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Chatte des villes et chat des champs (extraits) 5 5 4
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 Chatte des villes et chat des champs (extraits)

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 27 Juil 2010 - 14:27

Comme toujours enchantée de lire le récit de la vie d'Ardoise et de Orca

Un vrai feuilleton , j'adore

Je riais toute seule car j'imaginais très bien la séance de gymnastique

C'est tellement vivant

Merci Scouby


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 27 Juil 2010 - 16:57

Il n'y a pas de quoi, Catherine, c'est avec plaisir ! Et c'est normal que ce soit vivant, car c'est véridique !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 27 Juil 2010 - 17:50

Oui Scouby , mais c'est ton style aussi qui rend ce récit si vivant

Tu as une très belle écriture flower

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 30 Juil 2010 - 12:20


Je mettrait encore un chapitre tout à l'heure.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 30 Juil 2010 - 13:29

MOUVEMENTS D’HUMEUR (par Orca)


Je me suis aperçu que la chatte Ardoise a encore ajouté quelques pages à la grande histoire de sa vie ! Diplomatie oblige, je prends la suite, honneur aux dames d’abord, n’est-ce pas ?

Mais qu’est-ce qu’elle peut bien vous raconter ? Elle reste cloîtrée dans un appartement toute la sainte journée et elle noircit des pages, des pages… Quelle bavarde ! Ce n’est pas comme moi ! Moi, je parle quand j’ai des choses intéressantes à dire !
— Alors, taisez-vous, qu’elle me dit comme ça.
Non mais, de quoi je me mêle ?

Il paraît que ses séjours dans ma maison vont se faire de plus en plus fréquents. Honnêtement, cette perspective ne me laisse pas très chaud. Ma petite vie est si bien réglée, si confortable ! C’est au point que Dan et Mimiche me trouvent chaque vendredi soir devant la maison, à guetter l’arrivée de la voiture. Plus question que j’en perde une miette, de mes précieux week-ends !

Le vendredi soir, donc, je suis là, dans la maison ou sur le seuil. Mes gamelles sont vides depuis mardi, j’ai chassé ou mendié mercredi et jeudi et j’attends une nouvelle ration de victuailles et de tendresse.

Titi attend, lui aussi, dans son abri de feuillages. J’ai pris le malheureux sous ma haute protection, après m’être aperçu que, non content d’être l’innocent du village, le pauvre matou avait perdu une partie de ses dents ! Et un chat sans canines ne mange pas souvent à sa faim, je vous le garantis ! C’est pourquoi Titi attend avec impatience que Mimiche s’occupe de lui.

Il se laisse même caresser, à présent !
Je lui marque mon auguste satisfaction.
— Titi, je te félicite, tu fais de gros efforts pour vaincre ta timidité !
— Merci, Orca !
— Ce n’est pas comme ta sœur Nefer ! Elle boude ou quoi ? Je ne la vois plus !
— Je ne sais pas, Orca !
— Evidemment, tu ne pourras jamais entrer dans la maison, c’est mon privilège absolu… Mais la terrasse, ce n’est déjà pas si mal !
— Je suis très content comme ça, Orca ! Je suis très content quand Petite-Goulaffe n’est pas là !
Apitoyé, je lui donne un coup de langue amical sur l’oreille.

Mais oui, le pauvre garçon ! Il a une peur bleue de ce monstre de Petite-Goulaffe qui n’a pas hésité à le pousser brutalement du museau pour s’approprier le contenu de sa gamelle ! Quand il voit, de loin, arriver la petite peste, Titi s’éloigne et fait un grand détour pour l’éviter. Evidemment, la coquine use et abuse de son avantage. J’ai beau la sermonner, rien n’y fait ! Elle me dévisage de son petit air espiègle et en fait absolument à sa tête. Le samedi et le dimanche, elle entre dans ma maison comme chez elle, inspecte le contenu de mes assiettes… Il est vrai que si elle me surprend occupé à manger, elle ne pousse pas l’outrecuidance jusqu’à me pousser du museau, moi. Elle attend son tour ou tourne les talons. Je dois lui inspirer un soupçon de respect, c’est déjà ça !

Elle habite toujours avec sa mère, dans la maison du bout de la rue, mais passe ses week-ends chez nous. La nourriture est meilleure, paraît-il…
Comme elle est intelligente, elle ne salit plus le tapis, elle se conduit correctement… en apparence ! Mais je ne me départis pas de ma vigilance, car je pense être le seul à avoir décelé le côté démoniaque de sa nature.

Gourmande vient nous voir de temps en temps, mais moins souvent qu’avant, me semble-t-il. Tant mieux, parce qu’après son départ, toutes les gamelles semblent passées au lave-vaisselle ! Dan et Mimiche l’ont surnommée « l’aspirateur universel » La chatte tricolore ne s’en offusque pas, rien ne la vexe. Son estomac est la plus grande préoccupation de son existence. Comme elle est jolie et plaisante, avec sa belle robe écaille-de-tortue et ses grands yeux clairs, elle n’a qu’à demander pour recevoir.
Je trouve ça particulièrement injuste : mon Titi, lui, n’a pas cette chance. Comme il lui manque des dents, il a une figure bizarre et quand il a bu du lait, son menton tout barbouillé de blanc ne lui confère pas un air très intellectuel. En outre, il a le regard craintif et s’enfuit à la vue de tout être vivant. Il commence seulement à s’habituer à Mimiche, après tant d’années ! Il a enfin compris qu’elle ne veut pas le dévorer, bien au contraire, elle lui donne de la bonne pâtée. Aussi ose-t-il lui témoigner sa reconnaissance en se frottant contre ses chevilles et en acceptant de se laisser câliner. Parfois, il se pose sur le rebord de la fenêtre du salon et regarde à l’intérieur de la pièce en arborant son air le plus sentimental. Il se conduit un peu comme moi au début, mais le problème pour lui c’est qu’il arrive second, la place est déjà prise. Il devra se contenter, comme domicile, de son abri dans le bosquet d’en face, tandis que moi je peux me prélasser sur ma petite couverture « Sole Mio » bleue.
C’est le premier arrivé qui est le mieux servi.
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, comme on dit.

Et à propos de se lever tôt…
Dernièrement, Mimiche et moi avons été un peu en froid. Je vous explique !
Comme vous le savez déjà, j’adore me prélasser au lit le matin. Allongé de tout mon long sur ma couverture, je me crois au paradis. Il fait agréablement tiède, l’endroit est confortable, je me sens bien… Il faut vraiment utiliser la force pour me faire émerger de mes plumes !
Dernièrement, donc, Mimiche et Dan se sont levés de très bonne heure parce qu’on venait livrer et installer une cassette (un insert, je crois que c’est le mot), pour le feu ouvert du salon. En rechignant, j’ai bien dû descendre à la cuisine avec eux. Mimiche ne veut pas me laisser seul dans la chambre, elle se méfie de mes idées farfelues en matière de petits pipis.

Les ouvriers sont arrivés dans une camionnette qu’ils ont garée devant la maison.
Déjà, je me préparais à sauter dans ce véhicule quand Mimiche m’a récupéré in extremis.
— Orca, on ne t’aurait pas vu, tu te serais retrouvé à des kilomètres d’ici, ce soir !
— Monte-le dans la chambre, il est toujours dans nos pieds et il empêche les gens de travailler, a décrété Dan, impatienté.
— C’est vrai, je peux retourner au lit ? me suis-je exclamé, ravi.
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Les ouvriers ont mis deux heures à installer la cassette, tandis que je ronflais comme un bienheureux sur ma couverture.
Vers onze heures du matin, Mimiche a voulu me tirer du lit.
— Nooooooooon ! Pitiéééééééé ! Je suis si bien !
— Il est tard, il faut te lever, Orca, je vais faire le lit !
La cruelle, la sans-cœur ! J’obtempère, la mort dans l’âme.
Je me vengerai !

De retour dans le salon, tandis que Dan et Mimiche admirent la cassette fraîchement installée, je regarde autour de moi, arborant un petit air sournois qui ne m’est pas habituel, loin de là. D’un pas de crabe, je me dirige vers un coin de la pièce… Evidemment, c’est toujours quand vous ne voulez pas vous faire remarquer que toutes les paires d’yeux de la pièce convergent vers vous.
En l’occurrence, ils peuvent me voir, je m’en fous. C’est même mieux comme ça.
— Orca ! Que fais-tu ?
— Je me venge ! Regardez !
Je les fixe dans le blanc de l’œil et dépose, bien en vue sur le sol, une petite crotte de protestation.
— Ah ! On a osé me tirer du lit !
Ils sont scandalisés. La tête et la queue hautes, je sors dignement, sous les insultes.
Ils devront me supplier, pour que je revienne !

Cinq minutes plus tard, je suis de retour, l’œil joyeux et amical.
— Dan, Mimiche, ne pleurez plus, c’est moi, votre Orkatteke ! Je reviens, je ne suis plus fâché !...
Tiens, c’est bizarre, ils n’avaient pas l’air si désespéré que ça !

