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Chatte des villes et chat des champs (extraits)
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| | Chatte des villes et chat des champs (extraits) | |
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| Auteur | Message |
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Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 19 Nov 2009 - 12:17 | |
| Encore un petit extrait !
Je préfère la semaine au week-end ! La semaine je me repose, mais le week-end est traumatisant : nous allons à la campagne, dans la vieille baraque que Michèle et Daniel sont en train de retaper pour aller y habiter plus tard.
Ainsi, l'autre jour, je regardais Michèle empiler dans le hall d'entrée des sacs bien garnis. J'aurais dû me douter que cela présageait un départ imminent, mais je ne me suis pas méfiée. On ne peut pas penser à tout.
Je m’endormais paisiblement quand j'ai entendu mon nom susurré avec une douceur suspecte. En même temps, on m'a soulevée de mon fauteuil et fourrée, sans que j'aie le temps de reprendre mes esprits, dans cette affreuse cage d'osier que je honnis !
Indignée, j'ai poussé un long miaulement lugubre, mais rien à faire ! On part quand même, malgré mes protestations !
On pose ma cage sur le siège arrière de la voiture et un instant plus tard, tout se met à vrombir, à vibrer ! Affreux ! Les premières minutes de ce calvaire, je demeure muette, tétanisée.
À peine sur l'autoroute...
— Le chat a l'air assez calme....
— Miaaaaaaaa !
— Ça y est, j'ai parlé trop tôt, la sérénade commence !
De Bruxelles à Charleroi (60 kilomètres de route), j'entonne mon grand air :
— Aaaaaaaaah ! Aaaaaaaaaaaaaaaah ! J'veux paaaaaaas ! J'veux sortiiiiiiir ! Aaaaaaaaah !
— Ardoise, tais-toi !
Je ne supporte pas qu'on me réponde sur ce ton. Ma voix atteint des accents dignes de la Castafiore :
« Aaaaaaaaaaaaaaaaah ! Ooooooooooooooooh ! Au secouurs ! »
— Cette chatte va devenir aphone !
Aucun danger : vous n'avez pas fini de m'entendre !
À Charleroi, je me repose un tantinet : la voiture s'est arrêtée parce que Michèle va dire un petit bonjour à sa sœur qui travaille là.
Ladite sœur vient jusqu'à la voiture saluer Daniel et m'admirer.
— Oh, comme elle est minouche... Et si sage !
Sans commentaires…
De Charleroi à Beauraing, encore 50 kilomètres. J'agrémente la route de mes robustes vocalises.
Enfin, nous arrivons !
Je suis donc dans la voiture, à gémir sur un mode aigu très éprouvant pour les oreilles humaines... je le sais, c'est pour ça que je le fais ! Mais enfin, un parfum connu vient chatouiller mes narines : de la terre mouillée, du sapin... Nous sommes arrivés ! La voiture s'engage dans le virage qui conduit à notre village... Mon panier tangue ! Ne riez pas, je me suis un jour retrouvée par terre, entre les sièges, dans ma cage renversée. Et mes deux bipèdes qui ne s'apercevaient de rien ! Ce sont des cas, ceux-là, je vous jure !
Je vais enfin pouvoir me dégourdir les pattes !
— Pas maintenant, Ardoise, attends que la voiture soit déchargée !
Et hop ! On saisit mon panier, on le place sur un meuble (par terre il fait trop froid), avec l'ouverture contre le mur, pour que je ne puisse pas m'évader. Il faut dire qu'à l'époque déjà lointaine où ils ne connaissaient pas encore mes multiples talents, ils se contentaient de poser le panier sur un fauteuil. Un jour, en digne émule de David Copperfield (le magicien), je me suis mise à l'ouvrage : millimètre par millimètre, je me suis faufilée entre les barreaux d'osier ! Triomphante, j'ai débouché à l'air libre, laissant derrière moi ma cage bien close. Ce fut ma première et dernière tentative réussie : maintenant, ils prennent leurs précautions ! Je sais bien que c'est pour ne pas me perdre... mais ils pourraient me laisser un peu de liberté, quand même ! Je meurs d'envie de courir à l'aventure dans les prés…
De longues minutes plus tard, une fois la porte de la maison fermée au verrou, on me libère enfin.
Je fonce droit sur ma gamelle du week-end, qui m'attend sur le sol de la cuisine. Elle est très jolie, ma gamelle, toute blanche avec un petit clown peint dessus. Je possède aussi le bol assorti.
— J’ai choisi cette assiette d’après ta personnalité profonde, chère Ardoise ! ronronne Michèle.
C’est bien gentil… mais pourquoi un petit clown ? Je suis perplexe.
Mais que vois-je ? Ma gamelle est vide ! Michèle n'a même pas pris le temps de la remplir ! De telles émotions accumulées vont me donner une crise cardiaque, à la fin ! Je m'époumone.
— Vite, à manger pour le chat ! Pauvre minette !
Ah, quand même ! Ce n'est pas trop tôt, il y a comme du relâchement dans le service, on dirait...
Je mastique lentement une ou deux boulettes de viande. Ce n'est pas que j'aie vraiment faim, mais une assiette remplie, ça me donne un sentiment de sécurité. C'est psychologique.
Pendant que je me remets de mes émotions, Michèle range nos affaires, tandis que Daniel, l’homme de service, tente d'allumer le poêle à bois.
Très intéressée par cette opération, je m'approche et l'observe, prête à lui porter secours.
