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Chatte des villes et chat des champs (extraits) 5 5 4
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 Chatte des villes et chat des champs (extraits)

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Scouby



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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 14 Nov 2010 - 13:59

Et encore un chapitre pour faire plaisir à Catherine !
C'est au tour d'Orca de prendre la parole.

ARDOISE ET LA PETITE-GOULAFFE


Vous avez lu le dernier chapitre d’Ardoise, où elle vous raconte notre réveillon ? Quand elle bavasse comme ça, elle est toute gentille, mais en réalité elle a un caractère… aïe aïe aïe !

Mimiche dit que j’exagère. Qu’Ardoise est une adorable petite chatte grise, charmante et affectueuse. Moi je veux bien ! Mais je ne sais pas si les coups de patte dont je me vois si souvent gratifié sont vraiment des signes d’affection. Personnellement, j’en doute. Bien sûr, il suffit d’être prudent. De lui dédier des regards pleins de soumission et d’adoration ! De ne pas piétiner son espace vital. Mais il est grand, son espace vital, si vous saviez !

Je dois avouer que je me sens un peu frustré. Comme je suis un chat poli, je lui cède la plume avant de vous écrire et voilà ! Elle raconte tout. Et jacasse… et bavasse… Il ne me reste rien à dire ! Avant, c’était facile, elle avait son univers, moi le mien. Mais depuis quelques semaines, elle partage mes week-ends et a décidé de tout régenter !
Bien sûr, moi, j’essaie d’éviter les histoires. Je m’aplatis comme une crêpe, lui susurre des " chère Ardoise " par-ci, des " jolie Ardoise" par-là, je me fais plus discret qu’une ombre… et elle trouve ça tout naturel !

Bon, maintenant que je me suis déchargé le cœur, je dois reconnaître qu’elle n’est pas méchante pour un sou. Parfois elle se dégèle et nous passons d’agréables moments en tête-à-tête, sur la table de la cuisine, devant le feu. Mais n’imaginez pas que je puisse donner un coup de langue amical sur sa belle fourrure à triple épaisseur ! Ça, pas question ! Pourtant moi, je suis un chat très physique : quand j’aime bien quelqu’un, humain ou animal, je distribue les lélèches, les , les caresses… Elle n’est pas comme ça.
Pourtant, quand il s’agit de s’assurer que je suis bien moi, elle n’hésite pas à fourrer son petit nez tout froid dans mon cou ! Ensuite, elle flaire le contenu de ma gamelle, elle saute sur ma chaise de cuisine (alors qu’elle en possède une, elle aussi !) et moi je ne dis rien. Avouez que je suis bonne pâte, quand même !

Elle vous a raconté le réveillon. Est-ce qu’au moins, elle vous a dit que j’étais beau ? Non ?
Enfin, beau n’est pas vraiment le mot. Mais avec ma sveltesse, mon pelage noir et blanc, j’avais de l’allure, de la classe. Je portais un smoking… Je me suis tenu bien droit avec, dans l’allure et le regard, un petit air intellectuel qui, je crois, a fait grand effet sur les invités.
Je n’ai perdu ma dignité qu’un tout petit moment, quand je me suis précipité sur le plateau de zakouskis abandonnés, après l’apéritif. Mais je me suis repris bien vite… En définitive, je suis assez fier de moi.

L’Ardoise, elle, s’était affalée sur les genoux de Monsieur Grand-Tonton. Elle se nettoyait consciencieusement, bâillait, s’étirait… Aucun savoir-vivre ! Et c’est moi qu’on traite de bouseux ! Enfin, ce n’est pas mon rôle de lui faire des observations : elle a des parents qui devraient l’éduquer convenablement. Faut dire qu’ils ne sont pas assez sévères avec elle, ils lui passent tout, sous prétexte qu’elle a été très malheureuse quand elle était petite ! C’est pas comme ça qu’on élève une Ardoise, je dis ! Maintenant, bien sûr, il est trop tard…

La charmante est méfiante, comme vous le savez. Mais sa naïveté ne lui permet pas de voir plus loin que le bout de son museau rose, sinon elle comprendrait bien de qui elle doit se méfier ! Pas d’un pauvre chat des champs noir et blanc, non, non ! Elle se trompe d’adresse… mais vous, vous avez déjà deviné de qui je veux parler, pas vrai ?

J’ai assisté l’autre jour à une scène dont l’hypocrisie (ou devrais-je dire " la haute diplomatie " ?) m’a laissé rêveur.
J’étais tranquillement couché sur ma chaise, tandis qu’Ardoise batifolait çà et là. Se perchant sur le rebord de la fenêtre (son poste d’observation favori), elle a regardé le jardin.
Il avait neigé, tout était blanc. Ardoise, pas habituée, était très intriguée par ce spectacle.
Tout à coup, son attention a été attirée par une petite silhouette qui évoluait péniblement dans la neige.
— Oh, s’est écriée Mimiche, c’est la pauvre Petite-Goulaffe ! Elle s’enfonce jusqu’au ventre dans cette neige ! On ne la laisserait pas un peu entrer, Ardoise ?
— C’est celle qui m’a grogné dessus l’autre jour, a marmonné l’intéressée, peu enthousiaste.
— Z’avez raison, chère Ardoise, dis-je sans bouger de mon lieu de repos, faut pas se laisser grogner dessus ! Surtout par une espèce de Petite-Goulaffe, avec deux "f" ! Laissez-la dehors, ça lui fera les pattes !
Je dis ça comme ça, mais il ne faut pas me prendre pour un sans-cœur. Je sais très bien que Mimiche ne va pas laisser ce fléau de Petite-Goulaffe enfoui dans la neige glacée ! Evidemment, elle ouvre la porte et Petite-Goulaffe entre, les yeux baissés, l’allure modeste. La chère Ardoise est dans l’expectative : le dos raide comme la justice, le regard soupçonneux, elle ne quitte pas l’intruse de l’œil.
— Bonjour, noble Demoiselle Ardoise, chuchote le diabolique chaton.
Plus de grognement ni de poil hérissé, cette fois ! Petite-Goulaffe a compris la leçon. En un quart de tour, elle a reconsidéré la situation et établi sa stratégie.
— B’jour, maugrée la légitime propriétaire des lieux.
Petite-Goulaffe se dirige à pas menus vers la cuisine, suivie de près par ma gracieuse compagne de week-end qui ne la quitte pas de l’oeil.
— Puis-je me permettre de me chauffer les pattes à votre feu ? minaude la petite peste avec un regard implorant.
La bonne pomme hésite, puis permet. Je la vois se détendre à vue d’œil.

Je me dois de l’avertir.
— Faites attention, chère Ardoise, ne baissez pas votre garde, dis-je. Donnez le bout d’une griffe à la Petite-Goulaffe et elle vous saisira toute la patte ! Donnez-lui une patte et il ne vous restera même plus la queue !
— M’sieur Orca aime plaisanter ! roucoule le monstre en me décochant une œillade.
Je n’insiste pas : comme d’habitude, on donnerait à Petite-Goulaffe le Bon Dieu sans confession !
Elle s’accroupit près du poêle, dans une pose pleine d’humilité. Lorsqu’elle entrouvre les yeux, j’y vois toutefois danser la petite flamme coutumière qui ne me dit jamais rien de bon !
— C’était bien aimable de votre part, je m’en vais maintenant, dit-elle au bout de cinq minutes.
Mimiche s’inquiète.
— Tu es sûre de vouloir repartir, Petite-Goulaffe ? Tu ne veux pas rester encore un peu devant le feu ?
— Vous êtes bien aimable, mais je ne veux pas abuser… Encore grand merci, noble Demoiselle Ardoise. À bientôt, j’espère…
— Mais voui, répond la pauvre bestiole proprement roulée dans la farine en deux temps trois mouvements.

Je suis le seul ici à rester lucide au sujet de la Petite-Goulaffe. Mais ce n’est pas la peine d’essayer d’en convaincre Mimiche, Dan et la chère Ardoise, ils ne me croiraient pas !
Malgré moi, je ne puis m’empêcher d’admirer le tour de force de la minuscule créature. J’ai mis des mois avant de me faire accepter et aimer par ma famille d’accueil, et elle obtient un résultat presque similaire en quelques instants ! Evidemment, moi, je n‘ai pas l’aspect trompeur d’un bébé-chat perdu dans un monde cruel. J’ai l’air de ce que je suis, ni plus ni moins : un honnête chat des champs !