C’est vrai qu’elle fonctionne bien, la nouvelle cassette. Il fait à présent une température agréable dans la pièce, ce qui n’a jamais été le cas auparavant. Quand le feu brille, je me pose sur la table du salon, devant la cheminée, et je me laisse hypnotiser par les flammes, tout en me chauffant. Le roi n’est pas mon cousin, je vous assure !

Il y a quelques jours, nous avions de la visite : le fils de Dan et Mimiche, accompagné de sa fiancée.
Vous savez comme je suis irrésistible, hein ? Eh bien, j’ai eu beau déployer toutes mes séductions, je ne suis pas arrivé à conquérir ladite fiancée ! Chaque fois que j’approchais d’elle avec un sourire engageant, la malheureuse se recroquevillait sur elle-même en me surveillant d’un œil terrorisé.
La nuit, de me savoir si près d’elle, elle a fait des cauchemars ! Je n’en revenais pas !
Il fallait absolument que je fasse un geste pour qu’on m’apprécie. Si je lui offrais un petit présent ?
Je suis allé chercher une grosse boulette de « Kitekat » dans ma gamelle et l’ai déposée à ses pieds alors qu’elle regardait d’un autre côté.
— Siouplaît ! Mademoiselle Nathalie : « Bouchées tendres bœuf et foie » ! Cadeau !
Je me suis ensuite diplomatiquement éloigné, en attendant qu’elle remarque mon initiative amicale.
Hélas, les amis, pas de chance ! Elle n’a pas vu mon cadeau et a marché dedans !
Elle était un peu confuse. Olivier, lui, a éclaté de rire : « Quel bête chat ! Répandre sa nourriture partout ! »
Je suis un incompris !

— Pauvre Nathalie, a dit Mimiche par la suite, je ne savais pas qu’elle avait peur des chats à ce point !
— Et surtout de MOI ! C’est incroyable ! me suis-je écrié.
— Euh, mon Orca, si on ne te connaissait pas, on te prendrait facilement pour un brigand des grands chemins !
Bon, je suis maigre, d’accord. Grand et maigre. Et noir. Et un peu pelé. Et j’ai une mine patibulaire. Et un nez de boxeur et de larges pattes. Admettons.
Mais j’ai un regard si bon ! Doré et tendre. Je crois que ça rachète tout le reste.
— Tu sais, Orca, tu n’es pas en cause, dit Mimiche pour me tranquilliser. Nathalie a peur de tous les chats, pas seulement de toi ! La prochaine fois qu’elle viendra, fais-toi très discret, d’accord ?
Discret, moi ? Pas très évident… Ce n’est pas ma faute si je suis un chat remarquable !

Que je vous raconte encore une petite chose…
Vous savez que Mimiche me laisse chaque semaine une bonne quantité de nourriture ainsi qu’un grand bol de croquettes. Je ne suis pas un fana des croquettes et j’en mange très peu. Pourtant, ces derniers temps, le contenu de mon bol diminuait de manière sensible. Et même la nourriture dans ma gamelle, dites donc ! Je me posais des questions : Petite-Goulaffe avait-elle pénétré le secret de la chatière ? Dans ce cas, je n’avais plus qu’à me faire hara-kiri !
Vendredi passé, je me reposais sur les genoux de Dan, presque assoupi devant le feu. Qu’est-ce que je me sentais bien ! C’était le soir. Mimiche lisait un livre, lorsqu’elle a distraitement levé les yeux vers la cuisine.
— Daniel, a-t-elle dit, incrédule. Est-ce bien une souris que je vois là ?
— Impossible, dis-je en me réveillant à moitié. Là où je me trouve, il n’y a pas de souris, croyez-moi ! Vous pouvez faire confiance à Orca Maître-Chat !
Et je me suis rendormi, la conscience en paix. Des souris ? N’importe quoi !
Pendant ce temps, Dan et Mimiche contemplaient deux petites silhouettes bien typiques qui festoyaient dans ma gamelle !
— Ce ne sont pas des souris, a dit Dan, ce sont des musaraignes !
Qu’est-ce que je disais ! Impossible que ce soient des souris ! Les musaraignes, c’est différent, hein ? Rien ne m’empêche de prétendre que j’ai signé un pacte de non-agression avec les musaraignes ! Pour sauver la face…

Pourquoi est-ce que tout se ligue pour me tourner en ridicule, ces derniers temps ?
J’entends déjà la chatte Ardoise ricaner dans ses moustaches…
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 30 Juil 2010 - 13:51

J'ai adoré cette suite , et maintenant j'ai hâte de connaître la suite de l'histoire avec les musaraignes .

Quand je te lis j'ai les images qui défilent dans ma tête, j'imagine totalement la maison , j'ai l'impression de vivre avec vous tout ce qui se passe.

Un bonheur

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 30 Juil 2010 - 14:40

Merci Catherine !
Nous avons toujours eu des musaraignes, et des chats vraiment peu agressifs : Ardoise les laissait manger avec elle dans sa gamelle et Orca ne s'y intéressait pas plus que ça.
Geisha et Charlot sont plus "félins", ils ne peuvent résister au plaisir de la chasse, ce matin j'ai encore trouvé un pauvre souriceau trucidé près de la porte du jardin.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 19 Aoû 2010 - 12:25

VACANCES (par Ardoise)


J’ai enfin quitté mon appartement douillet pour aller passer quelques jours de vacances dans notre cabanon, à la campagne ! C’est pas que ça m’amuse particulièrement, mais comme vous le savez, fallait que j’aille inspecter les lieux et mettre fin à certains abus : quand le chat est parti, les souris dansent, c’est bien connu ! Et encore, je ne parle pas de vraies souris, mais d’un certain matou qui a certainement profité de mon absence un peu prolongée pour prendre ses aises…
Moi, si délicate et citadine jusqu’au bout des griffes, j’ai fait une plongée dans le terroir. « Il faut que tu t’habitues ! » a dit Michèle.
Contre toute attente, je me suis bien amusée, mais commençons par le commencement.
Et le commencement n’a pas été très drôle, je vous le jure !

Quelques jours avant le départ, hop ! Michèle m’empoigne et me fourre dans mon panier.
Je pousse des braiments indignés : « Ça va pas, non ? Tu veux me faire sortir, moi ? Où allons-nous ? »
— Chut mon Ardoise ! Guili-guili joli minou !
C’est fou ce qu’elle peut être mielleuse quand il s’agit de me torturer ! Je me débats furieusement, tandis qu’elle saisit le panier, prend l’ascenseur… Tout cela ne me dit rien de bon, mais alors, rien !

Nous sortons dans le crépuscule, moi toujours hurlant et gigotant. Je l’ai déjà dit : je déteste le bruit des voitures, les vapeurs d’essence… Je déteste qu’on me traite comme ça !
— Je ne suis pas un vulgaire paquet, je suis un animal libre ! glapis-je bien inutilement.
Tiens, nous ne prenons pas la voiture… Bizarre. Nous remontons le boulevard, bifurquons… Devant nous, un immeuble avec une plaque rutilante. Je déchiffre, non sans stupeur : Docteur Annabelle A…., Vétérinaire.
Le docteur qui a fait maigrir le chien du cinquième étage !!! Argh ! Argh ! Je suffoque, je meurs !

