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 Chatte des villes et chat des champs (extraits)

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Scouby
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MessageSujet: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 9 Nov - 17:00:10

Rappel du premier message :

Commençons quand même par le commencement...
Voici le premier chapitre de "Chatte des villes et chat des champs", ensuite je piquerai un peu de texte par-ci par-là.
J'espère que cela vous plaira.




Au seuil de ces pages, souffrez que je me présente : Ardoise, seize ans depuis le mois de mai, chatte grise hébergeant un couple d’humains attaché à son service, Michèle et Daniel C...

Il y a déjà quelques années, j’ai entrepris la rédaction de mes mémoires, que je vais vous livrer ici…

Je tiens à vous signaler que tout ce que je dis est véridique, ma secrétaire à deux pattes écrivant sous ma dictée… Il se peut qu’à certains moments elle ait interprété mes mimiques ou mes faits et gestes selon sa psychologie humaine, elle a "traduit" si vous voulez… mais elle n’a rien inventé ! Parole de chat !



Je crois qu'il vaut mieux commencer par le début, vous ne trouvez pas ? Quand j'étais tout chaton, ma vie a débuté sous une bien mauvaise étoile : j'ai été battue, affamée, martyrisée... Vous ne pouvez pas vous imaginer tout ce que j'ai subi. Puis le Dieu des chats (s’il existe, ce dont je ne doute pas) s'est dit un jour : « Maintenant, ça suffit ! Faisons tourner la roue de la chance pour cette petite chatte grise ! » Et la roue a tourné... Pas trop tôt à mon avis !


J'ai été recueillie par une association d'animaux en détresse : Veeweyde, à Bruxelles. On m'a enfermée dans une grande cage avec de nombreuses autres chattes, on m'a soignée et on m'a donné à manger... Une gamelle géante, pleine à ras bord, dites donc ! Je me suis jetée dessus, vous pensez bien !

Par la suite, j'ai appris que tout le monde avait le droit de manger dans cette gamelle, elle ne m’était pas exclusivement destinée... Mais j’étais toujours la première à y plonger, vu que je suis un chat dominant, ah ah ! Même si j'ai l'air tout modeste, ne vous y trompez pas, je suis dotée d’un petit caractère bien trempé !

Le temps a passé... J'étais contente dans ma grande cage, je dormais sur des vieux journaux. Il y avait même une petite porte qui donnait sur un jardin grillagé. J'ai appris à faire mes petits besoins dans un bac de sable, il paraît que c'est important pour la sociabilité. Et pour la réinsertion dans la société !

Des gens passaient nous voir, nous dévisageaient sous le nez comme une marchandise à l’étal. Parfois, une des chattes de la cage disparaissait : elle avait été adoptée. Mais moi, on ne me remarquait pas. J'étais tellement grise, anonyme, passe-partout... Personne ne me voyait ! Personne ne pouvait deviner la merveille que j'étais, en réalité...

Et j'ai attrapé le coryza : et que je redifle, et que j'éterdue...

Et naturellement, c'est quand j'étais là, avec mon petit nez rouge et mon air pitoyable, que quelqu'un a fait attention à moi. Un bonhomme, vous savez, de la race de ceux qui se tiennent debout sur deux pattes. Non, non, pas un singe ! L’autre espèce, vous voyez ce que je veux dire ?

Il avait l'air tout triste parce que sa chatte siamoise était morte depuis peu, il venait voir ici, au hasard... Un hasard qui fait bien les choses ! En réalité, encore un petit coup de pouce du Dieu des chats !

Moi, j’ai aussitôt pris la situation en pattes ! Quand la jeune femme préposée à notre service a ouvert la cage pour permettre au bonhomme de nous voir de plus près, j'ai grimpé le long du blouson de cet inconnu et j'ai fourré ma petite tête ronde dans son cou. Atchoum !

La partie était presque gagnée... si ce baudit coryza voulait bien be lâcher !

Heureusement, je n'étais atteinte que de façon bénigne... et deux jours plus tard, le bonhomme est revenu, avec une bonne femme et un petit jeune homme. Ma future famille...

Mon regard a croisé celui du petit jeune homme… et des étoiles ont explosé dans ma tête. Je l’ai senti, je l’ai compris là, en cette minute cruciale : j’allais vivre une grrrrande histoire d'amour ! De son côté, il m’a adorée immédiatement, j’étais, à n’en pas douter, la chatte de sa vie !

Un vrai roman de Barbara Cartland ! Avec moi pour héroïne !

C'est comme ça que j'ai été adoptée. On m'a enlevée de la cage et, après la visite obligatoire chez la vétérinaire de service pour me faire délivrer mon ticket de sortie, j'ai pris place dans une voiture (eux assis sur les sièges, moi tapie dans une jolie boîte en forme de maisonnette) et en avant pour ma nouvelle vie !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 30 Juin - 15:35:54

Alors régime ou pas régime

Pauvre petite Ardoise

J'imagine très bien la tête qu'elle fait


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 5 Juil - 22:08:43

J'imaginais bien Ardoise courir après la souris.... factice ! ça m'a bien fait
rire ! Et le poisson qui est prêt, et la maman.... dans la salle de bain ??

Vraiment très amusant, mais Ardoise a quand même eu peur d'aller chez
le vétérinaire, pour maigrir !!

Encore un délice de lecture !

(Empereur a une souris toute rose qu'il adore) !!


amitiés !
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Scouby
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 15 Juil - 13:16:48

PETITE-GOULAFFE RÊVE…


Bien sûr, Petite-Goulaffe n’attache aucune importance au fait que le Maître-Chat la prenne pour un suppôt de Satan. Toutefois, cette pensée a dû insidieusement lui trotter dans la cervelle car, étendue assoupie au pied d’un saule, Petite-Goulaffe rêve… qu’elle arrive aux portes dorées du paradis.

Orca, le Maître-Chat est là, lui aussi, ainsi que les autres chattes du village. Et même Ardoise, dites donc ! Tout le monde veut assister à l’examen d’entrée de "l’infernal chaton".
Va-t-elle réussir ?
Morte de peur, Petite-Goulaffe voir venir vers elle le grand Saint Pierre, tout de blanc vêtu. Tiens, physiquement, le grand Saint Pierre ressemble un peu à Orca, comment cela se fait-il ? Comme lui, il a de superbes moustaches blanches et des oreilles noires et pointues. Son regard amical se pose avec bienveillance sur la Petite-Goulaffe toute tremblante.
— Voyons, dit-il en consultant son ordinateur (Saint Pierre s’est mis récemment à l’informatique, il faut progresser avec son temps !), voyons, qui donc nous arrive là ? Quel est votre nom, joli chaton gris ?
Petite-Goulaffe (très émue et bafouillant) : Je suis… Pppppetite-Gou… Hou ! Hou !...
Saint Pierre (consultant son PC, perplexe) : Petite Gouhou… Drôle de nom. Il ne me semble pas l’avoir vu dans les archives ?
Orca (s’en mêlant) : Vous ne le trouverez pas, grand Saint Pierre ! Ca m’étonnerait que Petite-Goulaffe ait une place au paradis ! C’est le diable en personne, croyez-moi !
Saint Pierre (conciliant) : Même si tel est le cas, il reste au chaton gris assez de temps à vivre pour s’amender… Voyons, jeune Gouhou…
Petite-Goulaffe (faiblement) : Pe… Pe… Petite-Goulaffe, grand Saint Pierre !
Saint Pierre (dur d’oreille : c’est normal à son âge) : Voyons, Gou… ha ? Comment vous définissez-vous, en cette vie ?
Quelle question difficile ! Petite-Goulaffe réfléchit à toute allure.
Petite-Goulaffe : Heu… Je suis chaton… et philosophe, grand Saint Pierre !
Saint Pierre (tapotant sur le clavier de son PC) : Pas mal, pas mal… Et quelle est votre ambition, jeune Gouha ?
Petite-Goulaffe (mise en confiance) : Je veux devenir… rêve-volutionnaire, grand Saint Pierre !
Saint Pierre (très surpris) : Rêve-volutionnaire… J’en ai vu défiler ici, des chatons, mais c’est le premier qui me dit ça !
Orca (triomphant) : C’est normal, la Petite-Goulaffe n’est pas un vrai chaton, grand Saint Pierre ! C’est un esprit malin envoyé sur terre pour me harceler ! D’ailleurs, regardez sa figure, est-ce que c’est une figure de chat, ça ?
Tout le monde regarde attentivement Petite-Goulaffe qui se sent rougir. Voyons, ces yeux un peu petits, ce nez un rien trop long…
Saint Pierre : C’est vrai, la jeune Gouha n’a pas vraiment un visage de chat… On dirait plutôt un lionceau. Très bizarre ça…
Petite-Goulaffe (étonnée) : Pourtant j’ai pas de lion dans ma famille ! Va falloir que je demande à M’man ! D’ailleurs y a que ma figure qui cloche, hein ? Le reste, c’est du chat ! Garanti !
Saint Pierre : Sans aucun doute. Voyons, mon bon Orca, ne vous laissez pas emporter par votre imagination. La mignonne Gouha n’a rien d’un démon ! C’est tout juste un chaton turbulent !...
Orca (peu convaincu) : Pourtant, vous avez bien vu que son nom ne figure pas sur votre liste, grand Saint Pierre !
Saint Pierre : Voyons que je vérifie… GOU… GOU… Pas de Gouhou ni de Gouha…
Petite-Goulaffe (dans un cri) : Faut regarder à la lettre P, grand Saint Pierre ! Je m’appelle Petite-Goulaffe comme on dit Marie-Thérèse ou Anne-Sophie ! C’est un prénom composé !
Saint Pierre : Ah, je comprends mieux, maintenant… Voyons, Pa… Patou… Pastis, Pastelle…
Ardoise (sursautant) : Pastelle ! Je la connais, c’est la chatte de ma tante Chantal !
Saint Pierre (poursuivant) : Pistou, Petiot, Petit… Ah, voilà, Petite-Goulaffe, fille de Mme Gourmande ! C’est bien vous, chaton gris ? Eh bien, j’ai le plaisir de vous apprendre que votre place est réservée au paradis ! Félicitations !
Orca (médusé) : C’est pas possible, grand Saint Pierre ! Quand je partirai pour l’autre monde, ne me dites pas que la Petite-Goulaffe m’y rejoindra un jour ! Ce ne serait pas le paradis, pour moi ! Une enquiquineuse pareille !
Ardoise (réalisant à son tour) : Et moi, je devrai passer mon éternité avec l’Orca ? Plutôt mourir… Heu, plutôt aller en purgatoire, ce sera moins stressant !
Saint Pierre (apaisant) : Le paradis est si grand, mes amis, que vous ne serez pas obligés de vous rencontrer si vous ne le souhaitez pas !
Petite-Goulaffe (ravie) : Mais moi j’veux rester avec M’sieur Orca ! Je veux pas le quitter, M’sieur Orca ! Il est si comique !... Moi je l’aime bien, M’sieur Orca !
Un ange passe…
Néfertiti (d’une voix timide) : Il y a beaucoup de chats au paradis ?
Saint Pierre : Oui, beaucoup, petit chat noir ! Beaucoup plus d’animaux que d’humains à mériter le paradis !
Ceci étant dit (et bien dit), il les bénit tous et disparaît.
Ardoise : Je me demande quand même pourquoi le grand Saint Pierre a parlé si longuement avec Petite-Goulaffe alors qu’il ne m’a dit qu’une phrase, à moi, quand je suis arrivée et que je lui ai dit bonjour ! Pourtant je suis beaucoup plus importante que Petite-Goulaffe !
Orca (courtois) : Que vous a donc dit le grand Saint Pierre, jolie Ardoise ?
Ardoise : Il a dit « Heureux les simples en esprit, le royaume des cieux est à eux ! » Ça veut dire quoi, dites, ça veut dire quoi ?
Orca (pris au dépourvu) : Heu…

C’est alors que Petite-Goulaffe se réveille, bien contente d’avoir mérité le paradis !



NEFER ET TITI (par Orca)


Me voilà de retour pour déverser dans votre oreille attentive les petits heurs et malheurs de mon existence quotidienne… C’est pas bien dit, ça ?

Malheur n° 1 : vous vous souvenez, Petite-Goulaffe, ignominieusement chassée de mon home sweet home ? Eh bien, elle est de retour, la tête haute et la queue en panache ! Qu’est-ce que vous dites de ça ?
Je ne comprends vraiment pas Dan et Mimiche : ils se font littéralement rouler dans la farine par cette petite chipie. Moi, à leur place, croyez-vous que je me serais soucié des mines sucrées et des roucoulements de la perfide créature ? « Dehors ! » aurais-je dit, sur un ton sans réplique, avec une intense satisfaction. Mais il paraît que ce n’est pas encore moi qui commande ici… Cela changera quand nous nous installerons dans cette maison à demeure, Dan, Mimiche, l’Ardoise et moi !
Que dites-vous ? Que c’est Ardoise qui sera le chef ? Vous croyez ?
Malheur n° 2 : je suis toujours aussi affreux ! Comment est-ce possible ? Je me sens pourtant bien, je suis souple et vigoureux… J’étais patraque le week-end passé, mais il a suffi que Mimiche et Dan retournent à la ville pour que moi, je reprenne du poil de la bête. Ils n’y comprennent rien !
— Donnerions-nous à notre pauvre Orca une nourriture débilitante ? s’inquiète ma mère d’accueil.
Apparemment non, puisque Néfer et Titi (ben oui…), Gourmande et Petite-Goulaffe profitent largement du contenu de ma gamelle et ont l’air en pleine forme. Je suis le seul à me promener tête baissée, avec tout le poids du monde sur mes épaules.

Dan a entrepris de me raisonner.
Après avoir remarqué des cicatrices nouvelles sur ma fourrure déjà si mitée, il a voulu me faire comprendre, en douceur…
— Comment ? Je ne serais plus le Maître-Chat du village ?
— Il faut commencer à te rendre compte que tu vieillis, mon petit Orca. Tu as plus de mal à t’imposer ! Pourquoi ne te reposerais-tu pas un peu, au lieu de faire le caïd chaque nuit ?
— Me reposer ? Jamais de la vie !

Orca Maître-Chat
Toujours prêt au combat,
Plutôt mourir que fléchir,
Non mais des fois !

Ils sont bien gentils de s’inquiéter pour moi, mais le boulot de chat des champs a ses exigences ! Je ne peux pas démissionner comme ça, je tiens à mon poste ! Pas question qu’un matou quelconque se pavane sur mon territoire sans que je réagisse, j’ai ma fierté ! Et puis, vous me voyez déjà vivre aux crochets de mes chattes ? De quoi j’aurais l’air ?
Alors, même s’il est vrai que je ne suis plus de la première jeunesse, je ne suis pas encore croulant au point de prendre ma pension de retraite.
— Avant l’hiver, on emmènera Orca chez la vétérinaire, pour une bonne cure de vitamines, dit Mimiche.
Parfait, comme ça, j’aurai encore plus d’énergie pour la bagarre ! Tremblez, jeunes matous aux dents longues ! Orca le super-chat vitaminé vous réserve des surprises !
— De toute façon, en hiver on te laissera beaucoup de nourriture, Orca, avec le froid elle va se conserver !
— Et s’il gèle dehors, tu peux toujours te réfugier à l’intérieur de la maison, maintenant qu’il y a une chatière. Même s’il n’y a pas de chauffage, c’est mieux que rien. Sauf peut-être s’il fait moins vingt…

Cela s’est passé, paraît-il, il y a quelques années, je ne les connaissais pas encore à ce moment-là.
Il y a eu un hiver dur, mais dur ! La preuve : Mimiche avait oublié au fond de son lit une bouillotte. Quand, le week-end suivant, elle a soulevé la couette, la bouillotte était toujours là, dure comme un roc : l’eau était entièrement gelée ! La même année, le compteur d’eau a éclaté. J’espère que l’hiver qui vient ne me réservera pas de semblables surprises : je risquerais de me retrouver dans le rôle-titre de Hibernatus ! Enfin, si j’ai la jouissance de la maison, je pourrai toujours m’enfouir dans ma petite couverture Sole Mio bleue pour me réchauffer.
Et ils ont promis de revenir chaque week-end, qu’il neige ou qu’il gèle, rien que pour moi ! Avant de me connaître, ils venaient très peu en hiver…
C’est beau l’amour !

En attendant, il fait toujours splendide dehors. Les feuilles commencent doucement à tomber, mais les arbres sont encore bien verts. Les hirondelles, toutefois, parlent de départ.

Chaque fois que ma famille d’accueil se pointe à l’horizon, j’arrive à fond de train, vous pensez bien ! Je ne veux pas refaire la même boulette que la dernière fois : figurez-vous que j’ai fait irruption dans la cuisine en poussant les miaulements rauques par lesquels j’avise traditionnellement Dan et Mimiche de ma présence.
— Miâââââââââ ! Miââââââââ ! C’est moi ! Bonjour, on est déjà vendredi ? Chic alors !
Dan soupire.
— On est dimanche, mon pauvre Orca ! Ça fait deux jours qu’on se demande ce qu’il est advenu de toi !
Zut ! Deux jours sans pâtée, sans caresses, sans mots doux… Qu’est-ce que j’ai été distrait, quand même ! Et ce n’est pas la première fois !

Après, bien sûr, j’ai fait attention : j’ai gardé l’œil sur ma maison. Si je vois la voiture, j’accours et je ne quitte plus Dan et Mimiche. Si je suis toujours là, les suivant pas à pas, peut-être qu’ils ne partiront plus ? Hélas, jusqu’à présent, ce naïf espoir a toujours été déçu. J’ai pourtant fait un gros effort, l’avant-dernier week-end : j’ai renoué avec une habitude de l’année passée et j’ai dormi dans la chambre, sur ma petite Sole Mio. J’ai été très sage, je me suis servi de mon bac de sable avec toute la discrétion d’un chat bien élevé. Le matin, je ne les ai pas réveillés, j’ai attendu qu’ils se lèvent. Y a pas à dire, quand je veux, je suis vraiment un gentlecat civilisé !

