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 Chatte des villes et chat des champs (extraits)

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Scouby
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MessageSujet: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 9 Nov - 17:00:10

Rappel du premier message :

Commençons quand même par le commencement...
Voici le premier chapitre de "Chatte des villes et chat des champs", ensuite je piquerai un peu de texte par-ci par-là.
J'espère que cela vous plaira.




Au seuil de ces pages, souffrez que je me présente : Ardoise, seize ans depuis le mois de mai, chatte grise hébergeant un couple d’humains attaché à son service, Michèle et Daniel C...

Il y a déjà quelques années, j’ai entrepris la rédaction de mes mémoires, que je vais vous livrer ici…

Je tiens à vous signaler que tout ce que je dis est véridique, ma secrétaire à deux pattes écrivant sous ma dictée… Il se peut qu’à certains moments elle ait interprété mes mimiques ou mes faits et gestes selon sa psychologie humaine, elle a "traduit" si vous voulez… mais elle n’a rien inventé ! Parole de chat !



Je crois qu'il vaut mieux commencer par le début, vous ne trouvez pas ? Quand j'étais tout chaton, ma vie a débuté sous une bien mauvaise étoile : j'ai été battue, affamée, martyrisée... Vous ne pouvez pas vous imaginer tout ce que j'ai subi. Puis le Dieu des chats (s’il existe, ce dont je ne doute pas) s'est dit un jour : « Maintenant, ça suffit ! Faisons tourner la roue de la chance pour cette petite chatte grise ! » Et la roue a tourné... Pas trop tôt à mon avis !


J'ai été recueillie par une association d'animaux en détresse : Veeweyde, à Bruxelles. On m'a enfermée dans une grande cage avec de nombreuses autres chattes, on m'a soignée et on m'a donné à manger... Une gamelle géante, pleine à ras bord, dites donc ! Je me suis jetée dessus, vous pensez bien !

Par la suite, j'ai appris que tout le monde avait le droit de manger dans cette gamelle, elle ne m’était pas exclusivement destinée... Mais j’étais toujours la première à y plonger, vu que je suis un chat dominant, ah ah ! Même si j'ai l'air tout modeste, ne vous y trompez pas, je suis dotée d’un petit caractère bien trempé !

Le temps a passé... J'étais contente dans ma grande cage, je dormais sur des vieux journaux. Il y avait même une petite porte qui donnait sur un jardin grillagé. J'ai appris à faire mes petits besoins dans un bac de sable, il paraît que c'est important pour la sociabilité. Et pour la réinsertion dans la société !

Des gens passaient nous voir, nous dévisageaient sous le nez comme une marchandise à l’étal. Parfois, une des chattes de la cage disparaissait : elle avait été adoptée. Mais moi, on ne me remarquait pas. J'étais tellement grise, anonyme, passe-partout... Personne ne me voyait ! Personne ne pouvait deviner la merveille que j'étais, en réalité...

Et j'ai attrapé le coryza : et que je redifle, et que j'éterdue...

Et naturellement, c'est quand j'étais là, avec mon petit nez rouge et mon air pitoyable, que quelqu'un a fait attention à moi. Un bonhomme, vous savez, de la race de ceux qui se tiennent debout sur deux pattes. Non, non, pas un singe ! L’autre espèce, vous voyez ce que je veux dire ?

Il avait l'air tout triste parce que sa chatte siamoise était morte depuis peu, il venait voir ici, au hasard... Un hasard qui fait bien les choses ! En réalité, encore un petit coup de pouce du Dieu des chats !

Moi, j’ai aussitôt pris la situation en pattes ! Quand la jeune femme préposée à notre service a ouvert la cage pour permettre au bonhomme de nous voir de plus près, j'ai grimpé le long du blouson de cet inconnu et j'ai fourré ma petite tête ronde dans son cou. Atchoum !

La partie était presque gagnée... si ce baudit coryza voulait bien be lâcher !

Heureusement, je n'étais atteinte que de façon bénigne... et deux jours plus tard, le bonhomme est revenu, avec une bonne femme et un petit jeune homme. Ma future famille...

Mon regard a croisé celui du petit jeune homme… et des étoiles ont explosé dans ma tête. Je l’ai senti, je l’ai compris là, en cette minute cruciale : j’allais vivre une grrrrande histoire d'amour ! De son côté, il m’a adorée immédiatement, j’étais, à n’en pas douter, la chatte de sa vie !

Un vrai roman de Barbara Cartland ! Avec moi pour héroïne !

C'est comme ça que j'ai été adoptée. On m'a enlevée de la cage et, après la visite obligatoire chez la vétérinaire de service pour me faire délivrer mon ticket de sortie, j'ai pris place dans une voiture (eux assis sur les sièges, moi tapie dans une jolie boîte en forme de maisonnette) et en avant pour ma nouvelle vie !
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Luna
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 16 Mar - 11:59:28

Je n'ai pas encore lu mais je voulais te remercier d'avoir pensé à nous au milieu de tes soucis


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 16 Mar - 12:27:43

C'est avec plaisir, Catherine, et ça me change les idées ! flower
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 18 Mar - 16:23:13

Trés douée la dame, moi aussi j'écris mais pas sur les chats, des poémes , des nouvelles j'adore , mais bravo madame c'est super joli, amicalement
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Luna
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 18 Mar - 16:30:09

J'espère que tu as lu depuis la première page Faustine , parce que vraiment les histoires racontées par Scouby sont un vrai régal.

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 18 Mar - 16:43:11

Si j'en ais un sur les chats , le chat d'appartement........

Calin, discret, joueur
Tu sais faire patte velouté
Tes beaux yeux verts semblent fermés
Tu te prélasse à la chaleur

Es tu heureux petit chaton,
Ta vie de chat est ralentie
Ton si beau rêve c'est le balcon
Mais ton songe devient danger

Ton univers c'est la maison
Hélas tu ne sauras jamais
Que le jardin t'est défendu
Oui même doré , c'est ta prison

A la grande ville j'ai renoncé
A pouvoir , un jour peut être
pour pouvoir te garder
à tout jamais clore les fenêtres

La ville n'est pas faite
Pour les chatons turbulents
Ici au vert , petit chaton, gris
je vois que tu pirouette tu revis
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 18 Mar - 16:44:20

oui j'ai lus c'est vraiment trés bien , bravo à cette petite madame
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 18 Mar - 17:21:01

Faustine tu devrais ouvrir un nouveau post pour mettre ton poème ça serait plus pratique , ça évite de mélanger les histoires.

Et comme ça si tu as d'autres poèmes tu pourras les ajouter comme le fait Scouby dans son post personnel.

Très joli ton poème , et très vrai

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 18 Mar - 17:34:38

écoute je ne suis pas une experte en internet , il faut pour moi du basic si non j'oublie , mais toi si tu sais changer fais le , moi un peu cucul la praline , je pense même à un jeu facile pour relancer ce forum qui est bien mais un manque de monde ,mais il est trés bien fait....
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Scouby
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 20 Mar - 12:58:43

Très joli ce poème, Faustine, il reflète bien la réalité.
Je suis contente que les mémoires d'Ardoise te plaisent.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 21 Mar - 14:07:47

Cette scène hautement intéressante se passe dans une rue du village.

— Hiiiiiiii ! Les fiiiiiilles ! Venez… Venez vite ! Je viens de voir… Inouï ! Incroyable mais vrai !
— Qu’est-ce qui se passe ? Quoi quoi quoi ?
— Y a le feu ?
— Eh, approchez, vous autres, Minette a vu quelque chose !
— Allez, Minette, vas-y, explique !

Un cercle de commères chattes, dévorées de curiosité, se forme autour de Minette qui prend des poses avantageuses, les moustaches encore toutes frémissantes d’émotion.

— Vous savez … Depardieu !
— Depardieu ? L’acteur à deux pattes ?
— Mais non, pas lui ! Son sosie au village : Orca-Depardieu… Vous connaissez, quand même !
— Le mec avec ses petits yeux et son gros pif ?
— Ben oui, Depardieu, quoi ! Avec son regard troublant et irrésistible !
— Moi, je trouve plutôt qu’il ressemble à Salvador Dali !
— Da… Da… Dali ?
— Voui, il a des taches noires si bizarrement posées sur sa figure qu’elles lui donnent un air tout drôle ! Il en a même une de traviole sous son menton ! Vu de face, ça lui fait un demi-menton noir et un demi-menton blanc…Très curieux !
— Tiens, j’ai pas remarqué, moi…
— Enfin, qu’il s’agisse de Gérard ou de Salvador, vous savez qui je veux dire, hein ?
— Oui, oui oui : Orca, le esse-dé-effe !
— Eh bien, les enfants, c’est ça la nouvelle : il n’est plus esse-dé-effe !
Murmure d’incrédulité.

— Quoi qu’il est, alors ? Il a toujours été esse-dé-effe ! Il va casser la croûte chez les autres !
— Il casse peut-être la croûte ailleurs que chez lui, ça peut arriver à tout le monde…
Assentiment général.
— … mais il a une maison !
— Ben ça alors ! Où ça ?
— Suivez-moi, passez cette barrière de bois… Pas toutes en même temps, restez pas coincées ! Regardez, qu’est-ce que vous voyez, sur cette porte ?
— On dirait une toute petite fenêtre, à hauteur du sol… C’est bizarre !
— C’est peut-être pour l’aération ?
— Bande d’ignorantes ! C’est une chatière ! Un petit panneau coulissant qui permet à un chat d’entrer et de sortir ! Et devinez qui est le chat en question, hein ?
— Oh, c’est pas vrai ! Orca le esse-dé-effe ?
— Il a gagné au lotto ?
— Et il est chez qui, là ?
— Chez l’Ardoise Cuvelier !
— Ah oui, la petite grise toute ronde, aux grosses moustaches tombantes…
— Oui, celle qui ressemble à un phoque !
— Quelle veinarde, cette Ardoise ! Un mec pareil !
— Mais elle n’est pas là, l’Ardoise ! Elle passe l’hiver à Bruxelles, dans sa résidence de ville! Elle a des serviteurs qui travaillent pour elle pendant qu’elle se repose !
— Y en a qui ont toutes les chances, je vois ça d’ici : le bal tous les soirs, le champagne, le caviar…
— Et Orca-Depardieu pour charmer les futures soirées d’été ! Oh, je m’verrais bien à sa place, à l’Ardoise !
— Tiens pourtant… Il n’est pas en ménage, l’Orca-Depardieu ?
— Mais si, c’est vrai, j’y pensais plus : il est avec Néfertiti, vous savez, la noiraude minuscule haute sur pattes ! Celle qui est si timide ! Ils se sont fiancés il y a pas longtemps. Peut-être qu’ils ont rompu ?
— J’crois pas, je les ai vus encore ensemble hier. Mais quelle histoire ! J’en reviens pas !
— C’est un malin, l’Orca ! Comme ça se faire offrir une maison ! Faut l’faire !
— T’es sûre que t’as pas rêvé, Minette ?
— Mais non, regardez, le voilà qui sort justement !

Orca franchit la chatière d’un petit air faraud.
— Salut, les filles ! Venez visiter mon palais, les locataires ne sont pas là pour l’instant… Ne cassez rien, surtout, je suis responsable ! Vous voyez, là c’est la cuisine, avec ma chaise devant le poêle, là, c’est le salon, avec ma petite laine sur le sofa…

Et tandis que l’Orca Maître-Chat fait les honneurs de sa maison, Ardoise, à 120 kilomètres de là, somnole, confortablement installée sur son repose-pieds préféré, sans se douter le moins du monde qu’aux yeux des chattes du village, elle danse le cha-cha-cha en se gavant de caviar et de champagne tous les soirs !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 25 Mar - 16:39:44

L'Orca Maître-Chat reprend la parole :


J’en ai des choses à vous raconter, z’avez pas idée ! J’espère quand même que la belle Ardoise n’a pas vendu la mèche et que je suis le premier à vous annoncer ce qui m’arrive : malgré toutes les prévisions (même celles de ma brave chatte de mère), j’ai pris du galon ! Je ne suis plus un vagabond !
J’ai ma maison ! À moi !
Qu’est-ce que vous dites de ça ?

Comme vous le savez, jusque tout récemment, ma famille d’accueil me mettait à la porte tous les dimanches soirs, avec mes provisions. Ce n’était pas drôle ! Quand je dormais paisiblement au coin du feu, plongé dans des rêves bleus, le réveil était rude, malgré toutes les caresses dont j’étais gratifié avant leur départ. J’étais obligé de m’en aller tristement, muni de mon petit viatique, dans la grisaille, parfois dans la pluie. Je courbais la tête, traînais la patte, jetais derrière moi des regards désespérés… J’en rajoutais un peu, faut l’avouer.
Cette attitude a porté ses fruits.

L’autre jour, donc, j’étais couché confortablement sur le pull de laine mis à ma disposition sur le divan du salon.
Soudain, qu’entends-je ? Bang, bang, bang ! Des coups de marteau répétés. Puis le bruit d’une scie mordant le bois. Puis M’sieur Dan arrivant à toute vitesse pour chercher un sparadrap. Puis encore tout un remue-ménage, là-bas, dans la petite pièce qui donne sur le jardin.
Que se passe-t-il ? Vais-je y aller voir ? Je suis si bien, étendu ici ! J’hésite…
Je pense à ma Maman, la sagesse faite chatte : « Dans le doute, abstiens-toi ».
Je ne bouge donc pas, je me laisse oublier. Si j’y vais, on risque de me mettre à la porte.
Je suis pourtant bien intrigué. Tout en faisant semblant de dormir, je coule des regards curieux vers M’dame Mimiche (maintenant je lui dis Mimiche tout court, je suis de la famille) qui se tient près de moi. Puis j’entends la voix de M’sieur Dan :
— Orca ! Viens !
— Puis-je vraiment y aller ? dis-je en posant une patte précautionneuse sur le sol.
— Bien sûr, viens avec moi ! dit Mimiche en se levant.
Sans plus hésiter, je lui emboîte le pas et nous nous rendons dans la petite pièce qui donne sur le jardin.
Là, assis par terre, Dan me désigne triomphalement une petite fenêtre qu’il vient d’insérer dans la porte, à hauteur de chat.
— C’est pour toi, Orca !
Je m’approche, jette un coup d’œil. C’est amusant, on voit le sol de la terrasse, l’herbe du jardin…
— C’est très joli, mais il ne fallait pas vous donner cette peine pour moi, dis-je poliment. Vous savez, je peux aussi bien regarder à l’extérieur en sautant sur un appui de fenêtre !
— Ce n’est pas pour regarder dehors, Orca ! dit Mimiche en riant.
— C’est pour quoi, alors ?
— C’est pour nous prouver que tu es intelligent ! explique Dan.
Je m’interroge. Comment une petite fenêtre peut-elle se révéler l’indice de mon quotient intellectuel ?
Dan me soulève et me pose devant ladite petite fenêtre.
— Passe, Orca !
Et il me pousse en avant.
Il est fou ? Je vais me fracasser la tête ! Je me débats vigoureusement… et me retrouve dans le jardin, sans savoir comment !
C’est de la sorcellerie ! Je vous jure que c’est de la sorcellerie !
Maintenant, ils sont tous les deux accroupis à l’intérieur de la pièce, me regardant à travers l’étrange fenêtre, et me font de grands signes d’encouragement.
— Reviens, Orca !
Revenir par où ? Je ne sais plus où j’en suis, je pousse des miaulements éplorés.
— Ouvrez-moi, ouvrez-moi ! Ne m’abandonnez pas dans le jardin !
Dan ouvre la porte, se glisse dehors, la referme. À nouveau, mais dans l’autre sens, cette fois, il me pousse vers la paroi.
Cette fois, je proteste vigoureusement :
— Ça va pas la tête ? Vous voulez m’assommer ? C’est ça votre cadeau ? Eh bien, vous pouvez le garder !
De guerre lasse, il ouvre la porte. Je rentre dignement, la tête haute et la queue de même.
Pour entendre la cruelle sentence : « Non mais, qu’il est bête, ce chat ! »
Apparemment, je suis recalé à l’examen !