Phase n° 1 : il s'aplatit sur le sol, au niveau de l'ouverture du poêle. C'est fou ce qu'il ressemble à un chat, comme ça ! C'est sûrement pour me faire plaisir ! Je frotte ma tête contre son épaule en roucoulant. Puis je saute sur son dos : Hue, cheval ! Je ne sais pas pourquoi, mais il n'a pas l'air d'apprécier... surtout que j'ai sorti mes griffes pour les agripper à son pull. Je me fais rabrouer. C’est toujours les mêmes qui trinquent.
Phase n° 2 : il enlève la cendre du bois que nous avons brûlé le week-end passé. Je gambaderais bien dans cette poudre grise, mais cela m'est strictement interdit, comme tant d'autres activités amusantes, hélas...
Phase n° 3 : il froisse des feuilles de papier journal, les fourre dans le poêle et craque une allumette. Le papier flambe. Comme c'est joli ! Je m'approche, pour observer cela de près.
— Tu veux brûler tes belles moustaches, Ardoise ?
Phase n° 4 : il ajoute du petit bois... et nous nous mettons tous à larmoyer et à tousser. Une fumée épaisse envahit la cuisine. Argh ! Argh !
Phase n° 5 : on ouvre une fenêtre, en me tenant à distance bien sûr : quand tout le monde s'amuse, je ne peux jamais participer, c'est trop injuste !
Phase n° 6 : Le bipède agite un journal en faisant de grands moulinets avec les bras, pour chasser la fumée au-dehors.
Tiens, les voisins n'ont pas encore appelé les pompiers !
Phase n° 7 : on referme la fenêtre. Le poêle consent enfin à évacuer la fumée par l'orifice de la cheminée. Daniel n'a plus qu'à ajouter une grosse bûche et voilà, le feu a pris ! Après-demain, quand on devra repartir, il fera idéalement bon dans la maison. C'est toujours comme ça.
Pour l'heure, nous sentons tous le jambon fumé, même ma modeste petite personne.
Le feu de bois, c'est peut-être bien pittoresque, mais j'ai une nette préférence pour le chauffage central. J'évoque avec nostalgie mon appartement bien douillet : mon petit coussin sur le radiateur, ma place bien chaude sur le carrelage de la cuisine...
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|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 19 Nov 2009 - 12:28 | |
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Une exclamation horrifiée détourne le cours de mes lugubres pensées.
— Oh, zut, il y a de nouveau des souris ! Elles ont mangé le paquet de spaghetti et le chocolat !
Des souris ? Je pense qu'il va falloir que je joue le rôle du chat, dans cette maison ! Je ne sais pas pourquoi, c'est toujours moi qui m'y colle ! Comme je suis bonne fille, je prends un air inspiré et je flaire, longuement, le moindre petit coin. Elles sont là, je le sens ! Leur trou doit se trouver sous l'armoire de la cuisine.
Pleine de zèle, je m'élance. Si je leur fais bien peur, elles partiront ! Pas question que je leur fasse du mal : je ne pourrais faire souffrir une mouche ! Mais ça, mes humains n'ont pas besoin de le savoir...
Je me précipite sous l'armoire... mais que se passe-t-il ? Je suis arrêtée dans mon élan ! Je rame désespérément des pattes, tandis que mon petit ventre dodu et mes petites cuisses bien enveloppées restent coincées ! Je ne peux plus avancer !
Me tortillant comme une danseuse de french cancan, je parviens à rebrousser chemin et à me sauver de cette périlleuse position.
C'est-y que j'aurais un peu grossi ? Je ne l'aurais pas cru... J’ai peut-être un peu forcé sur les boulettes en gelée…
Qui donc a émis un ricanement discret, là, derrière moi ?
Changement de tactique : je vais guetter les souris devant l'armoire et non plus dessous. Je vais m'armer de patience et attendre, immobile comme un piquet, durant de longues secondes.
Mais que vois-je ? Ma petite balle de ping-pong, là, par terre ! Un de mes jouets préférés !
Je vais jouer, je reviendrai peut-être guetter les souris après... si je ne les ai pas oubliées entre-temps.
— Ici, les souris ont de la chance ! dit Michèle.
Elle ne croit pas si bien dire...
Un peu plus tard, je suis dans la cuisine, occupée à me restaurer avec dignité, pendant que mes parents regardent la télé au salon. Distraitement, Michèle pose les yeux sur moi... Surprise ! Elle en reste pétrifiée !
Je ne suis pas seule dans la cuisine : une petite souris grise, face à moi, fait également honneur à mon repas !
— Alors comme ça, vous habitez ici toute l'année ? demandé-je avec politesse, entre deux bouchées.
— Mais oui, zoli çat gris ! Ze manze ce qui reste dans les armoires ! Et ma famille aussi !
— C'est très intéressant ! Zut, ma mère nous a repérées… Elle va de nouveau prétendre que je ne suis pas un vrai chat !
— Z'est votre maman, là, zoli çat gris ?
— En fait, je suis une enfant adoptée, précisé-je modestement, c'est pour ça que nous ne nous ressemblons pas vraiment, Michèle et moi.
Nous mastiquons encore quelques instants, en parfaite harmonie.
— Ah ! Z'étaient bonnes, vos boulettes Kitekat !
— Voui, mais personnellement, je préfère le Félix ! Enfin, ça dépend des jours… Bon, maintenant c'est pas tout ça, va falloir que je fasse semblant d'être un vrai chat ! C'est la corvée, ça ! Vous voulez pas vous mettre à courir pour que je vous poursuive ? C'est juste pour rire, vous savez !
Accommodante, la souris entre dans le jeu. Elle s'en va en trottinant. Je lui emboîte le pas en prenant soin de ne pas la rejoindre. Comme ma patte lui effleure la queue par inadvertance, je fais un petit bond en arrière : « Oh, pardon ! »
— Y a pas de mal ! gazouille ma nouvelle amie en filant se cacher dans son trou (sous l'armoire, bien sûr).