Petite-Goulaffe, elle, ne quitte plus notre jardin. La raison de cette soudaine fidélité est visible : Petite-Goulaffe est amoureuse !
Mais non, pas de moi ! Qu’allez-vous penser là ?
Petite-Goulaffe, qui ne sait rien faire comme tout le monde, n’a pas eu le coup de foudre pour un chat, comme on pourrait le croire. Non, Petite-Goulaffe aime… un arbre !
L’heureux élu (si l’on peut dire) est un petit saule qui pousse sur notre pelouse. C’est encore un enfant-arbre, comme Petite-Goulaffe est un enfant-chat.
Parfois, confortablement allongé sur le muret qui sépare le jardin de la terrasse, j’observe l’étrange manège de Petite-Goulaffe qui converse avec son saule. Dans un élan d’amour, elle entoure le tronc de ses pattes antérieures, fait des petits bonds autour de l’arbre. Puis, elle saute légèrement jusqu’à la naissance des branches, redescend dans une cabriole. Je l’ai même vue s’élever dans l’espace pour s’agripper aux feuilles les plus basses. Un vrai Tarzan ! Elle passe des heures entières à contempler son arbre, à jouer avec lui. Je vois les choses d’un bon œil : pendant qu’elle est ainsi occupée, elle ne pense pas à me poursuivre de ses agaçantes diableries, ce qui est bien reposant pour moi !

Je commençais à me détendre, pensant en avoir provisoirement fini avec toutes les émotions qui m’ont assailli ces derniers temps, lorsque…
— Je commence à bien pouvoir distinguer Néfer de Titi, remarque Mimiche.
— Moi aussi, ai-je approuvé nonchalamment. Titi a la fourrure un peu plus rousse que Néfer !
— Tu as remarqué, Orca, on les voit ensemble, maintenant !
C’est vrai ! Pour la première fois depuis au moins trois ans, et sachant que leur ruse a été éventée, Néfer et Titi daignent se présenter ensemble à nos regards. Toujours aussi timides, cela va de soi ! Mais enfin, il y a de l’amélioration, ce n’est plus de la névrose, comme naguère.
— Oui, elles commencent à devenir raisonnables, dis-je.
Mimiche prend l’air étonné.
— Elles ? Tu sais Orca, je crois que Titi est un garçon !
Je manque m’évanouir.

Me voici dans l’abri de feuillages de ma dulcinée. Elle est seule.
— Néfer, tu es une menteuse-née ! Pourquoi as-tu prétendu que Titi était ta sœur, alors qu’il est ton frère ?
Quel mélo ! J’ai l’impression de jouer un mauvais vaudeville.
— Parce que je ne voulais pas te traumatiser, Orca ! Et puis, quelle importance ?
— Comment, quelle importance ! Je me suis couvert de ridicule en minaudant quelquefois avec un matou, dans l’illusion qu’il s’agissait de toi !
— Justement, Titi a été très touché de ta gentillesse à son égard ! Et puis, je ne sais pas si tu as remarqué, Orca, mais Titi est un peu retardé… il a gardé une âme de chaton ! Il est adorable, très doux, mais si innocent ! Et tellement timide !
Je suis estomaqué. C’est elle qui dit cela ? Elle qui ne supporte pas qu’un humain l’approche, elle qui se réfugie à l’abri des regards pour manger, elle qui a peur des bêtes noires que lui montre son imagination débridée ! Tiens, au fait, pourquoi alors n’a-t-elle pas peur de Titi qui est ténébreux comme la nuit ? Insondable mystère de la psychologie féminine féline ! Je n’y comprendrai jamais rien !

Au moins, la situation a son avantage : je ne me croirai plus bigame, puisqu’il n’y a ici qu’une seule chatte : elle est superbe, toute noire avec une petite cravate blanche, c’est Elle, ma Néfer ! Mon grand amour est sauf ! Ouf !
Je suis rasséréné et décidé à me conduire en frère avec le dénommé Titi, l’alter ego de ma Néfer. Je vais continuer à le tolérer dans mon jardin, je ne dois pas perdre de vue qu’il est mentalement un peu à la traîne… Justement, le voilà qui rampe sous la haie, dans l’espoir de trouver la gamelle pleine. C’est vrai qu’il a un peu l’air d’un innocent de village, le pauvre animal !
Je me dévoue.
— Mimiche, regardez, voilà Titi qui a faim !
— Eh bien, donnons un peu à manger à Titi !
J’assiste à l’opération. Mimiche va porter la gamelle entre les deux maisons, là où l’attend déjà Titi.
Mais que vois-je ? Ce dernier se met à roucouler et accepte de se laisser caresser ! Je me rue chez ma fiancée :
— Regarde, Néfer ! Le plus timide des deux n’est pas celui qu’on pense, pas vrai ?
Elle ouvre des yeux grand comme des soucoupes ! Visiblement, elle n’en revient pas.
— Allez, Néfer, un peu de courage ! Tu ne vas quand même pas te laisser distancer par Titi ? Il n’a plus peur de Mimiche, lui !
D’une voix expirante, elle me dit qu’elle va réfléchir.
— Ne réfléchis pas trop longtemps, Néfer ! Pendant que tu es ici, Titi vide la gamelle !
À bon entendeur…

Je crois avoir fait une bêtise, hier matin, dimanche … Une de plus !
Après une bonne nuit passée sur ma petite Sole Mio bleue, je me suis réveillé à l’aube, assailli par quelques crampes d’estomac.
— Mimiche, Mimiche, j’ai faiiiiiiim ! Miââââââââ !
Dan pousse du coude la forme béatement assoupie à côté de lui.
— Michèèèèèèèèle ! Le chat a faim !
Pas bien réveillée, elle se lève et me sert mon petit déjeuner. Puis nous retournons nous coucher.
J’adore dormir dans cette chambre, sur la petite couverture ! Au point que…
— Orca ! Il est neuf heures ! Grand temps de se lever !
— Noooooooooon ! Je dooooooooors !
— Orca !
Rien à faire ! De toutes mes forces, je me cramponne à mon lit. Je fais semblant de dormir profondément.
Elle me soulève. Je suis furieux et proteste à grands cris indignés.
— J’ai encore sommeil ! Je veux dormiiiiiiir !
— Tu pourras continuer ta sieste en bas, dans le salon, si tu veux !
Elle me pose sur le sol. Je suis raide comme un piquet, tétanisé par l’indignation.
— Allez, Orca, avance ! On va dans la cuisine !
À contrecœur, je me traîne jusqu’à la porte de la chambre, m’immobilise sur le palier. Mimiche descend les escaliers en me faisant signe de la suivre.
Feignant de ne pas comprendre, je reste là. Plus moyen de rentrer dans la chambre, elle a fermé la porte ! J’ai une petite lourdeur dans la vessie, mais pas envie de descendre l’escalier, pas envie de sortir au jardin ! Je fais quelques pas sur le chantier de la future salle de bains et m’aventure sur une poutre surplombant le fenil.
De gros ballots de foin, vieux d’au moins vingt ans, sont posés sur les chevrons, au-dessus du fenil. De la paille… Si j’y faisais mon petit besoin, ni vu ni connu ?
Sitôt pensé, sitôt effectué.
D’une patte légère, je dévale les escaliers et vais rejoindre Mimiche à la cuisine. Je prends un second petit-déjeuner, la vie est belle !
Un peu plus tard…
Dan se rend au fenil, renifle : « Bizarre ! Ça sent le chat ! »
Que voit-il au milieu du passage, bien en vue ? Une petite flaque de liquide ambré… Le pipi discret avait traversé la paille pour terminer sa course là.
Ma réputation de gentlecat en a pris un coup !
Pourquoi est-ce que ça m’arrive toujours, à moi ?
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 23 Juil - 0:30:46

He bien il en arrive des choses à Maître Orca.

Toujours un plaisir Scouby

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 27 Juil - 14:37:30

Avant de partir jusque vendredi, je vous en mets encore une petite couche...

GYM ET REGIME (par Ardoise)

Et moi, pendant ce temps, qu’est-ce que je deviens ?
Bah, rien de bien nouveau : je mange, je dors, je mange, je dors… Dans les intervalles, je joue un peu avec ma balle de tennis, histoire de prouver à Michèle que je fais bien ma gymnastique quotidienne.

Elle aussi, chaque matin, elle fait sa gymnastique ! Je trouve ça à mourir de rire, d’ailleurs. Moi je suis au spectacle, je m’installe confortablement sur mon fauteuil, en face d’elle et je regarde en arborant une petite expression sérieuse.
- Ardoise, si tu me fixes comme ça avec tes yeux en boule de loto, je ne pourrai pas faire ma gymnastique à mon aise !
Impavide, je ne réponds pas. Elle soupire et commence ses exercices.
Elle s’est acheté une sorte d’appareil en plastique garni d’élastiques, idéal, paraît-il, pour les muscles abdominaux et ceux des bras.
- Un, deux, trois, quatre… compte-t-elle.
- Tchac , tchac, tchac, tchac, fait l’appareil.
Ça devrait aller comme ça jusque cent. Ça se ralentit toujours vers la fin, avec le souffle qui manque.
- 96… pffff ! …97 … 98 … pffffffffft ! 99 … 100 ! Pouffff pouffff ! Ne te moque pas de moi comme ça, Ardoise !
- Je ne dis rien, moi !
- Tu n’as pas besoin de parler, je lis tes pensées dans ton regard goguenard !

Si les résultats de la gym sont concluants ? Heu… au bout d’un mois, je ne vois toujours pas la différence !
- Si, si, Ardoise, je sens que mes muscles durcissent !
- Si tu le dis… Moi aussi, ma gymnastique fait de l’effet ! Tu ne vois pas une minuscule amélioration quand je suis de profil ?
- Tu appelles ça de la gymnastique : gigoter sur le dos en agrippant une balle de tennis des quatre pattes ? Tu ferais peut-être mieux de courir dans l’appartement comme tu le faisais avant !
- Je le fais encore, Madame, mais z’êtes pas là pour le voir ! La preuve : quand vous rentrez le soir, la nappe de la table est toute plissée, parce que je me suis entraînée dessus !
Non mais !

La sadique a trouvé le moyen de me faire suivre un régime sans en avoir l’air : elle m’achète des boîtes que je n’aime pas ! C’est vicieux, ça, hein les amis ?
Comme cela me met de très mauvaise humeur, j’use d’arguments mordants : « gnac ! »
- Aïe, Ardoise, arrête de me grignoter les orteils !
- Tu ne me donnes rien de bon à manger, faut bien que je me rabatte sur autre chose ! Je sens que je deviens orteillivore ! dis-je en la considérant de mon œil le plus belliqueux.

Je suis une crème de chatte, mais faut pas qu’on touche à mes menus ! Je vais hisser le drapeau de la rébellion ! Organiser une grande manifestation : 100 participantes grises (selon les syndicats) une seule (selon la ) ! Arpenter l’appartement de mon pas le plus martial, avec une banderole déployée au-dessus de ma tête : « A BAS LES TYRANS ! J’VEUX DU COLIN D’ALASKA ! »

Michèle, mine de rien, est impressionnée par ma détermination. Elle tente pourtant de discuter.
- Mais Ardoise, la dernière fois que tu as reçu du colin d’Alaska, tu l’as avalé si gloutonnement que tu l’as vomis directement après !
- C’est ta faute, je mourais de faim !
Là, je suis un peu de mauvaise foi, mais si peu ! C’est vrai que j’ai l’habitude de me précipiter comme un bolide sur mon assiette de colin et de tout avaler en une bouchée… C’est vrai aussi que mon estomac a tendance à rejeter ce que j’y enfourne de manière si brutale…
Le colin d’Alaska, censé m’apporter des protéines (pour la régénération des cellules de mon petit corps potelé) et du phosphore (pour me rendre encore plus intelligente que je ne le suis) finit ainsi tristement son destin dans la poubelle. Moi, pas très fière, je me réfugie sous la table de la salle à manger pour me faire oublier.
Même si je suis très, très sage, je devrai me contenter d’une boîte de pâtée ce soir !

Michèle a trouvé un compromis : elle m’achète de nouveau du colin d’Alaska mais m’en sert très très peu à la fois, de manière à ce que je ne puisse avaler de trop grosses bouchées. Dans une autre assiette elle met de la pâtée. Evidemment c’est le colin qui part en premier lieu, mais je ne suis plus malade. Mon humeur est de nouveau au beau fixe. Il en faut si peu pour me rendre heureuse !

Nous avons eu une aventure, l’autre jour ! Faut dire que s’il avait fallu compter sur moi pour éviter la catastrophe…

Michèle et Olivier étaient partis visiter ma Mamie (la Mme Maman d’Orca) qui est fortement grippée. Daniel est rentré à la maison comme d’habitude après le travail (et peut-être aussi après le bistrot avec les collègues), il a enfilé un short et un T-shirt pour être à l’aise et il a mangé du rôti qui restait du souper d’hier.
Comme il y avait un fond de sauce durcie dans la casserole, il a allumé la cuisinière par-dessous, pour liquéfier la graisse avant de la jeter.
Puis, se sentant un peu fatigué (peut-être l’effet des bières bues avec ses collègues ?), il s’est étendu sur son lit… et s’est endormi.
Moi, impavide, tapie sur une chaise de la salle à manger (un de mes postes de guet favoris), j’ai regardé d’un œil intéressé une épaisse fumée grise envahir l’appartement, accompagnée d’une horrible odeur de sauce brûlée.
J’étais dans l’expectative : j’attendais les flammes.

Soudain, une espèce de fusée en short est sortie de la chambre, se précipitant vers la cuisine. Puis Daniel, toussant et suffoquant, a ouvert les fenêtres et la porte de la terrasse. Après quoi, se souvenant du chat fidèle et bien-aimé, il a tenté de le découvrir dans la brume ambiante.
- Ardoise ! Réponds ! Tu n’es pas asphyxiée ?
- Mais non, tu ne devras pas me faire de bouche-à-bouche, dis-je en soulevant de mon museau le bout de la nappe qui me dissimulait.
- Tu es un beau chat de garde, toi !
- Ben kwâ ?
- Tu aurais pu m’avertir que ça sentait le brûlé !
- Mwâ ?
Je suis sincèrement surprise. Il n’a pas insisté.

M’aurait-il fait du bouche-à-bouche si la fumée m’avait intoxiquée ? J’en doute fort ! Il m’aurait fourrée dans mon panier et transportée illico-presto chez la vétérinaire qui habite sur le boulevard. Vous savez, la fameuse vétérinaire qui a fait maigrir le chien du cinquième étage ? Je l’ai échappé belle !
D’un autre côté, une fois ranimée, j’aurais pu dire, comme les stars : « Je reviens d’une cure de désintoxication ! »
Histoire de produire son petit effet au village où je vais passer chaque week-end ! Mine de rien, ça vous pose une chatte ! L’Orca en serait vert de jalousie !

Méditant là-dessus, je sors sur la terrasse, histoire de prendre un peu l’air pur de notre boulevard.
Que vois-je ? Le petit bananier qu’on avait mis là à l’abri de mes dents… eh bien à son tour, il a eu un bébé ! Une petite feuille toute verte et vigoureuse qui jaillit de terre. Je m’approche pour contempler ce phénomène de près.
- Y a bon bananier !
- Ardoise ! Rentre !
Quand je ne fais rien, on me critique ! Quand je bouge, on me gronde ! Quelle famille !

L’ex-Grand-Amour-de-Ma Vie, Olivier pour ne pas le nommer, est sur le point de me quitter et d’aller s’installer ailleurs avec une bipède nommée Nathalie…
Ô trahison !
Alors moi, j’ai bien réfléchi et j’ai pris une grande décision.

Comme je suis une chatte sensée, équilibrée, pas masochiste pour un sou, n’ayant pas la vocation du martyre, je ne vais pas être assez bête pour me payer un chagrin d’amour et une dépression nerveuse, par-dessus le marché !
Alors, je vais changer de « Grand Amour de Ma Vie » !

Mais sur qui jeter mon dévolu ? Daniel ? Il est tellement distrait, quand il regarde la télé, que je devrais toujours faire des efforts pour attirer son attention… Sa Seigneurie Caramel, elle, n’y allait pas par quatre chemins : quand il ne passait pas son temps libre à l’admirer, elle lui tapotait impatiemment les joues de sa patte, afin de le remettre dans le droit chemin : « Hé, c’est pas la télé, c’est moi que tu dois regarder ! MOI ! »
Suis-je prête à déployer la même énergie, la même opiniâtreté ?
Non. J’aime mes aises et ne tiens pas à être constamment sur le qui-vive : « Que fait-il ? Où va-t-il ? S’il n’est pas rentré dans cinq minutes, je fais une scène ! »
La chatte Caramel excellait dans ce rôle. Rien n’était excessif pour elle, elle se donnait à fond dans ses passions.
Très peu pour moi, merci !

- En attendant de rencontrer un autre prince charmant, je te nomme « Amour de Ma Vie » par intérim, dis-je à Michèle très étonnée de cette décision.
Du jour au lendemain, je lui accorde donc une particulière attention. Partout où elle va, je vais. Je m’affale sur ses genoux quand elle lit son livre, je me couche sur le lit (dans le sens de la largeur, bien sûr) quand je souffre de solitude en plein cœur de la nuit, je m’installe allègrement sur son estomac quand j’entends sonner le réveille-matin : « Hep, hep ! Il est temps de te lever et de me donner à manger ! »
- Encore cinq minuuuuuuuutes, Ardoiiiiiise !
Je me promène de long en large sur le lit, imbue de mon importance. Si je n’étais pas là, tout irait à vau-l’eau dans cette maison. Sévère, je réplique :
- Non pas cinq minutes, sinon je vais faire des bêtises, je le sens !
Les bijoux qu’elle a enlevés hier soir traînent sur la table de nuit. Il suffirait d’un bon coup de patte… Et ses appareils auditifs ! Ben oui, elle en a, sinon elle n’entend rien…
J’en ai volé un, une fois. Subrepticement, je l’emportais dans ma gueule pour jouer avec lui, quand j’ai appuyé, par inadvertance, sur un petit bouton. L’appareil s’est mis à siffler, avertissant Daniel qui m‘a bondi dessus pour me confisquer mon nouveau jouet. Après cette émotion, Michèle dissimule chaque soir ses appareils dans un endroit inconnu de moi… Il faudra que je cherche sérieusement. Je me demande bien quel goût ça a, un appareil auditif ! Est-ce que ça craque sous la dent ? Est-ce que mon estomac se mettrait à faire bip-bip ? Je brûle de faire de nouvelles expériences…

L’autre soir, Michèle et Nathalie étaient en train de papoter. Les deux hommes étaient partis étaler une ultime couche de peinture dans le nouveau petit appartement du jeune couple. Moi je somnolais sur le dossier de mon fauteuil préféré.
- Je n’ai plus peur de votre Ardoise ! a dit Nathalie.
- Zut alors, me suis-je dit.
- … mais j’ai un peu peur de votre chat des Ardennes ! Il est si bizarre !
Il faut avouer qu’elle a du bon sens parfois, cette Nathalie ! Décidément, il n’y a que Michèle et Daniel pour ne pas s’apercevoir que le chat des champs est in-fré-quen-ta-ble ! Il y a longtemps que je me suis fait mon opinion là-dessus !
- Oui, dit Michèle, c’est vrai qu’il a un peu une tête de gangster…
Ah ! Quand même ! Je ronronne.
- … mais il est tellement gentil ! Tellement affectueux !
Je m’arrête de ronronner.