L’après-midi du même jour, une voisine vient sonner à la porte. Mimiche lui ouvre, l’invite à entrer.
Un peu intimidé, je demande à sortir dans le jardin. Sans plus émettre de commentaires désobligeants, Mimiche m’ouvre la porte.
Je vais m’installer dehors, pour attendre le départ de la voisine. Je la connais, celle-là, elle ne m’aime pas à la folie : un jour, je lui ai volé un chapelet de saucisses qu’elle avait laissé imprudemment sur la table de sa cuisine, durant une paire de minutes. Évidemment, j’en ai profité… Vaut mieux que je ne me montre pas trop, à présent.
Mais les heures passent… La voisine est certainement partie, et moi je suis toujours ici. Je m’ennuie, je commence à avoir froid, j’ai envie de me lover au coin du feu…
Par désœuvrement, je m’approche de la porte et examine attentivement la fameuse petite fenêtre. Je la tâte de la patte, la pousse du museau…
Est-ce que, par hasard… ? Je pousse plus fort.
Victoire ! Je me retrouve à l’intérieur ! Eh bien finalement, il est chouette, le cadeau !
Triomphant, je me précipite dans la cuisine. Comme vous pouvez vous en douter, je suis accueilli par un concert de louanges : « Il a compris, il a compris ! Brave chat ! »
On me caresse, on me complimente. Je me pavane. Mon moral est au beau fixe.
Je ne suis pas si bête que ça, ah ah !

Après, c’est devenu un jeu : pour un rien, j’entre et je sors, je rentre et je ressors… du moins, quand il fait beau. Quand il pleut, j’use de la chatière aussi peu que possible… juste ce qu’il faut pour aller faire mes petits besoins dans la prairie à côté de chez nous. Le reste du temps, je me fais gâter, étalé comme un sultan sur ma chaise, devant le poêle. Ça dure si peu de temps, un week-end, mieux vaut en profiter plutôt que de vadrouiller par-ci par-là !

La première fois qu’ils m’ont laissé seul, en me confiant la maison, cela m’a fait tout drôle, je vous assure ! J’ai fini tranquillement mes provisions, j’ai fait ma sieste devant le poêle encore tiède puis je suis sorti prendre l’air.
C’est ma Néfertiti qui a été étonnée en me voyant surgir du mur comme par magie ! Elle venait voir si une gamelle avait été préparée pour nous deux, sur la terrasse, et voilà qu’elle assiste à un prodige ! Elle a failli en avaler de travers sa gorgée de lait.
— Mais oui, c’est moi, Néfer ! Viens que je te fasse les honneurs de ma maison !
— Oh, non, j’ose pas, j’ose pas ! Jamais je n’entrerai chez des gens, jamais !
— C’est pas chez des gens, c’est chez moi, Néfer !
Elle n’a rien voulu entendre. C’est fou ce qu’elle est timorée, vraiment d’une manière maladive ! Maintenant que j’ai un divan à ma disposition tous les jours de la semaine, je devrais peut-être lui faire commencer une psychanalyse… si je réussis à l’attirer jusque dans le salon, mais rien n’est moins sûr !

J’ai pris grand soin de la maison. Quand il a commencé à faire froid et qu’il n’y a plus eu que des croquettes à manger, je suis encore passé une fois chaque jour, histoire de vérifier si tout allait bien. J’ai tenu ma chaise et ma petite laine bien propres, je n’ai touché à rien, de peur de casser. … Il fallait bien honorer leur confiance !

Un soir, j’arrive, tout affairé, pour me sustenter de quelques croquettes, lorsque je renifle…
— Oh oh, ça sent le feu de bois, ici !
Je me rue vers la cuisine.
— Vous êtes là ! C’est de nouveau le week-end ? Que je suis content !
Ils m’ont bien complimenté sur mon sens des responsabilités. Mine de rien, ils avaient un peu peur de retrouver leur maison dévastée.
— On pensait que tu avais invité des copains tous les soirs pour faire la nouba, Orca !
Je proteste vertueusement : « Je sais me tenir ! Pour qui me prenez-vous ? »

La nuit, c’est devenu une habitude bien établie, j’ai dormi sur ma couverture bleue, dans leur chambre, au pied du lit. Et il en a été de même le week-end suivant… sauf que … heu… J’ai eu à nouveau un petit accident. Faut dire, je n’ai pas encore vraiment l’habitude du plateau de sable, j’avais cru être discret, mais…
À l’aube, Mimiche ouvre les yeux, renifle dans l’obscurité.
— Qu’est-ce que ça sent ?
Elle allume la lampe, regarde autour d’elle. Rien de suspect. Un chat noir et blanc, confortablement couché et émergeant d’un apparent sommeil de plomb, la fixe d’un œil innocent.
L’air innocent, c’est ma spécialité : vous me regardez, vous me donnez illico le bon Dieu sans confession, je vous l’affirme !
Elle se lève, fait le tour de la chambre en inspectant autour d’elle. Légèrement inquiet, je la suis du regard.
Elle va se recoucher. Ouf !
— C’est bizarre, j’avais cru sentir…
Prise d’une idée subite, elle regarde sous le lit : rien.
— J’ai dû me tromper.
— Certainement, dis-je avec empressement.
— Tu es sûr, Orca, que…
— Je suis aussi blanc que neige ! affirmé-je contre toute vraisemblance.
Elle se rendort. Je suis tranquille. Ils ne trouveront jamais !
Dans la seconde chambre, il y a contre le mur un joint mal fait. Ça forme comme un petit trou… Je me suis posté au-dessus du petit trou et j’ai bien visé… Il y a peut-être trois ou quatre gouttes qui sont tombées à côté, pas plus. Mais c’est vrai que mon petit pipi à moi sent particulièrement mauvais, Ardoise me l’a déjà dit.
Ils l’ont quand même vu ! En ouvrant la porte de la cave, Dan a vu une petite flaque sur l’escalier. Levant la tête, il a vu le trou !
— Orca ! Et le bac de sable ?
Quel bac de sable ? Je l’avais complètement oublié, celui-là ! Il va falloir qu’ils me montrent de nouveau comment on fait…
Je suis un peu confus.

J’espère qu’ils n’ont pas été raconter ça à la charmante Ardoise ! J’entends d’ici ses sarcasmes ! Déjà qu’elle ne se tenait plus de joie après avoir appris le coup de la charentaise…
Enfin ! On ne peut pas être parfait du premier coup ! Mais je m’entraîne, je m’entraîne ! Qu’on me laisse un peu de temps.

Le week-end passé, j’étais vraiment très triste à l’idée de devoir une nouvelle fois me séparer d’eux. Dès que j’ai vu qu’ils commençaient à s’affairer, à emballer… j’ai eu un coup de cafard. Mimiche l’a bien vu et ça a augmenté son cafard à elle. Elle m’a pris dans ses bras pour essayer de me consoler, mais j’avais le cœur bien gros.
— N’oubliez pas de revenir très vite !
— C’est promis, mon Orca !

L’année dernière, à pareille époque, ils ne venaient pas tous les week-ends… mais ils ne me connaissaient pas encore. Maintenant, ils ont des obligations envers moi, même s’ils se doutent bien que je vais chercher ma pitance chez les uns et les autres… Il se peut, évidemment, que ce soit le cas, mais dès que je vois leur voiture arriver le vendredi soir, pour moi le reste du monde n’existe plus. C’est ici ma maison ! Là où se trouve ma chatière !

Et peut-être bien que je vais inviter quelques copains pour faire la nouba, un soir !

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 26 Mar - 14:13:01

Encore une belle suite à l'histoire d'Orca .

Je vais me répéter , mais je prends un réel plaisir à lire tes histoires Scouby.

Je voyais complètement Orca devant la chatière et je riais toute seule.

Merci de partager ces moments de bonheur avec nous


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 26 Mar - 14:24:58

Oui cela est vraiment bien , il faut qu'elle trouve un éditeur au plus vite je trouve cette image extra
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 26 Mar - 18:14:01

Merci pour vos si gentilles appréciations ! Cela me fait grand plaisir.
Faustine, le livre est déjà édité, tu peux le voir (avec quelques autres) en cliquant sur ma bannière "Scouby et ses chats écrivains".
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 27 Mar - 17:12:56

Bonsoir Scouby !

Très joli, c'est vrai comme dit Catherine on est vraiment dans les lieux quand
on te lis ! C'est super beau !

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 30 Mar - 16:08:40

Merci les amies ! J'en remettrai d'autres d'ici un jour ou deux, pour le moment je suis un peu surbookée.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 3 Avr - 16:48:50

Suite des aventures d'Orca...

Eh bien je ne sais pas ce qu’il se passe, mais je ne la vois,
plus beaucoup, ma famille d’accueil, pour le moment !
Au début, je ne me suis pas trop inquiété : ils avaient passé le
réveillon de Nouvel An avec moi et, le dimanche soir comme
d’habitude, avaient fait leurs paquets. Comme je vous l’ai
déjà dit, lorsque je m’aperçois qu’ils sont sur le point de plier
bagage, je leur dédie un regard à fendre le coeur… Ils s’en
vont, accablés sous le poids de leur sentiment de
culpabilité… et moi, je souris dans mes moustaches !
Tandis qu’ils regagnent Bruxelles en pensant avec nostalgie à
leur malheureux chat des champs, moi, je reste
confortablement étalé sur ma petite laine, pour apprécier les
restes de chaleur que dégage le poêle à bois. Puis je termine
les provisions et, lorsqu’il fait à nouveau froid et sombre, je
m’en vais. Je n’oublie pas de passer dans la maison une fois
par jour, pour m’assurer s’ils ne sont pas de retour. Ce serait
trop bête si je ratais ne serait-ce qu’une journée de câlins et
de friandises !
Les jours ont passé. A un moment donné, je me suis dit :
« Bizarre, ils ne reviennent pas… Il y a pourtant longtemps,
maintenant ! »
Je commençais à me sentir un peu angoissé… et les jours ont
encore passé. Il a neigé, il a plu, il a reneigé… Et pas de
famille d’accueil à l’horizon !

Bien sûr, en honorable chat des champs, j’ai plusieurs
adresses où je peux me réfugier en cas de coup dur… Mais là,
si on ne me laisse pas mourir de faim, on est loin de me gâter
comme ici ! On me donne des restants de nourriture… Oui,
un jour j’ai reçu du spaghetti à la sauce tomate. J’ai apprécié,
mais le poil blanc de mon poitrail est devenu rose à cause de
la tomate ! J’étais un peu honteux de devoir me promener
dans la rue comme ça… Chez Mimiche et Dan, je reçois de
la nourriture spéciale pour chat, c’est quand même différent !
Ailleurs, on me tolère mais ici, on m’AIME ! Du moins, je le
croyais…
Parce que, si ça se trouve, je me suis trompé ! M’aurait-on
abandonné ?
J’ai quand même du mal à le croire : il y a la chatière, la
petite laine et tout ça…

Je roulais toutes ces pensées dans ma tête… j’étais très
perplexe ! Les chattes qui avaient l’habitude de venir se
nourrir à mes frais sur la terrasse (oui, avant de partir, Dan et
Mimiche déposaient quelques assiettes pour mes copines !),
eh bien les chattes, elles commençaient à la trouver
mauvaise ! « Hé, Orca-Depardieu, où elle est la tambouille
que tu nous as promise ? Tu es fauché ? »
Que répondre à cela ? Mon charme naturel suffira-t-il à les
faire patienter le temps qu’il faudra ?

Je commençais à être aux abois quand, enfin, j’ai vu leur
voiture remonter la rue ! Ouf ! J’ai couru dans le jardin, bien
content, mais quand même un peu rancunier, c’est normal !
Je me suis dit : « Ah, je les ai attendus si longtemps !
Maintenant, EUX m’attendront, na ! Non mais sans
blague ! »
Je suis resté là une petite demi-heure. La cheminée s’est mise
à fumer : parfait, je rentrerai quand il fera bon !

Mimiche est sortie et a posé sur le sol de la terrasse une
assiette de victuailles pour mes « invitées ». Visiblement, elle
me cherchait du regard, mais ne m’a pas vu : la haie bien
touffue me dissimulait parfaitement !
Quand elle est rentrée dans la maison, je me suis approché et
ai commencé à manger dans l’assiette, sur la terrasse. Comme
je m’y attendais, elle m’a vu par la fenêtre et s’est précipitée
dehors. Moi, imperturbable, sans un regard pour elle, je
continuais mon repas.
- Orca ! Mon minou ! Pourquoi ne viens-tu pas manger dans
ta petite gamelle, à l’intérieur ? Il fait bien chaud !
- J’ignore si je suis encore le bienvenu dans cette maison,
Madame, ai-je rétorqué noblement.
Pas de regard « craquant », aujourd’hui ! Orca Maître-Chat a
sa fierté !
Après beaucoup de salamalecs et maintes petites manières,
j’ai consenti à la suivre dans la cuisine. Du bout des dents (je
m’étais déjà empiffré dehors), j’ai goûté au repas préparé
amoureusement pour moi. Je commençais à me sentir bien,
mais ne voulais pas le montrer !
- Qu’est-ce qu’il y a, Minou ? Tu boudes parce qu’on n’est
pas venus la semaine dernière ?
- Moi, bouder, laissons cela aux chats vulgaires, Madame !
Quand je me suis installé dignement devant le poêle, ils se
sont mis à deux pour me câliner. Et petit Orca par-ci, et gentil
minet par-là…
- Regarde, Minou, la jolie couverture « Sole Mio » que je t’ai
achetée !
Je jette un coup d’oeil vaguement intéressé. Une petite
couverture de bébé, de couleur bleue, bien épaisse, étalée sur
le divan. Je l’essaie. Peut-être que je vais me laisser
attendrir, après tout. Mais pas immédiatement.
- Mais, mon pauvre Orca, tu es blessé ?

Ah oui, c’est vrai. J’ai une touffe de poils et un morceau de
peau en moins sur le haut de la patte droite. Je n’en souffre
pas trop, mais ils compatissent.
- Pourvu que ça ne s’infecte pas !
- Bah, dis-je avec désinvolture, ce sont les risques du métier
de chat des champs !
Je m’amadoue imperceptiblement… d’autant plus que
Mimiche m’explique les raisons de leur longue absence.
Madame Bobonne s’est blessée, elle aussi… Vous vous
souvenez, la dame qui avait peur que je fasse pipi sur son sac,
l’été dernier ? La dame qui demande toujours des nouvelles
de la « gentille petite chatte Orcatte » ?
Eh bien, elle est tombée dans l’escalier. Double fracture du
crâne, deux semaines dans le coma…
Bon, puisque c’est comme ça, je veux bien leur pardonner…
mais pas d’un seul coup, hein, pas d‘un seul coup ! Marquons
encore un peu d’éloignement.

Voici venue l’heure du coucher. D’ordinaire, je les
accompagne dans leur chambre, tout heureux à l’idée de
passer une bonne nuit sur la couverture. Cette fois, je sors
pour faire mes petits besoins… et ne reviens pas ! Pour cette
nuit, je ne leur ferai pas la grâce de mon auguste présence.
Il est neuf heures du matin quand je déboule, affamé et
hirsute, au pied de leur lit. Ils sont en train de se lever… Zut,
et moi qui comptais me reposer un peu entre eux deux, dans
la bonne chaleur !
Nous descendons au salon. Je fais une drôle de tête, parce que
j’espérais vraiment encore goûter quelques heures de
sommeil dans la chambre. J’ai peut-être été bête, tout compte
fait. Je n’aurais pas dû faire de fugue…
- Allez, je ne suis plus fâché ! La nuit prochaine, je reste avec
vous, c’est promis ! dis-je, tout rayonnant.
Ils échangent un regard navré. C’est dimanche aujourd’hui,
ils doivent rentrer à Bruxelles cet après-midi. Je devrai
l’attendre cinq jours, la « nuit prochaine » !