— Mais, me direz-vous (dupes comme chacun), tu es peut-être de parti pris, Orca. Pourquoi tiens-tu pour acquis que Petite-Goulaffe jouait la comédie ?
— Eh bien, mes amis, sa première visite a duré cinq minutes. La seconde dix, la troisième vingt... Le week-end suivant, la Petite-Goulaffe en a eu assez d’attendre sur la terrasse que quelqu’un la remarque. Elle a fait le tour de la maison, a sauté sur l’appui de fenêtre du salon (où se tenait ma famille) pour manifester sa présence en faisant de grands gestes désespérés.
— Mais, Orca, cela prouve simplement que Petite-Goulaffe est très intelligente, ce qui a toujours été évident ! Mais peut-être n’avait–elle aucune arrière-pensée…
— Vous n’y êtes pas, les amis ! Figurez-vous que le week-end passé, Ardoise n’était pas là…
— Tiens ? Où était-elle ?
— Elle était restée dans son appartement. Son Grand Amour venait la garder, paraît-il, et en l’absence de sa rivale à deux pattes partie visiter sa propre famille, Ardoise espérait bien le convaincre de reprendre la vie commune…
— Je suppose qu’elle n’a pas réussi ?
— Non, bien sûr ! Mais, vous savez, l’amour se nourrit d’illusions… Enfin, toujours est-il que, le week-end passé, j’étais bien content : je n’aurais pas besoin de surveiller chacun de mes gestes, de peser chacun de mes propos… Je pouvais dire tout ce qui me passait par la tête, sans être bâillonné par la censure…
— Tu exagères un peu, Orca, non ?
— À peine un tout petit peu ! La bestiole grise est d’une susceptibilité, si vous saviez ! Ça, Petite-Goulaffe l’avait compris instantanément !

Samedi, donc, Petite-Goulaffe arrive à la porte, arborant ses nouveaux petits airs penchés et chat-fouins…
Sitôt entrée dans mon logis, elle renifle discrètement, lève un tantinet la tête.
— Tiens ! Votre proprio n’est pas là, M’sieur Orca ?
— Pas aujourd’hui ni demain, Petite-Goulaffe.
Et j’ajoute, pris d’une légère inquiétude : " Ce n’est pas une raison pour… "

Je parle dans le vide. La transformation est radicale : Petite-Goulaffe se dresse sur ses ergots, toute humilité oubliée, se rue sur ma gamelle…. et la vide en un clin d’œil.

Puis, elle vient flairer la chaise sur laquelle je me prélasse voluptueusement, bien installé sur un tas de vieux journaux.
— Oh, vous n’avez pas envie d’aller faire un petit tour, M’sieur Orca, que je puisse m’installer sur votre chaise ?
— Pas question, Petite-Goulaffe, dis-je avec flegme. Assieds-toi dans le panier d’Ardoise ou retourne d’où tu viens, à ta meilleure convenance.
Elle inspecte le panier bien rembourré, fait la moue.
— J’aurais préféré votre chaise… avec le tas de vieux journaux !
L’air olympien, je regarde au loin.
— Eh bien, pauvre Petite-Goulaffe, tu ne sais pas où t’asseoir ? demande Mimiche en caressant l’exaspérante créature qui se tortille en poussant des miaulements roucoulants.
Et voilà ! Un nouveau paquet de vieux journaux est déposé pieusement devant le feu. Petite-Goulaffe s’y installe, le regard triomphant.
Elle est restée toute la matinée…

Parfois, elle se levait et arpentait la cuisine et le salon d’un petit air de propriétaire, comme elle le faisait déjà l’été dernier. Visiblement, en pensée, elle dispose ses meubles, change les papiers peints. Elle ne m’a pas dit, cette fois : " Comme nous allons être heureux ici, M’sieur Orca ! "
Non. Je crois que dans son for intérieur, elle a décidé de me donner mon congé.
" Merci et adieu, M’sieur Orca, vous m’avez bien chauffé la place, maintenant reprenez votre baluchon de vagabond et allez chercher refuge ailleurs ! "
Quel sort réserve-t-elle à la malheureuse Ardoise ? Va-t-elle continuer à lui manifester un profond et faux respect, tout en l’entortillant autour de sa minuscule patte ? Ou va-t-elle tenter un coup d’Etat ?

— Bon, je m’en vais maintenant, sinon M’man va s’inquiéter, décide la créature au bout de quelques heures.
Comme d’habitude, elle est cérémonieusement reconduite jusqu’à la porte par Mimiche qui lui prodigue des mots gentils. Heureusement, Petite-Goulaffe ne connaît pas le mécanisme de la chatière ! Pourvu qu’elle ne le comprenne jamais ! Vous imaginez, elle viendrait manger toutes mes provisions de la semaine ! Peut-être même montrerait-elle le mécanisme à " M’man ", justement surnommée " l’Aspirateur Universel "!
J’en frémis !

Enfin ! À chacun ses petits problèmes ! Pas la peine d’envisager des catastrophes, j’aviserai s’il y a lieu, le moment venu. Pour l’heure, mon modus vivendi me convient : vie de chat en semaine, vie de pas-chat le week-end ! Bombance du vendredi soir au mardi soir (en comptant sur les provisions) puis régime du mercredi soir au vendredi ! Ça, c’est vraiment ce qu’on appelle " mener une double vie " !


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 14 Nov 2010 - 14:33

Merci Scouby



Bon dimanche

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 13 Déc 2010 - 15:11

C'est de nouveau moi ! Vous savez qui, hein?

Je suppose que l’Orca s’en est donné à cœur joie pour vous raconter, en long, en large et en travers, tout ce qu’il a fait durant les deux jours où je l’ai laissé, seul et sans surveillance, jouir de la compagnie exclusive de mes parents-z-à-moi. En ce qui me concerne, vous comprendrez bien que je ne pouvais pas les accompagner à la campagne ce week-end-là : Olivier venait me garder ! Je m’en faisais une joie ! Nous avons renoué notre amour idyllique et platonique, mais pour très peu de temps hélas… Le dimanche soir venu, il est retourné roucouler avec sa Nathalie et je me suis retrouvée abandonnée, pauvre chatte solitaire et incomprise.

Michèle m’a dit par la suite que si je continue à arborer un petit visage si triste à chaque fois que mon Grand Amour est venu me tenir compagnie, il est préférable pour mon moral que j’accompagne systématiquement ma famille à la campagne ! Propos auxquels je n’ai répondu que par un soupir accablé. C’est vrai que je suis un peu déprimée quand je me sens ainsi délaissée… Et puis, je ne comprends vraiment pas comment on peut me préférer une créature sans superbe fourrure, sans belle queue et sans magnifiques moustaches tombantes… Vraiment, ça me dépasse ! Mon genre de beauté serait-il passé de mode ? Aurais-je perdu ma séduction ?

- Voyons Ardoise ! Je te répète pour la millième fois qu’Olivier n’est pas un chat !
- Je sais ! C'est-à-dire que je le sais intellectuellement, mais c’est tout ! Comme nous avons pratiquement grandi ensemble, je l’ai adopté pour compagnon de vie ! expliqué-je pathétiquement.
Puis je vais me coucher sur le tapis de la chambre du déserteur, ou sur son fauteuil de bureau et je me plonge dans des pensées moroses…

Pas de ça, Ardoise ! Assez ruminé ! Mon optimisme naturel reprend le dessus.
En un sursaut d’énergie, je saute sur mes pattes, subitement toute guillerette et je fais le tour de l’appartement en courant, histoire de m’échauffer les muscles. Puis, le soir venu, je me blottis sur les genoux de Daniel ou de Michèle. Eux, ils ne me quitteront jamais !
- Tu n’aurais pas un peu de steak haché pour mwâââââ ? miaulé-je en roulant des yeux langoureux.
Mais oui, il y en a ! Michèle me sert copieusement, toute contente que j’aie repris du poil de la bête (sans jeux de mots, hein ! Ne me dites pas que la bête, c’est moi !).
Quand l’assiette est vide…
- Ça fait longtemps que je n’ai plus reçu du colin d’Alaskââââââ ! (nouveau regard noyé).
Il y en aura demain, c’est promis ! Je suis comme l’héroïne de la pièce « Le mariage de Mademoiselle Beulemans » : on ne peut rien me refuser ! Et j’en use, et j’en abuse…

Le week-end suivant, Mademoiselle Ardoise Beulemans était du voyage, calée dans son panier.
Ça n’a pas commencé très brillamment ! A peine roulons-nous depuis dix minutes que Daniel a l’impression que ses freins ne répondent pas aussi bien que d’habitude. Pour en avoir le cœur net, il s’engage dans une petite rue calme pour stopper brusquement, histoire de tenter l’expérience.

Boum ! Le panier (contenant le trésor que vous savez) posé sur le siège arrière, décolle pour accomplir une gracieuse pirouette dans l’air et achever sa course (à l’envers, bien sûr !) sur le plancher de la voiture. Je me retrouve sur la tête, complètement abasourdie.
- Le CHAT !!!!! piaule Michèle, horrifiée.
Elle descend de voiture en coup de vent, ouvre la portière arrière et remet le panier bien à l’endroit sur le siège.
- Ma pauvre Ardoise ! Malheureux petit amour ! Comment te sens-tu ?
Je ne réponds pas. J’ai le sifflet coupé.
- Elle ne peut pas s’être fait mal, dit Daniel d’un air faussement dégagé (au fond, bien embêté quand même), elle a atterri sur du tapis ! Et puis, le panier est rembourré…
- Quel sauvage ! me chuchote tendrement Michèle en serrant le panier contre son cœur.
Nous nous remettons en route, moi toujours hébétée et muette d’émotion.