Et voilà, le petit couple a déménagé !
La vie me semble toute bizarre sans Olivier…
Parfois, j’ai le cœur lourd, spécialement quand il revient nous dire bonjour. Il me câline, je lui chuchote des gentillesses à l’oreille, je recommence à y croire… Et puis il s’en va ! Faut que je me secoue, je suis une chatte raisonnable, je ne dois pas oublier ça !

L’autre fois, il est venu me nourrir le samedi et le dimanche, parce que Michèle et Daniel devaient faire des travaux dans notre maison des champs et je ne pouvais pas les accompagner cette fois-là. Quand il est reparti chez lui, je me suis quand même sentie un peu solitaire…
Lorsque mes parents d’adoption sont rentrés, le dimanche soir, je n’étais pas trop contente. Pour les accueillir, j’avais comme d’habitude, frémi de la truffe dans tous les sens et, bien sûr, il y avait comme un petit parfum d’Orca dans l’air.
Maussade, je me suis installée sur le dossier de mon fauteuil en leur tournant ostensiblement le dos.
- Ardoise ! Psssst ! Pssst !
- … (Silence dédaigneux, regard lointain).
- Viens ici, belle minette !
- … (Tenir le coup ! Ne pas se laisser embobiner !)
- Viens dire bonjour !
Je leur jette un regard furtif. Ils me sourient d’un air engageant. Les traîtres !
Bien sûr que je vais me laisser amadouer, mais pas maintenant ! Pas trop vite ! Qu’ils mijotent encore dans le jus de leur culpabilité pendant quelques minutes !
Malheureusement, ils connaissent tous les trucs : Michèle agite une de mes petites souris (une verte que j’affectionne particulièrement) et la fait glisser sur le sol. Je me rue à sa suite et me mets à jouer de bon cœur. C’est le problème avec moi : je ne sais pas rester fâchée !

Le week-end prochain, je les accompagnerai à nouveau à la campagne, il faudra que je mette le gangster au pas !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 27 Juil - 15:27:09

Comme toujours enchantée de lire le récit de la vie d'Ardoise et de Orca

Un vrai feuilleton , j'adore

Je riais toute seule car j'imaginais très bien la séance de gymnastique

C'est tellement vivant

Merci Scouby


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 27 Juil - 17:57:06

Il n'y a pas de quoi, Catherine, c'est avec plaisir ! Et c'est normal que ce soit vivant, car c'est véridique !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 27 Juil - 18:50:34

Oui Scouby , mais c'est ton style aussi qui rend ce récit si vivant

Tu as une très belle écriture flower

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 30 Juil - 13:20:55


Je mettrait encore un chapitre tout à l'heure.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 30 Juil - 14:29:08

MOUVEMENTS D’HUMEUR (par Orca)


Je me suis aperçu que la chatte Ardoise a encore ajouté quelques pages à la grande histoire de sa vie ! Diplomatie oblige, je prends la suite, honneur aux dames d’abord, n’est-ce pas ?

Mais qu’est-ce qu’elle peut bien vous raconter ? Elle reste cloîtrée dans un appartement toute la sainte journée et elle noircit des pages, des pages… Quelle bavarde ! Ce n’est pas comme moi ! Moi, je parle quand j’ai des choses intéressantes à dire !
— Alors, taisez-vous, qu’elle me dit comme ça.
Non mais, de quoi je me mêle ?

Il paraît que ses séjours dans ma maison vont se faire de plus en plus fréquents. Honnêtement, cette perspective ne me laisse pas très chaud. Ma petite vie est si bien réglée, si confortable ! C’est au point que Dan et Mimiche me trouvent chaque vendredi soir devant la maison, à guetter l’arrivée de la voiture. Plus question que j’en perde une miette, de mes précieux week-ends !

Le vendredi soir, donc, je suis là, dans la maison ou sur le seuil. Mes gamelles sont vides depuis mardi, j’ai chassé ou mendié mercredi et jeudi et j’attends une nouvelle ration de victuailles et de tendresse.

Titi attend, lui aussi, dans son abri de feuillages. J’ai pris le malheureux sous ma haute protection, après m’être aperçu que, non content d’être l’innocent du village, le pauvre matou avait perdu une partie de ses dents ! Et un chat sans canines ne mange pas souvent à sa faim, je vous le garantis ! C’est pourquoi Titi attend avec impatience que Mimiche s’occupe de lui.

Il se laisse même caresser, à présent !
Je lui marque mon auguste satisfaction.
— Titi, je te félicite, tu fais de gros efforts pour vaincre ta timidité !
— Merci, Orca !
— Ce n’est pas comme ta sœur Nefer ! Elle boude ou quoi ? Je ne la vois plus !
— Je ne sais pas, Orca !
— Evidemment, tu ne pourras jamais entrer dans la maison, c’est mon privilège absolu… Mais la terrasse, ce n’est déjà pas si mal !
— Je suis très content comme ça, Orca ! Je suis très content quand Petite-Goulaffe n’est pas là !
Apitoyé, je lui donne un coup de langue amical sur l’oreille.

Mais oui, le pauvre garçon ! Il a une peur bleue de ce monstre de Petite-Goulaffe qui n’a pas hésité à le pousser brutalement du museau pour s’approprier le contenu de sa gamelle ! Quand il voit, de loin, arriver la petite peste, Titi s’éloigne et fait un grand détour pour l’éviter. Evidemment, la coquine use et abuse de son avantage. J’ai beau la sermonner, rien n’y fait ! Elle me dévisage de son petit air espiègle et en fait absolument à sa tête. Le samedi et le dimanche, elle entre dans ma maison comme chez elle, inspecte le contenu de mes assiettes… Il est vrai que si elle me surprend occupé à manger, elle ne pousse pas l’outrecuidance jusqu’à me pousser du museau, moi. Elle attend son tour ou tourne les talons. Je dois lui inspirer un soupçon de respect, c’est déjà ça !

Elle habite toujours avec sa mère, dans la maison du bout de la rue, mais passe ses week-ends chez nous. La nourriture est meilleure, paraît-il…
Comme elle est intelligente, elle ne salit plus le tapis, elle se conduit correctement… en apparence ! Mais je ne me départis pas de ma vigilance, car je pense être le seul à avoir décelé le côté démoniaque de sa nature.

Gourmande vient nous voir de temps en temps, mais moins souvent qu’avant, me semble-t-il. Tant mieux, parce qu’après son départ, toutes les gamelles semblent passées au lave-vaisselle ! Dan et Mimiche l’ont surnommée « l’aspirateur universel » La chatte tricolore ne s’en offusque pas, rien ne la vexe. Son estomac est la plus grande préoccupation de son existence. Comme elle est jolie et plaisante, avec sa belle robe écaille-de-tortue et ses grands yeux clairs, elle n’a qu’à demander pour recevoir.
Je trouve ça particulièrement injuste : mon Titi, lui, n’a pas cette chance. Comme il lui manque des dents, il a une figure bizarre et quand il a bu du lait, son menton tout barbouillé de blanc ne lui confère pas un air très intellectuel. En outre, il a le regard craintif et s’enfuit à la vue de tout être vivant. Il commence seulement à s’habituer à Mimiche, après tant d’années ! Il a enfin compris qu’elle ne veut pas le dévorer, bien au contraire, elle lui donne de la bonne pâtée. Aussi ose-t-il lui témoigner sa reconnaissance en se frottant contre ses chevilles et en acceptant de se laisser câliner. Parfois, il se pose sur le rebord de la fenêtre du salon et regarde à l’intérieur de la pièce en arborant son air le plus sentimental. Il se conduit un peu comme moi au début, mais le problème pour lui c’est qu’il arrive second, la place est déjà prise. Il devra se contenter, comme domicile, de son abri dans le bosquet d’en face, tandis que moi je peux me prélasser sur ma petite couverture « Sole Mio » bleue.
C’est le premier arrivé qui est le mieux servi.
Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, comme on dit.

Et à propos de se lever tôt…
Dernièrement, Mimiche et moi avons été un peu en froid. Je vous explique !
Comme vous le savez déjà, j’adore me prélasser au lit le matin. Allongé de tout mon long sur ma couverture, je me crois au paradis. Il fait agréablement tiède, l’endroit est confortable, je me sens bien… Il faut vraiment utiliser la force pour me faire émerger de mes plumes !
Dernièrement, donc, Mimiche et Dan se sont levés de très bonne heure parce qu’on venait livrer et installer une cassette (un insert, je crois que c’est le mot), pour le feu ouvert du salon. En rechignant, j’ai bien dû descendre à la cuisine avec eux. Mimiche ne veut pas me laisser seul dans la chambre, elle se méfie de mes idées farfelues en matière de petits pipis.

Les ouvriers sont arrivés dans une camionnette qu’ils ont garée devant la maison.
Déjà, je me préparais à sauter dans ce véhicule quand Mimiche m’a récupéré in extremis.
— Orca, on ne t’aurait pas vu, tu te serais retrouvé à des kilomètres d’ici, ce soir !
— Monte-le dans la chambre, il est toujours dans nos pieds et il empêche les gens de travailler, a décrété Dan, impatienté.
— C’est vrai, je peux retourner au lit ? me suis-je exclamé, ravi.
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Les ouvriers ont mis deux heures à installer la cassette, tandis que je ronflais comme un bienheureux sur ma couverture.
Vers onze heures du matin, Mimiche a voulu me tirer du lit.
— Nooooooooon ! Pitiéééééééé ! Je suis si bien !
— Il est tard, il faut te lever, Orca, je vais faire le lit !
La cruelle, la sans-cœur ! J’obtempère, la mort dans l’âme.
Je me vengerai !

De retour dans le salon, tandis que Dan et Mimiche admirent la cassette fraîchement installée, je regarde autour de moi, arborant un petit air sournois qui ne m’est pas habituel, loin de là. D’un pas de crabe, je me dirige vers un coin de la pièce… Evidemment, c’est toujours quand vous ne voulez pas vous faire remarquer que toutes les paires d’yeux de la pièce convergent vers vous.
En l’occurrence, ils peuvent me voir, je m’en fous. C’est même mieux comme ça.
— Orca ! Que fais-tu ?
— Je me venge ! Regardez !
Je les fixe dans le blanc de l’œil et dépose, bien en vue sur le sol, une petite crotte de protestation.
— Ah ! On a osé me tirer du lit !
Ils sont scandalisés. La tête et la queue hautes, je sors dignement, sous les insultes.
Ils devront me supplier, pour que je revienne !

Cinq minutes plus tard, je suis de retour, l’œil joyeux et amical.
— Dan, Mimiche, ne pleurez plus, c’est moi, votre Orkatteke ! Je reviens, je ne suis plus fâché !...
Tiens, c’est bizarre, ils n’avaient pas l’air si désespéré que ça !

C’est vrai qu’elle fonctionne bien, la nouvelle cassette. Il fait à présent une température agréable dans la pièce, ce qui n’a jamais été le cas auparavant. Quand le feu brille, je me pose sur la table du salon, devant la cheminée, et je me laisse hypnotiser par les flammes, tout en me chauffant. Le roi n’est pas mon cousin, je vous assure !

Il y a quelques jours, nous avions de la visite : le fils de Dan et Mimiche, accompagné de sa fiancée.
Vous savez comme je suis irrésistible, hein ? Eh bien, j’ai eu beau déployer toutes mes séductions, je ne suis pas arrivé à conquérir ladite fiancée ! Chaque fois que j’approchais d’elle avec un sourire engageant, la malheureuse se recroquevillait sur elle-même en me surveillant d’un œil terrorisé.
La nuit, de me savoir si près d’elle, elle a fait des cauchemars ! Je n’en revenais pas !
Il fallait absolument que je fasse un geste pour qu’on m’apprécie. Si je lui offrais un petit présent ?
Je suis allé chercher une grosse boulette de « Kitekat » dans ma gamelle et l’ai déposée à ses pieds alors qu’elle regardait d’un autre côté.
— Siouplaît ! Mademoiselle Nathalie : « Bouchées tendres bœuf et foie » ! Cadeau !
Je me suis ensuite diplomatiquement éloigné, en attendant qu’elle remarque mon initiative amicale.
Hélas, les amis, pas de chance ! Elle n’a pas vu mon cadeau et a marché dedans !
Elle était un peu confuse. Olivier, lui, a éclaté de rire : « Quel bête chat ! Répandre sa nourriture partout ! »
Je suis un incompris !

— Pauvre Nathalie, a dit Mimiche par la suite, je ne savais pas qu’elle avait peur des chats à ce point !
— Et surtout de MOI ! C’est incroyable ! me suis-je écrié.
— Euh, mon Orca, si on ne te connaissait pas, on te prendrait facilement pour un brigand des grands chemins !
Bon, je suis maigre, d’accord. Grand et maigre. Et noir. Et un peu pelé. Et j’ai une mine patibulaire. Et un nez de boxeur et de larges pattes. Admettons.
Mais j’ai un regard si bon ! Doré et tendre. Je crois que ça rachète tout le reste.
— Tu sais, Orca, tu n’es pas en cause, dit Mimiche pour me tranquilliser. Nathalie a peur de tous les chats, pas seulement de toi ! La prochaine fois qu’elle viendra, fais-toi très discret, d’accord ?
Discret, moi ? Pas très évident… Ce n’est pas ma faute si je suis un chat remarquable !

Que je vous raconte encore une petite chose…
Vous savez que Mimiche me laisse chaque semaine une bonne quantité de nourriture ainsi qu’un grand bol de croquettes. Je ne suis pas un fana des croquettes et j’en mange très peu. Pourtant, ces derniers temps, le contenu de mon bol diminuait de manière sensible. Et même la nourriture dans ma gamelle, dites donc ! Je me posais des questions : Petite-Goulaffe avait-elle pénétré le secret de la chatière ? Dans ce cas, je n’avais plus qu’à me faire hara-kiri !
Vendredi passé, je me reposais sur les genoux de Dan, presque assoupi devant le feu. Qu’est-ce que je me sentais bien ! C’était le soir. Mimiche lisait un livre, lorsqu’elle a distraitement levé les yeux vers la cuisine.
— Daniel, a-t-elle dit, incrédule. Est-ce bien une souris que je vois là ?
— Impossible, dis-je en me réveillant à moitié. Là où je me trouve, il n’y a pas de souris, croyez-moi ! Vous pouvez faire confiance à Orca Maître-Chat !
Et je me suis rendormi, la conscience en paix. Des souris ? N’importe quoi !
Pendant ce temps, Dan et Mimiche contemplaient deux petites silhouettes bien typiques qui festoyaient dans ma gamelle !
— Ce ne sont pas des souris, a dit Dan, ce sont des musaraignes !
Qu’est-ce que je disais ! Impossible que ce soient des souris ! Les musaraignes, c’est différent, hein ? Rien ne m’empêche de prétendre que j’ai signé un pacte de non-agression avec les musaraignes ! Pour sauver la face…

Pourquoi est-ce que tout se ligue pour me tourner en ridicule, ces derniers temps ?
J’entends déjà la chatte Ardoise ricaner dans ses moustaches…
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 30 Juil - 14:51:12

J'ai adoré cette suite , et maintenant j'ai hâte de connaître la suite de l'histoire avec les musaraignes .

Quand je te lis j'ai les images qui défilent dans ma tête, j'imagine totalement la maison , j'ai l'impression de vivre avec vous tout ce qui se passe.

Un bonheur

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 30 Juil - 15:40:42

Merci Catherine !
Nous avons toujours eu des musaraignes, et des chats vraiment peu agressifs : Ardoise les laissait manger avec elle dans sa gamelle et Orca ne s'y intéressait pas plus que ça.
Geisha et Charlot sont plus "félins", ils ne peuvent résister au plaisir de la chasse, ce matin j'ai encore trouvé un pauvre souriceau trucidé près de la porte du jardin.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 19 Aoû - 13:25:02

VACANCES (par Ardoise)


J’ai enfin quitté mon appartement douillet pour aller passer quelques jours de vacances dans notre cabanon, à la campagne ! C’est pas que ça m’amuse particulièrement, mais comme vous le savez, fallait que j’aille inspecter les lieux et mettre fin à certains abus : quand le chat est parti, les souris dansent, c’est bien connu ! Et encore, je ne parle pas de vraies souris, mais d’un certain matou qui a certainement profité de mon absence un peu prolongée pour prendre ses aises…
Moi, si délicate et citadine jusqu’au bout des griffes, j’ai fait une plongée dans le terroir. « Il faut que tu t’habitues ! » a dit Michèle.
Contre toute attente, je me suis bien amusée, mais commençons par le commencement.
Et le commencement n’a pas été très drôle, je vous le jure !

Quelques jours avant le départ, hop ! Michèle m’empoigne et me fourre dans mon panier.
Je pousse des braiments indignés : « Ça va pas, non ? Tu veux me faire sortir, moi ? Où allons-nous ? »
— Chut mon Ardoise ! Guili-guili joli minou !
C’est fou ce qu’elle peut être mielleuse quand il s’agit de me torturer ! Je me débats furieusement, tandis qu’elle saisit le panier, prend l’ascenseur… Tout cela ne me dit rien de bon, mais alors, rien !

Nous sortons dans le crépuscule, moi toujours hurlant et gigotant. Je l’ai déjà dit : je déteste le bruit des voitures, les vapeurs d’essence… Je déteste qu’on me traite comme ça !
— Je ne suis pas un vulgaire paquet, je suis un animal libre ! glapis-je bien inutilement.
Tiens, nous ne prenons pas la voiture… Bizarre. Nous remontons le boulevard, bifurquons… Devant nous, un immeuble avec une plaque rutilante. Je déchiffre, non sans stupeur : Docteur Annabelle A…., Vétérinaire.
Le docteur qui a fait maigrir le chien du cinquième étage !!! Argh ! Argh ! Je suffoque, je meurs !