Qu’est-ce que j’ai été bête, vraiment !
Je me console en faisant le joli coeur avec les chattes qui
reviennent se sustenter sur ma terrasse… Elles aussi, elles
devront ensuite attendre cinq jours !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 4 Avr - 14:14:00

Toujours aussi beau Scouby !
On est content quand on retrouve Orca !
Bonne journée ! et merci pour toute cette écriture formidable !

Bon courage pour ta Maman !

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Luna
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 6 Avr - 18:53:58

Pauvre petit Orca qui a dû vous attendre si longtemps , en lisant ton récit Scouby je t'assure que j'étais triste pour lui .

J'ai hâte de lire la suite

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 8 Avr - 14:34:25

Et la semaine se passe… et moi, je me traîne, fiévreux.
Parce que, finalement, elle s’est quand même infectée, ma
blessure ! Je me sens horriblement mal, je passe mes journées
sur la petite « Sole Mio » bleue, dans le salon. Vais-je me
laisser mourir ici ? J’ai les pattes trop cotonneuses pour me
lever et aller chasser…
Je suis plongé dans un sommeil agité lorsque, subitement,
une voiture s’arrête devant la maison. La porte s’ouvre…
Nous sommes à nouveau vendredi !
Dan m’aperçoit couché sur le divan. Immédiatement, il se
rend compte que quelque chose ne tourne pas rond.
- Que se passe-t-il, Orca ?
Tout heureux de le voir, je me lève en flageolant et vais
jusqu‘à la cuisine pour accueillir Mimiche qui pousse un cri
d’horreur à la vue de mes pauvres poils ternes et ébouriffés.
La cause du mal est visible : une blessure suppurante le long
de ma patte droite. Un souvenir de bagarre, un de plus ! Je ne
compte plus mes cicatrices. C’est ça aussi, la vie d’un Maître-
Chat !
Ils ont allumé le feu, ils m’ont donné à manger. Je me suis dit
que, puisque j’étais blessé, je pouvais bien me montrer un
peu difficile.
- Je n’apprécie pas tellement la pâtée à la volaille, dis-je d’un
ton languissant.
- Mon Dieu ! Il n’a même plus d’appétit !
- Peut-être que si vous aviez autre chose… Ce n’est qu’une
suggestion, vous savez, je ne sais vraiment pas si je pourrais
avaler quoi que ce soit…

Je soupire et retourne m’allonger sur ma petite couverture. Il
commence à faire bon. On pose une gamelle odorante à côté
de moi. Qu’est cela ? J’ouvre un oeil.
Une petite terrine de saumon… Je vais faire un effort pour
manger, après tout…
En deux minutes, la gamelle est vide. Je ressuscite à vue
d’oeil.
Ils me couvrent d’un lainage. Il paraît que je ressemble à une
poupée, ainsi emmitouflé.
- Il a l’air de se sentir mieux, remarque Mimiche.
- Je vais quand même l’emmener chez le vétérinaire,
demain !
Qu’est-ce qu’un vétérinaire ? Où veut-on m’emmener ?
Laissant de côté cette question apparemment sans réponse, je
fais un bon somme réparateur et me réveille, frais et dispos,
en fin de soirée.
Ils se préparent à aller au lit.
- Je vais faire un petit tour dehors et je vous rejoins ! dis-je en
filant par la chatière.
Mais… le chat propose et la chatte dispose !
Néfertiti m’attendait sur la terrasse. Néfertiti a des droits sur
moi : nous avons eu des petits ensemble. Notez que je ne les
ai jamais vus : elle les a cachés soigneusement quelque part.
Mais il paraît qu’à cause de ces petits, Néfertiti peut
légalement me tourner en bourrique autour de sa patte, du
moins c’est ce qu’elle dit. Je sais, c’est compliqué, je n’ai
pas bien compris non plus, mais je l’aime, ma Nefer ! Alors,
je suis tout content de la voir.
- Orca ! On ne te voyait plus !
- J’ai été malade, dis-je d’un petit air important.
- Tu viens ? Regarde la belle neige ! On va se rouler dedans !
On va bien rigoler !
- Heu…
Le jardin est tout luisant, couvert de blancheur. Les étoiles
étincellent… Il fait trop beau pour rentrer !

Je repasse la chatière à dix heures du matin.
- Eh bien, mon Or-katteke ? On s’est bien amusé ? Montre la
papatte !
Elle est toujours infectée, la papatte ! Heureusement, je
mange à présent de bon coeur. Quand l’appétit va, tout va,
comme dirait la chère Ardoise, grande spécialiste en la
matière !
Dan, cependant, n’a pas renoncé à son idée de me faire
soigner de façon énergique et a pris rendez-vous chez une
vétérinaire de la petite ville proche.
- Nous avons rendez-vous à deux heures, Orca !
- Je vais juste faire mes petits besoins et je rentre !
Evidemment, une fois dehors, j’ai oublié. Le ciel bleu, l’air
vif, la neige étincelante… Je me suis élancé vers de nouvelles
aventures.
- Tant pis, dit Mimiche, on va aller chez la vétérinaire pour
lui dire que le chat n’est pas rentré !
- On n’aurait pas dû le laisser ressortir !
C’est l’évidence même mais… essayez seulement de
m’emprisonner durant une heure, si je n’en ai pas envie ! Il y
a de quoi devenir fou… Vous comme moi !
Ils s’apprêtent à partir… quand je surgis dans la cuisine pour
prendre mon déjeuner !
Pendant que je mange, ils se tiennent derrière moi avec des
airs de conspirateurs. Dan ferme subrepticement la porte de la
cuisine.
Mais que se passe-t-il ? La dernière bouchée à peine avalée,
on me saisit et on me fait entrer dans un petit panier d’osier
qu’on referme au-dessus de ma tête !
M’enfermer ainsi, moi ! Ça ne m’est jamais arrivé !
Je me débats : « Vous êtes cinglés ! Délivrez-moi ! »
Je sens qu’on me soulève et qu’on emporte le panier en me
susurrant des paroles apaisantes. Puis, on entre dans la
voiture. C’est aussi la première fois que je me déplace en
voiture : ça ne me plaît pas du tout !
On s’éloigne…
Ô mon village natal, quand te reverrai-je ? Mon jardin, mes
chemins, mes chattes…
Heureusement, le supplice du trajet en voiture ne dure pas
très longtemps. On s’arrête, on entre dans une maison qui
n’est pas la mienne…
On ouvre le panier et je cligne des yeux sous une lumière
crue. Où suis-je ?
Une dame en blouse blanche me tripote. Tous les coins de
mon anatomie y sont passés ! Les yeux, les oreilles, le ventre,
les pattes… Paraît qu’en général, malgré toutes les traces de
bagarres imprimées sur mon épiderme, je suis bon pour le
service : chat mâle (je n’en doutais pas), plus très jeune (on
ne peut pas tout avoir) mais encore solide !
Dan me maintient fermement pendant que la dame fouille
dans ses tiroirs. Elle ne se dépêche pas et moi, je commence à
m’impatienter !
Elle revient avec une longue aiguille. Deux piqûres
d’antibiotiques et une de vitamines ! Et un joli pansement
pour couronner le tout !
Et un vermifuge qu’elle donne à Mimiche pour le mettre dans
ma pâtée du soir.
- C’est un très gentil chat, dit-elle d’un ton connaisseur : il ne
fait pas mine de mordre !
Du coup, Dan et Mimiche lui racontent mon histoire : et
comment je suis arrivé chez eux, et combien j’ai été patient et
gentil avec la mam’zelle Ardoise, et comment je suis arrivé à
me rendre indispensable… Moi, j’attends, immobile comme
une potiche. Je veux bien qu’on chante mes louanges, mais je
ne suis pas tellement à l’aise, sur cette table d’examen !
Puis, à mon grand déplaisir, on me fourre à nouveau dans le
panier trop petit pour moi.
A nouveau un trajet en voiture et enfin, enfin, me voilà de
retour à la maison !

Ouf ! Je ferais bien une petite promenade, maintenant !
- Pas pour l’instant, Orca, dit Dan en essayant de prendre un
air sévère, il faut garder le pansement quelques heures !
Quelques heures sans sortir ? C’est comme je le disais : ils
sont fous !
Puisque c’est le pansement qui m’empêche de m’amuser, je
vais m’en occuper sérieusement…
Je prends un air innocent et, au bout de cinq minutes :
- Regardez, Dan ! Mon pansement a glissé, il ne recouvre
plus la blessure, je ne comprends pas ce qui s’est passé ! Que
vais-je faire ? Essayez de me le remettre, si vous pouvez ! (là
je ne risque rien).
- Oh, zut, tant pis, il faut l’enlever…
Une paire de ciseaux entre en action et me voici libre comme
l’air !
- Je peux sortir maintenant ? Puisque je n’ai plus mon
pansement !
On m’ouvre la porte. Je me précipite dehors, la tête haute, la
patte alerte, triomphant !!!

Le soir, j’ai dormi du sommeil du juste et me suis réveillé au
grand matin, pelotonné sur la couverture, au pied du lit. Je me
sens tout à fait bien et rassuré : puisqu’ils ont fait tout ça pour
moi, c’est qu’ils m’AIMENT, évidemment ! Je n’en douterai
plus, désormais !

Comme d’habitude, ils sont partis le dimanche soir, en me
laissant deux assiettes bien remplies et un poêle encore tout
ronronnant. Pourvu que je ne m’esquinte pas une autre patte,
cette semaine !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 8 Avr - 15:05:21

Ah me voilà rassurée cat

Sacré Orca , quel caractère , très attachant

Merci Scouby

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 9 Avr - 17:34:29

Toujours aussi magnifique ce récit avec Orca !
Je me retrouvais encore dans les lieux !

Très belle écriture !
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Scouby
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 17 Avr - 12:48:17

Ardoise reprend le crachoir :

Ce mardi, Daniel a pris congé pour une semaine et est parti bricoler dans notre maison de campagne. Il va travailler au jardin et entreposer dans la cave les précieuses bouteilles ramenées de Bourgogne ! Michèle, elle, va au bureau toute la journée et, le soir, elle reste avec moi.

Je ne compte plus trop sur la présence d’Olivier : mon Grand Amour a rompu nos fiançailles et s’est entiché de quelqu’un d’autre, quelqu’un à deux pattes… C’est un monde ça, quand même !
Bien sûr, il nous a présentées l’une à l’autre avec diplomatie : « Ardoise, je te présente Nathalie. » et « Voilà Ardoise, la chatte de ma vie ! »
Bon, cette façon de parler de moi a mis un peu de baume sur mon cœur meurtri. La personne à deux pattes m’a trouvée très jolie. Toutefois, elle ne m’a pas caressée parce qu’il paraît qu’elle craint un peu les chats… ce qui m’a fait plaisir : personne n’a jamais eu peur de moi jusqu’à présent, alors je pourrai me défouler de mes frustrations en terrorisant cette pauvre fille…
Espoir vite déçu : à sa seconde visite, elle se sentait déjà complètement à l’aise avec moi ! Ce n’est quand même pas de ma faute si je suis une vraie gentille… et si ça se voit !

Deux jours après son départ, voilà Daniel qui téléphone à Michèle : « Je n’ai pas encore vu Orca ! »
C’est l’angoisse. Qu’est devenu le chat des champs ?
Olivier, à sa manière, se veut encourageant : « M’enfin, maman, il faut s’y attendre, avec un chat en liberté ! Il peut arriver n’importe quoi ! »
- Ben oui, renchéris-je, confortablement installée sur mon fauteuil favori. « Il s’est peut-être fait mordre par le chien du voisin… ou enfermer dans une grange… ou… »
- Ardoise, merci de me remonter ainsi le moral !
- Ben kwâ ?
Qui vivra verra. Vendredi prochain, Michèle va prendre le train pour passer le week-end dans notre masure. Elle espère que les nouvelles seront bonnes. Entre-temps, elle contemple d’un œil désespéré la photo d’Orca qui trône sur un meuble, à côté de ma photo à moi.
« Kwâ » qu’il en soit, je ne suis pas aussi tranquille que je voudrais le faire croire. C’est vrai qu’il m’agace, le maître-chat, mais je ne voudrais pas qu’il lui arrive quelque chose : je m’ennuierais sans lui… Je n’aurais plus personne à tyranniser, qu’est-ce que je deviendrais ?

Bientôt, quand il fera meilleur, je pourrai à nouveau accompagner mes parents à la campagne, mais avant cela, je devrai subir mon supplice annuel : une visite chez le vétérinaire. A cause de toutes les chattes (sans compter l’Orr-katteke) qui viennent minauder sur ma terrasse, il va falloir me vacciner, moi ! Contre la leucose féline, il paraît…
Pauvre Ardoise ! Comme je suis à plaindre !
Un de ces jours, je vais écrire une tragédie (antique) sur ma vie. Et tout le monde sera bien étonné ! Mes malheurs étalés au grand jour… Ma photo dans le journal… La gloire !

Ben kwâ, on peut toujours rêver !



Au tour d'Orca :

Salut tout le monde !
Eh bien oui, c’est moi ! Je suis de retour ! La chère et douce Ardoise vous avait sûrement dit que j’avais disparu, hein ?
Je n’avais pas disparu du tout, mais comme personne n’avait pensé à m’aviser des vacances de Dan, je me suis présenté à la maison avec deux jours de retard.
Il aurait pu m’avertir, non ? Au moins mettre un petit mot sur la table : » Cher Orca, je serai en congé à partir de mardi, attends-moi, je te servirai de la bonne pâtée. Signé Dan. »
Mais rien, rien ! Croit-il que je possède une boule de cristal ? Que je me nomme Orca Soleil ?
Au lieu de quoi, moi, bêtement, j’ai encore crié famine le mardi et le mercredi, avant de m’apercevoir que la voiture était stationnée devant ma maison !

Je suis entré en poussant de grands « Miââââââ ! » réprobateurs.
- Ah, Orca, j’étais inquiet, j’ai même fait le tour du village en voiture pour essayer de te trouver ! » s’est exclamé Dan en me voyant surgir.
Je lui jette un petit regard oblique. Dit-il vrai ? Il semble sincèrement soulagé de me voir. Je remballe mes reproches.
- Tu comprends, dit-il, continuant à se justifier, tu es TOUJOURS là, alors…
Je soupire. Pour une fois que je déroge à mes habitudes !
Mais est-ce ma faute si j’ai fait la connaissance de deux nouvelles voisines ?

Cela s’est passé il y a quelques jours, un dimanche pour être précis. Comme vous le savez, Mimiche dépose toujours, pour mes copines les chattes de la rue, un peu de nourriture sur la terrasse. En faisant ma promenade quotidienne pour me dérouiller les pattes (en fait, j’avais rendez-vous avec Néfertiti mais elle m’a posé un lapin…), j’ai aperçu une inconnue qui avait le nez fourré dans la gamelle. Elle mangeait (si je n’étais pas si courtois, je dirais même « bâfrait ») avec une conviction absolue.