Maintenant, Michèle en est sûre. Je ne suis pas un vrai chat !
— Et on n'avait même pas de caméra ! soupire-t-elle. Personne ne va nous croire quand on racontera ça !
Pourtant, cela s’est réellement passé, je vous le jure ! Parole de chat !
C'est le soir, nous allons au lit. Comme nous sommes à la campagne et pas dans mon petit appartement douillet, je les suis dans la chambre et me faufile sous les couvertures. Je ne tiens pas à attraper froid !
— Ardoise, tu te coucherais dans le sens de la longueur du lit au lieu de la largeur, je pourrais peut-être étendre les jambes, moi !
Quelle mesquinerie, vraiment ! Je ne réponds même pas.
Je m'endors et me mets à ronfler.
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|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 19 Nov 2009 - 13:03 | |
| Sacré numéro cette Ardoise, j'adore J'aurai bien voulu moi aussi que ça soit filmé  _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 19 Nov 2009 - 13:14 | |
| Maintenant nous sommes toujours équipés d'un APN mais à l'époque ça n'existait pas encore... Et notre caméra était restée à Bruxelles ! La scène s'est renouvelée plusieurs fois et nous n'avions jamais la caméra à portée de main, c'est râlant ! Plus de souris en vue actuellement : Geisha et Charlot sont trop vigilants. Ardoise, elle, elle s'en f... ! |
|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 26 Nov 2009 - 13:18 | |
| Voilà une semaine que nous sommes sans histoires ... sniff C'est juste parce que je les aime beaucoup les histoires d'Ardoise  _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Scouby

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 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 26 Nov 2009 - 14:35 | |
| Une semaine, déjà ? J'en remets dans quelques instants, Luna ! |
|  | | Scouby

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 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 26 Nov 2009 - 14:47 | |
| Un peu plus tard, nous voyons apparaître le second héros du livre...
Et voilà, l'habitude est prise ; tous les vendredis, je dois quitter mon appartement bien chauffé pour affronter la froidure de notre bicoque de campagne ! Avouez qu'il y a de l'abus !
Enfin, lentement l'hiver se passe et le printemps fait son apparition. Le soleil consent à me chauffer la plante des pattes. Dans le jardin, des jonquilles dorées pointent le bout de leur nez (si j'ose dire !). J'assiste à ce renouveau, en arborant une expression mi-pensive, mi-sévère, qui convient bien à ma petite figure grise... Même si je suis secrètement contente, je ne vais pas le montrer, hein ! Puisqu'ils ont l'idée biscornue de me traîner chaque week-end jusqu'ici, autant que mes humains s'inquiètent un peu en me voyant cet air lointain. Assise sur l'appui de la fenêtre de la salle à manger, je pose sur le jardin un oeil blasé, voire désenchanté... La Dame aux Camélias, c'est moi !
Mais que vois-je ?
Michèle est assise sur la terrasse et un chat noir et blanc, pas timide pour un sou, se dirige vers elle en ronronnant. Vers ma Michèle à moi ! Quel toupet !
Ouvrons une petite parenthèse. Je suis un peu jalouse. Pas comme Sa Seigneurie Caramel, mais quand même un peu. Un soupçon... D'ailleurs, c'est toujours par un soupçon que commence la jalousie, n'est-ce pas ?
Il y a quelques semaines, j'avais bien senti, en humant une odeur étrangère, qu'un autre chat avait tourné autour de ma mère d'adoption... Je n'ai rien dit, j'ai simplement pensé: « Tiens tiens... » et j'ai manifesté envers ma famille une certaine froideur...
Et maintenant, le voilà, ce chat, là, devant moi ! De l'autre côté de la fenêtre !
Le nouveau venu fait des manières. Il ronronne, effectue des huit autour des chevilles de mon humaine subjuguée, il lui jure que ce n'est pas pour recevoir de la nourriture qu'il vient, non, non, c'est par amour pour elle... Un amour éternel.
Visiblement, elle le croit.
Et vous, vous y croyez ?
J'abandonne mes attitudes romantiques et ricane. Intérieurement.
Michèle rentre dans la maison, farfouille dans le frigo, pose divers ingrédients sur la table de la cuisine… Bien sûr, je saute sur la table pour contrôler les opérations.
Elle ouvre une boîte de nourriture pour chats, en emplit une assiette.
Je renifle. En temps ordinaire, je détournerais dédaigneusement la tête : « Fi ! Une boîte bon marché ! »
Aujourd'hui, j'ai une position à défendre. À la grande surprise de Michèle, je lèche les boulettes de viande.
Vous comprenez, vous autres ? C'est pour établir ma suprématie ! Le chat dominant est celui qui mange le premier, cela, je le sais depuis mon séjour au refuge "Veeweyde" !
Michèle verse du lait dans une soucoupe. Surmontant mon dégoût habituel pour cette substance, j'avale à petites gorgées délicates une partie de l'infâme breuvage.
— Et maintenant, Ardoise, puis-je aller donner à manger au chat noir et blanc ?
— Je te le permets ! dis-je, magnanime.
Pendant qu'elle s'exécute, je retourne sur mon appui de fenêtre pour dominer la situation.
Michèle dépose l'assiette sur le sol de la terrasse. Le chat noir et blanc fait mine de ne pas voir la pitance, il prend des airs éthérés, décoche à ma mère adoptive des oeillades énamourées... Ce n'est qu'après bien des salamalecs qu'il consent enfin à se sustenter.
Coup de foudre réel ou comédie ? Je réserve mon jugement.