Nous entrons, moi contrainte et forcée, bien sûr.
Une blondinette souriante nous accueille dans la salle d’attente et nous invite à pénétrer dans le cabinet médical. C’est la vétérinaire !
Hou là là ! Elle ne ressemble pas du tout à mon précédent médecin, chez qui nous allions quand Michèle avait encore sa vieille voiture pour me transporter. Celle-ci habite à côté de chez nous, c’est bien ma veine !
— Quel est le problème ? demande la blondinette.
— Il n’y a pas de problème. Je me porte très bien et je voudrais m’en aller, siouplaît ! dis-je, pitoyable, tandis que Michèle, sans prendre garde à mes miaulements, explique le topo : je suis une chatte d’appartement mais, sous peu, je vais me retrouver en présence d’un chat des champs (peut-être même de plusieurs) et il serait préférable que je reçoive les vaccins nécessaires contre toute attaque virale ou microbienne !
Sans me demander mon avis, on m’extirpe du panier et on me pose sur la table d’examen.
— Elle est trop grosse, peut-être qu’elle devrait suivre un petit régime… insinue Michèle.
La traîtresse, l’abominable ! Je lui voue une haine éternelle !
— Mais non, dit la vétérinaire. Elle est très bien, pour une chatte d’appartement !
Ô douce musique ! Choeur céleste ! J’en flageole de soulagement. Michèle n’en croit pas ses oreilles. Elle regarde ma luxuriante fourrure qui s’étale complaisamment sur la table d’examen et elle pense que, tout de même, je prends beaucoup de place…
— Il est vrai qu’elle a un pelage très épais, concède-telle sans conviction.
— Mais oui, sourit la vétérinaire en me palpant.
Au risque de me répéter (je sais que je l’ai déjà dit, m’enfin !), tous les vétérinaires ont la même manie : ils me tirent les oreilles, examinent ma langue, me scrutent le fond de l’oeil… Si je me mettais à loucher subitement, que dirait celleci ? J’y vais ? J’y vais-t-y pas ? Sans doute un peu dangereux : pour un moment de rigolade, elle me prescrirait des lunettes, ils n’ont pas le sens de l’humour ces gens-là !
Elle prend une seringue et m’injecte un cocktail de vaccins. Je devrai revenir dans un mois pour le rappel. Je suis une pauvre victime…
— Et il faudra aussi, continue la vétérinaire tout naturellement, prendre un rendez-vous pour un détartrage !
Michèle ouvre des yeux ronds. Moi aussi.
— Regardez, dit le docteur.
Elle m’ouvre la bouche. Je commence à en avoir marre, mais marre !
— Vous voyez, votre chat n’a déjà plus de dents d’un côté…
Elle s’enquiert de mes antécédents et, une fois de plus, Michèle brosse un tableau terrifiant de ma malheureuse petite enfance, maltraitée, affamée… puis de mon sauvetage par l’équipe de Veeweyde.
Il est vrai que, dans les refuges pour animaux abandonnés, on pare au plus pressé. On ne s’occupe pas principalement de dentisterie et il est plus que probable que je ne possédais déjà plus mes dents du côté droit quand j’ai été adoptée.
Heureusement, j’ai encore mes dents de devant ! Mes superbes canines ! Elles ne me servent pas à grand-chose, mais mon sourire est intact.
La visite s’achève… Nous sortons, et tombons nez à nez avec le chien du cinquième étage, venu lui aussi en consultation. Du fond de mon panier, je le jauge d’un oeil expert : il me semble qu’il a repris du poids… ça ne sert à rien, les régimes !
Heureusement, j’en suis dispensée !

Après cela, blindée contre les microbes et les maladies insidieuses, je suis partie en vacances dans la cambrousse.
Mon enthousiasme était mitigé, mais Michèle a décrété que j’avais besoin de me changer les idées après la désertion d’Olivier et je n’ai pas eu le choix. La situation d’animal de compagnie, si elle a certains côtés appréciables, a ceci d’ennuyeux que, même quand on est adulte, on ne fait pas encore ce qu’on veut ! C’est toujours les autres qui décident : Ardoise va faire ceci, va aller là-bas… et si Ardoise n’a pas envie, c’est le même prix ! Aucune indépendance, je vous dis !
Et les ligues de défense des animaux s’avouent incompétentes dans ces cas-là. À quand la déclaration universelle des droits du chat d’appartement ?
— Si tu crois qu’au bureau, je fais ce que je veux ! rétorque Michèle.
Ce n’est quand même pas pareil, à mon avis…..

Donc, bon gré mal gré, ils m’ont embarquée dans la voiture. Comme d’habitude, j’ai agrémenté le voyage de mes chants les plus mélodieux : « Miâââââââ ! Oôôôôôôôôô !
Aââââââââââââââââh, je riiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis… »
Mes humains, eux, ne riaient pas. Ça console un peu.
— Ardoise, espèce de casse-pieds !
— Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin !
Nous arrivons. Toujours dans mon panier, je suis transportée à l’intérieur de la maison. Et là, devinez qui attendait, incontournable ?
— Orca ! Mon minet chéri !
Je pousse un profond soupir. Lui, naïvement, s’approche du panier pour voir ce qu’il y a dedans.
À peine m’a-t-il reconnue qu’il roule des yeux en boules de loto.
— Tiens ! Chère Ardoise ! Quelle… heu… agréable surprise !
— B’jour, dis-je sobrement.
On me libère. Je m’étire en prenant tout mon temps, puis je considère de près l’animal figé à quelques centimètres de moi. Est-ce bien l’Orca ?
— Z’avez maigri ! constaté-je. Et z’avez les poils courts, maintenant ! Permettez que je vérifie si c’est bien vous ?
— Faites, balbutie-t-il.
Je fourre mon museau dans les poils rabougris et me mets à flairer. Chaque centimètre carré de l’animal y passe.
— C’est bien votre petite odeur, concédé-je.
Comme j’entreprends de vérifier une nouvelle fois, il s’écarte pudiquement et va s’asseoir sur le tapis du salon. Il ne dit rien : il me surveille du coin de l’oeil.
— Les retrouvailles ont l’air de bien se passer, chuchote Michèle.
Rassurée, elle prend deux assiettes qu’elle garnit de colin d’Alaska et les pose sur le sol.
L’Orca et moi nous précipitons d’un seul élan.
— C’est bon ! s’exclame-t-il.
— C’est mon plat préféré ! souligné-je.
En un clin d’oeil, son assiette est vide. Il reste un peu de poisson dans la mienne, mais j’avertis : « Pas touche à ma gamelle ! Je suis la chatte de cette maison, ne le perdez surtout pas de vue ! C’est moi qui commande ici, vu ? »
Il baisse le nez.
Michèle m’a acheté un bac à sable tout neuf, un bleu. Je vais le flairer : pas question que je pose mon délicat séant dans le bac de l’Orca, quand même !
— Et pas touche à mon bac ! ajouté-je pour faire bonne mesure.
Il consent à tout. Y a pas à dire, il est coopératif. Ma méfiance se relâche, je me radoucis.
Qu’y a-t-il encore de changé, ici, depuis que je ne suis plus venue ? J’explore. Ah, ils ont déplacé quelques meubles !
Ah, ils ont installé…
— Tiens, une chatière ! dis-je d’un air connaisseur.
Daniel et Michèle se regardent, éberlués.
— Tu sais ce que c’est, Ardoise ?
— Bien sûr, dis-je, j’en avais une chez Veeweyde, vous ne vous souvenez pas ? Y avait une chatière entre la grande cage et le petit jardin où je courais !
Je n’oublie jamais ce qui pourrait un jour m’être utile !
D’ailleurs, les amis, je vous rassure : au moment où j’écris ces lignes, je ne me suis jamais servie de cette chatière. L’entrée de service, c’est pour les autres ! Moi, il faut qu’on m’ouvre la grande porte !

Le soir, le poêle brûle dans la cuisine, il fait bien chaud.
Michèle installe deux chaises devant le feu, pour Orca et pour moi. Nous y grimpons et nous mettons à l’aise, Orca roulé en boule, moi étalée, ma luxueuse fourrure occupant toute la
surface de la chaise, les pattes de devant pendantes. Ah, que nous nous sentons bien !
Tout à coup, mon oeil à demi-ouvert surprend quelque chose, une petite chose minuscule qui court dans la cuisine. Je me redresse.
— Vous bilez pas, charmante Ardoise, ce n’est qu’une musaraigne, grommelle Orca sans bouger.
— C’est kwâ ça ? m’ébahis-je.
— Une toute petite souris des champs. N’allez pas l’effrayer, elle ne vous a rien fait !
— J’veux pas l’effrayer, j’veux la voir de près ! dis-je en me levant.
La petite chose court dans le salon, je la suis. Elle se faufile sous la cassette du feu ouvert, dans une fissure entre les briques. Je m’approche pour y jeter un coup d’oeil. Il fait sombre là-dedans !
— Tiens, je crois qu’Ardoise a flairé une musaraigne, dit Michèle.
— Elle est peut-être meilleure chasseresse que notre chat des champs ! commente Daniel.
C’est kwâ, chasseresse ?
Comme il n’y a plus rien à voir, je retourne sur ma chaise.

Un peu plus tard, il me vient une petite faim. Je trottine vers mon assiette, y enfouis le museau.
— Bonzour ! C’est de nouveau vous, zoli çat gris ?
— Il me semblait bien vous avoir reconnue ! dis-je joyeusement.
Ma petite copine de l’autre fois ! J’aime bien quand elle m’appelle "zoli çat gris" !
— Alors comme ça, z’êtes pas une souris ordinaire, z’êtes une musaraigne, vraiment, voui ? dis-je émerveillée.
— Mais zoui ! confirme-t-elle avant de s’attaquer une nouvelle fois à mon repas… que je partage sans regret, vu qu’elle est toute petite et ne mangera sûrement pas grandchose, la pauvre !
Nous nous régalons de concert, tandis que Michèle se plaint bruyamment d’avoir encore oublié la caméra qui aurait immortalisé cet instant.
Après le repas, nous regagnons nos pénates, moi la chaise au coin du feu et la musaraigne, son petit trou dans le mur.
Daniel, armé d’une balayette et d’une boîte en carton, a bien essayé de l’intercepter au passage, mais elle a été plus rapide que lui.
— Pourquoi veut-il l’attraper ? m’étonné-je.
— Il veut la relâcher au fond du jardin. Il espère qu’ainsi elle ne retrouvera plus le chemin de la maison et qu’elle ira ailleurs, daigne m’expliquer l’Orca, les yeux toujours clos.
Je médite sur la question. Et si on me faisait ça à moi, que deviendrais-je ?
J’espère que la musaraigne ne va pas se laisser capturer !
J’ai à peine eu le temps d’assimiler ces informations nouvelles, que j’ai eu une autre surprise !