- Bonjour, Mademoiselle ! ai-je modulé d’une voix flûtée.
- Gloumph ! Miam ! Miam !...
- Je me présente : Orca, Maître-Chat !
- Miom ! Ourk ! Ourk !
- C’est moi le maître de cette maison…
Elle ne relève la tête que lorsque l’assiette est soigneusement nettoyée et pousse un profond soupir de bien-être.
- Pardon ? dit-elle en s’essuyant délicatement les moustaches.
Je tombe sous le charme. Quel amour de chatte ! Tricolore (roux, blanc, gris, ce qui s’appelle écaille-de-tortue, je crois), un peu dodue (ça ne m’étonne pas), elle a une ravissante petite bouche en forme de cœur et des yeux verts qui brillent d’une lueur candide et amicale.
Je roucoule : «Vous habitez chez vos parents ? »
Elle minaude : « Oui, ma fille et moi-même occupons la maison du bout de la rue. Si le cœur vous en dit, passez donc nous dire bonjour un de ces quatre ! »
La maison du bout de la rue… Ah, je vois ! C’est la maison où piaillent constamment des enfants humains. Un peu bruyant pour mon goût, en général j’évite, mais la chatte tricolore mérite bien un petit sacrifice !
Je susurre : « Et où se trouve Mademoiselle votre fille ? »
- Là, sous la haie, répond-elle avec un naturel parfait. Elle attend que j’aie fini de manger pour se nourrir à son tour…
Effaré, je contemple la gamelle. « Mais… vous avez tout vidé ! »
- Oh, votre locataire… Comment s’appelle-t-elle, au fait ?
- Mimiche.
- Mme Mimiche viendra bien remplir à nouveau cette gamelle, vous ne croyez pas ?
Si, je crois. Il suffit d’attendre ici que ladite locataire nous remarque. Mais voici la fille de Mme Tricolore qui se fraie précautionneusement un chemin jusqu’à nous.
J’apprécie d’un coup d’œil : un chaton gris, un peu tigré, qui a la même allure que sa mère, avec une épaisse fourrure et des petits yeux vifs et taquins. Me voici en bonne compagnie !
Je me rengorge.

Ah ! Voilà Mimiche, porteuse d’une boîte de pâtée pour chats. Mes deux compagnes frétillent de la tête à la queue. Avec un ensemble parfait, elles plongent la tête dans l’assiette qui se remplit.
- A moi ! A moi ! crie le chaton. Tu as déjà mangé !
- Non, d’abord à moi ! Tu dois le respect à ta mère !...
Sachant très bien que, s’il se laisse intimider, il ne lui restera plus rien, le chaton fait la sourde oreille et continue à manger en donnant des coups de tête pour écarter son envahissante génitrice.
La gamelle vidée pour la seconde fois…
- Ah ! C’était bien bon ! Une adresse à retenir, hein fillette ?
- Oui maman ! Pour un petit en-cas, l’après-midi…
Elles se pourlèchent les babines. Un petit en-cas ! Je suis confondu…
Pourtant, je continue à faire bonne figure.
- Madame, Mademoiselle… Heureux d’avoir pu vous accueillir chez moi… Puis-je me permettre de vous demander votre nom ?
- On me nomme Gourmande, et la fillette, c’est Petite-Goulaffe. Sois polie, dis bonjour au monsieur, Petite-Goulaffe !

Après leur départ, je demeure rêveur. Comment vais-je faire pour continuer à assurer la subsistance de Néfertiti ? Là où passent Mme Gourmande et Mlle Petite-Goulaffe, plus question de trouver une miette de nourriture. C’est la razzia !
Heureusement, j’ai ma chatière et mon assiette à moi est bien à l’abri !

Il faut avouer qu’elles sont bien mignonnes malgré leur phénoménal appétit ! Nous nous retrouvons bons amis et souvent, Mimiche et Dan me voient déambuler dans la rue, accompagné de la jolie Gourmande. Nous marchons, très sérieux, l’un à côté de l’autre en devisant… Sûrement, je me trouvais près de « la maison du bout de la rue » quand Dan est arrivé en vacances, c’est pour ça que je l’ai raté.

La Petite-Goulaffe, elle, a établi son quartier général dans notre haie. Quand elle voit Mimiche sortir dans le jardin, elle se précipite vers elle en faisant des mines aguicheuses. Elle sait très bien, la futée, ce qui ne peut manquer d’arriver : « Oh, le joli chaton ! Bonjour, Petite-Goulaffe ! Je vais t’apporter quelque chose de bon… »

Néfertiti ne prend pas ombrage de mes nouvelles amitiés. Elle sait très bien qu’elle reste « pour toujours mon seul amour » comme dit la chanson. Nous nous rencontrons sous le grand sapin (elle persiste à trouver ce lieu de rendez-vous très romantique, même quand il pleut et que l’herbe vous trempe les pattes). Nous nous embrassons sur le museau. La vie est belle !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 17 Avr - 16:37:48

Toujours aussi magnifique Scouby !

Je me voyais sur le chemin avec Orca et Gourmande !

Et la pauvre Ardoise qui se plaint

Merci Scouby !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 17 Avr - 17:41:59

C'est vraiment avec plaisir !
Voici une photo de Gourmande, qui après pas mal de péripéties, était venue habiter chez nous et que nous avons malheureusement perdue en novembre dernier. Elle avait atteint un âge avancé et a vécu très heureuse jusqu'à la fin. C'était vraiment un amour de chatte.

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 17 Avr - 22:30:31

Elle était très belle cette minette !

Merci de nous avoir mis sa photo !

Des amours ces petites boules de poils !

Bonne soirée !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 19 Avr - 14:39:27

C'était une chatte magnifique Gourmande , je pensais que vu son appétit elle serait beaucoup plus grosse , mais non elle est superbe.

Il avait très bon goût ton Orca cat

Je ne me lasse pas de tes recits , je les relis souvent plusieurs fois tellement ils me régalent.

Merci Scouby

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 19 Avr - 15:42:40

C'est moi qui te remercie !
En fait, à l'époque d'Orca, Gourmande était plus grosse que ça, cette photo a été prise dans la dernière année de sa vie, l'été dernier. Elle était très âgée et avait maigri.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 5 Mai - 10:28:23

Et revoilà notre Orca...

Vendredi dernier, Mimiche est arrivée par le train et a poussé un cri de joie en me voyant. Décidément, la nouvelle de ma disparition s’était répandue !

" Madame Bobonne" est aussi venue passer le week-end chez nous. Elle sort de l’hôpital et est encore très faible. C’est le fils de la maison, Olivier, qui l’a conduite jusqu’ici. À peine s’est-elle installée sur une chaise, dans la cuisine, que je bondis sur la table à ses côtés.
— Tiens ! dit Olivier. Tu es revenu ?
Décidément ! Il suffit que vous tourniez le dos un instant pour que ça devienne une nouvelle interplanétaire !
— Oh ! dit Madame Bobonne en m’examinant d’un œil attendri, la petite chatte est là !
Mon sourire de maître-chat faiblit un brin. Ah c’est vrai, c’est la dame qui s’obstine à me croire du sexe féminin ! Si mes copines entendaient ça, elles rigoleraient bien !
Je crois qu’il va me falloir composer, parce qu’elle ne veut pas en démordre, Mme Bobonne !
Enfin, en brave chat que je suis, je me pose sur ses genoux pour qu’elle guérisse plus vite. Je vais lui infuser une partie de ma formidable énergie et elle sera vite sur pieds. Personne n’a jamais pu résister au flux d’énergie, d’enthousiasme, de joie de vivre qui m’anime et que je distribue généreusement. On n’est pas maître-chat pour rien, c’est un art !
— Quelle gentille petite minouchette ! s’exclame-t-elle.
Je soupire. Je boirai le calice jusqu’à la lie mais n’en montrerai rien.
— Voyons, maman, on t’a déjà dit que c’est un garçon ! intervient Dan.
Je prends mon air le plus patibulaire, mais apparemment, le message ne passe pas. La convalescente n’est absolument pas sensible à mon charme viril !

Tout le week-end, elle m’a prodigué des compliments. J’en aurais pavoisé, n’était le malentendu fondamental qui nous sépare…
— Minette ! Minette ! Où es-tu ? Oh, elle est installée sur le frigo !
— Oui, il est très intelligent !Il sait où se trouve le pâté que je viens d’acheter, dit Mimiche en insistant bien sur le il.
Puis est venue l’heure de la piqûre quotidienne : Mme Bobonne souffre d’un diabète.
Je me plante devant elle pour l’encourager.
— Vous en faites pas, dis-je. A moi aussi on a fait une piqûre quand je suis allé chez la vétérinaire ! Regardez comme je suis requinqué ! Ça va vous remettre en moins de deux, vous verrez !
Il est vrai que moi, je suis sensiblement plus jeune que Mme Bobonne… La guérison sera peut-être plus lente pour elle.

Comme toujours, la fin du week-end arrive trop vite.
— On revient dans cinq jours, mon Orca ! Regarde toute la bonne pâtée dans ton assiette !
— Au revoir, petite minette ! dit Mme Bobonne.
Et les voilà partis. J’attends que la voiture se soit éloignée et je cours au jardin. Ah, la voilà !
— Je suis un peu en retard, mes locataires n’arrivaient pas à décoller, dis-je.
— Ce n’est pas grave ! répond gracieusement la jolie Gourmande. Si nous allions faire une petite promenade ?
Cinq jours… ils passeront peut-être très vite : j’ai tant de rendez-vous !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 5 Mai - 10:34:17

Et maintenant Ardoise donne libre cours à ses fantasmes...


Confortablement étalée sur le dossier de mon fauteuil préféré, les yeux clos, je semble dormir… En fait, je médite profondément. J’imagine, je rêve, je souris dans mes moustaches…

Je vois une grande scène de théâtre tout illuminée. C’est la répétition générale de mon œuvre grandiose et immortelle.

Au centre de la scène se tient l’héroïne. Elle n’est pas seulement l’Actrice Principale, mais aussi l’Ecrivaine-Metteuse en scène. Rien que ça ! Elle est reconnaissable entre toutes : comme les héroïnes de Barbara Cartland, elle a une petite figure ravissante, en forme de cœur. Mais elle est la seule qui soit vêtue d’une robe grise, rayée et chatoyante. Son séduisant visage s’orne de superbes moustaches tombantes. Elle a aussi de grands yeux verts dont elle est très fière, avec raison d’ailleurs ! Elle dirige la scène et miaule sur un ton d’autorité qui en impose à tous les acteurs de seconde zone qui l’entourent, muets d’admiration.

Fantasmons, fantasmons et ne faisons pas les choses à moitié ! Les acteurs de seconde zone, béats d’admiration pour notre noble héroïne (mais oui, mais oui !), ne sont autres que Daniel, habillé en Zeus courroucé avec des éclairs en carton doré qui lui entourent la tête (c’est très, très joli ! D’un chic ! D’une classe !), Michèle, déguisée en Héra (Héra, paraît que c’est la déesse épouse de Zeus. On l’appelle " Héra aux yeux de génisse ". Michèle n’était pas contente, mais je lui ai fait remarquer que si on dit ça d’une déesse, c’est que c’est très beau, des yeux de génisse ! Oui, hein ! C’est vide mais beau !), avec une robe blanche dont le bas traîne par terre, ce qui nettoie le plancher du théâtre (la Grande Metteuse en Scène, avec toutes ses qualités, a également le sens de l’économie : elle ne doit pas faire l’achat d’un aspirateur, dans ces conditions). Gourmande et Petite-Goulaffe (oui, tout le monde est réquisitionné !) se tiennent devant le micro pour faire le choeur (antique comme il se doit) et enfin, Orca, dans le rôle du Chevalier Noir et Blanc, à la dévotion de la belle héroïne. Pour enjoliver les choses, je lui ajoute un plumet sur la tête. (" Il faut vraiment que je me montre comme ça, chère Ardoise ? " La Grande Metteuse en Scène, chat-égorique : " Voui ! ")

Voilà, la distribution est au complet ! Reste à savoir ce que l’on va jouer.

La Grande Ecrivaine-Metteuse en Scène-Vedette annonce le titre de la pièce : " Les malheurs de la pauvre Ardoise ". Aussitôt, les acteurs commencent à protester : "Ardoise, tu exagères ! Tu mènes une vie de pacha chez nous !"
— Ce n’est pas de la vérité, c’est de l’Art ! déclame l’intéressée en levant vers le ciel ses magnifiques yeux verts. C’est de l’art avec à peine un zeste de vérité, un soupçon ! Vous allez voir !

Au premier tableau, on admire la jeune Ardoise (" Ben oui, je suis une éternelle adolescente ! " assène la Sarah Bernhardt à moustaches sur un ton péremptoire, en percevant les murmures étonnés de l’auditoire), on voit donc la jeune Ardoise (oui, on sait ! je vais finir par me vexer !) au désespoir devant ses gamelles aux trois-quarts vides. Elle se tord les pattes antérieures en un geste théâtral (c’est de circonstance) et pousse des miaulements déchirants (Mais non, je ne miaule pas, je chante !) :


La jeune Ardoise

Miââââââââou ! Miââââââââou ! Triste sort !
Ici-bas tout m’abandonne !
Ma pitance n’est pas bonne
Et dans ma famille, personne
N’en éprouve du remords !
Miâââââââââou ! Miââââââou ! Triste sort !

Zeus-Daniel
(étonné)

Mais qu’est-ce donc que ce chat
Qui hésite entre ses plats,
Qui ne sait lequel choisir
Et ne pense qu’à gémir ?

La jeune Ardoise
(bouleversante de vérité)

Goûte, toi, et tu verras !
C’est tout sec et raplapla !
Miââââââââ ! Miâââââââ !

Zeus-Daniel
(inspectant les gamelles)

Et ce colin d’Alaska ?

La jeune Ardoise
(pathétique)

Aujourd’hui, ça m’inspire pas !
J’y peux rien, je suis comme ça !
Tu me laisses mourir de faim,
C’est trop triste à la fin !

Le chœur
(antique mais cacophonique)

Hélas, hélas, pauvre Ardoise !
La voilà toute pantoise !
Hélas, hélas, pauvre Ardoise,
Comme Zeus lui cherche noise !

Héra-Michèle
(apitoyée)

Pauvre minette adorée,
Quitte donc ces airs frustrés,
Cesse de te lamenter,
Que souhaites-tu manger ?

Zeus-Daniel
(sévère)

Ce chat n’en fait qu’à sa tête,
Il finira son assiette !
Ainsi l’ai-je décidé
Et ne le veux répéter !

Le chœur
(s’égosillant)

Hélas, hélas, pauvre Ardoise !
Etc etc…

Orca
(s’éclipsant)

Moi je pars en catimini,
Ils sont tous cinglés ici !
Cette chatte qui chante
Me dispense le tournis !
Combien m’est plus reposante
La douce Néfertiti !

La jeune Ardoise
(vexée)

Fréquenter un chat génial
N’est quand même pas si mal !
Va, retourne dans ton terroir,
Et attrapes-y la gale !
Quel beau chevalier blanc et noir,
Vraiment ! Au revoir !
Après quoi, la Grande Ecrivaine-Metteuse en Scène, de très mauvaise humeur, houspille le chœur pas assez dynamique à son gré. Puis elle décrète " Relâche ! " et chacun de s’esquiver…

Je rouvre les yeux. Je m’y voyais réellement ! Il est vrai que cette scène dramatique n’est pas le reflet de ma vie tranquille. Zeus-Daniel ne me tourmente pas, au contraire. Si j’ai souhaité la gale à l’Orca, c’était pour la rime… et pour la frime ! Je ne suis pas si agressive, en réalité, je suis même plutôt bonasse (comme dirait sa Seigneurie Caramel). Peut-être que je devrais m’affirmer davantage…

Tandis que je médite, l’heure a tourné et la porte de l’appartement s’ouvre.
— Bonsoir, mon gentil petit chat ! dit Michèle.
Je lui dédie un sourire angélique, purement ardoisien. Emue, elle me caresse le haut du crâne.
— Si mignonne et si discrète ! s’extasie-t-elle.
Si elle connaissait les rêves qui me trottent par la tête !
Mais connaît-on jamais le chat avec qui on vit ?
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 7 Mai - 14:42:59

Pas mal des divagations de Miss Ardoise cat

Bravo la "grande écrivaine metteuse en scène

Que d'imagination


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 14 Mai - 12:02:16

C'est toujours aussi beau ce que tu écris Scouby !