Régulièrement, Michèle se retourne sur son siège, au risque d’attraper un torticolis, pour vérifier si je ne suis pas tombée dans les pommes. Mais non, j’arbore ma bonne tête de tous les jours. Toutefois, jusqu’à Charleroi, aucun miaulement déchirant ne retentit dans la voiture, ce qui est tout à fait exceptionnel. Cela prouve à quel point je suis perturbée.
Ensuite, mes cordes vocales se décoincent providentiellement et ma mère d’adoption se sent complètement rassurée sur mon sort lorsque, retrouvant toute la vigueur de ma voix de soprano, je me mets à vocaliser avec énergie pour me plaindre de la longueur du trajet.
- On y est presque, mon Minou !
- Miââââââââââ ! Non, on n’y est pas presque ! Je sais bien où nous sommes : on a à peine dépassé Charlerwâââââââââ ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Mais toutes les choses ont une fin, même les trajets en voiture ! Au bout d’une heure, j’ai enfin pu me dégourdir les pattes dans la cuisine de notre petite maison ! Qu’est-ce que j’étais contente à la perspective de passer mes nerfs sur l’Orca, vous ne pouvez pas savoir ! Ah ! il allait voir ce qu’il allait voir, le matou !

Je levais déjà une patte vengeresse quand je me suis avisée… qu’il n’était pas là ! Ça, c’était vraiment bizarre… et frustrant, vous pouvez me croire : vous vous tapez un interminable trajet en voiture avec commotion cérébrale et tout, pour pouvoir exercer sur quelqu’un vos dons de haute surveillance et lorsque vous arrivez, prête à remplir votre mission, il n’y a personne à surveiller !
Il aurait pu faire un effort ! Etre coopératif ! C’est vrai quoi !

Pendant une longue demi-heure, je me suis postée près de la chatière, dans l’espoir de voir surgir ma victime. Peine perdue !
- Il n’a pas compris qu’on est vendredi et il sera allé dormir dans quelque grange, a supposé Michèle. On le verra bien demain !
- Mais en attendant, qu’est-ce que je fais, moi ?

- Bonzour !
Je me retourne vivement vers mon assiette, allonge le museau, pleine d’excitation. Mais oui, c’est bien mon amie la petite musaraigne ! Ou peut-être une autre, je ne suis pas très physionomiste, pour moi toutes les musaraignes se ressemblent !
Nous nous flairons mutuellement le bout du nez. Oui, comme vous vous en doutez, la caméra était restée une nouvelle fois à Bruxelles, je crois que cela ne vaut plus la peine d’être répété…
- Ça fait longtemps que je ne vous avais plus vue ! dis-je avec mon plus gracieux sourire.
- Pourtant, z’ai touzours mon petit nid dans un trou de votre ceminée ! Z’aime bien vivre ici, le zentil çat noir et blanc me laisser manzer ses croquettes !
La petite musaraigne grimpe dans le bol de croquettes. J’en renifle le contenu et fronce délicatement le nez.
- C’est des croquettes bon marché, peuh ! Je préfère les Félix ou les Whiskas ! dis-je d’un ton connaisseur.
- Ah ? Moi z ‘aime bien ! Croc-croc-croc… Allez, z’ai fini, ze vais me coucer ! A demain, zoli çat gris !
En se dirigeant tranquillement vers le salon, ma petite compagne passe sans broncher entre les pieds de Michèle qui nous observait de la porte, frôle Daniel sans manifester la moindre appréhension avant de se faufiler dans son petit trou sous la cheminée.
Cette fois, Daniel n’a pas essayé de la capturer au moyen d’une ramassette et d’une boîte en carton : il fait trop froid dehors pour une petite bête comme ça. Et puis, elle revient toujours…
Au moins, j’ai eu un peu de compagnie, l’absence de l’Orca me pèse moins… Et je suis sensiblement de meilleure humeur que lors de mon arrivée !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 13 Déc 2010 - 15:53

C'est toujours aussi bien raconté Scouby ; quand on te lis on est
carrément sur place, dans la maison ! ou dans la voiture à se
retrouver par terre ! C'est très beau Merci !

Bonne fin de journée et bonne soirée !


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 27 Déc 2010 - 0:35

Scouby , j'espère que tu as passé de bonnes fêtes de Noël

Tes compagnons nous deviennent tellement familiers que l'on n'a qu'une hâte c'est de connaître la suite de leurs aventures.


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 27 Déc 2010 - 12:00

Merci mes amies, j'espère que Noël s'est bien passé pour vous également.
Ici, ça a été très calme, parce que cela fait des semaines que nous sommes pratiquement coincés au village à cause de la neige !
Puisque vous aimez les bavardages d'Ardoise, elle continue :


A notre tour, nous sommes montés nous coucher, moi dans les bras de mon père d’adoption, bien au chaud.
Il peut en témoigner : j’ai dormi d’une traite jusqu’au matin. Lui avait des crampes parce qu’il n’avait pas osé bouger de peur de me déranger. C’est toujours comme ça.

Le lendemain était, bien sûr, un autre jour ! Je me suis levée en pleine forme, prête à vivre un tas d’aventures passionnantes. Mon humeur était combattive, aussi, lorsque j’ai vu la P’tite-Goulaffe entrer dans ma cuisine comme chez elle, me suis-je offusquée.
En quelques jours, j’avais eu le temps de réfléchir et de m’aviser que j’avais été plutôt naïve la dernière fois que j’avais laissé l’autre chatte grise se chauffer devant mon feu.
J’ignorais en effet (ce que m’a ensuite confié l’Orca) que la petite impudente envisageait de s’installer chez moi à demeure, quand nous viendrons habiter définitivement ici. Or, si je suis bien forcée d’admettre la sempiternelle présence du célèbre chat des champs, il n’est pas question que j’accepte d’héberger une autre CHATTE ! Car chatte il y a, même si la P’tite-Goulaffe se fait encore passer pour un chaton.

- Tu as mille fois raison ! miaule à mon oreille une voix nasale bien connue. Enfin, tu commences à tirer profit de mes leçons !
- Oh, bonjour, Vot’Seigneurie ! Ça faisait bien longtemps !
- Que veux-tu, petite chose, il y a tellement à faire dans l’au-delà !... Et puis, je m’éloigne petit à petit dans le temps, je n’ai plus tellement envie de m’intéresser aux choses terrestres. Toujours est-il que tu as raison ! Pas question d’accepter la présence d’une autre chatte chez toi ! Une créature dont on ne sait même pas d’où elle vient…
- Oh, si, P’tite-Goulaffe vient de la dernière maison de la rue…
- Et elle s’appelle P’tite-Goulaffe, en plus ! soupire la céleste siamoise en levant les yeux. « Si elle est bien nommée, elle s’emparera de toute ta nourriture ! »
- Voui ! Et en plus elle a le culot de me ressembler presque comme une sœur ! Sauf sa tête : elle a des yeux d’Orientale et un long nez !
- Elle te ressemble, en plus ! Imagine le danger que tu cours : par distraction, tes parents pourraient ramener P’tite... heu… Machin à ta place, dans l’appartement !
- Oh, quand même pas ! Moi je suis vraiment unique, on peut pas me confondre avec un autre chat ! Regardez les jolies petites plumes sur mon ventre, elles volettent quand je marche. Ça, c’est vraiment spécial !
Je fais une démonstration, en ondulant des pattes.
- D’où cela vient-il ? demande sa Seigneurie éberluée.
- Oh, tout simplement, le vétérinaire qui m’a stérilisée ne fait pas de chirurgie esthétique. Il m’a recousue en laissant dépasser une petite poche de peau avec de longs poils blancs ! C’est ça qu’on dirait des plumes !
- Beurk ! Je ne trouve pas ça particulièrement joli…
- Moi bien ! On dirait presque que je porte un petit pagne ! Une moitié de tutu !
- Enfin !... Des goûts et des couleurs… Il y en a bien qui se font fixer un diamant dans le nez, alors…
- Un dia… Oh, ça me plairait ! Mais je ne crois pas que Michèle m’offrira un diamant pour mon anniversaire…
- Peu importe, je ne suis pas venue ici pour bavarder à bâtons rompus avec une croqueuse de diamants, mais pour t’encourager dans tes bonnes résolutions : pas d’autre chatte chez toi, c’est bien compris ?
- Voui voui, Vot’Seigneurie ! Pas d’autre chatte sauf vous !
Mais elle, évidemment, elle a un statut à part… Les purs esprits sont chez eux partout !