Michèle avait ouvert la porte du jardin, histoire de prendre l’air. Moi je préférais rester dans la cuisine, il y faisait bien chaud et puis, ma gamelle s’y trouvait. Il faut bien que je garde l’oeil sur ma gamelle !
Subitement, quelque chose déboule dans la pièce, manquant me heurter.
Je regarde et crois avoir une hallucination : cette couleur grise… cette petite taille… Non, non, ce n’est pas mon amie la musaraigne, c’est une autre Ardoise ! Tout mon portrait, il y a
quelques années !
Médusée, l’autre chatte s’est immobilisée dans son élan. Elle me contemple fixement.
— C’est qui, vous ? fait-elle en me flairant le museau, l’air méfiant.
Ce ton ! Je monte sur mes ergots.
— Je suis Ardoise, la chatte de cette maison ! clamé-je, ayant repris du poil de la bête.
Maintenant que je la vois mieux, je trouve qu’elle ne me ressemble pas tellement. Bon, elle a une belle grosse fourrure grise avec de vagues reflets roux, mais sûrement pas à triple
épaisseur, comme moi ! Elle a une queue d’écureuil, ce qui est un peu incongru pour un chat… et des yeux en amande, dites donc ! Pas de beaux grands yeux ronds comme les miens !
Apparemment, ma réponse ne la satisfait pas, car elle prend un air féroce.
— Grrrrrrrr ! Grrrrrrrrr !
— Michèèèèle ! Elle me grogne dessus ! gémis-je, pétrifiée de surprise.
Ma mère d’adoption survient et se saisit de la créature.
— Allons, Petite-Goulaffe, au jardin ! dit-elle. Tu ne peux pas rester ici si tu es méchante avec la pauvre Ardoise !
Elle a déposé dehors une assiette bien garnie pour la dénommée P’tite-Goulaffe.
Je suis allée dans la salle à manger et me suis posée sur le rebord de la fenêtre pour mieux voir. Elle a un appétit d’ogre, cette P’tite-Goulaffe !
— Tu dois la comprendre, dit Michèle, elle est toujours dehors, exposée à toutes les rencontres… Il faut bien qu’elle se fasse respecter, alors elle grogne ! A part ça, elle est adorable, cette petite chatte, tu verras !
Derrière mon dos, j’entends l’Orca réprimer un petit ricanement. On dirait qu’il en sait long sur la bestiole, je le soumettrai à un interrogatoire en règle sitôt que j’en aurai l’occasion.
Décidément, il s’en passe des choses, à la campagne !

Un peu plus tard…
— Michèle, il est temps d’aller se coucher. Je prends les chats, tu prends les gamelles…
Daniel nous soulève, l’Orca et moi, et se dirige vers l’escalier, un chat sur chaque bras.
— Je sais marcher ! proteste dignement l’Orca.
— Oui, c’est ça, et puis tu vas faire un tour dans le fenil et on ne te voit plus ! rétorque Daniel.
Tiens, l’Orca serait-il indiscipliné ?
— Orca, Maître-Chat, sa volonté fait loi ! clame l’animal, les poils hérissés.
J’achève la citation : « Sauf quand Ardoise est là ! »
Non, mais des fois !

— Vous prenez quel côté du lit, en général ? m’enquiers-je, méfiante.
— Je dors au pied, sur ma petite couverture bleue, répond la bestiole avec précaution.
— Ah bon, alors comme ça, ça va ! Bougez pas de là, surtout !
— Et vous-même, où allez-vous dormir ?
— À Bruxelles, j’ai mon lit personnel, mais ici c’est la vie rustique, je devrai faire avec ! Je vais me trouver une petite place confortable sous les couvertures… Ne me marchez pas dessus la nuit, hein ?
— Soyez tranquille, répond-il précipitamment, je ne me lève que pour utiliser mon petit bac de sable !
— N’allez pas dans le mien, surtout ! Le bleu tout neuf, c’est le mien ! Le brun usé, c’est le vôtre !
— J’essaierai de m’en souvenir, dit misérablement la créature, prête à tout pour conquérir mes bonnes grâces.
Satisfaite, je me coule au pied du lit, tout contre Daniel qui n’ose plus bouger.
Et je dors d’une traite jusqu’au matin.

— Za y est ! L’est encore là avec zon carton et za ramazette ! maugrée la musaraigne en levant le nez de son petit déjeuner, que nous sommes occupées à partager.
— Il veut vous lâcher au fond du jardin, dis-je, la bouche pleine.
— Ze sais. La dernière fois, z’ai mis deux zours pour revenir ! Z’avais perdu le nord. L’est un peu zadique, votre papa ! Heureuzement, ze cours plus vite que lui !
Du coin de l’oeil, j’observe Daniel à l’affût. Il attend que la musaraigne ait terminé son repas pour tenter de la capturer. Sadique peut-être, affameur quand même pas.
Je pousse un profond soupir : « Ils sont fous ces humains, il paraît que mon rôle serait de vous poursuivre, comme la dernière fois, vous vous souvenez ? »
Pourtant, si je faisais mine de dévorer la petite créature, je suis sûre que Michèle et Daniel s’interposeraient. Ils ne savent pas ce qu’ils veulent !
— Bah, faut pas les croire, votre copain ne m’agrezze pas non plus ! dit la musaraigne en haussant les épaules. Tout za, z’est des bobards !
C’est vrai, l’Orca est assis bien tranquillement sur sa chaise, les yeux mi-clos. La visiteuse ne semble guère l’intéresser.
Et voilà, Daniel a capturé la musaraigne ! Il est passé à côté de moi avec le carton duquel sortait une petite voix piaulant : « Zut ! Ze suis cuite ! Au revoir, zoli çat gris, à la semaine proçaine ! »
— À bientôt ! dis-je en agitant la patte.
Et j’ajoute, pour faire bonne mesure : « Revenez vite ! Bon voyaze ! »
Tiens, voilà que ze zozote, moi aussi !

— Ardoise, tu n’es pas un véritable chat ! soupire (une nouvelle fois) mon père d’adoption.
Pas un véritable chat, moi ? Je me chauffais au coin du feu quand, prise d’une impulsion irrésistible, je me suis retournée, présentant à la flamme mon dos et ma belle queue.
— Allez Ardoise, espèce de folle, a poursuivi aimablement le bipède, arrête d’imiter les chats qui annoncent la neige ! Le temps est splendide !
— Patience, ai-je dit sans me fâcher.
Deux jours après, il neigeait.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 19 Aoû 2010 - 16:34

Très jolie scène Scouby , la musaraigne qui zozotte c'est trop drôle .


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 2 Sep 2010 - 12:00

Rendons la parole à Orca...

LA FUITE DES ANNEES


J’espérais avoir des nouvelles plus glorieuses à vous raconter, eh bien c’est pas vraiment réussi, vous allez voir !

D’abord, l’autre jour, j’ai eu un choc.
J’étais tranquillement assis sur la table de ma cuisine, quand une fermière amie de Mimiche est entrée pour blablater avec elle. Comme elle me regardait, je lui ai fait mon plus joli sourire. C’est normal, hein, « Tact et diplomatie ! » qu’elle disait toujours ma maman !
- Oh ! s’est exclamée la fermière, je ne savais pas que vous aviez un vieux chat !
J’ai sursauté : vieux, moi ?
- Je ne sais pas quel âge il a, dit Mimiche d’un ton incertain. La vétérinaire pense une bonne douzaine d’années…
La fermière me jauge d’un œil expert. Elle a l’habitude, avec les vaches…
- Oh non, il a bien quatorze ans, dit-elle. Mon frère a un vieux chat comme ça, eh bien il a exactement la même tête !
Mimiche a verdi. Elle calcule que la vie moyenne d’un chat dure quinze ans et que par conséquent, il ne nous reste plus tellement de temps à être ensemble…
Moi, je suis anéanti !
Tant et tant d’années ! Qu’en ai-je fait ? Je me croyais encore si jeune ! Où sont passés tous ces printemps, tous ces étés ? Ai-je été si insouciant, pour ainsi gaspiller mon temps ?
Vous me direz que tout le monde fait pareil. Ce n’est pas une consolation.

Je pose la question à ma Néfer.
- Depuis combien d’années nous connaissons-nous ?
Elle est ébahie.
- Comment veux-tu que je le sache, Orca, je ne suis qu’un petit chat, je ne sais pas compter ! Il y a très longtemps, en tout cas !
- Est-ce que tu me trouves vieux ?
- Mais non, Orca, quelle idée !
Peut-être veut-elle me faire plaisir ? Si je demandais à quelqu’un d’autre ? Pas à Petite-Goulaffe, non : elle me prend pour Mathusalem. A Gourmande peut-être ?
- Si je vous trouve vieux ? Heu…
Aucune certitude. Il faut avouer que, depuis l’avant-dernier été, je ne me sens plus aussi pétulant qu’autrefois. Je dors davantage, je reste plus longtemps à la maison, même quand Mimiche et Dan ne sont pas là. Je n’arrose plus, d’un mouvement de la queue plein d’orgueil, les arbres de mon territoire, je tolère la présence d’autres chats et même, parfois, j’y prends plaisir. Bref, je deviens philosophe. Vieux ?
- Ne t’inquiète pas, Orca, me dit Mimiche, tu as beaucoup changé depuis l’année passée, parce que tu as perdu tes poils à cause de vilains petits parasites, tu es un peu plus maigre d’accord, mais nous allons te donner des vitamines, tu verras !
Il faut bien que je me contente de cette consolation, néanmoins mes doutes demeurent.
L’année passée, j’étais peut-être un vieux chat qui ne faisait pas son âge ? Qui sait ?