Vraiment très bien écrit !

Très contente que ta Maman aille mieux ; et ta petite Ardoise aussi !

Gros !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 21 Mai - 21:30:43

Ardoise y remet son grain de sel...

La semaine passée, Michèle et moi étions à nouveau toutes seules dans l’appartement. Daniel est parti bricoler à la maison de campagne : il monte les murs de la future salle de bains.
Je ne vois vraiment pas pourquoi ils tiennent tant à disposer d’une salle de bains ! S’ils étaient raisonnables, comme moi, il suffirait qu’ils passent des heures, chaque jour, à se lécher et ils seraient tous propres sans se ruiner ! Evidemment, pour Michèle, se laver ne suffit pas. Elle est un peu narcissique à mon avis. Sur la tablette de son lavabo, il y a toutes sortes de petits pots qui ne servent à rien… si ce n’est à me faire sourire avec commisération. Quand elle s’enduit le visage d’une matière gluante, je n’assiste pas à une métamorphose fracassante, contrairement à ce qu’on pourrait croire : le lendemain matin, malgré tous ses efforts, les petites rides sont toujours là. Elle a la même tête qu’hier et avant-hier, elle n’est toujours que Michèle et pas Claudia Schiffer !

Moi seule, je conserve un air d’éternelle jeunesse : un vrai chaton (la sveltesse en moins). Il paraît que cela vient de la candeur de mon regard…
Et puis, pourquoi prendre des bains, au risque de se noyer ?
Je sais de quoi je parle : j’ai failli glisser dans la baignoire, un jour que je batifolais sur le bord en toute innocence !

- C’est vrai ! approuve Caramel surgie mystérieusement, rien de plus dangereux que les baignoires ! Ainsi, moi-même…
- Z’avez bu la tasse, Seigneurie ?
Je suis pleine d’espoir. Un faux pas la rendrait plus accessible, moins intimidante…
Elle me lance un éclair de son regard bleu et renifle.
- Non, non, pas si bête ! (Merci, Vot’Seigneurie !) mais il fallait que je veille sur Daniel quand il prenait son bain. J’étais chargée de sa sécurité, tu comprends ? Comme je savais qu’il avait tendance à s’endormir béatement dans l’eau chaude, ce qui n’est pas bon pour la peau, je me plantais près de la baignoire, je miaulais de toutes mes forces, jusqu’à ce qu’il en sorte ! Ah, je l’ai sauvé de nombreuses fois… malgré lui ! Figure-toi que par la suite, il a imaginé de prendre son bain tout seul, en fermant la porte de la salle de bains et me laissant à l’extérieur ! Tu imagines !
Elle en frémit encore, la pauvre siamoise. J’ai toujours entendu dire qu’elle était très possessive à l’égard de Daniel.
Une chatte abusive, tyrannique… mais allez comprendre les hommes ! Il l’adorait ! Cela le flattait d’être l’objet d’un amour à ce point exclusif…

Heureusement, moi, je suis plus raisonnable ! Avec mon Olivier, je me conduis de manière subtile, mais oui, mais oui !
J’ai bien dû comprendre que l’épisode Roméo-Juliette, entre lui et moi, ce n’est plus vraiment ça. J’accepte ses câlineries et ses déclarations d’amitié d’un petit air réservé, ce qui l’inquiète, ah ah ! Il se dit : « Ardoise m’aimerait-elle moins ? » Et il redouble d’attentions.
Ma rivale, Nathalie, me dédie elle aussi de charmants sourires.
- Bonjour, Ardoise !
En réponse, je hoche la tête avec politesse et, ensuite, fais semblant de m’absorber dans mes pensées.
Quand ils sont tous les deux assis sur le divan, je me juche sur les genoux de Michèle et contemple, les yeux mi-clos, le petit couple qui se murmure des tendresses. Parfois, je lève
les yeux au ciel et pousse un profond soupir, moqueur et explicite.
Vous vous direz peut-être, là : « Allez, c’est de l’exagération ! Un chat ne se conduit pas comme ça ! » Eh bien, vous vous tromperiez fameusement : mes mimiques sont claires comme de l’eau de roche !
- Ardoise, chuchote Michèle, arrête ton cinéma ! Qu’est-ce qu’elle va penser de toi, à la fin, Nathalie ?
- Kwâ, keskelle va penser Nathalie ? Je peux quand même regarder en l’air et respirer fort, non ?
- Elle va penser que tu es une vilaine chat-louze !
Une vilaine chat-louze ! Moi !
Outrée, j’ai proféré un gros mot, en cinq lettres : « Miaou ! »

Les filles, c'est la pure vérité : Ardoise se conduisait comme ça à l'égard de ma future et gentille belle-fille... J'en étais gênée !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 21 Mai - 22:12:15

Trop drôle

J'imagine très bien la scène

Il faut avoir un chat pour comprendre tout ce qu'ils pensent . Les gens n'imaginent pas tous les sentiments qu'ils peuvent avoir.

Toujours un plaisir de lire la suite de cette histoire

Bravo Scouby

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 21 Mai - 23:26:24

Merci Catherine ! Il faut dire que la première fois qu'Ardoise a fait ainsi son petit cinéma, j'en suis restée bouche bée, le faisait-elle exprès ou pas ?
Puis, quand je me suis rendu compte qu'à chaque petit mot d'amour chuchoté dans le divan, à chaque bisou, la chatte "regardait en l'air et respirait fort", je me suis rendue à l'évidence !
Il faut la comprendre : Olivier était vraiment son grand amour, elle s'est sentie trahie, la pauvre !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 23 Mai - 14:37:53

Comme je vais devoir m'absenter jusque mercredi soir, je vous mets encore un petit extrait pour la route... Ce ne sont d'ailleurs plus des extraits, mais carrément la suite du livre, je suis contente que vous aimiez les mémoires d'Ardoise !
Au tour d'Orca :


Pour le moment, j’ai du travail, mais du travail ! Je ne sais plus où donner de la tête. D’ailleurs, paraît que j’ai l’air fatigué.
Le week-end passé, Mimiche m’a regardé dans le vert de l’œil avec inquiétude.
- Qu’est-ce qui t’arrive, Orca ? Tu ne manges presque pas… Tu es toujours aussi maigre !
- Je cours tout le temps ! Comment pourrais-je prendre du poids, avec la vie que je mène ?
- Tu as pourtant une maison, maintenant… Malgré cela, tu ressembles de plus en plus à un clochard ! Comment cela se fait-il ? Tu me fais penser à quelqu’un…
- Depardieu, je suppose. Les filles du quartier disent…
Elle secoue la tête, navrée.
- Non, pas Depardieu, mon pauvre minou ! Columbo !!!
La paupière tombante, le pelage avachi, je la regarde sans comprendre. C’est qui, d’abord, ce Columbo ?

En bon propriétaire terrien, je suis obligé de surveiller mon territoire toute la journée, pour éviter les intrusions inopportunes d’autres matous désireux de prendre ma place. Le statut de « Maître-Chat » fait des envieux… Je suis même obligé de garder un œil sur Mimiche pour éviter qu’elle ne fasse des bêtises, vous imaginez !

Ainsi, dernièrement, une créature ondulante et soyeuse est apparue sur la terrasse où se trouve le très sélect (et très privé) restaurant que fréquentent mes amies les chattes.
- Oh, s’est écriée Mimiche, la jolie chatte grise ! Elle ressemble un peu à Ardoise ! Viens manger, minette !
La créature ondulante-et-soyeuse ne se l’est pas fait répéter et a fait honneur au repas si gracieusement offert.

Sur ces entrefaites est apparue mon amie Gourmande, grande habituée du restaurant. Poliment, la créature grise s’est effacée pour laisser manger Gourmande. Là, Mimiche aurait pu se douter de quelque chose, vous ne trouvez pas ? Cette galanterie…
Moi, je commençais à sentir mon poil se hérisser.

La créature ondulante-et-soyeuse a commencé une sorte de danse de charme pour le bénéfice de Gourmande. Peine perdue ! Quand Gourmande prend son repas, le monde pourrait crouler autour de son assiette, elle ne s’en apercevrait même pas !

- Regardez comme je suis agile ! a dit la créature.
Avec vélocité, elle a grimpé au sommet du grand sapin et en est redescendue gracieusement en se promenant sur chaque branche et en se balançant. Applaudissez l’artiste !
- Miam, miam ! faisait Gourmande pendant ce temps.

Dan a commencé à avoir la puce à l’oreille. Mes puces à moi dansaient le cha-cha-cha sur mon crâne. J’entrais en ébullition.
- J’ai l’impression que ta jolie chatte grise… c’est un jeune CHAT ! a-t-il dit.
La créature ondulante-et-soyeuse dûment examinée, il a bien fallu se rendre à l’évidence. Un CHAT, même adolescent, dans MON jardin ? Inacceptable ! Un grondement est venu tout seul au fond de ma gorge.
- Oh, il est si beau ! a dit Mimiche, sans se rendre compte de ma rage croissante.
Subrepticement, elle l’a caressé, à un moment où je détournais la tête. Si j’avais surpris ce geste, vous pensez bien que les choses ne se seraient pas passées comme ça ! On aurait mangé du civet de créature ondulante ce soir !
Le jeune chat s’est esquivé sans insister… il a bien fait.

Il paraît pourtant que, lorsque je suis absent, il passe de temps en temps dire un petit bonjour, mais ne s’attarde pas. Je crois qu’il se méfie du maître des lieux (moi) !
En quoi il n’a pas tort !

J’ai encore d’autres soucis !
Vous savez quelle affection j’éprouve pour mes chattes. Je dois reconnaître qu’elles me le rendent bien et jusqu’à présent, jamais je n’avais eu à me plaindre d’elles.

Néfertiti, toujours douce et timide, occupe la première place dans mon cœur. Quand on voit Néfertiti, je ne suis jamais très loin : sans moi, elle n’oserait guère sortir de la tanière qu’elle s’est aménagée dans le fourré de l’autre côté de la rue, à l’abri des regards indiscrets. C’est bien agréable d’être ainsi indispensable à quelqu’un, aussi j’en rajoute : en sa compagnie, je plastronne et elle bée d’admiration. Chère Néfertiti !

Gourmande non plus ne me pose pas de problème majeur, encore que… vous verrez tout à l’heure. C’est une bonne copine, agréable, toute mignonne avec sa robe tricolore et sa petite bouche en forme de cœur. Son principal défaut, c’est la gourmandise, justement. Quand elle voit une assiette pleine, il faut qu’elle la vide impérativement, même si elle n’a pas faim. C’est pathologique. Elle engouffrerait dix fois son poids. Pourtant, je ne l’ai jamais vue malade et elle garde la ligne. Comment fait-elle ?

La chère Ardoise, bien sûr, est un cas à part… Pas méchante, mais un peu snobinarde. Peut-être a-t-elle un complexe d’infériorité qu’elle s’efforce de compenser ? Elle passe son temps à me surveiller comme si j’allais lui escamoter sa maison. Pourtant, il y a largement place pour deux ! Elle n’a pas l’air de le comprendre… Bah, malgré ses humeurs changeantes, elle est brave fille au fond !

C’est Petite-Goulaffe qui m’a donné du fil à retordre, récemment.
Au début, je ne me suis pas méfié. Vous imaginez, un chaton ! Une créature minuscule qui marchait benoîtement à côté de sa mère Gourmande et qui affectait un petit air effacé… du moins jusqu’au week-end dernier.
C’est samedi passé qu’elle a pris une initiative qui m’a déplu !

D’abord, elle arrive, toute frétillante : « Bonjour, M’sieur Orca ! »
Moi, débonnaire et paternel : « Bonjour, Petite-Goulaffe ! »
Après coup, je me dis que j’aurais dû remarquer depuis longtemps ces yeux brillants et moqueurs, cette petite physionomie intelligente… Mais comment aurais-je pu me douter que cette brindille était une forte tête ?
- Oh, constate-elle, ma M’man est déjà passée ! Il n’y a plus rien dans l’assiette !
- Je vais m’en occuper, dis-je.
Tout pénétré de mon importance de maître de maison, je m’apprête à signaler à la cuisinière (Mimiche) que ma petite protégée attend quelques miettes à se mettre sous la dent.
- Oh, pas la peine de vous déranger, M’sieur Orca, je sais ce que j’ai à faire ! s’écrie l’effrontée.
Je suis déjà un peu vexé. Petite-Goulaffe ne me couve pas d’un regard extasié, comme les autres, mais bon ! Ce n’est pas encore trop grave : elle est jeune, elle ne connaît rien. Mais voilà qu’elle envisage maintenant de se passer de ma protection, offerte de si bon cœur ! Moi qui me montre toujours si dévoué à l’égard de mes chattes !
Eh bien, qu’elle se débrouille, je ne fais rien. Je suis curieux de voir… Ah ! Ah !

C’est tout vu : elle trottine vers Mimiche et se frotte contre ses jambes avec de petits miaulement ravageurs.
- Petite-Goulaffe ! Tu as faim, ma pauvre chérie ?
Et voilà : une bonne pâtée est présentée à l’insolente qui se régale.
Je bous, j’écume, mais je me contiens.
- Il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu plutôt qu’à ses saints ! fait Petite-Goulaffe, hilare, en me regardant.

Un feulement s’échappe de ma gorge.
- Orca ! Que se passe-t-il ? demande Mimiche, toute surprise.
Moi qui me fâche si rarement, j’explose !
Je me rue sur la Petite-Goulaffe qui détale sans demander son reste. Je la rattrape sous la haie.
- Mon Dieu, il va la massacrer ! s’exclame Mimiche.
Me prend-on pour un sauvage ? Je me contente d’abattre la patte sur l’épaule de la minuscule enquiquineuse en vociférant : « Toi ! Ecoute-moi ! »
Elle s’immobilise et lève les yeux au ciel.
- Ici, c’est comme partout ailleurs, il y a une hiérarchie, dis-je pompeusement. Quand on s’appelle Petite-Goulaffe, on ne s’adresse pas directement à Mme Mimiche, on soumet respectueusement ses desiderata à Monsieur Orca qui transmet. Pigé ?
- Voui, M’sieur Orca ! Mais…
- Y a pas de mais !
- Mais… vous trouvez pas ça complètement stupide ?
- Même si c‘est stupide, c’est la règle ! dis-je d’une voix décidée, peu désireux de me lancer dans une discussion oiseuse et, surtout, de me mettre en péril de devoir défendre des arguments pas tellement solides, tous comptes faits…
- Pourtant, ma M’man…
- Ta maman aurait bien dû t’apprendre les bonnes manières ! dis-je avec réprobation.
- Ma M’man, elle fait aussi tout ce qu’il lui plaît ! Elle est même déjà entrée dans votre maison pour manger dans votre assiette ! Quand Mme Mimiche regardait pas ! Et elle m’a dit, ma M’man : « Faut profiter de l’absence du grand hé-chat-là !!! » C’est vous le grand hé-chat-là, M’sieur Orca !