Après avoir vidé la gamelle jusqu'à la dernière bouchée, le matou lève les yeux vers la fenêtre... et m'aperçoit ! Il en reste figé de stupeur, l'espace d'une seconde puis, histoire de mieux m'admirer, il saute à son tour sur l'appui de fenêtre, à l'extérieur, et colle son museau contre la vitre. J'en fais autant de mon côté, bien sûr.
— Ardoise ! Viens faire connaissance, viens ! Regarde comme il est gentil et bien élevé !
Alors là, je ne suis pas d'accord, parce que je sais très bien ce qui va se passer ! Et, bien entendu, ça ne rate pas : elle vient vers moi avec mon collier et ma corde !
Parce que, vous savez, il paraît que je ne peux pas sortir au jardin sans ma corde ! Paraît que je suis une fugueuse ! Paraît que j'entre chez les voisins sans leur demander la permission !
Je regimbe : « Pas la corde ! De quoi je vais avoir l'air, moi, avec ce collier et cette corde ? Tout mon prestige va se retrouver par terre ! »
— Pas question que tu sortes sans ta corde, je te connais trop bien !
Tant pis ! Le cou orné d'un beau collier de velours bleu turquoise, je sors de mauvaise grâce, la queue aplatie, les pattes fléchies.
Le chat noir et blanc ne fait montre d'aucune défiance. Après m'avoir dévisagée avec curiosité (C’est quoi, cette drôle de bête toute grise ?), il s'approche et nous nous tâtons mutuellement le museau. (Tiens, c'est un chat, je n'aurais pas cru...).
Il faut avouer que malgré un visage patibulaire que lui confère un bon gros nez de boxeur, il a l'air assez accommodant. Je tiens toutefois à mettre les points sur les i dès notre première rencontre :
— Chat noir et blanc, c'est moi Ardoise, la chatte de cette maison ! Je vous avertis : j'accepte de vous voir batifoler sur la terrasse ou dans le jardin, mais la maison, c'est mon domaine, compris ?
— Mais je n'ai jamais dit le contraire, douce et belle Ardoise ! proteste-t-il vertueusement, la patte sur le cœur.
Ayant ainsi parlé, il se détourne avec nonchalance et va faire un petit tour dans ce jardin que je viens de lui laisser... Je constate qu'à chaque tronc d'arbre, il lève la queue bien droite pour faire jaillir quelques gouttes odorantes qui marqueront son territoire... Est-ce un pied-de-nez à mon égard ?
J'affecte la plus profonde indifférence.
Mais quelles manières, grand Dieu, quelles manières !
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|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 26 Nov 2009 - 14:59 | |
| Plus tard, dans l'après-midi, nous nous sommes revus plusieurs fois, moi faisant des mines à la fenêtre et lui rôdant à proximité de la terrasse. Je ne dis pas que c'est le grand amour, mais nous ne manifestons aucune hostilité l'un vis-à-vis de l'autre. S'il fallait me pousser à exprimer clairement ma pensée, je dirais que je ne suis pas mécontente, au bout de trois années passées exclusivement en compagnie de mes humains, d'avoir pu enfin rencontrer un congénère. Vous n'imaginez pas, les amis, comme ça peut être fatigant parfois de se retrouver, seule de sa race, au milieu d'êtres fondamentalement différents de soi... même s'ils sont bien intentionnés ! C'est rafraîchissant de pouvoir, de temps à autre, parler son propre langage avec quelqu'un qui le comprend et vous répond sans accent ! Si vous saviez toutes les significations que peuvent revêtir les sons : "Miaou ! Rrrrou ! Rrrrou ! Mééééou !" Aucun humain ne pourra jamais saisir la subtilité de mon langage... Mais font-ils de réels efforts, mes humains ? C'est là que le bât blesse... Moi, j'étudie, je comprends presque tout ce qu'ils disent, mais eux... n'en parlons pas ! Enfin..Revenons à nos moutons... ou plutôt à notre chat noir et blanc. Quelques jours plus tard, il faisait beau. Michèle était assise dans son fauteuil de jardin, à savourer les rayons du soleil, et moi j'étais étalée dessous, pour me préserver du même soleil. Il va sans dire que j'étais à nouveau coquettement revêtue de mon collier de velours bleu et de ma corde... rose, vous imaginez ! Ça fait un peu layette je trouve… Pourvu que je ne sois pas trop ridicule !Quand vous avez une longue, longue corde autour du cou, certains petits jeux sont possibles : ainsi, vous pouvez tourner interminablement autour d'un fauteuil, en faisant de très jolis nœuds, très artistiques. Quand vous vous retrouvez ficelée comme un saucisson, vous gémissez lamentablement... et contemplez, satisfaite, vos humains s'escrimer à défaire votre ouvrage. Puis, à peine êtes-vous libre que vous pouvez recommencer... Ça les fait enrager, c'est euphorisant ! Et puis, ça leur apprendra à m'attacher de manière à ce que je ne puisse pas franchir la haie du jardin ! Moi qui aime tant me faufiler chez le voisin !Donc, j'étais occupée à virer, à tourner... Je chantonnais même, d'une petite voix mélodieuse :Sous ta chaise, Michèle, Tourne, ron-ron ! Si la corde s’emmêle, C’est bon, c’est bon ! Peaufinons la technique, Tournicotons ! Ah quelle gymnastique, J’en suis coton ! Sous ta chaise, Michèle Tourne, ron-ron ! Je suis ton chat fidèle Et polisson !
— Comme c’est mignon, ces petits miaous, Ardoise !
Je fredonne une chanson de ma composition, et elle appelle ça des "petits miaous" ! Ecœurée, je ne réponds pas et tourne de plus belle. Elle va avoir du mal à défaire ces nœuds-là, hé hé !