Donc, quand P’tite-Goulaffe est apparue, je l’attendais de patte ferme, remontée à bloc.
- Bonjour, noble Demoiselle Ardoise, minaude l’intruse, sans remarquer ma mine rébarbative.
- P’tite-Goulaffe, dis-je, j’ai bien réfléchi !
- Aïe ! Quand les gens commencent avec une phrase comme ça, c’est toujours pour dire des choses désagréables ! Alors c’est quoi, Demoiselle Ardoise ?
- Plus question d’entrer chez MOI comme dans un moulin ! Ta place, c’est dehors, la mienne, dedans, compris ? Pas de chatte ici ! Seulement moi !
- Mais vous disiez pas ça l’autre week-end, noble Demoiselle Ardoise !
- On n’est plus l’autre week-end ! On est aujourd’hui, et aujourd’hui, j’ai décidé que…
- Ah, si c’est que ça, j’attendrai demain ou un autre jour, quand vous aurez changé d’avis, Demoiselle Ardoise !
- Je changerai pas d’avis ! Allez, dehors ! Ksssssssss ! Ksssssss ! Grrrrrr ! (Là, je fais mon cinéma ! Très impressionnant, du moins je l’espère !)

Alarmés par mes grognements menaçants, Daniel et Michèle se mêlent une fois de plus de ce qui ne les regarde pas.
- Sépare ces chats ! crie Daniel, ils vont se battre !
Michèle se précipite vers nous… mais, sur le carrelage de la cuisine un peu obscure (il fait gris dehors), elle ne distingue que deux formes figées, dans une pose aplatie. Deux chattes grises, brumeuses… Laquelle est la chère Ardoise ? Ce n’est pas le moment de se tromper, oh la la !
Ni d’empoigner au hasard un de ces charmants félins, au risque de se faire griffer dans le feu de l’action !
Elle ne voit d’autre solution que d’ouvrir toute grande la porte de la cuisine. Aussitôt, la situation se décante. P’tite-Goulaffe bat dignement en retraite, tête et queue hautes, pas démoralisée pour autant.
- Bon, je m’en vais, dit-elle. Un autre jour, vous serez certainement de meilleure humeur, noble Demoiselle Ardoise !
- Ce n’est pas une question d’humeur, c’est une question de principe ! dis-je avec emphase.
Je suis très contente de moi !

Quelques instants plus tard, enfin, l’Orca fait une entrée triomphale dans la cuisine. Bizarrement, il semble ravi de me voir, ça je ne l’aurais jamais cru !
- Bonjour, la charmante ! s’écrie-t-il. On est déjà vendredi ?
- On est SAMEDI, dis-je avec raideur, et je voudrais bien savoir où vous étiez passé hier, parce que moi je vous ai attendu devant la chatière !
- Sans blague ? Si j’avais su !
Et il se dirige paresseusement vers sa gamelle pour mastiquer quelques bouchées. Visiblement, il n’a pas faim. Où va-t-il se ravitailler quand nous ne sommes pas là ? Il ne me l’a jamais révélé, sans doute de crainte que je ne donne toutes ses bonnes adresses aux autres chats errants du village…
Maintenant, il est sur sa chaise et il dort. Je suis à nouveau frustrée ! Ce n’est pas très exaltant de passer sa journée à surveiller un chat qui, visiblement, n’a pas envie de bouger de son siège ! Il est trop sage, si seulement il faisait quelques bêtises, j’aurais matière à m’occuper. Mais rien !

Le soir, nous allons nous coucher. Cette fois, le vagabond est de la partie. Et c’est alors qu’il déroge à ses habitudes.
Au lieu de s’éloigner précautionneusement du lieu de mon auguste repos, le voilà qui vient s’affaler tout près de moi ! Je claque des oreilles, étonnée.
Arrière, manant !
Ne me craindrait-il plus ? Comment cela est-il possible ?
- Je ne vous dérange pas, belle Ardoise ? demande-t-il (tout de même !).
Je lâche du lest, mais tiens solidement le gouvernail.
- MOI, je dors SOUS les couvertures, dis-je avec fermeté. Si vous voulez rester près de moi, j’ai la bonté d’y consentir, mais faudra que vous restiez AU-DESSUS !
Et il l’a fait ! Il a dormi toute la nuit sur la couette, à deux centimètre du petit monticule bien matelassé qui révélait ma présence.

Ce n’est pas tout !
Le lendemain, nous attendions du monde. Beau-frère, belle-sœur, cousine…
Quand ils sont arrivés, l’Orca et moi étions assis côte à côte sur la table de la cuisine. C’est notre place préférée en hiver.
- Oh, les beaux chats ! Quels amours ! a roucoulé la cousine en nous apercevant.
Les invités ont fait cercle pour nous admirer. C’est alors que j’ai tourné innocemment la tête vers le vagabond qui se tenait tout près de moi, histoire de vérifier s’il se comportait bien.
SLURP !
Une langue large et râpeuse me gratifie, sur le nez, d’une caresse qui me laisse suffoquée, muette de surprise et de saisissement.
- Quel beau petit couple ! Comme ils s’entendent bien ! entonne le chœur des spectateurs, tandis que Michèle, je le vois, a du mal à garder son sérieux…
Comme tout le monde se dirige vers le salon, je me ressaisis et allonge quelques taloches bien senties au téméraire personnage.
- Z’avez pas honte ? Va falloir que je me nettoie, maintenant ! Je venais juste de terminer ma septième grande toilette de la journée !
- Que voulez-vous, s’excuse-t-il, pas repentant pour un sou mais prenant prudemment la fuite hors de portée de mes griffes, « je suis d’un naturel affectueux, c’est plus fort que moi ! »
C’est pas possible ! Il prend de l’assurance, ma parole !
Il faudra que je remette les horloges à l’heure, dans cette maison ! Il a suffi que je m’absente un seul week-end pour que le chat des champs s’émancipe et prenne des airs de matamore !
Quel sans-gêne ! Quelle familiarité !
Je vais revenir tous les week-ends, dorénavant ! Je dois garder le contrôle de la situation !

Mais si Olivier propose de me garder, hein, qu’est-ce que je fais ?
Cruel dilemme !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 30 Déc 2010 - 23:39

Merci Scouby

Je te souhaite un très bon réveillon de la Saint Sylvestre



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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 31 Déc 2010 - 9:49

je te souhaite mes meilleurs voeux pour l annee 2011 surtout la sante c est ca l important amitiees
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 31 Déc 2010 - 13:10

Merci les amies !
A vous également, je souhaite une année 2011 sereine et heureuse, avec une bonne santé pour bipèdes et quadrupèdes. Gros .
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 4 Jan 2011 - 15:25

Le temps s’écoule doucement et à présent, le printemps pointe le bout du nez… Je suis bien content, vous pouvez me croire !
Bien sûr, en hiver c’est agréable de se pelotonner devant le feu (malgré le regard inquisiteur de la célèbre Ardoise), mais pour moi ce plaisir ne se présente que deux jours par semaine, vous le savez bien ! Le reste du temps, je vadrouille… J’ai bien une maison où me réfugier, mais il n’y a pas de chauffage central et en plus, je ne possède pas une superbe fourrure à triple épaisseur, MOI ! Suivez mon regard…

Donc, lorsque se présente le mois de mars, je me sens tout requinqué ! Les jours se font plus longs, les rayons du soleil deviennent presque tièdes, l’herbe recommence à pousser… Excellent pour mon moral tout ça ! Je commence à rêver de nouvelles aventures… Je ne suis pas si vieux, après tout !

Ma jolie Néfer, après s’être éclipsée tout l’hiver, a refait son apparition dans ma rue… et dans ma vie ! A ma grande surprise, j’ai constaté qu’elle avait pris du poids. Où s’était-elle donc réfugiée ? Chez qui ? Aurait-elle suffisamment vaincu sa timidité pour se dénicher une famille humaine ? Je m’apprêtais à courir vers elle pour l’assommer de questions, mais elle ne m’en a pas laissé le temps et s’est à nouveau esquivée. Je n’ai pas encore rencontré Titi, mais je suppose qu’il ne va pas tarder à se manifester.
En hiver, vous ne voyez personne dehors mais il suffit d’un souffle de vent printanier et zou ! Tout se repeuple ! J’aime bien !

Dernièrement, je vous ai relaté l’un de mes agréables week-ends « sans » Ardoise, mais à présent, je suis bien forcé de constater que ma vie future devra être envisagée « avec » ! La semaine passée, elle accompagnait ses parents ! La semaine d’avant, aussi ! La semaine prochaine, idem, je parie ! Et tous les autres jours ! Faudra que je m’y fasse, mais je ne vais quand même pas continuer à lui faire de profonds saluts et des salamalecs ad vitam aeternam. Courtoisie et diplomatie, d’accord ! Mais il faudra bien que la charmante comprenne que j’ai ma dignité de maître-chat et que je n’aime pas à être tourné en bourrique au gré de ses humeurs changeantes ! Le plus dur, ce sera de lui faire admettre que sa maison est aussi la mienne… Il va me falloir beaucoup, beaucoup de tact !

Il y a quinze jours, j’ai de nouveau laissé passer le vendredi sans m’en rendre compte. Ce n’est que le samedi midi que je me suis avisé que la voiture était devant la maison et que la cheminée fumait. Nom d’un chat, Orca, quel distrait tu es !