Nous entrons, moi contrainte et forcée, bien sûr.
Une blondinette souriante nous accueille dans la salle d’attente et nous invite à pénétrer dans le cabinet médical. C’est la vétérinaire !
Hou là là ! Elle ne ressemble pas du tout à mon précédent médecin, chez qui nous allions quand Michèle avait encore sa vieille voiture pour me transporter. Celle-ci habite à côté de chez nous, c’est bien ma veine !
— Quel est le problème ? demande la blondinette.
— Il n’y a pas de problème. Je me porte très bien et je voudrais m’en aller, siouplaît ! dis-je, pitoyable, tandis que Michèle, sans prendre garde à mes miaulements, explique le topo : je suis une chatte d’appartement mais, sous peu, je vais me retrouver en présence d’un chat des champs (peut-être même de plusieurs) et il serait préférable que je reçoive les vaccins nécessaires contre toute attaque virale ou microbienne !
Sans me demander mon avis, on m’extirpe du panier et on me pose sur la table d’examen.
— Elle est trop grosse, peut-être qu’elle devrait suivre un petit régime… insinue Michèle.
La traîtresse, l’abominable ! Je lui voue une haine éternelle !
— Mais non, dit la vétérinaire. Elle est très bien, pour une chatte d’appartement !
Ô douce musique ! Choeur céleste ! J’en flageole de soulagement. Michèle n’en croit pas ses oreilles. Elle regarde ma luxuriante fourrure qui s’étale complaisamment sur la table d’examen et elle pense que, tout de même, je prends beaucoup de place…
— Il est vrai qu’elle a un pelage très épais, concède-telle sans conviction.
— Mais oui, sourit la vétérinaire en me palpant.
Au risque de me répéter (je sais que je l’ai déjà dit, m’enfin !), tous les vétérinaires ont la même manie : ils me tirent les oreilles, examinent ma langue, me scrutent le fond de l’oeil… Si je me mettais à loucher subitement, que dirait celleci ? J’y vais ? J’y vais-t-y pas ? Sans doute un peu dangereux : pour un moment de rigolade, elle me prescrirait des lunettes, ils n’ont pas le sens de l’humour ces gens-là !
Elle prend une seringue et m’injecte un cocktail de vaccins. Je devrai revenir dans un mois pour le rappel. Je suis une pauvre victime…
— Et il faudra aussi, continue la vétérinaire tout naturellement, prendre un rendez-vous pour un détartrage !
Michèle ouvre des yeux ronds. Moi aussi.
— Regardez, dit le docteur.
Elle m’ouvre la bouche. Je commence à en avoir marre, mais marre !
— Vous voyez, votre chat n’a déjà plus de dents d’un côté…
Elle s’enquiert de mes antécédents et, une fois de plus, Michèle brosse un tableau terrifiant de ma malheureuse petite enfance, maltraitée, affamée… puis de mon sauvetage par l’équipe de Veeweyde.
Il est vrai que, dans les refuges pour animaux abandonnés, on pare au plus pressé. On ne s’occupe pas principalement de dentisterie et il est plus que probable que je ne possédais déjà plus mes dents du côté droit quand j’ai été adoptée.
Heureusement, j’ai encore mes dents de devant ! Mes superbes canines ! Elles ne me servent pas à grand-chose, mais mon sourire est intact.
La visite s’achève… Nous sortons, et tombons nez à nez avec le chien du cinquième étage, venu lui aussi en consultation. Du fond de mon panier, je le jauge d’un oeil expert : il me semble qu’il a repris du poids… ça ne sert à rien, les régimes !
Heureusement, j’en suis dispensée !

Après cela, blindée contre les microbes et les maladies insidieuses, je suis partie en vacances dans la cambrousse.
Mon enthousiasme était mitigé, mais Michèle a décrété que j’avais besoin de me changer les idées après la désertion d’Olivier et je n’ai pas eu le choix. La situation d’animal de compagnie, si elle a certains côtés appréciables, a ceci d’ennuyeux que, même quand on est adulte, on ne fait pas encore ce qu’on veut ! C’est toujours les autres qui décident : Ardoise va faire ceci, va aller là-bas… et si Ardoise n’a pas envie, c’est le même prix ! Aucune indépendance, je vous dis !
Et les ligues de défense des animaux s’avouent incompétentes dans ces cas-là. À quand la déclaration universelle des droits du chat d’appartement ?
— Si tu crois qu’au bureau, je fais ce que je veux ! rétorque Michèle.
Ce n’est quand même pas pareil, à mon avis…..

Donc, bon gré mal gré, ils m’ont embarquée dans la voiture. Comme d’habitude, j’ai agrémenté le voyage de mes chants les plus mélodieux : « Miâââââââ ! Oôôôôôôôôô !
Aââââââââââââââââh, je riiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis… »
Mes humains, eux, ne riaient pas. Ça console un peu.
— Ardoise, espèce de casse-pieds !
— Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin !
Nous arrivons. Toujours dans mon panier, je suis transportée à l’intérieur de la maison. Et là, devinez qui attendait, incontournable ?
— Orca ! Mon minet chéri !
Je pousse un profond soupir. Lui, naïvement, s’approche du panier pour voir ce qu’il y a dedans.
À peine m’a-t-il reconnue qu’il roule des yeux en boules de loto.
— Tiens ! Chère Ardoise ! Quelle… heu… agréable surprise !
— B’jour, dis-je sobrement.
On me libère. Je m’étire en prenant tout mon temps, puis je considère de près l’animal figé à quelques centimètres de moi. Est-ce bien l’Orca ?
— Z’avez maigri ! constaté-je. Et z’avez les poils courts, maintenant ! Permettez que je vérifie si c’est bien vous ?
— Faites, balbutie-t-il.
Je fourre mon museau dans les poils rabougris et me mets à flairer. Chaque centimètre carré de l’animal y passe.
— C’est bien votre petite odeur, concédé-je.
Comme j’entreprends de vérifier une nouvelle fois, il s’écarte pudiquement et va s’asseoir sur le tapis du salon. Il ne dit rien : il me surveille du coin de l’oeil.
— Les retrouvailles ont l’air de bien se passer, chuchote Michèle.
Rassurée, elle prend deux assiettes qu’elle garnit de colin d’Alaska et les pose sur le sol.
L’Orca et moi nous précipitons d’un seul élan.
— C’est bon ! s’exclame-t-il.
— C’est mon plat préféré ! souligné-je.
En un clin d’oeil, son assiette est vide. Il reste un peu de poisson dans la mienne, mais j’avertis : « Pas touche à ma gamelle ! Je suis la chatte de cette maison, ne le perdez surtout pas de vue ! C’est moi qui commande ici, vu ? »
Il baisse le nez.
Michèle m’a acheté un bac à sable tout neuf, un bleu. Je vais le flairer : pas question que je pose mon délicat séant dans le bac de l’Orca, quand même !
— Et pas touche à mon bac ! ajouté-je pour faire bonne mesure.
Il consent à tout. Y a pas à dire, il est coopératif. Ma méfiance se relâche, je me radoucis.
Qu’y a-t-il encore de changé, ici, depuis que je ne suis plus venue ? J’explore. Ah, ils ont déplacé quelques meubles !
Ah, ils ont installé…
— Tiens, une chatière ! dis-je d’un air connaisseur.
Daniel et Michèle se regardent, éberlués.
— Tu sais ce que c’est, Ardoise ?
— Bien sûr, dis-je, j’en avais une chez Veeweyde, vous ne vous souvenez pas ? Y avait une chatière entre la grande cage et le petit jardin où je courais !
Je n’oublie jamais ce qui pourrait un jour m’être utile !
D’ailleurs, les amis, je vous rassure : au moment où j’écris ces lignes, je ne me suis jamais servie de cette chatière. L’entrée de service, c’est pour les autres ! Moi, il faut qu’on m’ouvre la grande porte !

Le soir, le poêle brûle dans la cuisine, il fait bien chaud.
Michèle installe deux chaises devant le feu, pour Orca et pour moi. Nous y grimpons et nous mettons à l’aise, Orca roulé en boule, moi étalée, ma luxueuse fourrure occupant toute la
surface de la chaise, les pattes de devant pendantes. Ah, que nous nous sentons bien !
Tout à coup, mon oeil à demi-ouvert surprend quelque chose, une petite chose minuscule qui court dans la cuisine. Je me redresse.
— Vous bilez pas, charmante Ardoise, ce n’est qu’une musaraigne, grommelle Orca sans bouger.
— C’est kwâ ça ? m’ébahis-je.
— Une toute petite souris des champs. N’allez pas l’effrayer, elle ne vous a rien fait !
— J’veux pas l’effrayer, j’veux la voir de près ! dis-je en me levant.
La petite chose court dans le salon, je la suis. Elle se faufile sous la cassette du feu ouvert, dans une fissure entre les briques. Je m’approche pour y jeter un coup d’oeil. Il fait sombre là-dedans !
— Tiens, je crois qu’Ardoise a flairé une musaraigne, dit Michèle.
— Elle est peut-être meilleure chasseresse que notre chat des champs ! commente Daniel.
C’est kwâ, chasseresse ?
Comme il n’y a plus rien à voir, je retourne sur ma chaise.

Un peu plus tard, il me vient une petite faim. Je trottine vers mon assiette, y enfouis le museau.
— Bonzour ! C’est de nouveau vous, zoli çat gris ?
— Il me semblait bien vous avoir reconnue ! dis-je joyeusement.
Ma petite copine de l’autre fois ! J’aime bien quand elle m’appelle "zoli çat gris" !
— Alors comme ça, z’êtes pas une souris ordinaire, z’êtes une musaraigne, vraiment, voui ? dis-je émerveillée.
— Mais zoui ! confirme-t-elle avant de s’attaquer une nouvelle fois à mon repas… que je partage sans regret, vu qu’elle est toute petite et ne mangera sûrement pas grandchose, la pauvre !
Nous nous régalons de concert, tandis que Michèle se plaint bruyamment d’avoir encore oublié la caméra qui aurait immortalisé cet instant.
Après le repas, nous regagnons nos pénates, moi la chaise au coin du feu et la musaraigne, son petit trou dans le mur.
Daniel, armé d’une balayette et d’une boîte en carton, a bien essayé de l’intercepter au passage, mais elle a été plus rapide que lui.
— Pourquoi veut-il l’attraper ? m’étonné-je.
— Il veut la relâcher au fond du jardin. Il espère qu’ainsi elle ne retrouvera plus le chemin de la maison et qu’elle ira ailleurs, daigne m’expliquer l’Orca, les yeux toujours clos.
Je médite sur la question. Et si on me faisait ça à moi, que deviendrais-je ?
J’espère que la musaraigne ne va pas se laisser capturer !
J’ai à peine eu le temps d’assimiler ces informations nouvelles, que j’ai eu une autre surprise !

Michèle avait ouvert la porte du jardin, histoire de prendre l’air. Moi je préférais rester dans la cuisine, il y faisait bien chaud et puis, ma gamelle s’y trouvait. Il faut bien que je garde l’oeil sur ma gamelle !
Subitement, quelque chose déboule dans la pièce, manquant me heurter.
Je regarde et crois avoir une hallucination : cette couleur grise… cette petite taille… Non, non, ce n’est pas mon amie la musaraigne, c’est une autre Ardoise ! Tout mon portrait, il y a
quelques années !
Médusée, l’autre chatte s’est immobilisée dans son élan. Elle me contemple fixement.
— C’est qui, vous ? fait-elle en me flairant le museau, l’air méfiant.
Ce ton ! Je monte sur mes ergots.
— Je suis Ardoise, la chatte de cette maison ! clamé-je, ayant repris du poil de la bête.
Maintenant que je la vois mieux, je trouve qu’elle ne me ressemble pas tellement. Bon, elle a une belle grosse fourrure grise avec de vagues reflets roux, mais sûrement pas à triple
épaisseur, comme moi ! Elle a une queue d’écureuil, ce qui est un peu incongru pour un chat… et des yeux en amande, dites donc ! Pas de beaux grands yeux ronds comme les miens !
Apparemment, ma réponse ne la satisfait pas, car elle prend un air féroce.
— Grrrrrrrr ! Grrrrrrrrr !
— Michèèèèle ! Elle me grogne dessus ! gémis-je, pétrifiée de surprise.
Ma mère d’adoption survient et se saisit de la créature.
— Allons, Petite-Goulaffe, au jardin ! dit-elle. Tu ne peux pas rester ici si tu es méchante avec la pauvre Ardoise !
Elle a déposé dehors une assiette bien garnie pour la dénommée P’tite-Goulaffe.
Je suis allée dans la salle à manger et me suis posée sur le rebord de la fenêtre pour mieux voir. Elle a un appétit d’ogre, cette P’tite-Goulaffe !
— Tu dois la comprendre, dit Michèle, elle est toujours dehors, exposée à toutes les rencontres… Il faut bien qu’elle se fasse respecter, alors elle grogne ! A part ça, elle est adorable, cette petite chatte, tu verras !
Derrière mon dos, j’entends l’Orca réprimer un petit ricanement. On dirait qu’il en sait long sur la bestiole, je le soumettrai à un interrogatoire en règle sitôt que j’en aurai l’occasion.
Décidément, il s’en passe des choses, à la campagne !

Un peu plus tard…
— Michèle, il est temps d’aller se coucher. Je prends les chats, tu prends les gamelles…
Daniel nous soulève, l’Orca et moi, et se dirige vers l’escalier, un chat sur chaque bras.
— Je sais marcher ! proteste dignement l’Orca.
— Oui, c’est ça, et puis tu vas faire un tour dans le fenil et on ne te voit plus ! rétorque Daniel.
Tiens, l’Orca serait-il indiscipliné ?
— Orca, Maître-Chat, sa volonté fait loi ! clame l’animal, les poils hérissés.
J’achève la citation : « Sauf quand Ardoise est là ! »
Non, mais des fois !

— Vous prenez quel côté du lit, en général ? m’enquiers-je, méfiante.
— Je dors au pied, sur ma petite couverture bleue, répond la bestiole avec précaution.
— Ah bon, alors comme ça, ça va ! Bougez pas de là, surtout !
— Et vous-même, où allez-vous dormir ?
— À Bruxelles, j’ai mon lit personnel, mais ici c’est la vie rustique, je devrai faire avec ! Je vais me trouver une petite place confortable sous les couvertures… Ne me marchez pas dessus la nuit, hein ?
— Soyez tranquille, répond-il précipitamment, je ne me lève que pour utiliser mon petit bac de sable !
— N’allez pas dans le mien, surtout ! Le bleu tout neuf, c’est le mien ! Le brun usé, c’est le vôtre !
— J’essaierai de m’en souvenir, dit misérablement la créature, prête à tout pour conquérir mes bonnes grâces.
Satisfaite, je me coule au pied du lit, tout contre Daniel qui n’ose plus bouger.
Et je dors d’une traite jusqu’au matin.

— Za y est ! L’est encore là avec zon carton et za ramazette ! maugrée la musaraigne en levant le nez de son petit déjeuner, que nous sommes occupées à partager.
— Il veut vous lâcher au fond du jardin, dis-je, la bouche pleine.
— Ze sais. La dernière fois, z’ai mis deux zours pour revenir ! Z’avais perdu le nord. L’est un peu zadique, votre papa ! Heureuzement, ze cours plus vite que lui !
Du coin de l’oeil, j’observe Daniel à l’affût. Il attend que la musaraigne ait terminé son repas pour tenter de la capturer. Sadique peut-être, affameur quand même pas.
Je pousse un profond soupir : « Ils sont fous ces humains, il paraît que mon rôle serait de vous poursuivre, comme la dernière fois, vous vous souvenez ? »
Pourtant, si je faisais mine de dévorer la petite créature, je suis sûre que Michèle et Daniel s’interposeraient. Ils ne savent pas ce qu’ils veulent !
— Bah, faut pas les croire, votre copain ne m’agrezze pas non plus ! dit la musaraigne en haussant les épaules. Tout za, z’est des bobards !
C’est vrai, l’Orca est assis bien tranquillement sur sa chaise, les yeux mi-clos. La visiteuse ne semble guère l’intéresser.
Et voilà, Daniel a capturé la musaraigne ! Il est passé à côté de moi avec le carton duquel sortait une petite voix piaulant : « Zut ! Ze suis cuite ! Au revoir, zoli çat gris, à la semaine proçaine ! »
— À bientôt ! dis-je en agitant la patte.
Et j’ajoute, pour faire bonne mesure : « Revenez vite ! Bon voyaze ! »
Tiens, voilà que ze zozote, moi aussi !

— Ardoise, tu n’es pas un véritable chat ! soupire (une nouvelle fois) mon père d’adoption.
Pas un véritable chat, moi ? Je me chauffais au coin du feu quand, prise d’une impulsion irrésistible, je me suis retournée, présentant à la flamme mon dos et ma belle queue.
— Allez Ardoise, espèce de folle, a poursuivi aimablement le bipède, arrête d’imiter les chats qui annoncent la neige ! Le temps est splendide !
— Patience, ai-je dit sans me fâcher.
Deux jours après, il neigeait.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 19 Aoû - 17:34:06

Très jolie scène Scouby , la musaraigne qui zozotte c'est trop drôle .


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 2 Sep - 13:00:35

Rendons la parole à Orca...

LA FUITE DES ANNEES


J’espérais avoir des nouvelles plus glorieuses à vous raconter, eh bien c’est pas vraiment réussi, vous allez voir !

D’abord, l’autre jour, j’ai eu un choc.
J’étais tranquillement assis sur la table de ma cuisine, quand une fermière amie de Mimiche est entrée pour blablater avec elle. Comme elle me regardait, je lui ai fait mon plus joli sourire. C’est normal, hein, « Tact et diplomatie ! » qu’elle disait toujours ma maman !
- Oh ! s’est exclamée la fermière, je ne savais pas que vous aviez un vieux chat !
J’ai sursauté : vieux, moi ?
- Je ne sais pas quel âge il a, dit Mimiche d’un ton incertain. La vétérinaire pense une bonne douzaine d’années…
La fermière me jauge d’un œil expert. Elle a l’habitude, avec les vaches…
- Oh non, il a bien quatorze ans, dit-elle. Mon frère a un vieux chat comme ça, eh bien il a exactement la même tête !
Mimiche a verdi. Elle calcule que la vie moyenne d’un chat dure quinze ans et que par conséquent, il ne nous reste plus tellement de temps à être ensemble…
Moi, je suis anéanti !
Tant et tant d’années ! Qu’en ai-je fait ? Je me croyais encore si jeune ! Où sont passés tous ces printemps, tous ces étés ? Ai-je été si insouciant, pour ainsi gaspiller mon temps ?
Vous me direz que tout le monde fait pareil. Ce n’est pas une consolation.