J'en souris dans mes moustaches.
— Oh, Ardoise, regarde qui arrive ! Ton copain le chat noir et blanc !
— Quoi !
Mon sang (lui aussi) ne fait qu'un tour : en une seconde, je refais en sens inverse mon patient chemin et débouche à l'air libre, hagarde, la queue fouettant l’air avec rage.
Et puis, subitement, je réalise qu'à cause de ce raseur de chat, j'ai fait une fameuse bêtise : j'ai démontré que j'étais capable de défaire mes nœuds moi-même !
Et Michèle, habituellement si distraite, l'a vu ! Enfer et damnation !
— Bonjour, douce Ardoise !
— 'jour !
— On est hargneuse, aujourd'hui ?
Je ne daigne pas répondre. Je suis de mauvaise humeur, ça se voit, non ?
Et l'intrus, là, avec son éternel sourire !
Il s'approche innocemment. Je lève une patte et... vlan ! Une gifle, sans rentrer mes griffes. Vous n'imaginez pas le bien que ça fait ! À moi, bien sûr, pas à lui…
Il recule prudemment.
— Votre charme est piquant, chère Ardoise !
Je me redresse et lui rétorque avec emphase : Oncques ne cherche noyse
À la vaillante chatte Ardoyse !
]— ?????????????
— C'est la fière devise de ma noble famille, dis-je.
Il en a le souffle coupé.
— De mère en fille, Ardoise de Gouttière, avec un petit de, précisé-je.
Le regard de l'abruti s'éclaire : « De Gouttière ! Moi aussi, je suis un de Gouttière ! » s'écrie-t-il.
— Certainement pas de la même branche ! rétorqué-je dédaigneusement.
— Mais peut-être bien du même arbre !
Je déteste les chats qui font de l'esprit !
Parce que, évidemment, pour tout vous dire, la "fière devise de ma noble famille" n'est pas de moi. J'ai demandé à l'esprit de la chatte Caramel de m'aider en cette circonstance. Cela ne lui a pris qu'un instant de réflexion.
— Oh que c'est beau ! Oh que ça fait de l'effet ! me suis-je extasiée avec gratitude. Mais pourquoi on ne pourrait pas dire plutôt :
Oncques ne cherche noyse À la terryble chatte Ardoyse ?
Ça me ferait un y de plus, j'aime bien les y !!!
Elle a tellement ri qu'elle a failli s'étrangler, malgré son absence de corps terrestre.
— Point trop n'en faut, petite chose ! Si je te qualifie de terrible, avec ou sans y, le monde s'en tiendrait les côtes jusqu'à la consommation des temps !
Elle exagère ! Je peux avoir l'air terryble si je veux !
— En tout cas, le chat noir et blanc va en être baba ! La dernière fois que je l'ai vu, j'ai craché pour l'intimider, mais il n'a pas été impressionné ! Et Michèle et Daniel non plus ! Comment est-ce possible ?
— Montre comment tu as fait.
J'ouvre grand la bouche, montre mes dents aiguës, roule des yeux : " Kssssst ! Frrrrrt !"
— Voilà, c'est bien ce que je pensais : tu n'es absolument pas crédible !
— Hein ?
— Tu as oublié de gonfler ta queue ! Un chat vraiment en colère gonfle la queue. En plus, c'est excellent pour les poils, ça les aère.
— Mais j'ai déjà une belle queue bien touffue ! Et puis, je ne sais pas comment on fait pour...
— Regarde !
Horreur ! En un instant, je me trouve face à un monstre : des yeux de braise, une échine de dragon, une queue trois fois plus grosse qu'à l'ordinaire !...
— Kaï ! Kaï ! J'ai peur !
— Tu vois, dit-elle en reprenant instantanément son aspect normal de chatte distinguée, c'est comme ça qu'on fait ! Mais tu n'es vraiment pas douée pour l'intimidation, il faut bien l'avouer !
— Tant pis, je me contenterai alors de la fière devise de ma noble famille... Vous avez une devise, vous, Vot'Seigneurie ?
— Bien sûr ! Avec un blason oeil d'azur et extrémités couleur vison sur fond de sable !
Noble Fleuron de la Gent Féline, Chat Royal et Sûr de Son Droit, En Tous les Temps Digne de Foi, Gloire et Honneur au Siamois !
— Mazette, c'est-y possible !
Elle ne se prend pas pour rien, Sa Seigneurie !
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|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Jeu 26 Nov 2009 - 23:14 | |
| Merci Scouby pour cette suite,
J'ai hâte de savoir quand ils sont devenus amis Ardoise et le chat noir et blanc.
C'est vraiment un plaisir de lire tes histoires _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mar 8 Déc 2009 - 13:06 | |
| Et encore un petit bout, pour celles qui aiment...
Revenons une nouvelle fois à nos moutons... ou plutôt à notre chat noir et blanc. Orca de son prénom.
Parce qu'il a même un prénom, maintenant ! Quel toupet, vous ne trouvez pas ?
Il se conduit exactement comme si nous avions gardé les souris ensemble, ce qui n'est pas du tout, mais alors pas du tout le cas !
Et voici qu'il s'approche de Michèle qui lui fait fête ! Et voilà que Daniel lui grattouille le cou !
Quel sans-gêne ! Je suis offusquée.
Je m'assieds précautionneusement sur l'herbe verte et regarde d'un autre côté. Les faits et gestes de cette créature ne m'intéressent absolument pas ! Je regrette bien de lui avoir gentiment reniflé le nez le jour où nous avons fait connaissance : il a dû se faire des idées erronées sur la suite de nos relations.
Alors, voilà le tableau. Jugez s’il est expressif.
