans Olivier… Parfois, j’ai le cœur lourd, spécialement quand il revient nous dire bonjour. Il me câline, je lui chuchote des gentillesses à l’oreille, je recommence à y croire… Et puis il s’en va ! Faut que je me secoue, je suis une chatte raisonnable, je ne dois pas oublier ça ! L’autre fois, il est venu me nourrir le samedi et le dimanche, parce que Michèle et Daniel devaient faire des travaux dans notre maison des champs et je ne pouvais pas les accompagner cette fois-là. Quand il est reparti chez lui, je me suis quand même sentie un peu solitaire… Lorsque mes parents d’adoption sont rentrés, le dimanche soir, je n’étais pas trop contente. Pour les accueillir, j’avais comme d’habitude, frémi de la truffe dans tous les sens et, bien sûr, il y avait comme un petit parfum d’Orca dans l’air. Maussade, je me suis installée sur le dossier de mon fauteuil en leur tournant ostensiblement le dos. - Ardoise ! Psssst ! Pssst ! - … (Silence dédaigneux, regard lointain). - Viens ici, belle minette ! - … (Tenir le coup ! Ne pas se laisser embobiner !) - Viens dire bonjour ! Je leur jette un regard furtif. Ils me sourient d’un air engageant. Les traîtres ! Bien sûr que je vais me laisser amadouer, mais pas maintenant ! Pas trop vite ! Qu’ils mijotent encore dans le jus de leur culpabilité pendant quelques minutes ! Malheureusement, ils connaissent tous les trucs : Michèle agite une de mes petites souris (une verte que j’affectionne particulièrement) et la fait glisser sur le sol. Je me rue à sa suite et me mets à jouer de bon cœur. C’est le problème avec moi : je ne sais pas rester fâchée ! Le week-end prochain, je les accompagnerai à nouveau à la campagne, il faudra que je mette le gangster au pas ! |
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