Je pose la question à ma Néfer.
- Depuis combien d’années nous connaissons-nous ?
Elle est ébahie.
- Comment veux-tu que je le sache, Orca, je ne suis qu’un petit chat, je ne sais pas compter ! Il y a très longtemps, en tout cas !
- Est-ce que tu me trouves vieux ?
- Mais non, Orca, quelle idée !
Peut-être veut-elle me faire plaisir ? Si je demandais à quelqu’un d’autre ? Pas à Petite-Goulaffe, non : elle me prend pour Mathusalem. A Gourmande peut-être ?
- Si je vous trouve vieux ? Heu…
Aucune certitude. Il faut avouer que, depuis l’avant-dernier été, je ne me sens plus aussi pétulant qu’autrefois. Je dors davantage, je reste plus longtemps à la maison, même quand Mimiche et Dan ne sont pas là. Je n’arrose plus, d’un mouvement de la queue plein d’orgueil, les arbres de mon territoire, je tolère la présence d’autres chats et même, parfois, j’y prends plaisir. Bref, je deviens philosophe. Vieux ?
- Ne t’inquiète pas, Orca, me dit Mimiche, tu as beaucoup changé depuis l’année passée, parce que tu as perdu tes poils à cause de vilains petits parasites, tu es un peu plus maigre d’accord, mais nous allons te donner des vitamines, tu verras !
Il faut bien que je me contente de cette consolation, néanmoins mes doutes demeurent.
L’année passée, j’étais peut-être un vieux chat qui ne faisait pas son âge ? Qui sait ?

A peine étais-je remis de cette émotion que j’ai eu un deuxième choc !
Un vendredi soir, j’étais bien paisiblement assoupi dans cette maison que je considère comme mienne, quand j’entends la voiture s’arrêter devant la porte.
- Chouette, Mimiche et Dan sont là ! Je vais recevoir un bon souper, des caresses, des paroles gentilles ! Allons les accueillir !
Je me lève et vais les attendre à la porte du fenil. Oui, ils entrent toujours par là, allez savoir pourquoi ! Je crois que la porte de rue, trop vermoulue, est condamnée à cause des courants d’air et des coups de froid. D’ailleurs ça n’a pas d’importance, vous serez d’accord avec moi.
La porte s’ouvre, ils sont là, portant leurs sacs de vêtements et de provisions et aussi un panier auquel, d’abord, je ne prête pas attention.
Embrassades, exclamations : « Orca, mon gentil chat-chat ! » «Miââââaâââ ! »
Après ces effusions, je remarque un mouvement dans le panier. Je m’en approche, regarde… Ciel ! L’animal gris qui me fixe sans ciller n’est que trop reconnaissable !
- Glups ! C’est vous, chère Ardoise ? fais-je, sidéré.
Depuis le temps qu’elle n’était plus venue, j’avais un peu fini par l’oublier. Il va falloir que je sois prudent, ce week-end ! Que je prenne des gants blancs pour m’adresser à la charmante qui, elle aussi, se considère comme la légitime propriétaire des lieux ! Que, plus que jamais, j’use de tact et de diplomatie !
Mais comme ça va être barbant !
Je m’arme de courage.

Elle sort du panier, me considère d’un œil abasourdi.
- C’est bien vous ? Je vérifie !
Elle flaire, flaire, flaire… Je reste immobile, résigné. Je l’entends murmurer dans ses moustaches : « C’est lui ? Pas lui ? L’est devenu affreux ! Maigrichon ! »
- Mais enfin, chère Ardoise, je sais bien que je suis moi !
- Bien sûr que z’êtes vous, mais z’êtes bien l’Orca ? C’est ça que je vérifie !
Et zou ! Elle fourre son petit museau froid dans mon cou. Stoïque, je la laisse faire encore un instant, puis, quand elle a acquis la quasi-certitude de mon identité, je m’éloigne avec une fausse nonchalance et vais m’allonger à quelques pas.
Il va falloir que je tourne sept fois ma langue dans la bouche avant d’articuler un mot, ces deux jours-ci ! Elle est tellement susceptible…
- Je ne suis pas ici pour le week-end, précise-t-elle avec une lueur narquoise dans le regard, je suis en vacances ! Pour neuf jours !
Ça promet ! Pourquoi Dan et Mimiche me jouent-ils un tour pareil, à moi, leur vieux chat ?

La mignonne daigne m’expliquer : « Olivier a déménagé et mes parents peuvent pas me laisser à la maison toute seule ! D’ailleurs, il paraît que je dois m’habituer ! »
S’habituer à quoi ? J’ai peur de comprendre…

Au souper, nous avons partagé du colin d’Alaska. J’adore ! L’Ardoise vous a d’ailleurs certainement déjà raconté notre soirée, alors je ne vais pas tout redire après elle. Peut-être juste préciser ce qu’elle aurait oublié…

Mimiche remplit consciencieusement nos assiettes et les pose par terre, sur deux sets de table qui nous sont destinés et sur lesquels sont dessinés des chats.
Ardoise vérifie si je ne suis pas mieux servi qu’elle et si mon chat n’est pas plus beau que le sien.
Rassurée sur ce point, elle commence son repas à petites bouchées. Je vide mon assiette mais n’ose pas toucher à la sienne, bien qu’elle y ait laissé du poisson, ce qui est du gaspi à mon avis. Je m’éloigne donc à regret de notre coin-repas et je saute sur ma chaise, devant le feu.
Ardoise s’approche de sa propre chaise et renifle le journal qui y est déposé. Avec une moue dégoûtée, elle s’éloigne dignement.
- Elle ne veut pas de ce journal parce que, tout à l’heure, je me suis déjà assis dessus, dis-je à Mimiche, sans m’émouvoir outre mesure (J’ai eu mon compte d’émotions, maintenant je récupère !)
J’ajoute quand même, désapprobateur : « Elle est un rien snob, votre chatte ! »
- Mais non, Orca, dit Mimiche. Ardoise essaie de dissimuler sa timidité naturelle sous des allures de matamore, voilà tout ! »
Timide, l’Ardoise ? Je suis sceptique, mais je ne demande qu’à voir : l’avenir me fournira bien une réponse !
Mimiche change le journal. La chère Ardoise revient, renifle et consent à installer son auguste popotin sur le papier non pollué. Nous nous regardons en chats de faïence.
J’ai comme l’impression que nous sommes vaguement ridicules.

J’en ai la certitude lorsque, nous éloignant du poêle dont la chaleur se fait suffocante, nous sautons d’un même élan sur la table de cuisine et nous immobilisons de part et d’autre d’un vase de fleurs artificielles. Dignement posés sur nos derrières, nous ressemblons à deux potiches.
Heureusement, Dan a encore oublié sa caméra à Bruxelles. J’aurais DETESTE que ces instants soient immortalisés sur pellicule !

Et les jours passent…
Visiblement, la chatte Ardoise « s’habitue ». Elle se montre même, à certains moments, relativement amicale à mon égard. Toutefois, elle ne peut s’empêcher de me gifler régulièrement l’oreille lorsque, d’aventure, je me trouve à ses côtés.
- Clap !
- Aïe !
- J’y peux rien, m’explique la gracieuse sans l’ombre d’un remords, c’est nerveux ! Quand je vous vois approcher, ma patte se détend toute seule !
- A ce compte-là, vous auriez pu donner une claque à la Petite-Goulaffe, l’autre jour, ça m’aurait fait plaisir !
- Ça va pas, non ? Pour me faire massacrer !
Ses réactions « nerveuses » ne visent manifestement qu’un inoffensif chat noir et blanc !

L’une des distractions préférées de la créature consiste à se jucher sur le rebord de la fenêtre de notre salle à manger et de détailler mes copines qui viennent prendre un petit en-cas sur la terrasse. Quand la visiteuse lui semble particulièrement intéressante, elle va carrément se poster devant la chatière pour regarder de plus près.
- Oh, une noire ! Oh, une rouquine tricolore ! Qu’est-ce qu’elle mange, celle-là !
Toujours serviable, j’explique : « C’est Gourmande. Elle est charmante, et si je n’étais pas déjà fiancé à Néfer, j’aurais bien fait ma vie avec elle… mais elle a commis un jour une grande bêtise, quelque chose d’irrémédiable : elle a donné naissance à Petite-Goulaffe. Je ne connais PAS UN CHAT AU MONDE qui accepterait de devenir le beau-père de la Petite-Goulaffe ! Surtout pas moi ! »

L’Ardoise enregistre mes informations. Un fait surtout l’intrigue.
- Pourquoi la chatière ne fonctionne-t-elle que dans un sens ?
Il est vrai qu’elle m’a surpris plus d’une fois alors que, revenant d’une petite promenade digestive, je franchissais allègrement la porte par le moyen qui m’est propre. Elle s’est approchée de la chatière, l’a poussée du nez… Rien à faire ! Elle se perd en conjectures. Je sais très bien que Dan a bloqué la chatière de l’intérieur pour qu’elle ne puisse pas sortir, mais pas question que je vende la mèche ! Quand je veux, moi, faire un petit tour dehors, je le signale discrètement à Mimiche qui m’entrouvre la porte. Pour rentrer, pas de problème, la chatière fonctionne dans le bon sens.
Je tourne sept fois ma langue dans la bouche, comme je me le suis promis, puis je me lance.
- C’est une chatière spéciale, dis-je. Une chatière sélective.
- Kèksèksa ?
- Elle enregistre mon empreinte génétique, dis-je d’un air inspiré. Elle ne laisse passer que moi. D’ailleurs, personne d’autre n’est entré ici, n’est-ce pas ?
Forcément, aucune de mes copines n’ayant encore compris à quoi peut servir cette drôle de petite fenêtre ! Heureusement, d’ailleurs…
La belle Ardoise en reste bouche bée.
- Demandez-leur de vous acheter, à vous aussi, une chatière sélective, suggéré-je.
- C’est une idée, dit-elle. C’est vrai, kwâ ! Pourkwâ les autres peuvent vagabonder dehors et moi pas ? Moi aussi, j’aimerais sortir pour aller croquer de l’herbe fraîche. Et quand je le lui dis, Michèle me met mon collier et je dois faire le tour du jardin avec elle, comme une malheureuse prisonnière !
Je compatis ostensiblement. Pas plus tard qu’hier, Petite-Goulaffe m’a, elle aussi, fait part de ses doléances : « C’est scandaleux ! Pourquoi cette drôle de chatte grise peut rester à l’intérieur de la maison alors que moi, on me donne à manger dehors ? Moi aussi, je veux m’asseoir au coin du feu ! C’est de la discrimination ! Du racisme ! »
J’ai pris un petit air pénétré, sans faire de commentaire. Avec ces chattes, il vaut mieux se tenir à carreau.

A peine pensais-je que nos relations allaient s’améliorant, que la chère Ardoise a tenté de m’assassiner !

Bon, après coup, je pense qu’elle ne l’a pas fait exprès. Mais ça m’a quand même fait un drôle d’effet, je vous assure ! Je vous explique.

Quand Ardoise n’était pas là, j’avais l’habitude de me prélasser sur les genoux de Mimiche, dans un fauteuil du salon. Avec l’arrivée de la charmante, les choses ont mal tourné : dès que Mimiche s’installait confortablement avec son livre, qui arrivait en courant pour bondir sur ses genoux ? Devinez ! Et qui s’amenait toujours second ? Devinez encore ! Quand j’arrivais sur les lieux, la bête à fourrure grise était déjà installée, me considérant avec un petit sourire supérieur parfaitement insupportable.

L’autre jour, elle était distraite, elle est arrivée avec un rien de retard. Moi, j’étais déjà couché sur les fameux genoux, tout content.
L’Ardoise saute sur l’accoudoir du fauteuil, me flaire.
- Kèske vous faites là, vous ? C’est MA place !
Je ne réponds pas. Je fais mine de regarder ailleurs.
- Allons Ardoise, dit Mimiche, laisse un peu ce pauvre Orca tranquille !
- M’enfin !
Comme je suis maigre, il restait encore un peu de place sur les genoux de Mimiche. Un tout petit peu de place.
Quelle idée est passée par la tête de l’étrange et imprévisible bestiole ? A-t-elle pensé s’asseoir à côté de moi ? Ou nourrissait-elle de sombres desseins ? (c’est fou ce que je cause bien !)
Toujours est-il que, d‘un seul coup, elle s’est affalée, pouf ! Sur moi ! De tout son poids !
Hou, j’ai cru qu’un autobus me passait dessus ! En un instant, je me suis senti écrasé, enseveli sous des montagnes de fourrure à triple épaisseur ! J’ai poussé une clameur déchirante : « A l’aide, j’étouffe, j’étouffe ! Keuf, keuf ! »
En me débattant, je suis arrivé à me dépêtrer de ce piège mortel et, en deux bonds, me suis réfugié sur ma chaise. Ici au moins, je ne risque rien !
- Ardoise ! Tu n’as pas honte ? gronde Mimiche, sidérée.
Les choses s’étaient passées si vite qu’elle n’avait même pas eu le temps de réagir !
- Ben kwâ ? marmonne la créature en écarquillant des yeux innocents.
Meurtrière par intention ? Ou par distraction ? Je m’interroge.

En tous cas, prenons nos précautions ! J’ai décidé de ne plus dormir au pied du lit quand elle est là, dissimulée sous les couvertures. Prudence étant mère de Sûreté, je me suis trouvé une couchette à ma taille : je dors à présent sur un gros pull de Mimiche, dans une vasque de faïence placée sur un meuble. De là-haut, je peux voir venir ! Déjouer les coups bas !

Je dois reconnaître qu’elle n’a pas récidivé. Au terme de ses neuf jours de vacances, elle est repartie et j’ai poussé un grand soupir de soulagement. Mais, hélas, elle revient chaque week-end, maintenant !
Le vendredi soir et le samedi matin, je ramasse force coups de patte ; « J’y peux rien, c’est nerveux ! »
Le samedi après-midi et le dimanche, elle s’adoucit, mais à peine ai-je le temps d’apprécier cette trêve, qu’elle repart ! Et cinq jours après, tout recommence !
- Vous ne pouvez pas lui donner un calmant ? ai-je suggéré à Mimiche.
Une bonne dose de soporifique dans son Félix… J’aurais la paix !
C’est un cas, la chère Ardoise, je vous le jure ! Oh la la !



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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 3 Oct - 13:36:42

JEUX DE MAUX


Les deux protagonistes de cette scène sont majestueusement assis sur leurs derrières, côte à côte, sur une table de cuisine campagnarde.

La Divine (distraitement) : Gratt, gratt, gratt…
Le Charmeur (compatissant) : Une puce, chère Ardoise ?
La Divine (sursautant) : Une puce, moi ? Jamais de la vie ! Kiséki vous dit que je pourrais avoir des puces ?
Le Charmeur (accommodant) : Ah, je me disais… En vous voyant vous gratter…
La Divine (menteuse) : J’ai pas de puces, moi ! Ça m’est jamais arrivé d’avoir des puces, à moi !
Le Charmeur (sincère, lui) : A moi non plus. Quand j’attrape des bestioles, c’est
des tiques ou des poux, pas des puces.
La Divine (importante) : Moi, ce que j’ai, c’est de l’aigue-zéma !
Le Charmeur (éberlué) : De l’aigue-zéma ? C’est quoi ça ?
La Divine (supérieure) : C’est une maladie psykosomatik ! J’ai eu un grrrrand chagrin
d’amourrrrr !
Le Charmeur (stupéfait) : Un grand chagrin d’amour ?
La Divine (énervée) : Arrêtez de répéter tout ce que je dis ! Vous savez quand même
qu’Olivier a déménagé, non ?
Le Charmeur (visité par la lumière) : Ah oui ! Mais oui ! Bien sûr ! (Tout ce qu’il ne faut pas
entendre !)
La Divine (gravement) : Alors moi, j’en ai eu un tel chagrin, que j’ai attrapé de
l’aigue-zéma ! De l’urtikèr, quoi !
Le Charmeur (dubitatif) : Vous êtes sûre que vous n’avez pas de puces ? Ça me semble un peu gros à avaler, votre urtikèr !
La Divine (modestement) : C’est parce que je suis un chat spécial ! Mes maladies sont
toujours très aigue-zotiks ! Quand j’étais petite, j’ai eu le coryza !
Le Charmeur (piétineur d’illusions) : Mais ce n’est pas une maladie exotique, le coryza ! C’est tout ce qu’il y a de plus courant !
La Divine (sidérée) : Comment ? Une maladie avec un si joli nom ?
Le Charmeur (doctoral) : Ça ne veut rien dire, le nom ! Même s’il se termine par i ou par
a ! Le coryza, c’est un bête rhume !
La Divine (offensée) : Pourtant, j’ai été TRES malade ! J’ai ATROCEMENT souffert !
J’éternuais tout le temps ! C’était juste avant que je fasse la connaissance de ma famille !
Le Charmeur (mettant les choses au point) : De NOTRE famille…
La Divine (coupant les poils en quatre) : De MA famille à plein temps et de NOTRE famille à temps partiel ! Ça vous va comme ça ?
Le Charmeur (ergotant) : Oui, mais alors admettez qu’ici, c’est MA maison à 100 % ! La
NOTRE à 20 % ! Hein ?
La Divine (se trouvant en terrain glissant) : Oh, et puis, arrêtez de discuter, vous ne racontez que des bêtises ! Chaque fois que vous écrivez un chapitre, je suis obligée de
corriger vos éculu… vos élucu… vos fadaises, quoi !
Le Charmeur (offusqué) : Je n’écris jamais que la stricte vérité !
La Divine (cat-égorique) : Eh ben, votre vérité n’est pas la mienne, voilà !
Le Charmeur (philosophe) :Ça, je n’en ai jamais douté ! Peut-être y a-t-il un malentendu entre nous ? Pourtant, si nous voilà côte à côte sur cette table, sans nous entre-déchirer, cela doit quand même vouloir dire quelque chose !
La Divine (terre-à-terre) : Voui, ça veut dire que c’est le seul endroit pour bien profiter de
la chaleur du poêle ! Et comme je suis une chatte pacifik, je vous laisse une partie de la place,
puisque je peux pas couvrir la table à moi toute seule ! Dommage, d’ailleurs…
Le Charmeur (ironique) : Vous faites pourtant de votre mieux…
La Divine (avec candeur) : Voui, j’ai une belle fourrure, hein ? Superbe qualité, triple
épaisseur… Regardez comme elle s’étale ! C’est pas comme la vôtre !
Le Charmeur (soupirant) : Hélas !
La Divine (généreuse) : Parfois, je vous plains vraiment, vous savez ! Quand je suis à
Bruxelles, sur mon radiateur, et que je regarde la pluie et la neige dehors, je me dis comme ça : « Et l’Orca qui est dans le froid ! Faudrait peut-être que je sois un peu plus gentille avec lui quand on va se voir ! »
Le Charmeur (incrédule) : Vous pensez ça, vous ?
La Divine : Mais voui !
Le Charmeur (ému) : Z’êtes une brave fille, au fond ! Tout au fond !
La Divine (réaliste) : Je me dis ça quand vous n’êtes pas là ! Quand je vous vois, j’oublie… et ma patte se détend toute seule ! C’est nerveux ! Psykosomatik !
Le Charmeur (résigné) : Il va falloir que je m’habitue…Heureusement, vous ne tapez pas
très fort ! je préfère quand même quand vous restez chez vous, à la ville, sur votre radiateur, soit dit sans vous offenser !
La Divine (mélancolique) : Moi aussi, je préfère… mais maintenant qu’Olivier a
déménagé… (soupir). Et puis, je DETESTE la voiture ! C’est bien simple : quand je me retrouve dans cet engin qui roule, c’est nerveux, faut que je hurle ! Comme ça : AAAAAAAAH !
OOOOOOOOOH ! (plainte lugubre).
Le Charmeur (ébouriffé) : C’est affreux !
La Divine (dramatique) : Et puis quand je me retrouve ici et que je vous vois, vous devinez
dans quel état sont mes nerfs ! En charpie !
Le Charmeur (hypocrite) : Je compatis.
La Divine (frénétique) : Gratt, gratt, gratt… Tiens, keskesêksa ?
Le Charmeur (joyeux) : Une puce ! Réjouissez-vous, chère Ardoise ! Vous ne souffrez
pas d’aigue-zéma psychik !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 5 Oct - 12:38:45

Scouby , c'est un plaisir cette discussion entre Ardoise et Orca.