À gauche : moi, paresseusement étendue sur l'herbe, bayant aux corneilles et contemplant le ciel d'un oeil (faussement) absent.
À droite : lui, assis sur son derrière, occupé à se lécher avec méthode, l'air très absorbé.
Au centre : Michèle et Daniel dans leurs fauteuils de jardin, nous considérant tous deux, dans l'attente de la suite des événements.
— Ce n'est pas vraiment Roméo et Juliette...
— Non, c'est plutôt Charles et lady Di !
L'Orca (puisque Orca il y a) se lève et se dirige à nouveau vers moi, tout sucre tout miel.
Il s'est lavé avec un soin méticuleux et regrette visiblement de n'avoir pu s'asperger d'eau de toilette. Son pelage brille comme un miroir.
— Noble Ardoise...
Je m'arrache à mes songes et pose un oeil glacé sur ce misérable insecte qui ose m'adresser la parole.
— Me trouvez-vous tellement antipathique ? poursuit-il.
— Z'êtes pas mon idéal masculin.
— Oh ! Toutes les chattes du coin trouvent que je ressemble à Depardieu !
Je le dévisage : ce gros nez ! Ces petits yeux ! Bon, c'est vrai qu'il a quelque chose de Gérard...
Mais cette fourrure où le blanc et le noir alternent de si étrange façon ! Je ne m'y ferai jamais !
— Pourquoi ne me permettez-vous pas de faire un petit tour à l'intérieur de votre maison? Juste pour regarder ?
— Pas question !
Il soupire. Il pense toutefois que je ne suis pas là tous les week-ends et que les humains sont quand même plus faciles à manipuler...
En quoi il n'a pas tort.
Cette semaine, Daniel a pris congé et est venu tout seul dans notre maison de campagne. Orca s'est attaché à ses pas et l'a couvert de regards extasiés.
Sensible à cette admiration, Daniel lui a offert, au premier jour de leur cohabitation, des friandises Croc'Menu Félix, prises sur ma propre réserve, bien sûr.
— Oh, voilà qui est bien meilleur que les boîtes de M'dame Michèle ! a estimé Orca, en connaisseur.
Le second jour, Daniel lui a offert de la pâtée Friskies.
— J'n'ai jamais rien mangé de si bon ! a ronronné joyeusement l'Orca.
Le troisième jour, Daniel l'a brossé et lui a enlevé des tiques qui infestaient sa fourrure.
Le quatrième jour, Orca se prélassait dans un fauteuil à côté de Daniel et faisait une timide incursion dans la maison. Il est même entré dans la cuisine pour regarder comment mon père d’adoption préparait sa nourriture.
Le lendemain, Michèle est arrivée par le train. Moi, j'étais restée à l'appartement avec Olivier.
Daniel a bien dû la mettre au courant de l'évolution de la situation :
— Tu sais, heu... Orca n'aime plus les boîtes bon marché ni les croquettes que tu lui as achetées... Il préfère les Friskies et les Croc'Menu ! Et le saumon fumé ! et...
— Bon, ça va, j'ai compris !
À présent, quand je ne suis pas là, Orca se conduit comme le chat de la famille. Michèle lui a préparé un petit lit douillet avec un de ses vieux pulls, dans une caisse en bois déposée à l'abri de la pluie et du vent. Pour faire plaisir, le chat noir et blanc va y dormir, à l'occasion. Le reste du temps, en vrai vagabond qu'il est, il vadrouille dans le village.
Le week-end prochain, je serai obligée d'accompagner mes parents à la campagne, car Olivier ne peut pas me garder, ayant d’autres obligations. Je ne suis pas encore au courant des nouvelles habitudes de l'Orca...
Voilà, le week-end est arrivé et j’ai pris la route avec, il faut bien l’avouer, l’arrière-pensée de snober à nouveau ce chat noir et blanc qui s’imagine que ma famille lui appartient ! Je fais une fixation sur cet individu en ce moment, j’en rêve la nuit, c’est plus possible !
À peine sommes-nous arrivés, que Daniel ouvre la porte donnant sur le jardin. Devinez qui apparaît, aussitôt, tout guilleret ? À votre avis ?
— Miâââââââ ! Enfin vous voilà ! J’ai attendu toute la semaine, moi, j’ai faim !
Il ne semble pourtant pas amaigri… Il doit avoir de bonnes adresses, l’Orca !
— Bonjour, adorable Ardoise ! Z’êtes encore plus jolie que le week-end passé !
Il est tellement charmeur que je n’ai pu faire autrement que le saluer à la manière "chat" : mon petit nez à moi contre son gros pif à lui.
Puis, me rappelant mes précédentes résolutions, j’ai adopté une attitude distante tandis qu’il s’empiffrait joyeusement de croquettes et d’une boîte de Félix. Mon Félix à moi !
— Tiens, Orca est plus propre qu’Ardoise, a remarqué Daniel (qui n’en rate pas une). Lui, il mange ce qu’il a laissé tomber à côté de son assiette, Ardoise, elle, laisse tout par terre!
Je lui lance un regard meurtrier. Inutile de discuter avec ces humains, ils sont plus bêtes que mes quatre pattes !
Le repas terminé, je me juche élégamment sur un fauteuil de jardin pour faire ma sieste et Orca, toujours souriant et pacifique, se couche au pied dudit fauteuil.
Ah, au moins, ma suprématie est reconnue ! Je me dégèle insensiblement.
— Divine Ardoise…
— Keskya ?
— Moi aussi, je me suis trouvé un slogan !
— Un quoi ?
— Un slogan ! Comme vous, avec tous ces mots ronflants qui se terminent par oyse !
Tout ce qu’il faut entendre ! L’orgueilleuse devise de ma noble famille, un slogan !