A peine étais-je remis de cette émotion que j’ai eu un deuxième choc !
Un vendredi soir, j’étais bien paisiblement assoupi dans cette maison que je considère comme mienne, quand j’entends la voiture s’arrêter devant la porte.
- Chouette, Mimiche et Dan sont là ! Je vais recevoir un bon souper, des caresses, des paroles gentilles ! Allons les accueillir !
Je me lève et vais les attendre à la porte du fenil. Oui, ils entrent toujours par là, allez savoir pourquoi ! Je crois que la porte de rue, trop vermoulue, est condamnée à cause des courants d’air et des coups de froid. D’ailleurs ça n’a pas d’importance, vous serez d’accord avec moi.
La porte s’ouvre, ils sont là, portant leurs sacs de vêtements et de provisions et aussi un panier auquel, d’abord, je ne prête pas attention.
Embrassades, exclamations : « Orca, mon gentil chat-chat ! » «Miââââaâââ ! »
Après ces effusions, je remarque un mouvement dans le panier. Je m’en approche, regarde… Ciel ! L’animal gris qui me fixe sans ciller n’est que trop reconnaissable !
- Glups ! C’est vous, chère Ardoise ? fais-je, sidéré.
Depuis le temps qu’elle n’était plus venue, j’avais un peu fini par l’oublier. Il va falloir que je sois prudent, ce week-end ! Que je prenne des gants blancs pour m’adresser à la charmante qui, elle aussi, se considère comme la légitime propriétaire des lieux ! Que, plus que jamais, j’use de tact et de diplomatie !
Mais comme ça va être barbant !
Je m’arme de courage.

Elle sort du panier, me considère d’un œil abasourdi.
- C’est bien vous ? Je vérifie !
Elle flaire, flaire, flaire… Je reste immobile, résigné. Je l’entends murmurer dans ses moustaches : « C’est lui ? Pas lui ? L’est devenu affreux ! Maigrichon ! »
- Mais enfin, chère Ardoise, je sais bien que je suis moi !
- Bien sûr que z’êtes vous, mais z’êtes bien l’Orca ? C’est ça que je vérifie !
Et zou ! Elle fourre son petit museau froid dans mon cou. Stoïque, je la laisse faire encore un instant, puis, quand elle a acquis la quasi-certitude de mon identité, je m’éloigne avec une fausse nonchalance et vais m’allonger à quelques pas.
Il va falloir que je tourne sept fois ma langue dans la bouche avant d’articuler un mot, ces deux jours-ci ! Elle est tellement susceptible…
- Je ne suis pas ici pour le week-end, précise-t-elle avec une lueur narquoise dans le regard, je suis en vacances ! Pour neuf jours !
Ça promet ! Pourquoi Dan et Mimiche me jouent-ils un tour pareil, à moi, leur vieux chat ?

La mignonne daigne m’expliquer : « Olivier a déménagé et mes parents peuvent pas me laisser à la maison toute seule ! D’ailleurs, il paraît que je dois m’habituer ! »
S’habituer à quoi ? J’ai peur de comprendre…

Au souper, nous avons partagé du colin d’Alaska. J’adore ! L’Ardoise vous a d’ailleurs certainement déjà raconté notre soirée, alors je ne vais pas tout redire après elle. Peut-être juste préciser ce qu’elle aurait oublié…

Mimiche remplit consciencieusement nos assiettes et les pose par terre, sur deux sets de table qui nous sont destinés et sur lesquels sont dessinés des chats.
Ardoise vérifie si je ne suis pas mieux servi qu’elle et si mon chat n’est pas plus beau que le sien.
Rassurée sur ce point, elle commence son repas à petites bouchées. Je vide mon assiette mais n’ose pas toucher à la sienne, bien qu’elle y ait laissé du poisson, ce qui est du gaspi à mon avis. Je m’éloigne donc à regret de notre coin-repas et je saute sur ma chaise, devant le feu.
Ardoise s’approche de sa propre chaise et renifle le journal qui y est déposé. Avec une moue dégoûtée, elle s’éloigne dignement.
- Elle ne veut pas de ce journal parce que, tout à l’heure, je me suis déjà assis dessus, dis-je à Mimiche, sans m’émouvoir outre mesure (J’ai eu mon compte d’émotions, maintenant je récupère !)
J’ajoute quand même, désapprobateur : « Elle est un rien snob, votre chatte ! »
- Mais non, Orca, dit Mimiche. Ardoise essaie de dissimuler sa timidité naturelle sous des allures de matamore, voilà tout ! »
Timide, l’Ardoise ? Je suis sceptique, mais je ne demande qu’à voir : l’avenir me fournira bien une réponse !
Mimiche change le journal. La chère Ardoise revient, renifle et consent à installer son auguste popotin sur le papier non pollué. Nous nous regardons en chats de faïence.
J’ai comme l’impression que nous sommes vaguement ridicules.

J’en ai la certitude lorsque, nous éloignant du poêle dont la chaleur se fait suffocante, nous sautons d’un même élan sur la table de cuisine et nous immobilisons de part et d’autre d’un vase de fleurs artificielles. Dignement posés sur nos derrières, nous ressemblons à deux potiches.
Heureusement, Dan a encore oublié sa caméra à Bruxelles. J’aurais DETESTE que ces instants soient immortalisés sur pellicule !

Et les jours passent…
Visiblement, la chatte Ardoise « s’habitue ». Elle se montre même, à certains moments, relativement amicale à mon égard. Toutefois, elle ne peut s’empêcher de me gifler régulièrement l’oreille lorsque, d’aventure, je me trouve à ses côtés.
- Clap !
- Aïe !
- J’y peux rien, m’explique la gracieuse sans l’ombre d’un remords, c’est nerveux ! Quand je vous vois approcher, ma patte se détend toute seule !
- A ce compte-là, vous auriez pu donner une claque à la Petite-Goulaffe, l’autre jour, ça m’aurait fait plaisir !
- Ça va pas, non ? Pour me faire massacrer !
Ses réactions « nerveuses » ne visent manifestement qu’un inoffensif chat noir et blanc !

L’une des distractions préférées de la créature consiste à se jucher sur le rebord de la fenêtre de notre salle à manger et de détailler mes copines qui viennent prendre un petit en-cas sur la terrasse. Quand la visiteuse lui semble particulièrement intéressante, elle va carrément se poster devant la chatière pour regarder de plus près.
- Oh, une noire ! Oh, une rouquine tricolore ! Qu’est-ce qu’elle mange, celle-là !
Toujours serviable, j’explique : « C’est Gourmande. Elle est charmante, et si je n’étais pas déjà fiancé à Néfer, j’aurais bien fait ma vie avec elle… mais elle a commis un jour une grande bêtise, quelque chose d’irrémédiable : elle a donné naissance à Petite-Goulaffe. Je ne connais PAS UN CHAT AU MONDE qui accepterait de devenir le beau-père de la Petite-Goulaffe ! Surtout pas moi ! »

L’Ardoise enregistre mes informations. Un fait surtout l’intrigue.
- Pourquoi la chatière ne fonctionne-t-elle que dans un sens ?
Il est vrai qu’elle m’a surpris plus d’une fois alors que, revenant d’une petite promenade digestive, je franchissais allègrement la porte par le moyen qui m’est propre. Elle s’est approchée de la chatière, l’a poussée du nez… Rien à faire ! Elle se perd en conjectures. Je sais très bien que Dan a bloqué la chatière de l’intérieur pour qu’elle ne puisse pas sortir, mais pas question que je vende la mèche ! Quand je veux, moi, faire un petit tour dehors, je le signale discrètement à Mimiche qui m’entrouvre la porte. Pour rentrer, pas de problème, la chatière fonctionne dans le bon sens.
Je tourne sept fois ma langue dans la bouche, comme je me le suis promis, puis je me lance.
- C’est une chatière spéciale, dis-je. Une chatière sélective.
- Kèksèksa ?
- Elle enregistre mon empreinte génétique, dis-je d’un air inspiré. Elle ne laisse passer que moi. D’ailleurs, personne d’autre n’est entré ici, n’est-ce pas ?
Forcément, aucune de mes copines n’ayant encore compris à quoi peut servir cette drôle de petite fenêtre ! Heureusement, d’ailleurs…
La belle Ardoise en reste bouche bée.
- Demandez-leur de vous acheter, à vous aussi, une chatière sélective, suggéré-je.
- C’est une idée, dit-elle. C’est vrai, kwâ ! Pourkwâ les autres peuvent vagabonder dehors et moi pas ? Moi aussi, j’aimerais sortir pour aller croquer de l’herbe fraîche. Et quand je le lui dis, Michèle me met mon collier et je dois faire le tour du jardin avec elle, comme une malheureuse prisonnière !
Je compatis ostensiblement. Pas plus tard qu’hier, Petite-Goulaffe m’a, elle aussi, fait part de ses doléances : « C’est scandaleux ! Pourquoi cette drôle de chatte grise peut rester à l’intérieur de la maison alors que moi, on me donne à manger dehors ? Moi aussi, je veux m’asseoir au coin du feu ! C’est de la discrimination ! Du racisme ! »
J’ai pris un petit air pénétré, sans faire de commentaire. Avec ces chattes, il vaut mieux se tenir à carreau.