J’arrive à fond de train. Dans le jardin, je croise Petite-Goulaffe qui, visiblement, sort tout juste de chez moi. La queue bien droite, la tête haute, un air de dignité outragée répandu sur toute sa personne.
- Que se passe-t-il, Petite-Goulaffe ? dis-je en m’arrêtant, étonné. Tu ne t’incrustes pas dans ma maison, aujourd’hui ?
- Paraît que je n’y suis pas souhaitée, répond la Petite-Goulaffe en me décochant un regard noir. Votre proprio, la drôle de bête grise, m’a mise à la porte. Elle a un de ces caractères, dites donc !
Quand on parle de la paille et de la poutre… Je ne dis rien.

Elle pousse un profond soupir.
- Et ce n’est pas tout ! Hier, le matou du coin de la rue m’a dit « Petite-Goulaffe, tu deviens vraiment une ravissante jeune fille ! »
- Eh bien, dis-je sans comprendre, ce n’est pas un compliment, ça ?
- Vous n’y êtes pas, M’sieur Orca, réfléchissez ! Si on me dit ça, c’est que je ne suis plus un chaton ! C’est que je GRANDIS !
Quel drame pour Petite-Goulaffe, si attachée à sa condition d’enfant et aux avantages qui en découlent ! Moi, brave chat comme toujours, je compatis, je m’efforce de la réconforter.
- En ce qui me concerne, Petite-Goulaffe, je te considérerai toujours comme le plus abominable de tous les chatons de ma connaissance !
- Ça me console un peu, M’sieur Orca, merci !

Elle s’éloigne à petits pas, réfléchissant déjà à une nouvelle tactique pour investir mon home sweet home. Je la considère pensivement : c’est vrai qu’elle a beaucoup grandi, ces dernières semaines. Elle est aussi longue que ma « proprio », à présent. De loin, on pourrait presque les confondre.

Ayant éjecté proprement l’indésirable, la chère Ardoise a-t-elle prouvé qu’elle possédait quand même un gramme de bon sens dans sa tête ronde ?
J’entre, prêt à la féliciter. A peine ai-je le temps de la saluer qu’elle me passe un savon. Ça alors ! Elle m’attend depuis hier soir ! Elle m’a guetté devant la chatière ! Je n’en reviens pas. Un espoir m’effleure : aurait-elle quelque affection pour moi ? Je n’ose trop y croire.

De l’affection peut-être, mais en tout cas, aucune indulgence ! Elle me fait littéralement marcher à la baguette, vous imaginez ! Une deux, une deux !

La voilà qui saute sur ma chaise, devant le feu. La chaise de droite, la mienne. Et elle me jette un regard narquois.
Je suis tout déboussolé. Je ne me sens pas aussi bien sur la chaise de gauche (la sienne), mais je fais contre mauvaise fortune bon coeur. Sans rechigner, je m’y installe et ferme les yeux, douillettement enveloppé par la chaleur du poêle.

Le douce et gracieuse me surveille étroitement. Je sens son regard fixé comme de la glu sur chaque centimètre carré de mon corps. De la pointe des oreilles jusqu’au bout de la queue.
Je m’endors. Je suis sûr qu’elle continue à guetter. Peut-être n’ose-t-elle même pas fermer l’œil une seconde, de peur d’une incartade de ma part ? Elle me couve d’un regard inquiet et vigilant. Il ne peut rien m’arriver avec un garde du corps comme ça.
Je ne puis m’empêcher d’être ému.
Chère Ardoise ! Comme elle prend soin de moi !

Evidemment, le soir venu, elle est assommée. Vannée. Anéantie. A peine entrée dans la chambre, elle s’enfouit sous la couette, après m’avoir indiqué ma place. Je voulais dormir près d’elle, pour profiter de la chaleur que dégage en continu la luxueuse fourrure à triple épaisseur, mais il paraît que ce serait mal vu. Me voilà prié de demeurer au-dessus des couvertures. J’obéis, naturellement.
Elle ronfle jusqu’au matin.

C’est le lendemain que j’ai fait la gaffe. Elle a déjà dû vous en parler comme d’un crime. Mais, vraiment, j’avais des excuses !...
Nous étions côte à côte sur la table de cuisine. Il faisait bon, mes pensées ont pris un tour sentimental. Je suis une midinette dans le fond…
J’étais content aussi parce que des gens étaient en train de nous admirer et une gentille dame blonde s’est exclamée : « Oh, quel mignon jeune chat noir et blanc ! »
Quand on connaît mes précédentes angoisses, on ne s’étonnera pas que je me sois senti fondre en entendant ces mots !

Ardoise paraissait un peu fatiguée, elle baissait le regard. Tout attendri, je réfléchissais : « Pauvre Ardoise ! C’est du travail pour elle, venir en week-end ! Voilà qu’elle ne mange plus ! Elle maigrit ! Elle dort à peine ! Tout ça pour veiller consciencieusement sur moi ! Pauvre gentille Ardoise ! »
Comme elle tournait la tête vers moi, je n’ai écouté que l’impulsion que me dictait mon bon cœur : SMAC ! Un gros bisou sur son nez rose !
Elle en est restée muette un instant, mais après ! Quel cinéma !
Elle m’a poursuivi sur la table, patte levée, toutes griffes dehors ! Moi, je fuyais pour sauver ma vie. Elle n’a pas voulu entendre mes explications ! Et j’étais un grossier, un dégoûtant, et encore ceci et cela ! Et elle devait se laver à nouveau, maintenant, et gnagnagni et gnagnagna !

Je ne voyais pas en quoi cela pouvait l’incommoder, vous savez ! Elle passe SA VIE à se nettoyer, avec la plus évidente satisfaction. Elle aurait dû être contente que je lui en donne encore une fois l’occasion !

Faut dire que j’étais un peu vexé de l’accueil réservé à ma tentative de rapprochement. Je ne suis pas sale, quand même ! Je me lave aussi, moi ! Elle dit que j’ai une petite odeur. J’ai beau renifler, je ne sens rien. Je commence à croire qu’elle essaie de me déstabiliser.

Il va de soi que je lui ai caché ces secrètes pensées. Je me suis fait tout petit, humble et insignifiant, ce qui est un exploit pour un maître-chat ! Mais nécessité fait loi…

Le week-end suivant, j’espérais qu’elle avait retrouvé sa bonne humeur et j’avais pris soin d’arriver dès le vendredi soir pour ne pas la froisser.
Peine perdue ! Elle a été littéralement infernale avec moi ! Mimiche a dû intervenir plusieurs fois pour l’empêcher de me dévorer tout cru ! Ah, je suis bien à plaindre, les amis !

Bon, je dois avouer que j’avais mangé tout son steak haché. Je lui en avais même chipé un bout sous le nez, dans sa sacro-sainte assiette à laquelle je ne peux jamais toucher ! Mais c’était tellement succulent et je n’ai que deux jours par semaine, moi, pour prendre du bon temps ! Elle ne veut pas le comprendre.
C’est une rancunière, je vous dis !
Combien de week-ends passeront-ils avant que je sois pardonné ?

Si je partais quelques jours ? Si je m’exilais ? Peut-être qu’à la longue, elle me regretterait ? Tout avait bien commencé, pourtant, il y a une quinzaine de jours ! Il a suffi d’un bisou innocent et sincère pour tout gâcher.
Ah, la douce Ardoise, ce n’est pas la Belle au Bois Dormant ou Blanche-neige ! Ou alors, c’est moi qui n’ai rien d’un Prince Charmant ?
Pourtant, les filles du village disent que je ressemble à Depardieu… Ce physique serait-il trop rébarbatif ?
Faudra peut-être que j’emprunte à Mimiche son « Rexona » pour faire la chasse à la « petite odeur » ? Que je me lave les dents ? La demoiselle de céans me considérerait peut-être d’un œil moins féroce ?

S.O.S. ! Donnez-moi des conseils ! Je les attends par le prochain courrier ! Vous pouvez mettre sur l’enveloppe : « Orca, Prince pas Chat-rmant » !



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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 18 Jan 2011 - 23:47

Pauvre Orca


La suite .... la suite .....

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 20 Jan 2011 - 20:10

Merci Catherine !
Inutile que je présente encore les "écrivains" à chaque chapitre, n'est-ce pas ?


Nous sommes à présent au début du printemps 2000…
Au bout de cinq années de cohabitation quotidienne avec les humains que je me suis choisis, j’arrive encore à les étonner par mes multiples inventions et mon comportement hautement fantaisiste. Notez que mon apparence est trompeuse : si vous me regardez, vous ne voyez rien de spécialement particulier : un petit visage gris au menton couleur crème, au regard rêveur, à l’expression sérieuse… Vous diriez un chat ordinaire, mais attendez de me connaître mieux ! D’ailleurs, si vous êtes en train de lire mes aventures, je suppose que vous avez déjà votre petite idée sur la question…

Et je ne possède même pas un immense espace vital pour donner libre cours à mon imagination débordante ! Je me contente d’un appartement de dimensions restreintes, que je connais par cœur mais où je ne m’ennuie jamais !