Mes moustaches frémissent dangereusement, mes illusions sont mises à mal. La charmante Gourmande aurait-elle un double visage ?
- Ta maman, je lui secouerai les puces, la prochaine fois que je la verrai !
- Elle en a pas, des puces, M’sieur Orca ! Elle et moi, on est très propres !
Je manque abandonner. Je me reprends.
- Quoi qu’il en soit, Petite-Goulaffe, tu m’obéis, sinon c’est la raclée !
- Oh, vous pouvez pas, M’sieur Orca ! s’écrie la Minuscule, très sûre d’elle.
- Et pourquoi cela ? dis-je, ébahi.
- Parce que je suis un NENFANT, m’assène-t-elle triomphalement, et que les droits d’un NENFANT, c’est sacré !
J’en reste comme deux ronds de fan. Je n’ai encore jamais rencontré une Petite-Goulaffe comme ça ! Je m’efforce, sans trop d’espoir, d’avoir le dernier mot.
- Eh bien, j’attendrai que tu sois grande !
- Je grandirai pas, M’sieur Orca, je préfère rester petite ! Vous pourrez attendre longtemps !
- Tu préfères rester… ?????? Tu n’as pas peur des animaux plus gros que toi ?
- Oh, j’suis costaud, M’sieur Orca, je sais me défendre toute seule ! Je suis une chatte de la nouvelle génération : une self-made-cat !
Et elle arque d’un air fiérot sa minuscule colonne vertébrale, fait onduler sa superbe queue d’écureuil.
J’en reste bouche bée. Si elle est aussi indépendante et volontaire dans son jeune âge, que sera-ce quand elle sera adulte ! Une révolutionnaire dans notre petit village !

Nous regagnons la terrasse, côte à côte. Mimiche soupire de soulagement.
- Ah, il ne lui a pas fait de mal ! Brave chat ! Il faut être gentil avec les chatons sans défense !
Je lève les yeux au ciel : si elle savait !

Depuis lors, j’ai capitulé. Je ne dis plus rien quand la Petite-Goulaffe vient quémander directement sa nourriture à Mimiche, sans passer par mon intermédiaire. Faut dire que je suis un peu dépassé par les événements ! La maigrichonne n’a pas menti : j’ai vu, de mes yeux vu, la charmante Gourmande entrer chez moi comme chez elle. Mimiche l’a croisée dans l’escalier alors que la nouvelle visiteuse venait d’explorer le grenier.
- Gourmande ! Que fais-tu là ? Ce n’est pas ta maison ici !
La friponne a le bon goût de feindre la confusion. D’un saut alerte, elle regagne la terrasse.
- Il faut faire attention vous deux ! dit Mimiche d’une voix sévère. « Si vous vous trouvez à l’intérieur de la maison quand nous la fermons un dimanche soir, vous resterez une semaine sans manger ni boire ! »
Ce qui serait déjà un supplice pour un chat normal serait la fin du monde pour Gourmande, privée de ses dix repas quotidiens ! Et ce n’est pas moi qui lui montrerai comment fonctionne la chatière, ah non alors ! Je la laisserai mijoter, ça lui apprendra !
Foi de grand échalas !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 23 Mai - 18:12:08

C'est toujours aussi beau Scouby !

Mon 1er chat Mogwoï se conduisait comme ça avec mon plus jeune fils et ma belle fille, quand ils étaient assis l'un à côté de l'autre, il venait au milieu pour les séparer ! C'était amusant !

A bientôt !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 23 Mai - 18:41:40

C'est gentil d'avoir pensé à nous avant ton absence Scouby.

Avec tous ces épisodes j 'ai l'impression de les connaître réellement tellement tu les fais bien vivre .


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 23 Mai - 20:43:01

Merci les amies ! Quand j'aurai un peu plus de temps, je mettrai des photos.
Bisous et à jeudi.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 30 Mai - 14:21:02

LE BANANIER (Ardoise)


L’autre jour, Michèle et moi étions un peu en froid…
Nous avons eu des " mots " à cause d’un stupide bananier !
Vous allez comprendre…

Il s’agit d’un vrai bananier, en pot, que nous a offert un membre de la famille, il y a déjà longtemps.
Michèle l’a installé dans le salon. On se croirait dans un pays exotique, avec cette espèce de palmier dont les feuilles se balancent doucement.

Moi, ça m’intéresse, vous pensez ! J’ai commencé par effleurer les feuilles du bout de la patte. Après, j’y ai planté mes griffes quand j’avais envie de me défouler sur quelqu’un. Je vous conseille de faire de même : votre patron vous tape sur les nerfs ? Prenez à votre tour une tête de Turc, ça fait un bien fou !
Chaque fois que Michèle m’avait grondée pour une raison ou pour une autre, crrrrr ! Un coup de griffe dans une feuille du bananier : tiens, attrape ça !!!

Malgré ces petites avanies, le bananier a prospéré. Un jour, miracle ! Il a eu un bébé bananier qui poussait à sa base ! Puis, quelque temps après, un deuxième petit !
Intriguée, je suis allée regarder ça de plus près.
Quelle jolie petite pousse vert tendre, à la fois moelleuse et croquante ! Ce qui devait arriver arriva : je n’ai pu résister à la tentation, j’ai mangé le bébé-bananier.
— Sale bête ! Mon pauvre bananier !
C’est rarissime qu’on me traite de " sale bête " (ce qui me vexe beaucoup, parce que je ne suis ni sale, ni bête), mais là, c’était vraiment ma fête ! Michèle a voulu déplacer le bananier de manière à me le rendre inaccessible, mais ce que chatte veut… Je me débrouillais toujours pour contourner les obstacles posés sur mon chemin.

Au bout d’un certain temps, la maman-bananier s’est mise à dépérir. Par ma faute peut-être. Puis, elle est morte, il a fallu l’enlever. Ne restait plus dans le pot que l’aîné des deux bébés bananiers.

Juchée sur mon fauteuil, je le contemplais rêveusement, les yeux mi-clos, en chantonnant distraitement, sur un air des sixties :

J’m’en vais te bouffer bananier, yé yé !
Crois-en Ardoise la tigrée, yé yé !


Le bananier ne disait rien. D’une patte gourmande, j’ai soulevé une feuille et en ai approché mon museau.
— Ardoise ! Sale bête !
Ça y est : on me sonne les cloches ! C’est Pâques ou quoi ?
Prise d’une inspiration subite, Michèle saisit le pot et installe le bananier sur la terrasse. Puis elle referme la porte vitrée.
Le bananier frissonne un peu, mais du moins est-il à l‘abri de mes entreprises. Je le vois agiter ironiquement dans ma direction ses petites feuilles tendres et juteuses.

Je fredonne : Bon sang ne me saurait manquer, yé yé !
Je te boufferai bananier, yé yé !

Il murmure : Essaie donc de m’attraper, hé hé !

Je rétorque : Attendons la fin de l’été, hé hé !

Avec les premières gelées nocturnes, le bananier réintégrera, contraint et forcé, notre salon. Et alors, on verra ce qu’on verra !
Parlons d’autre chose… mais n’oublions pas !

Pour le moment, Olivier (vous savez, hein, l’ex-grand-amour-de-ma-vie) est en période d’examens à la fac. C’est sa dernière année d’études… si tout va bien !
Je prends grand soin de ne pas le déranger. Parfois, je le vois passer dans la cuisine, l’œil halluciné. On dirait un fantôme. Il révise sa matière.
C’est tout juste si j’ose me placer devant le frigo quand il se sert à manger. Je pousse un tout petit Mia-ou ! presque inaudible, pour ne pas troubler le travail qui s’effectue dans son cerveau. Pour un peu, j’en entendrais les rouages grincer.
— Mia-ou ? Si tu me vois… Tu veux bien me donner un peu de steak haché ?
Il réagit vaguement : " Tiens, un chat… "
Parfois, c’est tout juste s’il ne m’enferme pas dans le frigo.
— Hé, ça va pas ?
— Oh, pardon, Ardoise…
Je n’ai pas reçu mon steak haché. Il m’a oubliée ! Il retourne dans sa chambre où la lumière brille jusque tard dans la nuit et se rallume avant l’aube.

Michèle émerge à peine de ses plumes que son rejeton est déjà sur pieds, vêtu d’un costume-cravate, le visage blême comme s’il avait rendez-vous avec la guillotine : il a un examen oral ce matin.
Les jours où l’examen n’est qu’en " écrit ", l’étudiant est légèrement plus détendu : vieux T-shirt usagé, visage non rasé, il se perd dans la masse de ses semblables.
Heureusement, il n’est pas solitaire dans cette épreuve : Nathalie (vous savez, ma rivale à deux pattes), qui suit les mêmes études que lui, traverse aussi les mêmes affres ! C’est mieux de souffrir à deux.

Je ne savourerai jamais assez la chance qui m’est échue d’être une chatte ! Pas d’examens, pas d’études… Le farniente du matin au soir ! Plus je connais les humains et leur façon de vivre, plus j’apprécie mon statut d’animal aimé, chouchouté, cajolé… Ah elles sont loin mes premières années de galère !!!

J’ai même écrit un petit poème en mon propre honneur :

Ils m'ont donné pour nom "Ardoise",
Séduits par mon pelage gris...
Et je me dis, un peu narquoise,
Que si mes plats sont bien servis,
Ils peuvent m'appeler Framboise,
Ou même, pourquoi pas ? ... Souris !

De mon regard feuille-de-saule,
Je les observe sans ciller.
Tour à tour tragique et drôle,
Experte dans l'art d'étonner,
Je puis, connaissant bien mes rôles,
A tout instant me transformer

En Cendrillon version féline,
Robe poussière et oeil inquiet...
En roucoulante Colombine
Miroitant de mille reflets...
En pythonisse sibylline,
Les yeux mi-clos sur mes secrets.

Adossée d'humaine manière,
— Voit-on un chat s'asseoir ainsi ? —
Je songe, ronronnante et fière,
Au chemin suivi jusqu'ici.
Vrai ! Pour être née "de gouttière",
Je n'ai pas si mal réussi !

Suis-je vraiment simple et naïve,
Ou de subtile réflexion ?
Ma candeur est-elle native
Ou façonnée par la raison ?
A volonté placide ou vive,
Je me ris de leurs déductions...

Et à leurs muettes questions,
Jamais, jamais je ne réponds !

Si ce n’est… Miaou !


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 30 Mai - 14:57:13

Très beau poême d'Ardoise !

Oh elle fait la tête sur la photo la minette, pas contente de ne pouvoir atteindre
le bananier ?? ou bien elle s'est faite traitée de salle bête ??

Toujours très joli ce que tu écris ; on est toujours autant dans l'histoire,
je me voyais vraiment dans le salon !
Pas mal aussi le coup du frigo avec Olivier !
Superbe !

Amiotiés !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 30 Mai - 15:02:41

Merci, La Glaude !
La photo, c'est simplement pour illustrer la manière qu'elle a de s'asseoir, j'ai toujours trouvé ça comique.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 31 Mai - 22:47:29

C'est vraiment un très joli texte .

Magnifique le poème et la photo pour clore tout ça est superbe. Une fois de plus tu nous as transporté dans le monde d'Ardoise, et c'est un grand plaisir.


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 9 Juin - 14:07:44

HISTOIRE DE PELADES (Orca)

Ils se sont absentés quelques jours. Au retour…
Cri d’horreur :
- Orca! Que t’est-il arrivé ? Tu es tout pelé !
- Affreux ! Littéralement hideux, s’exclame Dan, péniblement impressionné par mon aspect.
Et il ajoute pour faire bonne mesure, tandis que je courbe la tête sous le poids de la honte : « Répugnant ! »
C’est pas gentil ça ! Je trouve quand même qu’il exagère un peu !

Bon, c’est vrai, ma belle fourrure s’en est allée. N’en subsiste qu’un poil ras qui repousse peu à peu. On dirait que j’ai fait mon service dans l’armée américaine.

Mimiche et Dan, remis de leur stupeur, m’examinent : « Oh, pauvre Orca ! Il y a plein de petites bêtes sur ton poil ! Où es-tu allé te promener ? »
- Je n’en sais rien, dis-je lamentablement, j’ai attrapé ça tout à coup !
- Et ta figure toute sale ! Et ton museau ! C’est du sang séché ?
- Mais non, c’est de la sauce tomate ! Il faut bien que je me nourrisse quand vous n’êtes pas là ! La voisine a fait du spaghetti à la Bolognaise et elle m’en a donné une assiette…
- Tu es quand même maigre, mon pauvre minet ! Nous allons bientôt venir en vacances, Orca, on te remplumera !
Ouf ! Ils m’aiment encore, malgré mon aspect si peu engageant ! J’en ronronne de plaisir. Tant pis si, pour le moment, je suis le chat le plus affreux du village !

Passons à autre chose, ça vaudra mieux.

La timidité de ma pauvre Néfertiti me sidérera toujours !
Comment peut-on être timorée comme ça, alors qu’on connaît depuis des années tout son entourage, hommes et bêtes ?
Néfertiti se conduit en tous points comme si elle vivait dans une jungle peuplée de monstres féroces n’ayant en tête qu’une idée fixe : la dévorer toute crue !

Ainsi, l’autre jour…
Vous savez comme je suis prévenant avec ma fiancée toute noire, hein ? Je l’accompagne dans ses promenades, quand elle mange je fais le guet… Vraiment un chevalier servant irréprochable, je suis !
Mimiche a déposé une assiette de nourriture à son intention dans le passage entre notre maison et celle du voisin. Les autres chattes viennent manger sur la terrasse, en notre compagnie, mais pas Néfertiti ! Ou alors elle attend que la terrasse soit déserte… Mais à ce moment-là, Mme Gourmande et Mlle Petite-Goulaffe sont déjà passées et la gamelle est vide. C’est pourquoi on lui a mis un petit couvert à part.
Bon, l’autre jour, donc, elle arrive, se faufile jusqu’à l’assiette avec d’infinies précautions et commence à manger.
Moi, gentiment, sans penser à mal, je penche la tête en avant pour la contempler.
A peine le temps de dire ouf, la voilà qui détale à toutes pattes !

- Qu’arrive-t-il à Néfertiti ? demande Mimiche toute étonnée.
- Elle a eu peur, dis-je. Peur de moi ! Ça alors !
Il faut dire qu’à ce moment-là, je n’étais pas encore pelé. J’étais tout ce qu’il y a de normal.
Je m’en vais retrouver l’éplorée dans sa tanière, au milieu d’un bosquet très feuillu et enchevêtré, situé devant notre maison, de l’autre côté de la rue. Entre parenthèses, c’est comme ça que Néfertiti est toujours avertie la première de l’arrivée de ma famille le vendredi soir : dans son fourré, elle est aux premières loges pour voir arriver la voiture !
- Qu’est-ce qui t’a pris, Néfer ?
- C’est horrible ! hoquette-t-elle… J’ai vu… Une effrayante bête noire de l’autre côté du mur, qui me regardait fixement !
- Ta bête noire, c’était moi, Néfer !
- C’est pas vrai, t’es pas tout noir !
- Justement, ton imagination te fait voir des trucs qui n’existent pas, Néfer ! Faut faire un effort, ou alors aller voir un psy-chat !
- J’ai peur des bêtes noires, murmure-t-elle.
Pourvu qu’elle ne se retrouve jamais devant un miroir !

Elle a décidé de faire un effort, un gros effort !

Un soir, tandis que Dan et Mimiche admiraient les étoiles sur la terrasse, la porte du jardin étant ouverte, Néfer a plongé : subrepticement, elle s’est introduite dans le fenil pour l’explorer. Comme son cœur devait battre !
Hélas ! Voilà qu’au même moment, Mimiche, prise d’un besoin naturel subit (le petit coin se trouve dans le fenil), s’est rendue au même endroit en… refermant la porte derrière elle. Pauvre Néfertiti !
Elle s’est mise à pousser des gémissements lugubres. Très étonnée, Mimiche, qui regagnait le jardin, a scruté l’obscurité. Elle n’a rien vu, Néfertiti se confondant avec l’ombre environnante. Au dernier moment, elle a cependant discerné deux yeux apeurés qui brillaient comme de petites lampes. Elle a évidemment laissé la porte ouverte en regagnant la terrasse. Aussitôt, elle a vu filer près d’elle une petite fusée noire et terrorisée qui s’est précipitée au-dehors et a disparu dans la nuit.
Une nouvelle fois, je suis allé raisonner l’infortunée, blottie dans son nid de feuilles et de branchages.
- Tu as voulu en faire trop d’un seul coup, Néfer ! Un pas à la fois, tu finiras bien par y arriver !