A peine pensais-je que nos relations allaient s’améliorant, que la chère Ardoise a tenté de m’assassiner !

Bon, après coup, je pense qu’elle ne l’a pas fait exprès. Mais ça m’a quand même fait un drôle d’effet, je vous assure ! Je vous explique.

Quand Ardoise n’était pas là, j’avais l’habitude de me prélasser sur les genoux de Mimiche, dans un fauteuil du salon. Avec l’arrivée de la charmante, les choses ont mal tourné : dès que Mimiche s’installait confortablement avec son livre, qui arrivait en courant pour bondir sur ses genoux ? Devinez ! Et qui s’amenait toujours second ? Devinez encore ! Quand j’arrivais sur les lieux, la bête à fourrure grise était déjà installée, me considérant avec un petit sourire supérieur parfaitement insupportable.

L’autre jour, elle était distraite, elle est arrivée avec un rien de retard. Moi, j’étais déjà couché sur les fameux genoux, tout content.
L’Ardoise saute sur l’accoudoir du fauteuil, me flaire.
- Kèske vous faites là, vous ? C’est MA place !
Je ne réponds pas. Je fais mine de regarder ailleurs.
- Allons Ardoise, dit Mimiche, laisse un peu ce pauvre Orca tranquille !
- M’enfin !
Comme je suis maigre, il restait encore un peu de place sur les genoux de Mimiche. Un tout petit peu de place.
Quelle idée est passée par la tête de l’étrange et imprévisible bestiole ? A-t-elle pensé s’asseoir à côté de moi ? Ou nourrissait-elle de sombres desseins ? (c’est fou ce que je cause bien !)
Toujours est-il que, d‘un seul coup, elle s’est affalée, pouf ! Sur moi ! De tout son poids !
Hou, j’ai cru qu’un autobus me passait dessus ! En un instant, je me suis senti écrasé, enseveli sous des montagnes de fourrure à triple épaisseur ! J’ai poussé une clameur déchirante : « A l’aide, j’étouffe, j’étouffe ! Keuf, keuf ! »
En me débattant, je suis arrivé à me dépêtrer de ce piège mortel et, en deux bonds, me suis réfugié sur ma chaise. Ici au moins, je ne risque rien !
- Ardoise ! Tu n’as pas honte ? gronde Mimiche, sidérée.
Les choses s’étaient passées si vite qu’elle n’avait même pas eu le temps de réagir !
- Ben kwâ ? marmonne la créature en écarquillant des yeux innocents.
Meurtrière par intention ? Ou par distraction ? Je m’interroge.

En tous cas, prenons nos précautions ! J’ai décidé de ne plus dormir au pied du lit quand elle est là, dissimulée sous les couvertures. Prudence étant mère de Sûreté, je me suis trouvé une couchette à ma taille : je dors à présent sur un gros pull de Mimiche, dans une vasque de faïence placée sur un meuble. De là-haut, je peux voir venir ! Déjouer les coups bas !

Je dois reconnaître qu’elle n’a pas récidivé. Au terme de ses neuf jours de vacances, elle est repartie et j’ai poussé un grand soupir de soulagement. Mais, hélas, elle revient chaque week-end, maintenant !
Le vendredi soir et le samedi matin, je ramasse force coups de patte ; « J’y peux rien, c’est nerveux ! »
Le samedi après-midi et le dimanche, elle s’adoucit, mais à peine ai-je le temps d’apprécier cette trêve, qu’elle repart ! Et cinq jours après, tout recommence !
- Vous ne pouvez pas lui donner un calmant ? ai-je suggéré à Mimiche.
Une bonne dose de soporifique dans son Félix… J’aurais la paix !
C’est un cas, la chère Ardoise, je vous le jure ! Oh la la !



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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 3 Oct 2010 - 12:36

JEUX DE MAUX


Les deux protagonistes de cette scène sont majestueusement assis sur leurs derrières, côte à côte, sur une table de cuisine campagnarde.

La Divine (distraitement) : Gratt, gratt, gratt…
Le Charmeur (compatissant) : Une puce, chère Ardoise ?
La Divine (sursautant) : Une puce, moi ? Jamais de la vie ! Kiséki vous dit que je pourrais avoir des puces ?
Le Charmeur (accommodant) : Ah, je me disais… En vous voyant vous gratter…
La Divine (menteuse) : J’ai pas de puces, moi ! Ça m’est jamais arrivé d’avoir des puces, à moi !
Le Charmeur (sincère, lui) : A moi non plus. Quand j’attrape des bestioles, c’est
des tiques ou des poux, pas des puces.
La Divine (importante) : Moi, ce que j’ai, c’est de l’aigue-zéma !
Le Charmeur (éberlué) : De l’aigue-zéma ? C’est quoi ça ?
La Divine (supérieure) : C’est une maladie psykosomatik ! J’ai eu un grrrrand chagrin
d’amourrrrr !
Le Charmeur (stupéfait) : Un grand chagrin d’amour ?
La Divine (énervée) : Arrêtez de répéter tout ce que je dis ! Vous savez quand même
qu’Olivier a déménagé, non ?
Le Charmeur (visité par la lumière) : Ah oui ! Mais oui ! Bien sûr ! (Tout ce qu’il ne faut pas
entendre !)
La Divine (gravement) : Alors moi, j’en ai eu un tel chagrin, que j’ai attrapé de
l’aigue-zéma ! De l’urtikèr, quoi !
Le Charmeur (dubitatif) : Vous êtes sûre que vous n’avez pas de puces ? Ça me semble un peu gros à avaler, votre urtikèr !
La Divine (modestement) : C’est parce que je suis un chat spécial ! Mes maladies sont
toujours très aigue-zotiks ! Quand j’étais petite, j’ai eu le coryza !
Le Charmeur (piétineur d’illusions) : Mais ce n’est pas une maladie exotique, le coryza ! C’est tout ce qu’il y a de plus courant !
La Divine (sidérée) : Comment ? Une maladie avec un si joli nom ?
Le Charmeur (doctoral) : Ça ne veut rien dire, le nom ! Même s’il se termine par i ou par
a ! Le coryza, c’est un bête rhume !
La Divine (offensée) : Pourtant, j’ai été TRES malade ! J’ai ATROCEMENT souffert !
J’éternuais tout le temps ! C’était juste avant que je fasse la connaissance de ma famille !
Le Charmeur (mettant les choses au point) : De NOTRE famille…
La Divine (coupant les poils en quatre) : De MA famille à plein temps et de NOTRE famille à temps partiel ! Ça vous va comme ça ?
Le Charmeur (ergotant) : Oui, mais alors admettez qu’ici, c’est MA maison à 100 % ! La
NOTRE à 20 % ! Hein ?
La Divine (se trouvant en terrain glissant) : Oh, et puis, arrêtez de discuter, vous ne racontez que des bêtises ! Chaque fois que vous écrivez un chapitre, je suis obligée de
corriger vos éculu… vos élucu… vos fadaises, quoi !
Le Charmeur (offusqué) : Je n’écris jamais que la stricte vérité !
La Divine (cat-égorique) : Eh ben, votre vérité n’est pas la mienne, voilà !
Le Charmeur (philosophe) :Ça, je n’en ai jamais douté ! Peut-être y a-t-il un malentendu entre nous ? Pourtant, si nous voilà côte à côte sur cette table, sans nous entre-déchirer, cela doit quand même vouloir dire quelque chose !
La Divine (terre-à-terre) : Voui, ça veut dire que c’est le seul endroit pour bien profiter de
la chaleur du poêle ! Et comme je suis une chatte pacifik, je vous laisse une partie de la place,
puisque je peux pas couvrir la table à moi toute seule ! Dommage, d’ailleurs…
Le Charmeur (ironique) : Vous faites pourtant de votre mieux…
La Divine (avec candeur) : Voui, j’ai une belle fourrure, hein ? Superbe qualité, triple
épaisseur… Regardez comme elle s’étale ! C’est pas comme la vôtre !
Le Charmeur (soupirant) : Hélas !
La Divine (généreuse) : Parfois, je vous plains vraiment, vous savez ! Quand je suis à
Bruxelles, sur mon radiateur, et que je regarde la pluie et la neige dehors, je me dis comme ça : « Et l’Orca qui est dans le froid ! Faudrait peut-être que je sois un peu plus gentille avec lui quand on va se voir ! »
Le Charmeur (incrédule) : Vous pensez ça, vous ?
La Divine : Mais voui !
Le Charmeur (ému) : Z’êtes une brave fille, au fond ! Tout au fond !
La Divine (réaliste) : Je me dis ça quand vous n’êtes pas là ! Quand je vous vois, j’oublie… et ma patte se détend toute seule ! C’est nerveux ! Psykosomatik !
Le Charmeur (résigné) : Il va falloir que je m’habitue…Heureusement, vous ne tapez pas
très fort ! je préfère quand même quand vous restez chez vous, à la ville, sur votre radiateur, soit dit sans vous offenser !
La Divine (mélancolique) : Moi aussi, je préfère… mais maintenant qu’Olivier a
déménagé… (soupir). Et puis, je DETESTE la voiture ! C’est bien simple : quand je me retrouve dans cet engin qui roule, c’est nerveux, faut que je hurle ! Comme ça : AAAAAAAAH !
OOOOOOOOOH ! (plainte lugubre).
Le Charmeur (ébouriffé) : C’est affreux !
La Divine (dramatique) : Et puis quand je me retrouve ici et que je vous vois, vous devinez
dans quel état sont mes nerfs ! En charpie !
Le Charmeur (hypocrite) : Je compatis.
La Divine (frénétique) : Gratt, gratt, gratt… Tiens, keskesêksa ?
Le Charmeur (joyeux) : Une puce ! Réjouissez-vous, chère Ardoise ! Vous ne souffrez
pas d’aigue-zéma psychik !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 5 Oct 2010 - 11:38