En ce moment, ma nouvelle place de prédilection se situe dans la chambre de Michèle et Daniel. Je m’assieds, me couche, médite de longues heures durant, sur quelques centimètres carrés de tapis, devant la garde-robe. Pas question que je dévie d’un millimètre ! D’ailleurs, un petit cercle de poils gris sur le tapis bleu témoigne de mon assiduité.

- Ardoise, regarde donc ces poils sur mon tapis ! Tu ne peux pas te mettre ailleurs ?
- Non, Madame, j’y suis j’y reste ! Non mais, de quoi j’ me mêle ?
Elle passe l’aspirateur. Ça fait un bruit pas possible, je déteste ça ! Si cette machine rugissante allait m’aspirer, par erreur, comme un vulgaire « minou » de poussière ? A regret, je quitte ma place de prédilection pour me mettre à l’abri sur le seuil de la porte, mais mon regard inquiet suit attentivement les va-et-vient du monstre. Sacrilège ! Il passe sur ma place ! Une fois, deux fois… S’il continue, les délicats effluves ardoisiens que j’ai disséminés là vont se dissiper ! Je ne me sentirai plus chez moi, sur ces quelques centimètres-carrés de tapis !

Heureusement, mes poils tiennent bon. Alléluia ! L’aspirateur s’essouffle (il n’est pas très performant). Michèle aussi (elle non plus !).
- La prochaine fois … Pfffft ! Pffffft !... Si j’en ai le courage… Pfffft ! Pffffft !… Je passerai une raclette humide sur ce tapis. C’est radical.
Je suis tranquille. Si je dois attendre qu’elle ait du courage, il me reste pas mal de beaux jours pour profiter de mes acquis !

D’un pas solennel, je regagne ma place inviolée et m’y installe pour faire ma toilette. De nouveaux poils fins et légers s’accrochent au tapis. Michèle soupire mais va passer l’aspirateur ailleurs.

Le soir, mes parents d’adoption se sentent un peu seuls… Où est donc passé l’animal dit « de compagnie », censé les distraire par ses mille cabrioles ?
Pour m’attirer dans le salon, ils allument le radiateur.
- Viens ici, minette, il fait bien chaud ! Viens sur ton petit coussin !
- Pas maintenant, dis-je sans bouger. Je n’ai pas encore épuisé tous les charmes de ma nouvelle place favorite !
Je ne consens à les rejoindre, pour leur faire plaisir, que tard dans la soirée… quand ils s’apprêtent à aller au lit. Nous nous croisons dans le corridor. Conciliante, je fais demi-tour et je les suis, d’un petit pas obéissant. Je me réinstalle sur mon bout de tapis et ferme les yeux, heureuse de cette nouvelle journée passionnante que je viens de vivre.

Durant la nuit, bien sûr, je vais à la cuisine prendre un petit en-cas. Zut… des boulettes de lapin en gelée. J’en ai marre de cette boîte, Michèle devrait bien me cuire un petit bout de colin d’Alaska ! Si elle était réveillée, je lui dirais comme elle devient écoeurante, cette boîte… Bon, d’accord, il y a deux heures je l’adorais, mais maintenant j’ai changé d’avis. Gratt, gratt, gratt… Avec mes pattes de devant, je fais des mouvements rythmés autour de l’assiette, pour bien manifester mon ras-le-bol. En pure perte, hélas, personne n’est là pour prendre acte de ma désapprobation. Gratt, gratt, gratt… Je n’aime pas manger la même chose aux trois repas. Il faudrait varier mes menus… Tiens, ces croquettes ne sont pas mauvaises… Je crois bien que je vais vider le bol… Un petit coup d’eau, à présent… Ah, j’ai bien mangé ! Je peux retourner dormir sur mon coin de tapis.

J’ouvre un œil. L’aube n’est pas loin, je le sens.
Fraîche et dispose, je bondis sur mes pattes et, d’un saut léger et aérien, je me propulse sur le lit.
Ça ronfle. Ils dorment. Peut-on dormir alors qu’il est déjà… Quoi ? Cinq heures du matin ?
Je me hisse sur l’estomac de Michèle, histoire de la réveiller en douceur. Je ne m’occupe pas de Daniel : il ne m’intéresse que le week-end, à la campagne, quand je me blottis contre lui pour passer la nuit au chaud. Ici, pas besoin d’un chauffage d’appoint !

Elle pousse une sorte de couinement, mais ne se réveille pas. Elle rêve qu’un bulldozer lui passe dessus.
J’insiste, me promenant de long en large sur le monticule qu’elle forme sous la couette.
Je frotte ma tête contre son menton, lui tapote les joues d’une patte insistante.
Finalement, elle ouvre les yeux, tâtonne des deux mains pour identifier le bulldozer. Un bulldozer tout doux, à l’épaisse fourrure bien reconnaissable.
- Ardoiiiiiiise ! Tu as vu l’heure qu’il est ? On fait encore dodo !
Je me place, stratégiquement, entre elle et son réveille-matin. Elle est obligée de se redresser pour lire l’heure sur le cadran lumineux.
- 5 heures 10 ! glapit-elle. Tu es folle, Ardoise !
- Puisque tu es déjà assise, tu pourrais peut-être te lever pour me servir mon petit déjeuner ? suggéré-je, pleine d’espoir.
L’égoïste refuse. Elle tient à dormir encore une heure avant de devoir se lever pour aller travailler. Tant pis pour elle : je reste campée devant le cadran du réveil, ça lui apprendra !

Je vois qu’elle n’est pas tranquille. Quand elle entrouvre un œil pour vérifier si elle a encore un peu de temps devant elle, elle ne distingue qu’une énorme masse sombre, comme un rocher, qui lui dissimule le paysage. Je corse encore les choses en piétinant sur la table de chevet. Elle se demande quelle bêtise je suis en train de faire mais, stoïque, reste couchée. Elle veut profiter de sa dernière heure de repos, na !
Elle est têtue comme une mule, je vous dis !

Parfois, n’y tenant plus, elle lève une main languissante et me grattouille le cou, histoire de me distraire de ma tâche. Elle susurre : « Viens, minette, viens chez maman ! » pour que je dégage la place, mais moi aussi, j’ai de la suite dans les idées. Je reste de marbre, occultant toujours de ma silhouette dodue le cadran du réveil.

Finalement, sonne l’heure de se lever. Je saute de la table de chevet pendant que Michèle enfile ses pantoufles à tâtons.
Je sautille : « Tu vois que ce n’est pas si terrible, se lever ! »
- Si, c’est terrible, dit-elle.
- Je suis bien levée depuis des heures, moi !
- Oui, mais toi, tu vas maintenant te remplir la panse et après, tu vas retourner dormir ! Pendant que moi, je travaillerai !
Rien de plus vrai. Le statut de chatte au foyer a de ces avantages …

Pendant que je me sustente avec gravité et recueillement (Michèle a ouvert une nouvelle boîte de boulettes en sauce, d’une autre variété), ne voilà-t-il pas que je sens comme une petite humidité sur le cou !
- Tiens, pleuvrait-il ? Dans la cuisine ? Bizarre…
Je rumine la chose, en même temps que ma bouchée de boulettes.
Plouc !
Je me secoue, lève les yeux. Que vois-je ?
Le bananier ! Vous vous souvenez du bananier de l’année passée ? Il est devenu grand et Michèle l’a placé près de l’évier de la cuisine, sur l’armoire qui surplombe justement mon coin-repas.
Ce que nous ignorions tous (et que j’apprends à mes dépens), c’est qu’un bananier, qui boit beaucoup d’eau, en perd une partie par les feuilles. Et l’une de ces feuilles, ornée d’une énorme goutte scintillante, se penche malignement sur votre malheureuse petite Ardoise !
Le bananier, qui me considère de haut, n‘a pas perdu son air fanfaron ! Il chantonne :
« Tiens, v’là Ardoise la tigrée, yé yé,
Le chat bouffeur de bananiers, yé yé ! »

Moi, vous pensez bien, depuis le temps, je l’avais complètement oublié, ce végétal ! Je ne m’étais même pas aperçue qu’il avait réintégré l’appartement après son long séjour sur la terrasse ! Et puis, un bananier devenu adulte, dépourvu des charmes de l’âge tendre, cela ne m’intéresse pas. Moi j’aime les jeunes pousses croquantes comme de la laitue.
Je n’ai donc pas répliqué. J’ai traité ses moqueries par le dédain et, impavide, je me suis remise à manger. Faudra que je dise à Michèle qu’elle doit tourner le pot de cet énergumène de manière à ce qu’aucune de ses grosses feuilles ne menace d’arroser ma nuque lorsque je suis attablée devant mon repas… Faudra aussi qu’un de ces jours, je saute sur l’armoire pour en avoir le cœur net : ce bananier pourrait se mettre à avoir des petits, lui aussi…
Le problème, c’est que si Michèle s’aperçoit de la chose avant moi (et il y a des chances : elle est à la bonne hauteur, elle !), je serai chocolat bleu pâle, comme on dit ! Elle va de nouveau mettre hors de portée de mes dents l’objet de ma convoitise !