— Dites toujours…
Je m’attends au pire.
— Orca, Maître-Chat ! clame-t-il fièrement.
— Yaksa ?
— Ben quoi, ça vous suffit pas ? C’est percutant, ça sonne : Orca, Maître-Chat ! sans oublier le point d’exclamation ! Ça veut tout dire, n’est-ce pas ?
— Bof !
Si tout le monde se met à avoir une devise, maintenant ! Ça devient d’un commun, vous ne trouvez pas ?
Il s’étire.
— Je vais me promener une heure ou deux. Si je ne vous vois plus ce soir, je vous souhaite une bonne nuit, divine Ardoise !
Mais où a-t-il appris à s’exprimer comme ça ? Pour un vagabond, il a assez belle allure, je dois bien l’avouer : propre, le poil bien brillant…
Et il va et vient librement ! Je me renfrogne : pourquoi dois-je subir ce collier bleu et cette corde rose, et pas lui ?
Je lui pose (un peu aigrement) la question.
— Il y a ainsi, dans l’existence, certains mystères insondables, dit-il avec philosophie. Ainsi, moi-même, je me demande souvent pourquoi vous avez le droit d’entrer dans cette maison et moi, non ?
Sur cette réflexion destinée à planter un germe de culpabilité dans ma petite âme si pure, il se détourne et s’éloigne d’un pas serein.
— Tiens, Orca ne passe pas la soirée avec Ardoise, aujourd’hui ? s’étonne Michèle.
— Il la trouve peut-être moche, avance Daniel.
Quand je vous disais qu’il n’en rate pas une ! Le goujat !
Michèle vole à mon secours.
— Il serait bien difficile, dit-elle. Une si ravissante petite chatte, avec une tête bien ronde, de beaux grands yeux verts bien fendus, de si belles moustaches tombantes et une superbe fourrure à triple épaisseur !
À cette énumération de mes charmes, je me rassure. C’est quand même vrai que je suis magnifique… et ma fourrure ! De première qualité, la fourrure, je vous le garantis ! Peut-être un peu rêche au toucher, mais bien épaisse et inusable.
Elle a raison, Michèle ! Même si on dirait qu’elle réprime un petit sourire…
Quant à Daniel, je ne lui parle plus ! Je ne le regarde même plus. Pendant au moins cinq minutes. Ça lui apprendra ! Je me détourne d’un mouvement plein de fierté et contemple l’horizon.
— Ben quoi, Ardoise boude ? demande-t-il, étonné.
— Forcément, tu as dit qu’elle était moche ! Tu oublies qu’elle comprend tout ?
Il en reste comme deux ronds de flan. Il ne s’était pas encore rendu compte qu’effectivement, je comprends tout !
Le lendemain matin, samedi, Orca est là, bien sûr, à la première heure pour prendre son petit déjeuner ! Nous avons passé une journée détendue, comme je les aime. Moi, j’ai dormi, lui s’est baladé à gauche et à droite.
Une malheureuse jeune pie, encore toute petite, gisait morte sous le grand sapin.
Orca flânait dans le jardin quand il est tombé en arrêt devant le volatile inanimé.
— Tiens ! Mon repas !
Il s’en est emparé aussitôt et commençait à plumer l’animal d’une patte experte, lorsque Michèle l’a aperçu.
— Oooooh ! Quelle horreur ! Je ne peux pas voir ça !
Daniel a pris la pie des pattes de l’Orca tout ahuri, et est allé la cacher sous un amas d’herbe coupée, en attendant de s’en débarrasser définitivement.
— Et mon repas ?
Tout décontenancé, Orca est revenu dix fois à l’endroit où il avait trouvé la pie, s’attendant toujours à la voir reparaître comme par magie. Peine perdue !
Il n’en revenait pas : « Vous en avez de bonnes, vous ! Me voler mon repas ! »
C’était à mon tour de me montrer philosophe :
— Que voulez-vous, mon cher Orca, tout maître-chat que vous soyez, vous ne comprendrez jamais les humains ! Leurs réactions sont imprévisibles ! |
|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mar 8 Déc 2009 - 13:49 | |
| Merci pour cette suite Scouby, quand je lis tes récits j'ai vraiment l'impression de me promener dans ton jardin et que je vois la scène se dérouler sous mes yeux. Une fois de plus j'ai adoré lire cette suite  _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mar 8 Déc 2009 - 14:18 | |
| Cela me fait plaisir, Luna ! |
|  | | Scouby

 Nombre de messages: 786 Age: 59 Localisation: Mon petit coin de campagne, en Belgique Emploi: Fanatique du clavier Loisirs: Ecriture, lecture et bien sûr... Chats ! Date d'inscription: 04/11/2009
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Dim 13 Déc 2009 - 14:56 | |
| Et un petit chapitre de circonstance !
La soirée s’annonce calme, Michèle et moi sommes seules. Pas de Daniel ni d’Olivier en vue. Je parie que nous allons toutes les deux nous offrir un petit plateau-repas et regarder la télé sur les genoux l’une de l’autre…
Mais qu’est-ce qu’elle fait, Michèle ?
Elle arrive dans la salle à manger avec un grand carton, elle dégage un coin du buffet.
— Ardoise, comme nous sommes toutes seules ce soir, nous allons en profiter : on va dresser le sapin de Noël !
— C’est quoi ça, un sapin de Nowèle ?
— Tu sais bien, comme on fait tous les ans !
— Tous les ans pour toi, c’est à peu près tous les sept ans pour moi, comment veux-tu que je me souvienne ? Montre ce que c’est, un sapin de Nowèle !