J’ai été récemment confronté à un mystère.

- Orca, me dit Mimiche, la pauvre Néfertiti a attrapé les mêmes petites bestioles que toi : je l’ai vue tout à l’heure, son encolure est toute pelée !
- Pas possible ! dis-je. Je ne m’en suis pas aperçu !
Dans la soirée, alors que Mimiche lisait tranquillement sur la terrasse, mon copain le chat gris (vous savez, la créature soyeuse et ondulante avec un long, long dos ? Eh bien oui, il est devenu mon copain ! Vous voyez que je ne suis pas si terrible avec les jeunes chats!) mon copain le chat gris, donc, est venu me dire bonjour. Néfertiti le suivait, mais comme le crépuscule était tombé, je n’ai pas pu distinguer sa pelade. Tous trois, nous nous sommes tranquillement assis en rond, sur des pierres plates, pour deviser.
Mon attention a été attirée, à ce moment, par Petite-Goulaffe qui essayait de s’intégrer à notre cercle.
- Non, Petite-Goulaffe ! Laisse les adultes tranquilles ! Va jouer !
- Mais je peux bien parler avec vous ! J’suis aussi maligne que vous trois ensemble, non ?
Je la regarde de travers. Je crains fort qu’elle n’ait raison, la petite délurée !
- Cela ne change rien à l’affaire, dis-je sans me fâcher. Tu es un NENFANT et tu ne te mêles pas de nos affaires !
- C’est pas juste !
- C’est ta faute : tu refuses de grandir !
Mouchée, la petite s’en va, un peu confuse. Je parie qu’elle va sérieusement réviser sa position et qu’elle aura gagné quelques centimètres bientôt !

Le lendemain, en plein jour, je revois Néfertiti.
- Vous vous êtes trompée, dis-je à Mimiche, Néfer n’est pas pelée du tout !
Elle est sidérée.
- J’avais pourtant bien cru voir…
Une heure plus tard, Néfertiti mange, entre les deux maisons. Je m’approche, incrédule : elle a l’encolure toute mitée !
C’est Dan qui a trouvé la réponse à cette énigme.
- C’est bien simple, se rengorge-t-il. Il y a deux Néfertiti, voilà !
Deux Néfertiti ! Laquelle est la mienne ? L’amour de ma vie ?
- A mon avis, celle qui a un tout petit triangle blanc sur la gorge, me renseigne aimablement Dan.
Eh bien ça alors ! Deux Néfertiti, toutes deux aussi timides l’une que l’autre, toutes deux habitant dans la même tanière et ne se montrant qu’à tour de rôle, jamais ensemble !

- Tu aurais pu m’avertir ! dis-je à « ma » Néfertiti, celle qui heureusement, n’est pas pelée.
- Oh, Orca, c’est tellement amusant d’intriguer ainsi les gens ! minaude-t-elle.
Incroyable, vous ne trouvez pas ?
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 9 Juin - 14:20:27

Ah oui incroyable

S'il n'y avait pas eu ce parasite vous n'auriez jamais sû que Néfertiti avait une jumelle .

Une fois de plus j'étais moi aussi dans le jardin à observer les chats

Merci Scouby

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 27 Juin - 13:40:03

A nouveau Ardoise...

Et maintenant, c’est presque le départ en vacances… mais pas en ce qui me concerne : Olivier et Nathalie vont me garder et me dispenser toute la nourriture, la boisson et l’affection dont j’aurai besoin durant les trois semaines où Michèle et Daniel iront travailler dans la vieille maison de campagne avec, toutefois et s’il fait beau, un intermède de trois ou quatre jours en France !

Pourquoi ne puis-je les accompagner ? Eh bien, en premier lieu, parce que je déteste voyager en voiture, comme chacun sait, et en second lieu… parce que l’Orca a attrapé des parasites dans sa fourrure et que Michèle a peur de la contamination pour moi ! Pauvre Orca, il en est tout traumatisé ! C’est vraiment la grande affaire de sa vie en ce moment !

Je dois avouer que je suis plutôt embêtée… Vous vous en souvenez peut-être, j’avais composé, il n’y a pas longtemps, des vers de mirliton souhaitant la gale à mon chevalier noir et blanc… Et si c’était la conséquence de mon vœu si peu charitable ? Serais-je une sorcière jeteuse de sorts sans m’en douter ? Je me contemple dans le miroir : a-t-on jamais vu une sorcière tigrée et toute ronde, avec des yeux naïfs et un petit museau rose ? Je serais bien la première de ce style mais… on ne sait jamais !

Une fois de plus, Daniel est parti pour quelques jours dans notre vieille maison et je me retrouve seule avec ma mère d’adoption.

Le soir, ma compagne à deux pattes nettoie et fait du repassage en prévision de son départ. Moi, confortablement étalée sur le dossier de mon fauteuil, je la regarde, les yeux mi-clos, image vivante de la béatitude. Ça a du bon, la vie de chat ! Au fond, je suis à l’hôtel toute l’année, moi !

Quelque chose ne me convient pas ? J’appelle le personnel de cuisine : « Hep ! Michèle ! Veuillez remplacer cette infâme tambouille par du colin d’Alaska bien frais, je vous prie ! Je ne mangerai plus une miette d’ici-là ! Hep ! Veuillez remplacer ma litière ! Il y a comme une petite odeur qui m’incommode ! »
— Tout de suite, Votre Altesse !
Je ne garantis pas la véracité absolue des dialogues, mais c’est quand même à peu près ça… Il paraît que mes mimiques sont tellement expressives que tout le monde comprend ce que je veux dire ! Et tout le monde se met en quatre pour me satisfaire car « Pauvre Ardoise ! Tu as été si malheureuse quand tu étais petite ! Tu mérites bien une bonne vie douillette, maintenant ! »

Après avoir repassé son linge, Michèle pense aux loisirs. Elle s’installe bien à son aise et regarde une cassette-vidéo qu’elle n’a pas encore vue. Il faut vraiment profiter de l’absence de Daniel pour regarder un programme : quand il est là, il est constamment vissé devant le petit écran et il zappe ! Il adore ça, regarder plusieurs chaînes à la fois. Pendant ce temps, Michèle s’énerve. Moi, je m‘en fous.

Si je suis satisfaite des services de mon maître d’hôtel, je grimpe sur ses genoux et fais mine de regarder, moi aussi, la cassette. Sinon, je me réfugie sur une chaise glissée sous la table et me rends invisible, dissimulée par la nappe qui recouvre mon museau. Ah, Michèle ne m’a pas acheté de bœuf haché ! Je ne lui ferai pas l’honneur de ma compagnie, na !

À neuf heures, ni plus tôt ni plus tard, je vais me coucher sur un vieux repose-pieds, mon lit à moi, et je m’assoupis, satisfaite de ma journée. Je somnole, en entrouvrant de temps en temps les yeux pour surveiller ce qui se passe. Vers dix heures du soir, je me réveille pour casser la croûte, puis reviens me coucher. Une bonne petite vie de chat, vraiment !

Mon ex-grand amour, Olivier, a terminé ses études et cherche du travail. Nathalie, elle, en a déjà trouvé. De temps à autre, le tout récent diplômé ne peut dissimuler ses craintes : et s’il ne trouvait rien ? Il aurait l’air fin, vis-à-vis de sa dulcinée !
— Ne t’en fais pas, lui dis-je réconfortante, si tu ne trouves pas de boulot, tu resteras avec moi. Tu partageras ma petite existence confortable, tu me soigneras, on mangera du colin d’Alaska, puisque maintenant on ne peut plus rien manger d’autre, avec ces histoires de vaches cinglées et de poulets dioxinés. On restera ensemble toute la journée pendant que Nathalie travaillera…
Déjà je fais des rêves roses, mais la vie idyllique que je lui décris ne semble pas sourire au principal intéressé. Lui qui, il y a deux ans à peine, prétendait tellement m’aimer !
Je râle. Michèle s’en mêle : « Je t’ai déjà dit, Ardoise, qu’Olivier ne veut pas mener une vie de chat ! »
— Mais pourquoi ? Pourkwââââââ ?
Vraiment, je ne comprends pas !

Les humains sont tout à fait étranges, vous ne trouvez pas ? Toujours à courir après ce qu’ils n’ont pas ! Ils devraient faire comme moi, je suis contente de ma situation actuelle et n’en veux pas changer… Bon, il m’arrive de bouder, c’est vrai, mais ça ne dure jamais bien longtemps…
— En quoi tu as tort, murmure une voix désapprobatrice près de mon oreille.
— Tiens, vous voilà, Vot’Seigneurie ?
— Un chat digne de ce nom (moi, par exemple) sait bouder longtemps, très longtemps !
— C’est fatigant, ça, Vot’Seigneurie !
— Tu n’as pas assez de suite dans les idées ! Comment veux-tu qu’on te respecte, si…
— J’veux pas seulement qu’on me respecte ! J’veux surtout qu’on m’aime ! Qu’on me fasse des petites caresses, qu’on me grattouille le menton !
— Oh, dans cette famille, ce n’est sûrement pas ça qui te manque ! Je me souviens, moi, je me prêtais en général de bon gré à leurs manifestations d’affection (il faut avouer que c’est assez agréable) mais quand j’en avais assez des caresses, je levais une patte en guise d’avertissement : " Fini, maintenant, sinon je mords !" et ils me laissaient tranquille. Il faut leur montrer que tu as de la personnalité !
— Voui, Vot’Seigneurie !
— Que tu n’es pas un animal en peluche !
— Non, Vot’Seigneurie ! Mais soyez tranquille, avec tout ce que je bouffe, je leur coûte cher et ils voient bien que je ne suis pas une peluche !
— Bon ! Continue à suivre mes conseils et dans très, très longtemps, tu ressembleras peut-être à une chatte normale. Tu n’auras jamais mon quotient intellectuel, mais personne ne te demande d’être une surdouée, ne t’en fais pas !
Sur ces paroles de réconfort, elle s’évanouit dans l’air, tandis que je rumine : c’est quoi, une chatte normale ?




CE DEMON DE PETITE-GOULAFFE ! (par Orca)

Bof, je ne suis pas très chanceux en ce moment…
Récapitulons : l’année dernière, à cette époque, j’étais presque borgne. Puis, quelques mois plus tard, je me suis esquinté une patte. Maintenant, j’ai attrapé je ne sais où des petites bestioles féroces qui s’attaquent à mon pelage ! Si c’est pas de la poisse, ça !
Dur dur, le métier de chat des champs !

Parfois, je me surprends à envier la belle Ardoise. Elle ne change pas, elle ! Elle garde un visage de chaton, sa fourrure est brillante et épaisse, les coussinets de ses pattes sont propres et intacts…
Mais toute médaille ayant son revers, je suppose que parfois elle doit s’ennuyer ! Elle prétend que non, que son imagination lui fait vivre une foule d’aventures extraordinaires dans l’espace restreint de son appartement, mais je doute… Moi, je n’ai pas une imagination débridée, mes aventures m’arrivent vraiment, je n’ai ni le temps ni l’envie de fabuler ! Lequel de nous deux est le mieux loti ?

Faut dire que je ne me pose la question que lorsque je suis un peu déprimé, comme en ce moment. En temps ordinaire, je suis très heureux de ma condition : je vais, je viens, je fréquente qui je veux, je suis mon seul maître. Les week-ends, je suis alimenté comme un pacha et, en semaine, je chasse pour me nourrir, ce qui entretient la sveltesse de ma silhouette et la souplesse de mes articulations. Si j’ai envie de faire une sieste au soleil, couché de tout mon long dans le potager de Dan, pas de problème. Si je préfère grimper au sommet d’un arbre pour explorer les alentours, personne ne songe à m’en empêcher. Si, d’aventure, on me cherche des puces, je ne suis pas obligé de le supporter, je m’en vais…

Ah, satanées bestioles ! Elles me chatouillent, me grattouillent…
Le mois dernier, j’avais perdu tout le beau poil de mon encolure, presque jusqu’au milieu du dos ! Heureusement, il repousse, tout doux et soyeux, mais encore un peu court à mon idée. Quand elle me caresse, Mimiche dit que je suis en velours, ce qui me console un peu. Il faut avouer que j’ai vraiment une allure bizarre en ce moment : le haut tout maigre et déplumé, le bas hirsute… je ressemble à un vautour de bande dessinée.

Durant leurs vacances, Dan et Mimiche se sont donné beaucoup de mal pour me faire grossir, sans beaucoup de succès. Pourtant, je mange avec un appétit d’ogre. Faut croire que je dépense toutes les calories que j’avale.
Ils se sont aussi attaqués à mes horribles petites bêtes et j’ai constaté une réelle amélioration de mon état. Je n’ai pas retrouvé mon look de jeune premier, je ressemble toujours plus à Columbo qu’à Depardieu, mais patience ! Ma beauté reviendra, du moins je l’espère !

Je n’ai pas encore digéré l’épisode " Néfertiti". Quand je vais retrouver ma fiancée dans son abris de feuillage, je me sens étreint par un doute : laquelle vais-je rencontrer ? Dans l’ombre environnante, je ne vois pas très bien la petite étoile blanche qui, paraît-il, distingue la mienne de l’autre ! Et si cette dernière vient de boire un bol de lait, la ressemblance est tellement frappante qu’il me faut la pleine lumière du jour pour déterminer à qui j’ai affaire !

Ma Néfertiti à moi me semble plus mince, haute sur pattes. L’autre est un peu plus trapue et son pelage noir prend des reflets roux au soleil. Mais elles ont exactement le même petit visage craintif, la même expression timide ! Dire que j’ai mis tant de temps avant de comprendre ! Et encore, si Néfertiti n° 2 n’avait pas attrapé les mêmes petites bestioles que moi, je n’aurais peut-être jamais rien su !

— Je ne peux pas continuer à vous appeler toutes les deux Néfertiti ! dis-je à la mienne sur un ton agacé.
— C’est bien simple, rétorque-t-elle, appelle-nous Néfer et Titi !
— Mais dans le noir, comment puis-je savoir qui est Néfer et qui est Titi ?
Pas de réponse. Je la soupçonne de ne pas très bien savoir elle-même laquelle des deux elle est !

Lors de sa dernière visite chez nous, Mme Maman m’a trouvé vieilli. Il est vrai que mon visage patibulaire a pris une expression soucieuse. Avec mon allure dégingandée et mes pattes qui ont foulé d’innombrables chemins, je ne ressemble certainement plus au jeune chat à qui sa mère conseillait : "Tact et diplomatie !" Doucement, j’avance en âge et mon existence aventureuse n’est pas de tout repos !
Mes nombreuses cicatrices témoignent de multiples bagarres avec des intrus briguant mon territoire… et s’il n’y avait encore que des intrus !
Z’imaginez pas ce que je souffre avec une intruse !

Bien sûr, vous avez deviné de qui je veux parler : Petite-Goulaffe, alias Attila, le fléau de Dieu !