On m’a déjà comparée à pas mal d’objets ou d’animaux divers : à un camion, à un autobus, (voire un bulldozer), à une grosse souris, à un nounours…
L’autre jour, en rentrant de la campagne, Michèle s’est exclamée en me prenant dans ses bras : « Bonjour, mon adorable jeune dinosaure ! »
- Ça va la tête ? ai-je demandé, éberluée.
Bon. Il paraît que ce week-end, on donnait à la télé une émission sur les grands sauriens. Une émission très bien documentée, avec des dinosaures, des brontosaures, des tyrannosaures… Bref, toute la galerie en or ! Vraiment comme si on y était !
L’héroïne du troupeau sur l’écran était une jeune dinosaure pleine de charme. Michèle regardait distraitement lorsque, soudain, la silhouette de la bestiole lui a paru étrangement familière : voyons, cette petite tête, cette ligne du cou, si particulière, cette queue ondulante… mais oui, Ardoise, bien sûr ! La jeune dinosaure ressemblait à Ardoise !
Ravie de cette découverte d’une autre des innombrables facettes de ma personnalité, Michèle a ajouté ce surnom à la liste déjà longue de mes multiples identités.
Bon, je veux bien admettre qu’ il s’agisse d’une appellation affectueuse, mais je ne peux m’empêcher d’être un peu vexée quand Daniel, me voyant déambuler dans la salle à manger, me traite de « gros brontosaure » !
Il y a des limites, non ?

Parfois, je suis dispensée du week-end à la campagne, mais cette semaine, je n’y ai pas coupé. C’est quand même incroyable : j’ai beau m’époumoner de toutes mes forces pendant le trajet, Daniel et Michèle persistent à m’emmener respirer l’air pur de la Belgique profonde !
- Je pourrais bien rester à la maison toute seule, dis-je. Regardez Orca : vous lui laissez trois assiettes de nourriture et il se débrouille ! Moi aussi, je suis capable d’en faire autant !
- Oui, mais en règle générale, Orca sort pour se promener et s’oxygéner ! Ce que tu ne ferais pas, vu que tu vis en appartement ! Et puis, tu as besoin de compagnie, tu es si sensible !
- Moi ?
- Oui, nous ne voulons pas que tu deviennes neurasthénique… Que ferais-tu sans nous ? Ou sans Olivier pour te soigner ?
- Je ferais ce que je fais maintenant : je me coucherais en boule sur mon bout de tapis et je dormirais.
- Mais non, Ardoise, abandonne cette idée ! D’ailleurs, tu ne veux pas l’admettre, mais tu ADORES te trouver à la campagne !
- Moi, ça alors !
- Tu n’aimes pas le trajet en voiture, mais quand tu es sur place, tu revis !
- Bien sûr, puisque j’ai été à l’agonie pendant près de deux heures ! Je ne peux que me sentir mieux !
- Et quand tu vois Orca, tu rayonnes ! Avoue : tu ADORES surveiller et tyranniser ce malheureux animal !
- Bof, bof…
Bon, admettons : l’Orca apporte du piment à ma petite vie si confortable, mais parfois un peu fade. Toutefois, point trop n’en faut !

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 20 Jan 2011 - 23:50

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 22 Jan 2011 - 21:53

Il y a une huitaine de jours, Dan et Mimiche ne sont venus au village que le samedi, en début d’après-midi. Moi, j’étais déjà tout déçu ! J’étais allé faire un petit tour dans la maison, mais il n’y avait personne ! Tout était morne et froid, mes assiettes vides…
- Eh bien ? M’auraient-ils oublié ?
Je suis sorti et me suis précautionneusement glissé sous un talus afin d’éviter une voiture qui remontait la rue.
Je m’étais à peine éloigné de quelques pas, que j’ai entendu des appels : « Orca, Orca ! »
La voiture, c’était eux ! Je suis évidemment accouru de toute la vitesse de mes pattes.
- Me voilà, me voilà ! Vous arrivez plus tard que d’habitude !
- J’ai dû travailler ce matin, Orca ! Un samedi par mois, tu sais cela !
Je jette un coup d’œil dans la voiture, saute dans le coffre ouvert. Pas de panier Félix « Titanic » en vue. Pas de chatte furibonde non plus.
- Elle n’est pas là ? Chouette ! C’est pas que j’aime pas votre bestiole, croyez bien, mais elle est un peu coincée, non ? Un peu ronchon… Je vais pouvoir prendre mes aises, ce week-end !

Ils déchargent le coffre, entrent dans la maison. Je les suis d’un pas gaillard, sans arrêter mes miaulements de bienvenue et mes commentaires avisés.
- Comme vous voyez, j’ai presque tout mangé… J’ai laissé un tout petit peu de la pâtée au lapin parce que je n’aimais pas tant, et puis quand j’ai eu envie de la manger, j’ai trouvé qu’elle était un peu faisandée… Je la jetterais, si j’étais vous. Faut pas se rendre malade avec de la pâtée de lapin faisandée ! Oh, et puis, j’ai utilisé le beau bac à sable bleu, qui appartient à vous savez qui… C’est celui que je préfère, quand même… Vous voulez pas m’en acheter un pour moi tout seul ? Et puis aussi…
Un vrai moulin à miaous !

Je suis tellement content que c’est à peine si je touche à la nouvelle pâtée qu’on met dans mon assiette. La vieille pâtée un peu moisie, ils l’ont mise dehors « pour les bêtes ». Ça veut dire les pies et autres volatiles voraces qui se baladent dans le jardin.
En regardant un peu plus tard par la chatière, j’ai pourtant vu mon amie Mme Gourmande se régaler… J’espère qu’elle ne sera pas malade.
La suite des événements balaiera mes inquiétudes : Gourmande peut avaler n’importe quoi, elle n’est JAMAIS malade ! Un estomac d’autruche, cette chatte !

Dan allume le poêle à bois. De le voir ainsi à quatre pattes, occupé à souffler sur la flamme pour que j’aie bien chaud, un grand élan de tendresse me submerge. Je saute allègrement sur son dos. Je ne vois pas pourquoi on me le défendrait, la chatte Ardoise le fait aussi, je l’ai déjà vu !
- Ça ne va pas la tête, Orca ? Viens sur ta chaise !
Pas encore, pas encore ! J’attends que le feu soit allumé et lorsque Dan s’assied dans le salon, je m’installe sur ses genoux et piétine des pattes de devant sur son pantalon.
Ce mouvement bien rythmé a une signification évidente. Il signifie : « Je-suis-con-tent, je-suis-con-tent, je-suis-con-tent… »
- Mais oui, Orca, on le sait, que tu es content ! Arrête maintenant, dit Dan qui craint un peu pour le tissu de son pantalon.
Inlassablement, je poursuis : « Je-suis-con-tent-je-suis-con-tent-je-suis-con-tent… »
- Tiens, tu n’aurais pas un peu grossi, Orca ? remarque Mimiche.
- Vous croyez ? dis-je, plein d’espoir.
On me tâte. Je me laisse faire.
- Je sens comme un soupçon de viande entre la peau et les os, commente Mimiche. Evidemment, il y aura encore de grands efforts à faire, Orca !

Aïe ! Je crains fort que ce très léger progrès ne se trouve vite anéanti. Vous comprenez, les amis, nous sommes au printemps, c’est la saison des amours. Je suis invité partout ! Mme Gourmande me fait les yeux doux, Néfer m’attire dans son bosquet… La seule indifférente, bien sûr, c’est ce monstre de Petite-Goulaffe qui continue à se prendre pour un chaton. Mais notez bien, ce n’est pas moi qui ferais la cour à Petite-Goulaffe, pas si fou ! Je laisse cela aux autres qui oseront s’y frotter… Et je ricane intérieurement.

Quand on parle du loup…
Qui vois-je arriver, toute frétillante et souriante ? Devinez !
- Bonjour, M’sieur Orca ! J’peux entrer ?
Sans attendre la permission que je ne lui aurais pas donnée, elle se faufile par la porte entrouverte.
- Oh, mais c’est la charmante Petite-Goulaffe ! Bonjour, Petite-Goulaffe ! s’exclame Mimiche en caressant l’animal qui fait des petits bonds de satisfaction.
- Si j’ai bien compris, votre proprio revêche n’est pas là aujourd’hui ! me lance joyeusement le fléau d’Attila avant de se ruer sur ma gamelle qu’elle vide en trois bouchées.
Après quoi, elle se met à tourner à toute allure autour d’un pied de la table de cuisine.
- Que fais-tu là, Petite-Goulaffe ? dis-je, ébahi, en me penchant pour suivre du regard ses évolutions.
- Je fais du charme, M’sieur Orca ! Ça ne se voit pas ?
Et de tourner de plus belle.
J’en reste comme deux ronds de flan. Jusqu’à ce jour, je n’aurais jamais choisi pour définition du charme, une sorte de tourbillon gris autour d’un pied de table ! Ça doit être de l’art abstrait…
La jeunesse actuelle se révèle décidément incompréhensible…

- Petite-Goulaffe, ta maman est venue te chercher ! prévient Mimiche.
- Oh, la barbe ! soupire la jeune effrontée. Je m’amusais si bien !
Elle sort. Sur la terrasse, Gourmande termine un petit en-cas offert gracieusement par la maison. Sans conviction, par pur devoir parental, elle tance sa progéniture : « Ça ne se fait pas de s’imposer comme ça chez les gens ! »
- Mais, M’man, toi aussi…
- Moi c’est différent, je suis ta mère ! Allons, raccompagne-moi, on rentre !
Je les vois qui s’éloignent côte à côte. Gourmande, la tête tournée vers son chaton boudeur, semble lui tenir un long discours.
Je suis sceptique : malgré des efforts occasionnels et louables, la pauvre chatte tricolore n’a pas l’autorité voulue pour introduire un soupçon de discipline dans le comportement de son rejeton ! Il y a comme ça des gens qui ont des enfants alors qu’ils sont absolument incapables de les prendre en main… pardon, en patte ! Gourmande en est un frappant exemple.
Mais par ailleurs elle est si charmante, dotée d’un caractère tellement agréable ! Je l’estime beaucoup.