Scouby , c'est un plaisir cette discussion entre Ardoise et Orca.

Tu dresses avec des mots de bien jolis tableaux.


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 7 Nov 2010 - 23:34

Scouby , j'espère que tu auras bientôt un peu de temps pour nous mettre la suite des histoires d'Ardoise, Orca et leurs amis cat

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 8 Nov 2010 - 11:20

Avec plaisir, Catherine !

C'EST A NOUVEAU NOEL !

Nous voilà déjà en décembre, Noël se profile à l’horizon. Comme d’habitude, Michèle a ressorti du placard son arbre de Nowèle en plastique tout rabougri et l’a décoré avec de petits objets en bois.
Cette fois, je n’ai pas assisté à l’opération : j’étais fatiguée et je dormais paisiblement sur mon radiateur. Et puis, ce n’est pas un spectacle à déplacer les foules, vous savez : il est si petit, cet arbre de Nowèle !

Je pensais que nous allions paisiblement passer le réveillon à nous trois, Daniel, Michèle et moi, mais hélas ! Dans la soirée du 23 décembre, j’ai été brusquement arrachée à mes rêves heureux.
- Ardoise, réveille-toi, on part en week-end !
- On part en… Où ça ?
J’étais encore à moitié endormie, vous comprenez, sinon j’aurais tout de suite réalisé où nous allions ! Ils ont profité de mon état d’esprit cotonneux pour me fourrer dans mon panier. Alors là, je me suis réveillée : j’avais saisi l’horreur de la situation !
- Non ! Ne me dites pas qu’on part à la campagne ! Dans le frrrrrrroid !
- Allons, Ardoise, quand le feu est allumé, il fait bon !
- Faut d’abord qu’il accepte de s’allumer, le feu ! Pendant ce temps-là, moi j’ai frrrrroid ! Et en plus, faut que je subisse la présence de l’Orrrrrrrrca !
Ils m’ont laissée récriminer à plein gosier sans se soucier de ma pauvre petite personne. Ils ont chargé la voiture (je suis considérée comme faisant partie des bagages, c’est honteux !) et nous voilà partis.

Sur la route, j’ai continué mes lamentations : « Pourkwâ me faire çaaaaaaaaaa, à mwâââââââ ? Aaaaaaaaaah ! Quel malheuuuuuuuuuuur ! « 
- Ardoise, tais-toi ! Ce chat m’énerve !
- Oooooooooooh désespwâââââââââr !
Pour couvrir ma voix éplorée, Daniel a augmenté le son de la radio. J’ai été obligée d’endurer la voix miaulante d’une chanteuse nouvellement éclose : « Lalalalalalala ! Ooooooh lâââââ ! »
- Miâââââââââ ! sangloté-je de concert, anéantie par la rigueur de mon sort.
Michèle me décoche un regard qu’elle détourne aussitôt : si mes yeux étaient des mitraillettes, elle serait à présent raide morte sur son siège ! Daniel, en termes imagés, parle de m’étrangler. Je sais bien qu’il n’est pas sérieux mais quand même, ce n’est pas agréable à entendre ! Il est loin, le respect dû au chat d’appartement ! Les voilà maintenant qui discutent à propos de leur réveillon de Nowèle. Je tends l’oreille.
- J’espère que les chats seront sages, s’inquiète Michèle.
- Compte là-dessus, dis-je.
- Ardoise, nous avons des invités, alors ne me fais pas honte !
- Moi ? questionné-je innocemment.
- Oui, toi ! Je te connais ! Pendant le réveillon, ne saute pas sur la table et n’énerve pas Orca !
- MOI, j’énerve l’Orca ? dis-je, suffoquée d’indignation. Ça c’est la meilleure ! C’est plutôt Orca qui passe sa vie à m’énerver, moi ! Par sa seule présence ! Par sa petite odeur ! Par ses miââââââ !
- Arrête de miauler de cette manière sauvage !
- J’imitais les miââââ d’Orca ! C’est un bavard, Orca !
On me laisse ronchonner. On sait très bien que je suis toujours de mauvaise humeur en voiture. On attend que ça passe.
Et, effectivement, ça passe ! Quand nous nous immobilisons, je me sens renaître à une vie plus agréable.
On sort les paquets (moi comprise). Quand les portes extérieures sont bien fermées, la chatière bloquée (de mon côté), on me rend à la liberté.

Je sors de mon Titanic, je m’ébroue… puis, comme chaque week-end, je commence une minutieuse exploration.
Rien ne semble avoir bougé pendant mon absence… Ah, si ! Les gamelles d’Orca sont vides. Quel goinfre, cet Orca !
Oui, je sais, je suis de mauvaise foi. De TRES mauvaise foi ! Et alors ?
Oh ! Il a visité MON bac à sable ! Va falloir que Michèle le change, pas question que je pose mon joli derrière à l’endroit où ont valdingué ses pattes de bouseux.
Oui, je sais, je suis snob !

Daniel va chercher du bois dans le fenil. Je le suis du regard avec nostalgie. Malgré toute mon ingéniosité, je n’arrive JAMAIS à explorer ce fenil ! Chaque fois que j’arrive, on me ferme la porte au nez. On a peur que je me perde, que je me blesse, que je reste bloquée sous un tas de bois, de paille ou d’outils de jardinage, que sais-je ? J’ai beau protester de ma parfaite prudence, personne ne me croit !

Daniel allume le poêle à bois de la cuisine, puis un petit radiateur à pétrole dans le salon. La cassette, ce sera pour demain.
Je m’étends sur le tapis devant le petit radiateur et commence une toilette approfondie, pour me remettre de mes émotions.

- Miââââââââââ !
Evidemment ! On ne peut même pas se reposer une minute, dans cette maison ! Quand le chat des champs fait son entrée en miaulant d’allégresse, la brave chatte des villes peut se mettre au boulot !
Je vous vois venir… Vous allez me dire que je ne suis pas OBLIGEE de passer mes week-ends à surveiller les moindres faits et gestes de l’Orca ! Vous me direz que l’Orca est assez grand pour se conduire convenablement ! Vous me direz ce que vous voulez, je ferai la sourde oreille : il est de mon DEVOIR d’empêcher le chat des champs de se croire maître de mon territoire à moi, un point c’est tout !

Vous me direz encore qu’avec un appartement pour moi toute seule (ce qui veut dire : sans autre chat), je dispose déjà d’un appréciable espace vital. Je répondrai qu’étant la chatte attitrée de Daniel et Michèle, la première dans l’ordre de préséance, il est normal que leurs lieux de séjour soient les miens ! L’Orca ne sera jamais qu’un sans-abri que, dans mon infinie bonté, j’accepte d’héberger dans ma maison de campagne. Il en sera de même pour tous les chats qui suivront ! Même si le matou est d’un autre avis, je suis dans mon droit le plus strict… et les gens qui ne me comprennent pas ne connaissent rien aux chats (race dont je suis l’une des plus dignes représentantes).
Compris ?