Non contente de faire fi de mon autorité et de me rire au nez chaque fois qu’elle en a l’occasion, elle s’est carrément installée chez moi !
Elle entre, elle sort, elle va flairer ma gamelle dans la cuisine…
L’autre jour, je l’ai surprise à arpenter le salon à petits pas.
— Que fais-tu ici, Petite-Goulaffe ? dis-je d’un ton sévère.
Avec les enfants, il faut être ferme ! Surtout ne jamais se laisser déborder, sinon ils ne feront qu’une bouchée de vous !
— Je visite les lieux, répond-elle d’une petite voix sereine. Quand M. Dan et Mme Mimiche viendront habiter ici, qu’est-ce que nous allons être heureux tous les deux, M’sieur Orca !
— Tous les deux ?
— Ben oui, vous-z-et moi, M’sieur Orca !
Enfer et damnation ! Envisagerait-elle… ? Je n’ose penser la suite !
— Mais, Petite-Goulaffe, tu n’es pas chez toi, ici !
— Ça sera chez moi !
Si ! Elle envisage… ! Je crois que je vais me sentir mal !
— Petite-Goulaffe, je ne suis pas d’accord ! Et M’sieur Dan et M’dame Mimiche non plus ! Et la noble chatte Ardoise non plus !
Elle fait onduler sa superbe queue touffue d’un petit air moqueur et ne daigne pas prendre acte de ma désapprobation.
— Ce sera bien, dit-elle d’un ton pénétré. Dans quelques années, quand je serai devenue célèbre, on mettra une plaque sur la porte : "Ici vécut la grande Petite-Goulaffe qui rêve-volutionna le village." Ça ne vous plairait pas, M’sieur Orca, de vivre avec quelqu’un de célèbre ?
Et quoi encore ? Je suis déjà servi avec la chatte Ardoise !

Je n’ai pas la force de répondre. Comme je suis d’avis que la meilleure des défenses, c’est l’attaque, je mets ce principe en application : je bondis vers Petite-Goulaffe qui s’enfuit à toutes pattes.
Je la raccompagne ainsi jusqu’à la porte du jardin et la regarde s’éloigner à petits bonds.
J’espère lui avoir fait peur, mais je ne me fais pas d’illusions : elle reviendra !

— Pauvre Orca, dit Mimiche, elle te fait tourner en bourrique, celle-là ! Tu en as perdu ta légendaire patience avec les chattes !
Je renchéris : « Cette Petite-Goulaffe viendrait à bout d’un saint ! Ça une chatte ? Me faites pas rigoler, c’est un véritable démon ! »

Au crépuscule, je suis tranquillement couché sur le rebord du muret séparant la terrasse de notre jardin. Je goûte un peu de fraîcheur après la canicule du jour.
— Bonsoir ! me susurre Petite-Goulaffe.
C’en est trop ! Mes nerfs cèdent. De curieux petits cris s’échappent de mon gosier.
— Grouuuuuïk ! Grooooouuuuuuiiiiik !
— Que se passe-t-il, mon Orca, s’inquiète Mimiche, toujours en retard d’une guerre.
Sans répondre, je me dresse comme un ressort et me rue sur la petite insolente qui détale une fois de plus. Comme je suis un chat civilisé malgré la colère qui me secoue, je veille à ne pas la rattraper et me contente de la pourchasser jusqu’aux limites de mon domaine. Puis je retourne sur mon muret.
Pas pour longtemps !
À peine me suis-je confortablement installé qu’une longue queue grise et touffue vient ondoyer à quelques pas de moi. C’est qui, devinez !
— Groooouuuiiik !
Et c’est reparti pour un tour !

Il va falloir que je trouve une solution.
Que faire ? Sermonner Gourmande et la prier de surveiller étroitement sa progéniture ? Inutile ! Ça fait longtemps que j’ai évalué à leur juste valeur ses talents d’éducatrice !
Rallier la chère Ardoise à ma cause ? Comme je la connais, elle ne supportera jamais la présence d’une Petite-Goulaffe chez elle ! C’est une idée à creuser. Je pourrais lui envoyer une lettre anonyme parsemée de subtiles fautes d’orthographe :

Jollye Ardoys,

Sessi pour vous dir qu’une créatur sanguinèr et sans scrupul veut vous voler votre méson. Orka essè de l’ampaicher mais rien à fère ! Ouvrez l’œil et le bon ! Dite à Mimich qu’il en è pas kestion ! S.O.S. c’è urgen, Orka en devien singlé ! Prené pitié du chat des chants ! Le monstre sappell Petite-Goulaff et est daiguisé en chaton !

Signé : un ami qui vous veut du bien.


Pas mal, qu’en pensez-vous ? De quoi mettre le feu aux poudres, sans me mouiller ! Personne ne devinera jamais que c’est moi l’expéditeur et la belle Ardoise fera tout le boulot !

J’en étais là, à envisager des mesures extrêmes, quand le ciel m’a exaucé : Petite-Goulaffe est devenue persona non grata dans mon domicile. J’en pavoise !
Cela s’est passé d’une manière bien indigne de l’intelligence de l’infernal chaton.
Dans la salle à manger, Mimiche a placé sous la table un tapis rouge qui ornait jadis le salon de Mme Maman. Pour une raison obscure, Petite-Goulaffe, reniflant ce tapis, l’a trouvé à sa convenance.

— Tiens, c’est bizarre, il y a comme une trace humide sur mon tapis ! dit Mimiche en se penchant.
Je cours vérifier : les énigmes me passionnent !
— C’est Petite-Goulaffe qui a fait pipi ! dis-je frénétiquement.
Horreur ! Mimiche n’a pas l’air de comprendre mes paroles… et Petite-Goulaffe, débouchant du jardin comme si de rien n’était, vient se faire caresser en me décochant un coup d’œil triomphant.
— Jolie Petite-Goulaffe ! dit Mimiche.
Je voudrais bien savoir pourquoi tout le monde tombe dans le panneau et considère la rusée comme un mignon petit animal sans défense ! Ça m’énerve, vous ne pouvez pas comprendre à quel point !

Deux jours plus tard…
Petite-Goulaffe s’oublie sérieusement sur le tapis !
Elle aurait pu prendre ses pattes à son cou et sortir vite fait, puisque personne ne l’avait vue ! Mimiche était dans le fenil et Dan au salon, en train de regarder le tour de France cycliste. Le désastre n’aurait été constaté que plus tard et… aurait-on même soupçonné Petite-Goulaffe ? J’aurais fait un suspect plus probable…
C’est alors que la friponne a fait une grosse bêtise. N’écoutant que son instinct qui la poussait à dissimuler un objet si répugnant, elle s’est mise à gratter bruyamment le tapis… avertissant Dan qui est sorti du salon pour se rendre compte de ce qui se passait.

Je dois avouer que ce qui suit fut une musique bien douce à mes oreilles :
— Petite-Goulaffe ! Cochon ! Dehors ! Les chats qui ne savent pas se servir d’un bac de sable n’entrent plus dans la maison !
Le tapis a été nettoyé et l’assiette de Petite-Goulaffe déménagée sur la terrasse. Grandeur et décadence…
— Pauvre Petite-Goulaffe ! dit Mimiche en lui servant un petit morceau de viande pour la consoler.
Je triomphe silencieusement : je sais me servir d’un bac de sable, moi !
Mais vous savez quoi ? J’ai l’impression que mes ennuis ne sont pas terminés : le petit démon reviendra !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 27 Juin - 15:56:55

Bonjour Scouby !
Magnifique écriture ! On est toujours autant sur les lieux, avec les mimines
et leurs maîtres ! Et c'est incroyable on imagine vraiment tout ce petit monde et les situations !

Très beau !
Amitiés !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 29 Juin - 10:36:27

Scouby , j'ai beaucoup aimé le passage avec Orca et petite-Goulafe

Je riais toute seule devant mon ordinateur

C'est très vivant et l'on n'a qu'une envie c'est de lire bien vite la suite

Tu écris vraiment très bien , un plaisir

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 30 Juin - 15:00:13

Merci beaucoup, les filles !
Je vais encore en ajouter un peu, j'ai moi aussi beaucoup aimé cette période vécue avec Orca et ce démon de Petite-Goulaffe... Une chatte adorable et attachante, mais vraiment un sacré numéro !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 30 Juin - 15:07:42

ARDOISE = ORSON WELLES (par Ardoise)


Et voilà, les vacances sont passées et Michèle a repris le travail avec l’entrain qu’on lui connaît en ces circonstances. Encore attendre 11 mois avant les prochaines vacances ! Pffft !
Ces trois semaines de détente se sont bien vite écoulées pour moi aussi, d’ailleurs, car je les ai passées à sommeiller, confortablement étendue, ma petite silhouette déjà grassouillette prenant tout doucement une ampleur à la Orson Welles, si vous voyez ce que je veux dire…

Comme Nathalie avait commencé son activité professionnelle, Olivier et moi étions seuls. C’était vraiment idyllique… sauf qu’il s’est montré vraiment mal inspiré en ce qui concerne le choix de mes aliments ! Vous savez, c’est bien beau de vivre d’amour et d’eau fraîche, mais il faut y ajouter du consistant !

— C’est abominable ce que tu me donnes là ! Montre voir : Foie et cœur en pâtée !!! Pouah ! Tu sais très bien que je n’aime pas les abats, le cœur et le foie ! Encore moins la pâtée ! Pourquoi tu ne m’achètes pas du colin d’Alaska ? Bon, il faut bien que je me dévoue… Je vais manger… mais juste assez pour ne pas mourir de faim, je t’assure !
Je suis finalement venue à bout de toutes ces denrées. Mes siestes digestives se sont faites de plus en plus longues. Je crois qu’à présent, ma petite personne emplit le fauteuil du salon. Je vous laisse imaginer les cris d’horreur de Michèle et Daniel quand ils m’ont vue !
— Ardoise ! Mon Dieu ! On dirait un ballon de football avec une petite tête et une queue !
— Moi ?
— Quel dommage qu’on n’ait pu t’emmener, on t’aurait fait un peu courir ! Mais on n’a pas osé prendre le risque, avec les petites bêtes d’Orca…
— Il en a encore, des petites bêtes, l’Orca ?
— Beaucoup moins qu’avant les vacances !
Zut, si l’Orca redevient nickel, je n’y couperai pas : sport intensif dans notre jardin à la campagne ! Pauvre, pauvre Ardoise !
Je m’insurge : "Je ne suis pas si énorme ! C’est parce que l’Orca est maigre comme un clou que la vue d’une chatte épanouie, en pleine santé, vous semble bizarre ! Tout est relatif ! "
Qu’à cela ne tienne, à présent, tous les soirs, Michèle me fait jouer avec mes petites souris factices. Un cadeau empoisonné, ces souris !
— Cours, Ardoise ! Où elle est, la souris ? Hop, je la jette, la souris ! Cours !
Et je cours, pour lui faire plaisir. On dira encore que je ne suis pas une brave chatte !
En récompense, je le reçois enfin, mon colin d’Alaska ! Il faut rendre cette justice à Michèle, elle comprend bien mon langage gestuel.

Ainsi, elle me sert de la pâtée…
Je regarde mon assiette, renifle, affecte un air dégoûté.
— C’est pas bon, le miam-miam ? Mais si ! Y a bon miam-miam !
Dédaigneuse, je tourne le dos, sors de la cuisine sans me presser, la tête et la queue bien droites, une sorte de petite lassitude désenchantée dans la démarche…
— C’est si mauvais que ça ?
Elle se penche, prend la gamelle, renifle à son tour… Je surveille les opérations de loin, sans en avoir l’air. Je fais semblant de ne pas être là.
Elle ne sent rien. Aucune odeur suspecte. Aucune odeur du tout, d’ailleurs : Michèle a le rhume des foins en ce moment. Dans le doute, elle jette le tout à la poubelle, ouvre le frigo…
Réapparue comme par magie, à la vitesse de l’éclair, je roucoule en me frottant contre ses jambes.
Elle prend une boîte de Félix. Après un bref regard sur l’étiquette, je me détourne d’un air accablé, amorce une nouvelle sortie.
Elle hésite, ouvre le compartiment à glace. Je bondis à ses côtés en miaulant fiévreusement.
Enfin, elle a compris ! Elle prend un paquet de poisson surgelé, en dépose deux morceaux dans une assiette et ouvre le four à micro-ondes.
Je ne me lasse pas de ce spectacle, je manifeste bruyamment ma joie.
Bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz ! L’appareil est en marche ! Je bondis allègrement sur la tablette, devant la porte du four, et je contemple avec ravissement mon colin d’Alaska qui baigne dans une lumière dorée. Un délicieux parfum emplit l’atmosphère.

Bzzzzzzz ! Ding ! C’est prêt ! Mais où est Michèle ?
Je saute sur le sol, me mets à chercher. Que fait-elle dans la salle de bains alors que mon poisson est cuit ? C’est un monde ça !
Je fais irruption dans la pièce en poussant des cris aigus.
— Que se passe-t-il, mon Ardoise ?
C’est pas possible ! Elle n’a quand même pas oublié !
— Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiih ! Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiih !
— Ah, ton poisson !
Ouf ! Je la précède triomphalement jusque dans la cuisine, la regarde ouvrir le four.
Je me précipite à la place où, dans quelques secondes, elle va déposer ma gamelle odorante…
Et voilà que, sans raison apparente, elle fourre mon poisson dans le frigo !
Elle me fait toujours le même coup ! Je brame de déception.
— C’est encore trop chaud, Minette, tu brûlerais ta petite langue ! Faut que ça refroidisse quelques instants !
Quelques instants ! Cela s’éternise… Emplie de découragement, je vais me coucher.
Enfin, enfin, quand elle le juge bon (c’est très subjectif), elle sort le poisson du frigo et le pose sur mon assiette.
Alors, le roi n’est pas mon cousin !
Mais que de peines et d’anxiété pour en arriver là ! Je suis épuisée…

… et un peu inquiète !
Hier soir, j’ai entendu Michèle dire à Daniel :
— J’ai rencontré le voisin du cinquième étage avec son chien, tu sais, le toutou qui était si gros ? Qu’est-ce qu’il a maigri ! C’est la vétérinaire qui habite un peu plus loin, qui a réussi cet exploit… On n’y emmènerait pas Ardoise ?

Au cours d’une communication téléphonique, ma « mamie » (la maman de Michèle) y va de son grain de sel :
— Tu sais, Mimiche (surnom de Michèle), le chat de Didine (surnom de la sœur de Michèle) avait aussi grossi et maintenant, il est au régime. Il passe ses journées à regarder le frigo !
J’en flageole sur mes pattes. Mon Dieu , mon Dieu, qu’est-ce qui m’attend encore ?
— Je ne suis pas si grosse que ça, dis-je pour la centième fois. C’est ma superbe fourrure à trois épaisseurs qui fait illusion.
Michèle m’a prise au mot : elle s’est emparée d’un peigne spécial et a ratissé allègrement la magnifique fourrure. Elle en a tiré un fameux paquet de poils.
— Tu vois ? dis-je lamentablement.
— C’est vrai que tu as beaucoup de poils morts dans ta fourrure… Dorénavant, je te peignerai tous les soirs !
Je soupire. Choisir entre deux supplices, la faim ou le toilettage, tel est mon lot ! Et je crains fort que le peigne soit impuissant à éliminer mon excédent de poids. La faim et le toilettage, quelle triste destinée ! Ayez pitié de la pauvre Ardoise !

Quand fera-ton une étude scientifique sérieuse sur la question ? Je vois déjà les articles qui ne manqueront pas d’attirer l’attention de ma mère d’adoption, par exemple : " Les dernières découvertes en la matière prouvent indiscutablement que les chats bien enveloppés sont plus intelligents, plus doux et plus résistants que les avortons ! " ou alors : " Titre de l’article : JAMAIS DE REGIME POUR LES CHATS ! Les dernières découvertes en la matière ont indiqué que les félins mis au régime peuvent devenir enragés et développer certaines pathologies… "
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