Tu dresses avec des mots de bien jolis tableaux.


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 7 Nov - 23:34:08

Scouby , j'espère que tu auras bientôt un peu de temps pour nous mettre la suite des histoires d'Ardoise, Orca et leurs amis cat

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 8 Nov - 11:20:51

Avec plaisir, Catherine !

C'EST A NOUVEAU NOEL !

Nous voilà déjà en décembre, Noël se profile à l’horizon. Comme d’habitude, Michèle a ressorti du placard son arbre de Nowèle en plastique tout rabougri et l’a décoré avec de petits objets en bois.
Cette fois, je n’ai pas assisté à l’opération : j’étais fatiguée et je dormais paisiblement sur mon radiateur. Et puis, ce n’est pas un spectacle à déplacer les foules, vous savez : il est si petit, cet arbre de Nowèle !

Je pensais que nous allions paisiblement passer le réveillon à nous trois, Daniel, Michèle et moi, mais hélas ! Dans la soirée du 23 décembre, j’ai été brusquement arrachée à mes rêves heureux.
- Ardoise, réveille-toi, on part en week-end !
- On part en… Où ça ?
J’étais encore à moitié endormie, vous comprenez, sinon j’aurais tout de suite réalisé où nous allions ! Ils ont profité de mon état d’esprit cotonneux pour me fourrer dans mon panier. Alors là, je me suis réveillée : j’avais saisi l’horreur de la situation !
- Non ! Ne me dites pas qu’on part à la campagne ! Dans le frrrrrrroid !
- Allons, Ardoise, quand le feu est allumé, il fait bon !
- Faut d’abord qu’il accepte de s’allumer, le feu ! Pendant ce temps-là, moi j’ai frrrrroid ! Et en plus, faut que je subisse la présence de l’Orrrrrrrrca !
Ils m’ont laissée récriminer à plein gosier sans se soucier de ma pauvre petite personne. Ils ont chargé la voiture (je suis considérée comme faisant partie des bagages, c’est honteux !) et nous voilà partis.

Sur la route, j’ai continué mes lamentations : « Pourkwâ me faire çaaaaaaaaaa, à mwâââââââ ? Aaaaaaaaaah ! Quel malheuuuuuuuuuuur ! « 
- Ardoise, tais-toi ! Ce chat m’énerve !
- Oooooooooooh désespwâââââââââr !
Pour couvrir ma voix éplorée, Daniel a augmenté le son de la radio. J’ai été obligée d’endurer la voix miaulante d’une chanteuse nouvellement éclose : « Lalalalalalala ! Ooooooh lâââââ ! »
- Miâââââââââ ! sangloté-je de concert, anéantie par la rigueur de mon sort.
Michèle me décoche un regard qu’elle détourne aussitôt : si mes yeux étaient des mitraillettes, elle serait à présent raide morte sur son siège ! Daniel, en termes imagés, parle de m’étrangler. Je sais bien qu’il n’est pas sérieux mais quand même, ce n’est pas agréable à entendre ! Il est loin, le respect dû au chat d’appartement ! Les voilà maintenant qui discutent à propos de leur réveillon de Nowèle. Je tends l’oreille.
- J’espère que les chats seront sages, s’inquiète Michèle.
- Compte là-dessus, dis-je.
- Ardoise, nous avons des invités, alors ne me fais pas honte !
- Moi ? questionné-je innocemment.
- Oui, toi ! Je te connais ! Pendant le réveillon, ne saute pas sur la table et n’énerve pas Orca !
- MOI, j’énerve l’Orca ? dis-je, suffoquée d’indignation. Ça c’est la meilleure ! C’est plutôt Orca qui passe sa vie à m’énerver, moi ! Par sa seule présence ! Par sa petite odeur ! Par ses miââââââ !
- Arrête de miauler de cette manière sauvage !
- J’imitais les miââââ d’Orca ! C’est un bavard, Orca !
On me laisse ronchonner. On sait très bien que je suis toujours de mauvaise humeur en voiture. On attend que ça passe.
Et, effectivement, ça passe ! Quand nous nous immobilisons, je me sens renaître à une vie plus agréable.
On sort les paquets (moi comprise). Quand les portes extérieures sont bien fermées, la chatière bloquée (de mon côté), on me rend à la liberté.

Je sors de mon Titanic, je m’ébroue… puis, comme chaque week-end, je commence une minutieuse exploration.
Rien ne semble avoir bougé pendant mon absence… Ah, si ! Les gamelles d’Orca sont vides. Quel goinfre, cet Orca !
Oui, je sais, je suis de mauvaise foi. De TRES mauvaise foi ! Et alors ?
Oh ! Il a visité MON bac à sable ! Va falloir que Michèle le change, pas question que je pose mon joli derrière à l’endroit où ont valdingué ses pattes de bouseux.
Oui, je sais, je suis snob !

Daniel va chercher du bois dans le fenil. Je le suis du regard avec nostalgie. Malgré toute mon ingéniosité, je n’arrive JAMAIS à explorer ce fenil ! Chaque fois que j’arrive, on me ferme la porte au nez. On a peur que je me perde, que je me blesse, que je reste bloquée sous un tas de bois, de paille ou d’outils de jardinage, que sais-je ? J’ai beau protester de ma parfaite prudence, personne ne me croit !

Daniel allume le poêle à bois de la cuisine, puis un petit radiateur à pétrole dans le salon. La cassette, ce sera pour demain.
Je m’étends sur le tapis devant le petit radiateur et commence une toilette approfondie, pour me remettre de mes émotions.

- Miââââââââââ !
Evidemment ! On ne peut même pas se reposer une minute, dans cette maison ! Quand le chat des champs fait son entrée en miaulant d’allégresse, la brave chatte des villes peut se mettre au boulot !
Je vous vois venir… Vous allez me dire que je ne suis pas OBLIGEE de passer mes week-ends à surveiller les moindres faits et gestes de l’Orca ! Vous me direz que l’Orca est assez grand pour se conduire convenablement ! Vous me direz ce que vous voulez, je ferai la sourde oreille : il est de mon DEVOIR d’empêcher le chat des champs de se croire maître de mon territoire à moi, un point c’est tout !

Vous me direz encore qu’avec un appartement pour moi toute seule (ce qui veut dire : sans autre chat), je dispose déjà d’un appréciable espace vital. Je répondrai qu’étant la chatte attitrée de Daniel et Michèle, la première dans l’ordre de préséance, il est normal que leurs lieux de séjour soient les miens ! L’Orca ne sera jamais qu’un sans-abri que, dans mon infinie bonté, j’accepte d’héberger dans ma maison de campagne. Il en sera de même pour tous les chats qui suivront ! Même si le matou est d’un autre avis, je suis dans mon droit le plus strict… et les gens qui ne me comprennent pas ne connaissent rien aux chats (race dont je suis l’une des plus dignes représentantes).
Compris ?

Après cette petite parenthèse destinée à mettre les choses au point, je poursuis mon récit.
- Miââââââ ! Bonsoir ! s’écrie l’Orca rayonnant, Comme j’aime les week-ends !
Et il frotte affectueusement sa tête contre les chevilles de mes parents. Moi, bien sûr, comme à chacune de nos rencontres, je le flaire consciencieusement de la tête à la queue pour m’assurer qu’il s’agit bien de lui.
On lui donne à manger. Ma gamelle à moi est déjà pleine, mais je crois que mes leçons commencent à porter leurs fruits : Orca attend d’être servi, sans plus oser mettre le nez dans mon assiette en plastique sur laquelle s’égaie un petit clown. Il sait très bien où est son plat à lui, moins joli que le mien comme il se doit.
Après s’être rassasié, le chat des champs poursuit ses effusions. Il est toujours comme ça, le vendredi soir : tout fou ! Il va et vient, ne sachant où donner de la tête. Il sautille. Moi, pendant ce temps, lovée devant mon feu ou couchée sur un vieux journal, je considère toutes ces gesticulations d’un petit air supérieur.
- Ardoise, quelle poseuse tu fais ! s’esclaffe Michèle.
Je fais semblant de n’avoir pas entendu. La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe !

Ici aussi, il y a un arbre de Nowèle ! Il est plus intéressant qu’à la maison. Il est plus grand (ça, ce n’est pas difficile), il sent le vrai sapin et il est couvert de boules brillantes et de petites lumières. J’irais bien l’examiner de près, mais à chaque fois que je vais me mirer dans une grosse boule jaune (Oh ! une Ardoise toute dorée !), Daniel frappe dans ses mains ou m’appelle près de lui. Je veux bien qu’on m’applaudisse et qu’on recherche ma compagnie, mais on pourrait aussi me laisser vivre ma vie, tout de même !

La nuit, nous avons bien dormi, moi tout contre Daniel et l’Orca de l’autre côté du lit. Il apprend vite, l’Orca, je dois bien l’admettre : le premier jour de notre cohabitation forcée, quand il a essayé de me réveiller d’un coup de langue affectueux (quelle familiarité !), j’ai réagi avec une vivacité frappante.
- Vlan !
- Ouille !
- N’encombrez pas mon espace vital ! Sinon…
Il se l’est tenu pour dit. Maintenant, quand nous dormons dans la chambre, il prend soin de laisser une distance de trois mètres au moins entre nous. Cela me satisfait.

Le lendemain, nous avons assisté aux préparatifs du réveillon. Une nouvelle fois, on nous a fait la leçon.
- Soyez sages, hein, les chats ! Ne sautez pas sur la table !
- Pourquoi ? s’ébahit l’Orca.
- Ils en font une idée fixe, dis-je. J’espère quand même qu’on va recevoir un peu de foie gras !
- Du FOIE GRAS !
Il est aux anges. Il n’a pas oublié que, l’année dernière, il a reçu sa part de réveillon de Nouvel An, ça lui a laissé une telle impression que, durant des mois, il a abordé mes parents avec des yeux pleins d’espoir : « Dites, c’est bien bon ce que vous mettez dans mes assiettes, mais z’auriez pas un peu de foie gras ? Ou, encore mieux, des rillettes ? ». Orca ADORE les rillettes !

Dans l’après-midi, les invités arrivent. L’oncle et la tante de Michèle.
- C’est ma grand-marraine et mon grand-tonton, dis-je à l’Orca.
- NOTRE… rectifie-t-il automatiquement.
Quelle outrecuidance ! Voilà qu’il s’approprie toute ma famille, maintenant ! Je ravale ma fureur : comme nous sommes le soir de Noël, j’ai décidé de me montrer bonne fille.

Je me suis très bien comportée durant toute la soirée ! Je me suis installée sur les genoux de mon grand-tonton. Quel beau pantalon en velours il avait ! Je mourais d’envie d’y essayer mes belles griffes bien pointues, mais je me suis dit que ce serait peut-être mal vu. Alors, je me suis abstenue.

Sous ma surveillance, Orca a pris garde de contrôler son maintien. Après l’apéritif, il s’est toutefois emparé des zakouskis qui restaient. Il a mangé la mousse de saumon et les œufs durs aux filets d’anchois, mais a dédaigné les œufs de lompe et le pain grillé.
- Tant qu’à faire, z’auriez pu tout manger ! dis-je d’un ton désapprobateur.
- J’aime pas le caviar, rétorque-t-il.
Ben tiens ! Chipoteur, avec ça !

Vers dix heures du soir, toute la compagnie est partie pour la messe de minuit et nous sommes restés seuls, le sans-abri et moi. On en a profité pour faire un petit somme, mais d’abord on a regardé partout s’il n’y avait pas des restes de réveillon à se mettre sous la dent, mais non, tout était sous clé, dans le frigo ! Pas grave, on n’avait plus tellement faim, on avait déjà fait honneur à tous les plats.
Quand la famille est revenue, nous nous sommes organisés pour la nuit. Daniel a dormi dans le salon avec Orca et moi, et Michèle et les invités à l’étage. Nous, on avait bien chaud, c’était chouette ! Couchée en escargot au fond d’un fauteuil, j’ai fait des rêves pleins de boules dorées !

Le lendemain, ma grand-marraine et mon grand-tonton nous ont fait leurs adieux, à l’Orca et à moi, et sont rentrés chez eux. Nous avons encore dormi devant le poêle de la cuisine, tout l’après-midi. Le soir, nous avons reçu des restes d’entrecôte, cadeau de ma grand-marraine. Je dois dire que nous étions assez euphoriques et, pendant quelques heures, j’ai oublié ma mission de haute surveillance… Malgré ce défaut d’attention, rien d’irrémédiable ne s’est produit, heureusement ! Je l’ai échappé belle ! Imaginez que l’Orca ait profité de ma distraction pour escamoter d’un tour de patte ma maison et ma famille ! Que serais-je devenue ?

Et un jour plus tard, nous sommes, à notre tour, rentrés à la maison. Au moment de faire les paquets, Michèle et Daniel étaient assez déprimés. Orca lui aussi, avait un air triste, comme toujours quand il voit qu’on vide le frigo et qu’on va le laisser seul.
- Mon pauvre petit Minou, nous serons vite de retour ! a chuchoté Michèle à l’éploré.
- C’est vrai, vous-z-en faites pas, je serai bientôt re-là ! dis-je dans un grand élan de générosité.
Cela ne semble pas le consoler.

Je suis un peu mal à l’aise : c’est vrai, moi j’ai une petite vie bien organisée, bien tranquille, bien douillette, et lui n’a que les week-ends pour se payer du bon temps. Il a beau m’exaspérer parfois, je trouve ça triste.
- Dommage qu’on ne puisse pas l’emmener ! a soupiré Michèle.
L’Orca à Bruxelles ? Dans un espace clos, sans son jardin, sans ses promenades, sans ses points de repère ? Sans ses copines les chattes ?
Avec moi pour seule compagnie tout au long du jour ?
Je crois que pour lui, ce serait l’enfer !

Je vous laisse imaginer la joie du vagabond noir et blanc quand il nous a vus revenir, quelques jours après. Bien sûr, ses gamelles étaient bien nettoyées comme d’habitude, ses croquettes étaient mangées et il avait même renversé la poubelle (vide) pour en explorer l’intérieur. Je crois que c’est un grand spécialiste des poubelles… Un peu comme moi quand j’étais petite et abandonnée, avant de me retrouver dans un refuge !

L’autre jour, j’ai eu une surprise : parmi le courrier que nous dépose le facteur, il y avait une enveloppe à mon nom : « Mlle Ardoise »… Tiens, mais c’est moi, ça !
Michèle l’ouvre. Un de ces jours, faudra quand même  que je lui dise de ne pas fourrer son nez dans mon courrier personnel, ça ne se fait pas !
- Oh, s’exclame-t-elle, regarde la belle carte, Ardoise !
C’est une carte représentant des cloches rouges et dorées, avec des petits chats gris qui me ressemblent…
- C’est ta grand-marraine et ton grand-tonton qui te souhaitent une bonne année 2000, avec 365 jours de bonne nourriture : Félix, Sheba, Whiskas… Bref, tout ce que tu aimes… et que tu vas recevoir.
- Formidable ! dis-je, ravie.
Mais pourquoi Michèle a-t-elle ce petit sourire moqueur ?
- Cela implique aussi que, pendant un jour entier, je ne te nourrirai pas du tout, enchaîne-t-elle, étant donné que 2000 est une année bissextile…
J’en demeure la bouche ouverte… je pense bien qu’elle plaisante, mais dans le doute…

La prochaine fois que je verrai ma grand-marraine, je lui demanderai un petit avis rectificatif : « En 2000, Ardoise a droit à 366 jours de bons petits plats ! »
Je serai quand même plus tranquille !

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 9 Nov - 18:30:35

Merci Scouby , j'aime bien de temps en temps me retrouver dans ta maison de campagne , depuis le temps que je lis tes histoires j'ai l'impression de la connaître , vraiment très agréable.

Je suis très attachée à Ardoise et Orca , eux aussi j'ai l'impression de les connaître

Bisous



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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 14 Nov - 13:59:43

Et encore un chapitre pour faire plaisir à Catherine !
C'est au tour d'Orca de prendre la parole.

ARDOISE ET LA PETITE-GOULAFFE


Vous avez lu le dernier chapitre d’Ardoise, où elle vous raconte notre réveillon ? Quand elle bavasse comme ça, elle est toute gentille, mais en réalité elle a un caractère… aïe aïe aïe !

Mimiche dit que j’exagère. Qu’Ardoise est une adorable petite chatte grise, charmante et affectueuse. Moi je veux bien ! Mais je ne sais pas si les coups de patte dont je me vois si souvent gratifié sont vraiment des signes d’affection. Personnellement, j’en doute. Bien sûr, il suffit d’être prudent. De lui dédier des regards pleins de soumission et d’adoration ! De ne pas piétiner son espace vital. Mais il est grand, son espace vital, si vous saviez !

Je dois avouer que je me sens un peu frustré. Comme je suis un chat poli, je lui cède la plume avant de vous écrire et voilà ! Elle raconte tout. Et jacasse… et bavasse… Il ne me reste rien à dire ! Avant, c’était facile, elle avait son univers, moi le mien. Mais depuis quelques semaines, elle partage mes week-ends et a décidé de tout régenter !
Bien sûr, moi, j’essaie d’éviter les histoires. Je m’aplatis comme une crêpe, lui susurre des " chère Ardoise " par-ci, des " jolie Ardoise" par-là, je me fais plus discret qu’une ombre… et elle trouve ça tout naturel !