J’apprécie aussi énormément les week-ends sans la divine Ardoise ! Je me laisse dorloter, cajoler… Je joue même un peu à l’enfant gâté… C’est si bon ! Evidemment, ces moments ne sont jamais qu’une parenthèse, puisque, immanquablement, au bout de quelques jours, la chère et tendre est de retour ! Enfin ! J’ai acquis une philosophie de vie qui me permet de toujours voir le bon côté des choses. Ainsi, je me dis : « Bon, elle est un peu ch... heu, sciante, mais pas méchante ! Et puis, avec elle, je ne m’ennuie pas ! J’apprends à m’observer, à me contrôler ! C’est positif ! »
Et j’endure avec le sourire ses petites avanies…

Enfin, quand je dis « avec le sourire », j’exagère un peu !
L’autre vendredi, j’arrive, tout heureux de pouvoir me faire caresser. Je vais sauter sur les genoux de Mimiche quand je m’aperçois, in extremis, que la place est déjà prise. La créature grise pelotonnée là me jette un coup d’oeil triomphant.
Cette fois, je le prends mal. C’est quand même injuste, vraiment !
Je m’installe sur l’accoudoir d’un autre fauteuil et contemple ma famille d’accueil d’un œil désespéré.
- Pauvre Orca, viens chez moi, mon gamin ! dit Dan, touché par ma détresse.
Je ne me le fais pas dire deux fois ! Me voilà, à mon tour, perché sur une paire de genoux accueillants. J’essaie de capter le regard de la chère Ardoise… peine perdue !
Elle a dédaigneusement détourné les yeux et s’est mise à contempler le plafond, apparemment très intéressée par les fissures qu’elle y découvre. Je n’ai pas droit à un seul coup d’œil, elle fait exactement comme si je n’existais pas !
On a beau être un chat philosophe, ça fait un drôle d’effet d’être snobé comme ça !

Et puis, ce n’est pas tout !
Vous vous souvenez comme elle avait magistralement mis à la porte cette péronnelle de Petite-Goulaffe, il y a quelques semaines ?
Eh bien, figurez-vous qu’elle a changé d’avis !

Samedi passé, nous étions, elle et moi, béatement allongés sur nos chaises, devant le feu. J’avais les yeux fermés. Elle, selon sa chère habitude, me surveillait. Oui, j’existe, dans ces cas-là ! Même quand je dors, elle m’observe, prête à réprimer dans l’œuf toute tentative de rébellion !
On voit vraiment qu’elle a une très haute opinion de sa petite personne. Moi, je suis le bouseux, même pas digne de respirer le même air qu’elle… Parfois, je ne peux m’empêcher de me sentir froissé, puis je me raisonne : « Du calme, Orca ! Ce n’est pas en prenant la mouche que tu feras avancer tes affaires ! Laisse dire, ce n’est jamais que de la roupie de sansonnet ! »
Ce qu’il y a de bien quand on se tient à soi-même ce genre de discours, c’est qu’on se sent très évolué, très sage, très supérieur à la bestiole là, en face ! Une bestiole qui, à ses moments perdus, oublie toute dignité pour jouer comme une folle avec des élastiques ou des sacs en plastique ! Encore un peu bébé, cette Ardoise malgré ses grands airs ! Est-ce que je joue, moi ? En ce qui me concerne, j’emploie mon temps utilement : je médite, je réfléchis…
Qu’est-ce que vous dites ? Que j’ai, moi aussi, un petit complexe de supériorité ? A peine, voyons, à peine…

Toujours est-il que nous étions bien tranquilles, lorsque la porte s’ouvre. Petite-Goulaffe n’attendait que cette occasion pour bondir à l’intérieur de la cuisine tandis que Mimiche s’interpose : « Petite-Goulaffe, reste dehors aujourd’hui ! Ardoise est là et tu sais qu’elle n’admet pas la présence d’une autre chatte chez elle ! »
Moi, faux jeton au possible, je souris dans mes moustaches en affectant un petit air détaché. Ah, elle va voir ce qu’elle va voir, la Petite-Goulaffe !

La charmante Ardoise s’étire, laisse tomber sur le cyclonique chaton un regard serein.
- Bonjour, noble Demoiselle Ardoise ! minaude la visiteuse, soucieuse de ménager la susceptibilité de ma « revêche proprio ».
Ceci étant dit, Petite-Goulaffe plonge le nez dans la gamelle de la maîtresse de céans et se régale, tout en surveillant la noble Demoiselle du coin de l’oeil…
Aucune réaction.
Enhardie par ce succès inespéré, le satanique chaton se dirige vers le salon et se dans un fauteuil en faisant mine de fermer les yeux. En réalité, elle est très attentive : jusqu’où peut-elle aller ?
La chère Ardoise regarde paresseusement dans sa direction, sans faire montre de la moindre agressivité.
Quelle girouette, cette chatte !
Je suis ulcéré.

Ce n’est que vers le soir qu’elle a défini sa position… et la nôtre.
Petite-Goulaffe s’est réveillée de son somme et se joint à nous, dans la cuisine. Elle veut s’asseoir devant le poêle, quand une petite tape sur la tête la met en alerte. Moi aussi, j’ai droit à une tape sur le sommet du crâne, mais pas une petite, une grosse ! Paf !
- Ecoutez bien ! claironne la chère et douce, le chef de meute ici, c’est MOI ! MOI, je fais ce que je veux et vous, vous faites ce que JE veux ! Compris ? MOI, je mange en premier lieu et vous me suivez ! Pigé ?
Petite-Goulaffe et moi baissons la tête. Moi par habitude, pour avoir la paix, et elle par calcul… car personne ne me fera jamais croire à l’humilité de la révolutionnaire à quatre pattes !
En y réfléchissant bien, je crois avoir découvert le motif du revirement de la charmante Ardoise : en tolérant la présence de Petite-Goulaffe, ça lui fait encore quelqu’un à SURVEILLER… Elle adore ça ! Et comme, au printemps, je recommence à mettre le nez dehors et à faire de longues promenades quotidiennes, elle s’ennuie pendant mon absence. Le chaton gris est donc une solution de rechange !

Grande nouvelle !
- M’sieur Orca, vous savez quoi ? J’vais avoir des petits frères et sœurs !
Le premier choc passé, j’exprime ma haute désapprobation.
- Enfin, Petite-Goulaffe ! Ta mère est déjà incapable de t’élever, toi ! Que va-t-elle faire avec d’autres moutards, je te le demande !
- Faut le lui demander à elle, M’sieur Orca !
- J’ai peine à concevoir l’idée qu’elle puisse mettre au monde un autre exemplaire de ton espèce ! Si on me gratifie d’une nouvelle Petite-Goulaffe, je m’expatrie, je quitte le village !
Alors là, je suis bien résolu ! J’enfonce encore le clou.
- Quel manque de sens des responsabilités ! Comment est-ce possible ?
La Petite-Goulaffe se permet un regard entre deux airs… Que va encore me sortir cette jeune peste ?
- Heu… M’sieur Orca, quand les chatons naîtront…
- Oui ?
- Je regarderai s’il n’y en aurait pas un noir et blanc dans le tas !
Je proteste vertueusement.
- Petite-Goulaffe, je ne suis pas le seul matou du village !
- Bien sûr, je disais ça comme ça… Faut pas vous inquiéter, M’sieur Orca !
- Moi, m’inquiéter ? Peuh ! Et puis, Petite-Goulaffe, ne te mêle pas des affaires des grandes personnes ! Va jouer avec ton saule, il commence à avoir des feuilles…
La regardant s’éloigner en sautillant, je ne peux m’empêcher de m’interroger : et s’il y en avait « un noir et blanc dans le tas » ? Notez, ce n’est pas sûr, pas sûr du tout ! Mais si… ?

Non, non, je ne m’inquiète pas ! Qu’est-ce que vous allez chercher là ?
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 2 Fév 2011 - 13:12

L'on peut dire que tu les as bien observés Scouby.

Tu as un vrai beau talent

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Chatte des villes et chat des champs (extraits)

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