— Bon, moi je travaille et toi, Ardoise, tu t’installes sur ce petit coin de table, là. Assieds-toi sur ton derrière et reste bien sage !
— Mais je veux aider !
— C’est en restant bien tranquille et en admirant silencieusement ce que je fais, que tu vas le mieux m’aider !
Bon, ne la contrarions pas. Je m’assieds sur le petit coin de table, le bout de ma queue calé entre mes pattes antérieures, la tête et le dos bien droits, et je regarde, prête à admirer de confiance tout ce qu’on voudra !
D’un grand sac-poubelle, elle tire une tige de plastique et un trépied. Puis elle déploie les "branches" de la tige de plastique.
J’écarquille les yeux. Un arbre, ça ? Un sapin ? Je connais des sapins, nous en avons dans le jardin à la campagne, mais ça n’y ressemble pas ! Ce machin-ci est tout petit, tout malingre, tout rabougri !
— Ce sera plus joli quand ce sera garni, dit Michèle sans conviction.
Chaque fois qu’elle contemple son sapin après onze mois d’oubli, elle ressent un choc : c’est vrai qu’il est tout à fait misérable !
— Nous sommes du même avis, je pense, dis-je sans trop insister.
Mine de rien, j’ai aussi du tact parfois, comme l’Orca Maître-Chat !
D’un autre sac, Michèle tire des boules multicolores, des petits objets en bois, des angelots en tissu… tout cela incassable, bien sûr, à l’épreuve des pattes félines de qui vous savez… Prodigieusement intéressée, j’avance la tête d’un centimètre.
Elle accroche ces jouets aux branches du "sapin". Puis vient un moment passionnant : elle déploie de longues guirlandes brillantes, bleues, blanches, dorées…
Cette fois, mes bonnes résolutions s’enfuient à tire d’aile. Prestement, je m’approche et d’un coup de patte, mets les guirlandes en mouvement. Ça scintille, c’est beau !
— Ardoise ! Je t’ai dit de rester assise sans bouger !
Mais à qui croit-elle parler ? À un chien ? Je ne suis pas un chien, mais un chat fier et indépendant, comme le dit si bien Sa Seigneurie ! Je continue mon petit jeu.
En désespoir de cause, Michèle trouve le moyen de m’éloigner en me faisant cadeau d’un morceau de guirlande. Tandis qu’elle poursuit tranquillement son travail de décoration, je joue par terre, parsemant le tapis de petits bouts de papier rutilant.
Peu après, ayant épuisé les charmes de ce nouvel amusement, je viens voir où elle en est.
Oh ! Elle a déposé des petits personnages au pied du "sapin" et elle est en train de coucher une minuscule poupée dans une sorte de petit nid de paille ! Je tâte la poupée du museau.
— On ne mange pas le petit Jésus ! Pas touche à la crèche !
On le saura, hein ! Je ne peux pas toucher à l’arbre de Nowèle, ni à la crèche, ni aux cadeaux… Les cadeaux, c’est ça le plus dur, parce qu’ils sont tous surmontés d’un ruban doré qui tirebouchonne… et moi j’adore les rubans des emballages-cadeau !
Michèle les dispose artistiquement, en dissimulant de son mieux les objets de mon désir. Croit-elle me leurrer ? Je vais attendre qu’elle soit partie et ensuite… Peut-être même cette nuit, tiens !
Avec un air de fausse sagesse, je vais m’installer dans mon fauteuil préféré, près de la fenêtre, et je regarde au-dehors d’un air blasé.
Quoi ? Que vois-je ? Un merle sur mon balcon ?
Ma queue se met à fouetter l’air avec vigueur, mes dents claquent de convoitise. Je me rue hors de mon fauteuil et soulève le rideau avec ma tête. Je suis hirsute et survoltée.
Le merle, bien à l’abri derrière la cloison de verre, me regarde d’un œil moqueur et lance quelques trilles. Puis il s’en va.
Frustrée, je regagne mon siège, la queue basse.
Ensuite, j’ai complètement oublié d’aller farfouiller dans les cadeaux !
Ce que je fais tout de même, de temps en temps, quand mes humains ne sont pas là, c’est aller jusqu’au sapin et déranger une guirlande dont la disposition ne me plaît pas. Mais apparemment, mes goûts en matière de décoration sont bien méprisés dans cette maison ! Immanquablement, je retrouve la guirlande comme elle était.
Bientôt, dans quelques semaines, Michèle va remiser l’arbre de Nowèle dans son sac-poubelle et le remettre au placard pour sept longues années félines. Pour ce faire, elle devra bien entendu en ôter toutes les guirlandes… et qui sera là, à l’affût ? Devinez !
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|  | | Luna modératrice


 Nombre de messages: 12148 Age: 64 Localisation: Paris Emploi: au service de mon chat Loisirs: arts manuels-photo-tricot Date d'inscription: 10/06/2007
 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mar 15 Déc 2009 - 11:14 | |
| C'est tout à fait ça Scouby Dimanche Luna était infernale , mais maintenant que le sapin est terminé elle ne s'en occupe plus mais quand je vais mettre les paquets cadeaux là ça va être autre chose . _________________ CATHERINE ET POUR SOUTENIR LE FORUM : http://www.weborama.fr/?id_vote=253891 http://www.meilleurduweb.com/?rep_rubrique=rubriques&page_centre=sitesrubrique&categorie=animaux Merci |
|  | | Invité Invité

 | Sujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits) Mar 15 Déc 2009 - 21:38 | |
| j ai renonce au sapin cette annee ayant un chaton de six mois qui je le sais ne va avoir de cesse que de jouer avec guirlande et boules on verra l annee prochaine |
|  | | | | Chatte des villes et chat des champs (extraits) | |
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