Bon, maintenant que je me suis déchargé le cœur, je dois reconnaître qu’elle n’est pas méchante pour un sou. Parfois elle se dégèle et nous passons d’agréables moments en tête-à-tête, sur la table de la cuisine, devant le feu. Mais n’imaginez pas que je puisse donner un coup de langue amical sur sa belle fourrure à triple épaisseur ! Ça, pas question ! Pourtant moi, je suis un chat très physique : quand j’aime bien quelqu’un, humain ou animal, je distribue les lélèches, les , les caresses… Elle n’est pas comme ça.
Pourtant, quand il s’agit de s’assurer que je suis bien moi, elle n’hésite pas à fourrer son petit nez tout froid dans mon cou ! Ensuite, elle flaire le contenu de ma gamelle, elle saute sur ma chaise de cuisine (alors qu’elle en possède une, elle aussi !) et moi je ne dis rien. Avouez que je suis bonne pâte, quand même !

Elle vous a raconté le réveillon. Est-ce qu’au moins, elle vous a dit que j’étais beau ? Non ?
Enfin, beau n’est pas vraiment le mot. Mais avec ma sveltesse, mon pelage noir et blanc, j’avais de l’allure, de la classe. Je portais un smoking… Je me suis tenu bien droit avec, dans l’allure et le regard, un petit air intellectuel qui, je crois, a fait grand effet sur les invités.
Je n’ai perdu ma dignité qu’un tout petit moment, quand je me suis précipité sur le plateau de zakouskis abandonnés, après l’apéritif. Mais je me suis repris bien vite… En définitive, je suis assez fier de moi.

L’Ardoise, elle, s’était affalée sur les genoux de Monsieur Grand-Tonton. Elle se nettoyait consciencieusement, bâillait, s’étirait… Aucun savoir-vivre ! Et c’est moi qu’on traite de bouseux ! Enfin, ce n’est pas mon rôle de lui faire des observations : elle a des parents qui devraient l’éduquer convenablement. Faut dire qu’ils ne sont pas assez sévères avec elle, ils lui passent tout, sous prétexte qu’elle a été très malheureuse quand elle était petite ! C’est pas comme ça qu’on élève une Ardoise, je dis ! Maintenant, bien sûr, il est trop tard…

La charmante est méfiante, comme vous le savez. Mais sa naïveté ne lui permet pas de voir plus loin que le bout de son museau rose, sinon elle comprendrait bien de qui elle doit se méfier ! Pas d’un pauvre chat des champs noir et blanc, non, non ! Elle se trompe d’adresse… mais vous, vous avez déjà deviné de qui je veux parler, pas vrai ?

J’ai assisté l’autre jour à une scène dont l’hypocrisie (ou devrais-je dire " la haute diplomatie " ?) m’a laissé rêveur.
J’étais tranquillement couché sur ma chaise, tandis qu’Ardoise batifolait çà et là. Se perchant sur le rebord de la fenêtre (son poste d’observation favori), elle a regardé le jardin.
Il avait neigé, tout était blanc. Ardoise, pas habituée, était très intriguée par ce spectacle.
Tout à coup, son attention a été attirée par une petite silhouette qui évoluait péniblement dans la neige.
— Oh, s’est écriée Mimiche, c’est la pauvre Petite-Goulaffe ! Elle s’enfonce jusqu’au ventre dans cette neige ! On ne la laisserait pas un peu entrer, Ardoise ?
— C’est celle qui m’a grogné dessus l’autre jour, a marmonné l’intéressée, peu enthousiaste.
— Z’avez raison, chère Ardoise, dis-je sans bouger de mon lieu de repos, faut pas se laisser grogner dessus ! Surtout par une espèce de Petite-Goulaffe, avec deux "f" ! Laissez-la dehors, ça lui fera les pattes !
Je dis ça comme ça, mais il ne faut pas me prendre pour un sans-cœur. Je sais très bien que Mimiche ne va pas laisser ce fléau de Petite-Goulaffe enfoui dans la neige glacée ! Evidemment, elle ouvre la porte et Petite-Goulaffe entre, les yeux baissés, l’allure modeste. La chère Ardoise est dans l’expectative : le dos raide comme la justice, le regard soupçonneux, elle ne quitte pas l’intruse de l’œil.
— Bonjour, noble Demoiselle Ardoise, chuchote le diabolique chaton.
Plus de grognement ni de poil hérissé, cette fois ! Petite-Goulaffe a compris la leçon. En un quart de tour, elle a reconsidéré la situation et établi sa stratégie.
— B’jour, maugrée la légitime propriétaire des lieux.
Petite-Goulaffe se dirige à pas menus vers la cuisine, suivie de près par ma gracieuse compagne de week-end qui ne la quitte pas de l’oeil.
— Puis-je me permettre de me chauffer les pattes à votre feu ? minaude la petite peste avec un regard implorant.
La bonne pomme hésite, puis permet. Je la vois se détendre à vue d’œil.

Je me dois de l’avertir.
— Faites attention, chère Ardoise, ne baissez pas votre garde, dis-je. Donnez le bout d’une griffe à la Petite-Goulaffe et elle vous saisira toute la patte ! Donnez-lui une patte et il ne vous restera même plus la queue !
— M’sieur Orca aime plaisanter ! roucoule le monstre en me décochant une œillade.
Je n’insiste pas : comme d’habitude, on donnerait à Petite-Goulaffe le Bon Dieu sans confession !
Elle s’accroupit près du poêle, dans une pose pleine d’humilité. Lorsqu’elle entrouvre les yeux, j’y vois toutefois danser la petite flamme coutumière qui ne me dit jamais rien de bon !
— C’était bien aimable de votre part, je m’en vais maintenant, dit-elle au bout de cinq minutes.
Mimiche s’inquiète.
— Tu es sûre de vouloir repartir, Petite-Goulaffe ? Tu ne veux pas rester encore un peu devant le feu ?
— Vous êtes bien aimable, mais je ne veux pas abuser… Encore grand merci, noble Demoiselle Ardoise. À bientôt, j’espère…
— Mais voui, répond la pauvre bestiole proprement roulée dans la farine en deux temps trois mouvements.

Je suis le seul ici à rester lucide au sujet de la Petite-Goulaffe. Mais ce n’est pas la peine d’essayer d’en convaincre Mimiche, Dan et la chère Ardoise, ils ne me croiraient pas !
Malgré moi, je ne puis m’empêcher d’admirer le tour de force de la minuscule créature. J’ai mis des mois avant de me faire accepter et aimer par ma famille d’accueil, et elle obtient un résultat presque similaire en quelques instants ! Evidemment, moi, je n‘ai pas l’aspect trompeur d’un bébé-chat perdu dans un monde cruel. J’ai l’air de ce que je suis, ni plus ni moins : un honnête chat des champs !

— Mais, me direz-vous (dupes comme chacun), tu es peut-être de parti pris, Orca. Pourquoi tiens-tu pour acquis que Petite-Goulaffe jouait la comédie ?
— Eh bien, mes amis, sa première visite a duré cinq minutes. La seconde dix, la troisième vingt... Le week-end suivant, la Petite-Goulaffe en a eu assez d’attendre sur la terrasse que quelqu’un la remarque. Elle a fait le tour de la maison, a sauté sur l’appui de fenêtre du salon (où se tenait ma famille) pour manifester sa présence en faisant de grands gestes désespérés.
— Mais, Orca, cela prouve simplement que Petite-Goulaffe est très intelligente, ce qui a toujours été évident ! Mais peut-être n’avait–elle aucune arrière-pensée…
— Vous n’y êtes pas, les amis ! Figurez-vous que le week-end passé, Ardoise n’était pas là…
— Tiens ? Où était-elle ?
— Elle était restée dans son appartement. Son Grand Amour venait la garder, paraît-il, et en l’absence de sa rivale à deux pattes partie visiter sa propre famille, Ardoise espérait bien le convaincre de reprendre la vie commune…
— Je suppose qu’elle n’a pas réussi ?
— Non, bien sûr ! Mais, vous savez, l’amour se nourrit d’illusions… Enfin, toujours est-il que, le week-end passé, j’étais bien content : je n’aurais pas besoin de surveiller chacun de mes gestes, de peser chacun de mes propos… Je pouvais dire tout ce qui me passait par la tête, sans être bâillonné par la censure…
— Tu exagères un peu, Orca, non ?
— À peine un tout petit peu ! La bestiole grise est d’une susceptibilité, si vous saviez ! Ça, Petite-Goulaffe l’avait compris instantanément !

Samedi, donc, Petite-Goulaffe arrive à la porte, arborant ses nouveaux petits airs penchés et chat-fouins…
Sitôt entrée dans mon logis, elle renifle discrètement, lève un tantinet la tête.
— Tiens ! Votre proprio n’est pas là, M’sieur Orca ?
— Pas aujourd’hui ni demain, Petite-Goulaffe.
Et j’ajoute, pris d’une légère inquiétude : " Ce n’est pas une raison pour… "

Je parle dans le vide. La transformation est radicale : Petite-Goulaffe se dresse sur ses ergots, toute humilité oubliée, se rue sur ma gamelle…. et la vide en un clin d’œil.

Puis, elle vient flairer la chaise sur laquelle je me prélasse voluptueusement, bien installé sur un tas de vieux journaux.
— Oh, vous n’avez pas envie d’aller faire un petit tour, M’sieur Orca, que je puisse m’installer sur votre chaise ?
— Pas question, Petite-Goulaffe, dis-je avec flegme. Assieds-toi dans le panier d’Ardoise ou retourne d’où tu viens, à ta meilleure convenance.
Elle inspecte le panier bien rembourré, fait la moue.
— J’aurais préféré votre chaise… avec le tas de vieux journaux !
L’air olympien, je regarde au loin.
— Eh bien, pauvre Petite-Goulaffe, tu ne sais pas où t’asseoir ? demande Mimiche en caressant l’exaspérante créature qui se tortille en poussant des miaulements roucoulants.
Et voilà ! Un nouveau paquet de vieux journaux est déposé pieusement devant le feu. Petite-Goulaffe s’y installe, le regard triomphant.
Elle est restée toute la matinée…

Parfois, elle se levait et arpentait la cuisine et le salon d’un petit air de propriétaire, comme elle le faisait déjà l’été dernier. Visiblement, en pensée, elle dispose ses meubles, change les papiers peints. Elle ne m’a pas dit, cette fois : " Comme nous allons être heureux ici, M’sieur Orca ! "
Non. Je crois que dans son for intérieur, elle a décidé de me donner mon congé.
" Merci et adieu, M’sieur Orca, vous m’avez bien chauffé la place, maintenant reprenez votre baluchon de vagabond et allez chercher refuge ailleurs ! "
Quel sort réserve-t-elle à la malheureuse Ardoise ? Va-t-elle continuer à lui manifester un profond et faux respect, tout en l’entortillant autour de sa minuscule patte ? Ou va-t-elle tenter un coup d’Etat ?

— Bon, je m’en vais maintenant, sinon M’man va s’inquiéter, décide la créature au bout de quelques heures.
Comme d’habitude, elle est cérémonieusement reconduite jusqu’à la porte par Mimiche qui lui prodigue des mots gentils. Heureusement, Petite-Goulaffe ne connaît pas le mécanisme de la chatière ! Pourvu qu’elle ne le comprenne jamais ! Vous imaginez, elle viendrait manger toutes mes provisions de la semaine ! Peut-être même montrerait-elle le mécanisme à " M’man ", justement surnommée " l’Aspirateur Universel "!
J’en frémis !

Enfin ! À chacun ses petits problèmes ! Pas la peine d’envisager des catastrophes, j’aviserai s’il y a lieu, le moment venu. Pour l’heure, mon modus vivendi me convient : vie de chat en semaine, vie de pas-chat le week-end ! Bombance du vendredi soir au mardi soir (en comptant sur les provisions) puis régime du mercredi soir au vendredi ! Ça, c’est vraiment ce qu’on appelle " mener une double vie " !


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Dim 14 Nov - 14:33:23

Merci Scouby



Bon dimanche

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 13 Déc - 15:11:56

C'est de nouveau moi ! Vous savez qui, hein?

Je suppose que l’Orca s’en est donné à cœur joie pour vous raconter, en long, en large et en travers, tout ce qu’il a fait durant les deux jours où je l’ai laissé, seul et sans surveillance, jouir de la compagnie exclusive de mes parents-z-à-moi. En ce qui me concerne, vous comprendrez bien que je ne pouvais pas les accompagner à la campagne ce week-end-là : Olivier venait me garder ! Je m’en faisais une joie ! Nous avons renoué notre amour idyllique et platonique, mais pour très peu de temps hélas… Le dimanche soir venu, il est retourné roucouler avec sa Nathalie et je me suis retrouvée abandonnée, pauvre chatte solitaire et incomprise.

Michèle m’a dit par la suite que si je continue à arborer un petit visage si triste à chaque fois que mon Grand Amour est venu me tenir compagnie, il est préférable pour mon moral que j’accompagne systématiquement ma famille à la campagne ! Propos auxquels je n’ai répondu que par un soupir accablé. C’est vrai que je suis un peu déprimée quand je me sens ainsi délaissée… Et puis, je ne comprends vraiment pas comment on peut me préférer une créature sans superbe fourrure, sans belle queue et sans magnifiques moustaches tombantes… Vraiment, ça me dépasse ! Mon genre de beauté serait-il passé de mode ? Aurais-je perdu ma séduction ?

- Voyons Ardoise ! Je te répète pour la millième fois qu’Olivier n’est pas un chat !
- Je sais ! C'est-à-dire que je le sais intellectuellement, mais c’est tout ! Comme nous avons pratiquement grandi ensemble, je l’ai adopté pour compagnon de vie ! expliqué-je pathétiquement.
Puis je vais me coucher sur le tapis de la chambre du déserteur, ou sur son fauteuil de bureau et je me plonge dans des pensées moroses…

Pas de ça, Ardoise ! Assez ruminé ! Mon optimisme naturel reprend le dessus.
En un sursaut d’énergie, je saute sur mes pattes, subitement toute guillerette et je fais le tour de l’appartement en courant, histoire de m’échauffer les muscles. Puis, le soir venu, je me blottis sur les genoux de Daniel ou de Michèle. Eux, ils ne me quitteront jamais !
- Tu n’aurais pas un peu de steak haché pour mwâââââ ? miaulé-je en roulant des yeux langoureux.
Mais oui, il y en a ! Michèle me sert copieusement, toute contente que j’aie repris du poil de la bête (sans jeux de mots, hein ! Ne me dites pas que la bête, c’est moi !).
Quand l’assiette est vide…
- Ça fait longtemps que je n’ai plus reçu du colin d’Alaskââââââ ! (nouveau regard noyé).
Il y en aura demain, c’est promis ! Je suis comme l’héroïne de la pièce « Le mariage de Mademoiselle Beulemans » : on ne peut rien me refuser ! Et j’en use, et j’en abuse…

Le week-end suivant, Mademoiselle Ardoise Beulemans était du voyage, calée dans son panier.
Ça n’a pas commencé très brillamment ! A peine roulons-nous depuis dix minutes que Daniel a l’impression que ses freins ne répondent pas aussi bien que d’habitude. Pour en avoir le cœur net, il s’engage dans une petite rue calme pour stopper brusquement, histoire de tenter l’expérience.

Boum ! Le panier (contenant le trésor que vous savez) posé sur le siège arrière, décolle pour accomplir une gracieuse pirouette dans l’air et achever sa course (à l’envers, bien sûr !) sur le plancher de la voiture. Je me retrouve sur la tête, complètement abasourdie.
- Le CHAT !!!!! piaule Michèle, horrifiée.
Elle descend de voiture en coup de vent, ouvre la portière arrière et remet le panier bien à l’endroit sur le siège.
- Ma pauvre Ardoise ! Malheureux petit amour ! Comment te sens-tu ?
Je ne réponds pas. J’ai le sifflet coupé.
- Elle ne peut pas s’être fait mal, dit Daniel d’un air faussement dégagé (au fond, bien embêté quand même), elle a atterri sur du tapis ! Et puis, le panier est rembourré…
- Quel sauvage ! me chuchote tendrement Michèle en serrant le panier contre son cœur.
Nous nous remettons en route, moi toujours hébétée et muette d’émotion.

Régulièrement, Michèle se retourne sur son siège, au risque d’attraper un torticolis, pour vérifier si je ne suis pas tombée dans les pommes. Mais non, j’arbore ma bonne tête de tous les jours. Toutefois, jusqu’à Charleroi, aucun miaulement déchirant ne retentit dans la voiture, ce qui est tout à fait exceptionnel. Cela prouve à quel point je suis perturbée.
Ensuite, mes cordes vocales se décoincent providentiellement et ma mère d’adoption se sent complètement rassurée sur mon sort lorsque, retrouvant toute la vigueur de ma voix de soprano, je me mets à vocaliser avec énergie pour me plaindre de la longueur du trajet.
- On y est presque, mon Minou !
- Miââââââââââ ! Non, on n’y est pas presque ! Je sais bien où nous sommes : on a à peine dépassé Charlerwâââââââââ ! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Mais toutes les choses ont une fin, même les trajets en voiture ! Au bout d’une heure, j’ai enfin pu me dégourdir les pattes dans la cuisine de notre petite maison ! Qu’est-ce que j’étais contente à la perspective de passer mes nerfs sur l’Orca, vous ne pouvez pas savoir ! Ah ! il allait voir ce qu’il allait voir, le matou !

Je levais déjà une patte vengeresse quand je me suis avisée… qu’il n’était pas là ! Ça, c’était vraiment bizarre… et frustrant, vous pouvez me croire : vous vous tapez un interminable trajet en voiture avec commotion cérébrale et tout, pour pouvoir exercer sur quelqu’un vos dons de haute surveillance et lorsque vous arrivez, prête à remplir votre mission, il n’y a personne à surveiller !
Il aurait pu faire un effort ! Etre coopératif ! C’est vrai quoi !

Pendant une longue demi-heure, je me suis postée près de la chatière, dans l’espoir de voir surgir ma victime. Peine perdue !
- Il n’a pas compris qu’on est vendredi et il sera allé dormir dans quelque grange, a supposé Michèle. On le verra bien demain !
- Mais en attendant, qu’est-ce que je fais, moi ?