Après cette petite parenthèse destinée à mettre les choses au point, je poursuis mon récit.
- Miââââââ ! Bonsoir ! s’écrie l’Orca rayonnant, Comme j’aime les week-ends !
Et il frotte affectueusement sa tête contre les chevilles de mes parents. Moi, bien sûr, comme à chacune de nos rencontres, je le flaire consciencieusement de la tête à la queue pour m’assurer qu’il s’agit bien de lui.
On lui donne à manger. Ma gamelle à moi est déjà pleine, mais je crois que mes leçons commencent à porter leurs fruits : Orca attend d’être servi, sans plus oser mettre le nez dans mon assiette en plastique sur laquelle s’égaie un petit clown. Il sait très bien où est son plat à lui, moins joli que le mien comme il se doit.
Après s’être rassasié, le chat des champs poursuit ses effusions. Il est toujours comme ça, le vendredi soir : tout fou ! Il va et vient, ne sachant où donner de la tête. Il sautille. Moi, pendant ce temps, lovée devant mon feu ou couchée sur un vieux journal, je considère toutes ces gesticulations d’un petit air supérieur.
- Ardoise, quelle poseuse tu fais ! s’esclaffe Michèle.
Je fais semblant de n’avoir pas entendu. La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe !

Ici aussi, il y a un arbre de Nowèle ! Il est plus intéressant qu’à la maison. Il est plus grand (ça, ce n’est pas difficile), il sent le vrai sapin et il est couvert de boules brillantes et de petites lumières. J’irais bien l’examiner de près, mais à chaque fois que je vais me mirer dans une grosse boule jaune (Oh ! une Ardoise toute dorée !), Daniel frappe dans ses mains ou m’appelle près de lui. Je veux bien qu’on m’applaudisse et qu’on recherche ma compagnie, mais on pourrait aussi me laisser vivre ma vie, tout de même !

La nuit, nous avons bien dormi, moi tout contre Daniel et l’Orca de l’autre côté du lit. Il apprend vite, l’Orca, je dois bien l’admettre : le premier jour de notre cohabitation forcée, quand il a essayé de me réveiller d’un coup de langue affectueux (quelle familiarité !), j’ai réagi avec une vivacité frappante.
- Vlan !
- Ouille !
- N’encombrez pas mon espace vital ! Sinon…
Il se l’est tenu pour dit. Maintenant, quand nous dormons dans la chambre, il prend soin de laisser une distance de trois mètres au moins entre nous. Cela me satisfait.

Le lendemain, nous avons assisté aux préparatifs du réveillon. Une nouvelle fois, on nous a fait la leçon.
- Soyez sages, hein, les chats ! Ne sautez pas sur la table !
- Pourquoi ? s’ébahit l’Orca.
- Ils en font une idée fixe, dis-je. J’espère quand même qu’on va recevoir un peu de foie gras !
- Du FOIE GRAS !
Il est aux anges. Il n’a pas oublié que, l’année dernière, il a reçu sa part de réveillon de Nouvel An, ça lui a laissé une telle impression que, durant des mois, il a abordé mes parents avec des yeux pleins d’espoir : « Dites, c’est bien bon ce que vous mettez dans mes assiettes, mais z’auriez pas un peu de foie gras ? Ou, encore mieux, des rillettes ? ». Orca ADORE les rillettes !

Dans l’après-midi, les invités arrivent. L’oncle et la tante de Michèle.
- C’est ma grand-marraine et mon grand-tonton, dis-je à l’Orca.
- NOTRE… rectifie-t-il automatiquement.
Quelle outrecuidance ! Voilà qu’il s’approprie toute ma famille, maintenant ! Je ravale ma fureur : comme nous sommes le soir de Noël, j’ai décidé de me montrer bonne fille.

Je me suis très bien comportée durant toute la soirée ! Je me suis installée sur les genoux de mon grand-tonton. Quel beau pantalon en velours il avait ! Je mourais d’envie d’y essayer mes belles griffes bien pointues, mais je me suis dit que ce serait peut-être mal vu. Alors, je me suis abstenue.

Sous ma surveillance, Orca a pris garde de contrôler son maintien. Après l’apéritif, il s’est toutefois emparé des zakouskis qui restaient. Il a mangé la mousse de saumon et les œufs durs aux filets d’anchois, mais a dédaigné les œufs de lompe et le pain grillé.
- Tant qu’à faire, z’auriez pu tout manger ! dis-je d’un ton désapprobateur.
- J’aime pas le caviar, rétorque-t-il.
Ben tiens ! Chipoteur, avec ça !

Vers dix heures du soir, toute la compagnie est partie pour la messe de minuit et nous sommes restés seuls, le sans-abri et moi. On en a profité pour faire un petit somme, mais d’abord on a regardé partout s’il n’y avait pas des restes de réveillon à se mettre sous la dent, mais non, tout était sous clé, dans le frigo ! Pas grave, on n’avait plus tellement faim, on avait déjà fait honneur à tous les plats.
Quand la famille est revenue, nous nous sommes organisés pour la nuit. Daniel a dormi dans le salon avec Orca et moi, et Michèle et les invités à l’étage. Nous, on avait bien chaud, c’était chouette ! Couchée en escargot au fond d’un fauteuil, j’ai fait des rêves pleins de boules dorées !

Le lendemain, ma grand-marraine et mon grand-tonton nous ont fait leurs adieux, à l’Orca et à moi, et sont rentrés chez eux. Nous avons encore dormi devant le poêle de la cuisine, tout l’après-midi. Le soir, nous avons reçu des restes d’entrecôte, cadeau de ma grand-marraine. Je dois dire que nous étions assez euphoriques et, pendant quelques heures, j’ai oublié ma mission de haute surveillance… Malgré ce défaut d’attention, rien d’irrémédiable ne s’est produit, heureusement ! Je l’ai échappé belle ! Imaginez que l’Orca ait profité de ma distraction pour escamoter d’un tour de patte ma maison et ma famille ! Que serais-je devenue ?

Et un jour plus tard, nous sommes, à notre tour, rentrés à la maison. Au moment de faire les paquets, Michèle et Daniel étaient assez déprimés. Orca lui aussi, avait un air triste, comme toujours quand il voit qu’on vide le frigo et qu’on va le laisser seul.
- Mon pauvre petit Minou, nous serons vite de retour ! a chuchoté Michèle à l’éploré.
- C’est vrai, vous-z-en faites pas, je serai bientôt re-là ! dis-je dans un grand élan de générosité.
Cela ne semble pas le consoler.

Je suis un peu mal à l’aise : c’est vrai, moi j’ai une petite vie bien organisée, bien tranquille, bien douillette, et lui n’a que les week-ends pour se payer du bon temps. Il a beau m’exaspérer parfois, je trouve ça triste.
- Dommage qu’on ne puisse pas l’emmener ! a soupiré Michèle.
L’Orca à Bruxelles ? Dans un espace clos, sans son jardin, sans ses promenades, sans ses points de repère ? Sans ses copines les chattes ?
Avec moi pour seule compagnie tout au long du jour ?
Je crois que pour lui, ce serait l’enfer !

Je vous laisse imaginer la joie du vagabond noir et blanc quand il nous a vus revenir, quelques jours après. Bien sûr, ses gamelles étaient bien nettoyées comme d’habitude, ses croquettes étaient mangées et il avait même renversé la poubelle (vide) pour en explorer l’intérieur. Je crois que c’est un grand spécialiste des poubelles… Un peu comme moi quand j’étais petite et abandonnée, avant de me retrouver dans un refuge !

L’autre jour, j’ai eu une surprise : parmi le courrier que nous dépose le facteur, il y avait une enveloppe à mon nom : « Mlle Ardoise »… Tiens, mais c’est moi, ça !
Michèle l’ouvre. Un de ces jours, faudra quand même  que je lui dise de ne pas fourrer son nez dans mon courrier personnel, ça ne se fait pas !
- Oh, s’exclame-t-elle, regarde la belle carte, Ardoise !
C’est une carte représentant des cloches rouges et dorées, avec des petits chats gris qui me ressemblent…
- C’est ta grand-marraine et ton grand-tonton qui te souhaitent une bonne année 2000, avec 365 jours de bonne nourriture : Félix, Sheba, Whiskas… Bref, tout ce que tu aimes… et que tu vas recevoir.
- Formidable ! dis-je, ravie.
Mais pourquoi Michèle a-t-elle ce petit sourire moqueur ?
- Cela implique aussi que, pendant un jour entier, je ne te nourrirai pas du tout, enchaîne-t-elle, étant donné que 2000 est une année bissextile…
J’en demeure la bouche ouverte… je pense bien qu’elle plaisante, mais dans le doute…

La prochaine fois que je verrai ma grand-marraine, je lui demanderai un petit avis rectificatif : « En 2000, Ardoise a droit à 366 jours de bons petits plats ! »
Je serai quand même plus tranquille !

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 9 Nov 2010 - 18:30

Merci Scouby , j'aime bien de temps en temps me retrouver dans ta maison de campagne , depuis le temps que je lis tes histoires j'ai l'impression de la connaître , vraiment très agréable.

Je suis très attachée à Ardoise et Orca , eux aussi j'ai l'impression de les connaître

Bisous



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Chatte des villes et chat des champs (extraits)

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