- Bonzour !
Je me retourne vivement vers mon assiette, allonge le museau, pleine d’excitation. Mais oui, c’est bien mon amie la petite musaraigne ! Ou peut-être une autre, je ne suis pas très physionomiste, pour moi toutes les musaraignes se ressemblent !
Nous nous flairons mutuellement le bout du nez. Oui, comme vous vous en doutez, la caméra était restée une nouvelle fois à Bruxelles, je crois que cela ne vaut plus la peine d’être répété…
- Ça fait longtemps que je ne vous avais plus vue ! dis-je avec mon plus gracieux sourire.
- Pourtant, z’ai touzours mon petit nid dans un trou de votre ceminée ! Z’aime bien vivre ici, le zentil çat noir et blanc me laisser manzer ses croquettes !
La petite musaraigne grimpe dans le bol de croquettes. J’en renifle le contenu et fronce délicatement le nez.
- C’est des croquettes bon marché, peuh ! Je préfère les Félix ou les Whiskas ! dis-je d’un ton connaisseur.
- Ah ? Moi z ‘aime bien ! Croc-croc-croc… Allez, z’ai fini, ze vais me coucer ! A demain, zoli çat gris !
En se dirigeant tranquillement vers le salon, ma petite compagne passe sans broncher entre les pieds de Michèle qui nous observait de la porte, frôle Daniel sans manifester la moindre appréhension avant de se faufiler dans son petit trou sous la cheminée.
Cette fois, Daniel n’a pas essayé de la capturer au moyen d’une ramassette et d’une boîte en carton : il fait trop froid dehors pour une petite bête comme ça. Et puis, elle revient toujours…
Au moins, j’ai eu un peu de compagnie, l’absence de l’Orca me pèse moins… Et je suis sensiblement de meilleure humeur que lors de mon arrivée !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 13 Déc - 15:53:24

C'est toujours aussi bien raconté Scouby ; quand on te lis on est
carrément sur place, dans la maison ! ou dans la voiture à se
retrouver par terre ! C'est très beau Merci !

Bonne fin de journée et bonne soirée !

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 27 Déc - 0:35:25

Scouby , j'espère que tu as passé de bonnes fêtes de Noël

Tes compagnons nous deviennent tellement familiers que l'on n'a qu'une hâte c'est de connaître la suite de leurs aventures.


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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 27 Déc - 12:00:30

Merci mes amies, j'espère que Noël s'est bien passé pour vous également.
Ici, ça a été très calme, parce que cela fait des semaines que nous sommes pratiquement coincés au village à cause de la neige !
Puisque vous aimez les bavardages d'Ardoise, elle continue :


A notre tour, nous sommes montés nous coucher, moi dans les bras de mon père d’adoption, bien au chaud.
Il peut en témoigner : j’ai dormi d’une traite jusqu’au matin. Lui avait des crampes parce qu’il n’avait pas osé bouger de peur de me déranger. C’est toujours comme ça.

Le lendemain était, bien sûr, un autre jour ! Je me suis levée en pleine forme, prête à vivre un tas d’aventures passionnantes. Mon humeur était combattive, aussi, lorsque j’ai vu la P’tite-Goulaffe entrer dans ma cuisine comme chez elle, me suis-je offusquée.
En quelques jours, j’avais eu le temps de réfléchir et de m’aviser que j’avais été plutôt naïve la dernière fois que j’avais laissé l’autre chatte grise se chauffer devant mon feu.
J’ignorais en effet (ce que m’a ensuite confié l’Orca) que la petite impudente envisageait de s’installer chez moi à demeure, quand nous viendrons habiter définitivement ici. Or, si je suis bien forcée d’admettre la sempiternelle présence du célèbre chat des champs, il n’est pas question que j’accepte d’héberger une autre CHATTE ! Car chatte il y a, même si la P’tite-Goulaffe se fait encore passer pour un chaton.

- Tu as mille fois raison ! miaule à mon oreille une voix nasale bien connue. Enfin, tu commences à tirer profit de mes leçons !
- Oh, bonjour, Vot’Seigneurie ! Ça faisait bien longtemps !
- Que veux-tu, petite chose, il y a tellement à faire dans l’au-delà !... Et puis, je m’éloigne petit à petit dans le temps, je n’ai plus tellement envie de m’intéresser aux choses terrestres. Toujours est-il que tu as raison ! Pas question d’accepter la présence d’une autre chatte chez toi ! Une créature dont on ne sait même pas d’où elle vient…
- Oh, si, P’tite-Goulaffe vient de la dernière maison de la rue…
- Et elle s’appelle P’tite-Goulaffe, en plus ! soupire la céleste siamoise en levant les yeux. « Si elle est bien nommée, elle s’emparera de toute ta nourriture ! »
- Voui ! Et en plus elle a le culot de me ressembler presque comme une sœur ! Sauf sa tête : elle a des yeux d’Orientale et un long nez !
- Elle te ressemble, en plus ! Imagine le danger que tu cours : par distraction, tes parents pourraient ramener P’tite... heu… Machin à ta place, dans l’appartement !
- Oh, quand même pas ! Moi je suis vraiment unique, on peut pas me confondre avec un autre chat ! Regardez les jolies petites plumes sur mon ventre, elles volettent quand je marche. Ça, c’est vraiment spécial !
Je fais une démonstration, en ondulant des pattes.
- D’où cela vient-il ? demande sa Seigneurie éberluée.
- Oh, tout simplement, le vétérinaire qui m’a stérilisée ne fait pas de chirurgie esthétique. Il m’a recousue en laissant dépasser une petite poche de peau avec de longs poils blancs ! C’est ça qu’on dirait des plumes !
- Beurk ! Je ne trouve pas ça particulièrement joli…
- Moi bien ! On dirait presque que je porte un petit pagne ! Une moitié de tutu !
- Enfin !... Des goûts et des couleurs… Il y en a bien qui se font fixer un diamant dans le nez, alors…
- Un dia… Oh, ça me plairait ! Mais je ne crois pas que Michèle m’offrira un diamant pour mon anniversaire…
- Peu importe, je ne suis pas venue ici pour bavarder à bâtons rompus avec une croqueuse de diamants, mais pour t’encourager dans tes bonnes résolutions : pas d’autre chatte chez toi, c’est bien compris ?
- Voui voui, Vot’Seigneurie ! Pas d’autre chatte sauf vous !
Mais elle, évidemment, elle a un statut à part… Les purs esprits sont chez eux partout !

Donc, quand P’tite-Goulaffe est apparue, je l’attendais de patte ferme, remontée à bloc.
- Bonjour, noble Demoiselle Ardoise, minaude l’intruse, sans remarquer ma mine rébarbative.
- P’tite-Goulaffe, dis-je, j’ai bien réfléchi !
- Aïe ! Quand les gens commencent avec une phrase comme ça, c’est toujours pour dire des choses désagréables ! Alors c’est quoi, Demoiselle Ardoise ?
- Plus question d’entrer chez MOI comme dans un moulin ! Ta place, c’est dehors, la mienne, dedans, compris ? Pas de chatte ici ! Seulement moi !
- Mais vous disiez pas ça l’autre week-end, noble Demoiselle Ardoise !
- On n’est plus l’autre week-end ! On est aujourd’hui, et aujourd’hui, j’ai décidé que…
- Ah, si c’est que ça, j’attendrai demain ou un autre jour, quand vous aurez changé d’avis, Demoiselle Ardoise !
- Je changerai pas d’avis ! Allez, dehors ! Ksssssssss ! Ksssssss ! Grrrrrr ! (Là, je fais mon cinéma ! Très impressionnant, du moins je l’espère !)

Alarmés par mes grognements menaçants, Daniel et Michèle se mêlent une fois de plus de ce qui ne les regarde pas.
- Sépare ces chats ! crie Daniel, ils vont se battre !
Michèle se précipite vers nous… mais, sur le carrelage de la cuisine un peu obscure (il fait gris dehors), elle ne distingue que deux formes figées, dans une pose aplatie. Deux chattes grises, brumeuses… Laquelle est la chère Ardoise ? Ce n’est pas le moment de se tromper, oh la la !
Ni d’empoigner au hasard un de ces charmants félins, au risque de se faire griffer dans le feu de l’action !
Elle ne voit d’autre solution que d’ouvrir toute grande la porte de la cuisine. Aussitôt, la situation se décante. P’tite-Goulaffe bat dignement en retraite, tête et queue hautes, pas démoralisée pour autant.
- Bon, je m’en vais, dit-elle. Un autre jour, vous serez certainement de meilleure humeur, noble Demoiselle Ardoise !
- Ce n’est pas une question d’humeur, c’est une question de principe ! dis-je avec emphase.
Je suis très contente de moi !

Quelques instants plus tard, enfin, l’Orca fait une entrée triomphale dans la cuisine. Bizarrement, il semble ravi de me voir, ça je ne l’aurais jamais cru !
- Bonjour, la charmante ! s’écrie-t-il. On est déjà vendredi ?
- On est SAMEDI, dis-je avec raideur, et je voudrais bien savoir où vous étiez passé hier, parce que moi je vous ai attendu devant la chatière !
- Sans blague ? Si j’avais su !
Et il se dirige paresseusement vers sa gamelle pour mastiquer quelques bouchées. Visiblement, il n’a pas faim. Où va-t-il se ravitailler quand nous ne sommes pas là ? Il ne me l’a jamais révélé, sans doute de crainte que je ne donne toutes ses bonnes adresses aux autres chats errants du village…
Maintenant, il est sur sa chaise et il dort. Je suis à nouveau frustrée ! Ce n’est pas très exaltant de passer sa journée à surveiller un chat qui, visiblement, n’a pas envie de bouger de son siège ! Il est trop sage, si seulement il faisait quelques bêtises, j’aurais matière à m’occuper. Mais rien !

Le soir, nous allons nous coucher. Cette fois, le vagabond est de la partie. Et c’est alors qu’il déroge à ses habitudes.
Au lieu de s’éloigner précautionneusement du lieu de mon auguste repos, le voilà qui vient s’affaler tout près de moi ! Je claque des oreilles, étonnée.
Arrière, manant !
Ne me craindrait-il plus ? Comment cela est-il possible ?
- Je ne vous dérange pas, belle Ardoise ? demande-t-il (tout de même !).
Je lâche du lest, mais tiens solidement le gouvernail.
- MOI, je dors SOUS les couvertures, dis-je avec fermeté. Si vous voulez rester près de moi, j’ai la bonté d’y consentir, mais faudra que vous restiez AU-DESSUS !
Et il l’a fait ! Il a dormi toute la nuit sur la couette, à deux centimètre du petit monticule bien matelassé qui révélait ma présence.

Ce n’est pas tout !
Le lendemain, nous attendions du monde. Beau-frère, belle-sœur, cousine…
Quand ils sont arrivés, l’Orca et moi étions assis côte à côte sur la table de la cuisine. C’est notre place préférée en hiver.
- Oh, les beaux chats ! Quels amours ! a roucoulé la cousine en nous apercevant.
Les invités ont fait cercle pour nous admirer. C’est alors que j’ai tourné innocemment la tête vers le vagabond qui se tenait tout près de moi, histoire de vérifier s’il se comportait bien.
SLURP !
Une langue large et râpeuse me gratifie, sur le nez, d’une caresse qui me laisse suffoquée, muette de surprise et de saisissement.
- Quel beau petit couple ! Comme ils s’entendent bien ! entonne le chœur des spectateurs, tandis que Michèle, je le vois, a du mal à garder son sérieux…
Comme tout le monde se dirige vers le salon, je me ressaisis et allonge quelques taloches bien senties au téméraire personnage.
- Z’avez pas honte ? Va falloir que je me nettoie, maintenant ! Je venais juste de terminer ma septième grande toilette de la journée !
- Que voulez-vous, s’excuse-t-il, pas repentant pour un sou mais prenant prudemment la fuite hors de portée de mes griffes, « je suis d’un naturel affectueux, c’est plus fort que moi ! »
C’est pas possible ! Il prend de l’assurance, ma parole !
Il faudra que je remette les horloges à l’heure, dans cette maison ! Il a suffi que je m’absente un seul week-end pour que le chat des champs s’émancipe et prenne des airs de matamore !
Quel sans-gêne ! Quelle familiarité !
Je vais revenir tous les week-ends, dorénavant ! Je dois garder le contrôle de la situation !

Mais si Olivier propose de me garder, hein, qu’est-ce que je fais ?
Cruel dilemme !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 30 Déc - 23:39:30

Merci Scouby

Je te souhaite un très bon réveillon de la Saint Sylvestre



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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 31 Déc - 9:49:17

je te souhaite mes meilleurs voeux pour l annee 2011 surtout la sante c est ca l important amitiees
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Ven 31 Déc - 13:10:16

Merci les amies !
A vous également, je souhaite une année 2011 sereine et heureuse, avec une bonne santé pour bipèdes et quadrupèdes. Gros .
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 4 Jan - 15:25:37

Le temps s’écoule doucement et à présent, le printemps pointe le bout du nez… Je suis bien content, vous pouvez me croire !
Bien sûr, en hiver c’est agréable de se pelotonner devant le feu (malgré le regard inquisiteur de la célèbre Ardoise), mais pour moi ce plaisir ne se présente que deux jours par semaine, vous le savez bien ! Le reste du temps, je vadrouille… J’ai bien une maison où me réfugier, mais il n’y a pas de chauffage central et en plus, je ne possède pas une superbe fourrure à triple épaisseur, MOI ! Suivez mon regard…

Donc, lorsque se présente le mois de mars, je me sens tout requinqué ! Les jours se font plus longs, les rayons du soleil deviennent presque tièdes, l’herbe recommence à pousser… Excellent pour mon moral tout ça ! Je commence à rêver de nouvelles aventures… Je ne suis pas si vieux, après tout !

Ma jolie Néfer, après s’être éclipsée tout l’hiver, a refait son apparition dans ma rue… et dans ma vie ! A ma grande surprise, j’ai constaté qu’elle avait pris du poids. Où s’était-elle donc réfugiée ? Chez qui ? Aurait-elle suffisamment vaincu sa timidité pour se dénicher une famille humaine ? Je m’apprêtais à courir vers elle pour l’assommer de questions, mais elle ne m’en a pas laissé le temps et s’est à nouveau esquivée. Je n’ai pas encore rencontré Titi, mais je suppose qu’il ne va pas tarder à se manifester.
En hiver, vous ne voyez personne dehors mais il suffit d’un souffle de vent printanier et zou ! Tout se repeuple ! J’aime bien !

Dernièrement, je vous ai relaté l’un de mes agréables week-ends « sans » Ardoise, mais à présent, je suis bien forcé de constater que ma vie future devra être envisagée « avec » ! La semaine passée, elle accompagnait ses parents ! La semaine d’avant, aussi ! La semaine prochaine, idem, je parie ! Et tous les autres jours ! Faudra que je m’y fasse, mais je ne vais quand même pas continuer à lui faire de profonds saluts et des salamalecs ad vitam aeternam. Courtoisie et diplomatie, d’accord ! Mais il faudra bien que la charmante comprenne que j’ai ma dignité de maître-chat et que je n’aime pas à être tourné en bourrique au gré de ses humeurs changeantes ! Le plus dur, ce sera de lui faire admettre que sa maison est aussi la mienne… Il va me falloir beaucoup, beaucoup de tact !

Il y a quinze jours, j’ai de nouveau laissé passer le vendredi sans m’en rendre compte. Ce n’est que le samedi midi que je me suis avisé que la voiture était devant la maison et que la cheminée fumait. Nom d’un chat, Orca, quel distrait tu es !

J’arrive à fond de train. Dans le jardin, je croise Petite-Goulaffe qui, visiblement, sort tout juste de chez moi. La queue bien droite, la tête haute, un air de dignité outragée répandu sur toute sa personne.
- Que se passe-t-il, Petite-Goulaffe ? dis-je en m’arrêtant, étonné. Tu ne t’incrustes pas dans ma maison, aujourd’hui ?
- Paraît que je n’y suis pas souhaitée, répond la Petite-Goulaffe en me décochant un regard noir. Votre proprio, la drôle de bête grise, m’a mise à la porte. Elle a un de ces caractères, dites donc !
Quand on parle de la paille et de la poutre… Je ne dis rien.

Elle pousse un profond soupir.
- Et ce n’est pas tout ! Hier, le matou du coin de la rue m’a dit « Petite-Goulaffe, tu deviens vraiment une ravissante jeune fille ! »
- Eh bien, dis-je sans comprendre, ce n’est pas un compliment, ça ?
- Vous n’y êtes pas, M’sieur Orca, réfléchissez ! Si on me dit ça, c’est que je ne suis plus un chaton ! C’est que je GRANDIS !
Quel drame pour Petite-Goulaffe, si attachée à sa condition d’enfant et aux avantages qui en découlent ! Moi, brave chat comme toujours, je compatis, je m’efforce de la réconforter.
- En ce qui me concerne, Petite-Goulaffe, je te considérerai toujours comme le plus abominable de tous les chatons de ma connaissance !
- Ça me console un peu, M’sieur Orca, merci !

Elle s’éloigne à petits pas, réfléchissant déjà à une nouvelle tactique pour investir mon home sweet home. Je la considère pensivement : c’est vrai qu’elle a beaucoup grandi, ces dernières semaines. Elle est aussi longue que ma « proprio », à présent. De loin, on pourrait presque les confondre.

Ayant éjecté proprement l’indésirable, la chère Ardoise a-t-elle prouvé qu’elle possédait quand même un gramme de bon sens dans sa tête ronde ?
J’entre, prêt à la féliciter. A peine ai-je le temps de la saluer qu’elle me passe un savon. Ça alors ! Elle m’attend depuis hier soir ! Elle m’a guetté devant la chatière ! Je n’en reviens pas. Un espoir m’effleure : aurait-elle quelque affection pour moi ? Je n’ose trop y croire.

De l’affection peut-être, mais en tout cas, aucune indulgence ! Elle me fait littéralement marcher à la baguette, vous imaginez ! Une deux, une deux !

La voilà qui saute sur ma chaise, devant le feu. La chaise de droite, la mienne. Et elle me jette un regard narquois.
Je suis tout déboussolé. Je ne me sens pas aussi bien sur la chaise de gauche (la sienne), mais je fais contre mauvaise fortune bon coeur. Sans rechigner, je m’y installe et ferme les yeux, douillettement enveloppé par la chaleur du poêle.

Le douce et gracieuse me surveille étroitement. Je sens son regard fixé comme de la glu sur chaque centimètre carré de mon corps. De la pointe des oreilles jusqu’au bout de la queue.
Je m’endors. Je suis sûr qu’elle continue à guetter. Peut-être n’ose-t-elle même pas fermer l’œil une seconde, de peur d’une incartade de ma part ? Elle me couve d’un regard inquiet et vigilant. Il ne peut rien m’arriver avec un garde du corps comme ça.
Je ne puis m’empêcher d’être ému.
Chère Ardoise ! Comme elle prend soin de moi !

Evidemment, le soir venu, elle est assommée. Vannée. Anéantie. A peine entrée dans la chambre, elle s’enfouit sous la couette, après m’avoir indiqué ma place. Je voulais dormir près d’elle, pour profiter de la chaleur que dégage en continu la luxueuse fourrure à triple épaisseur, mais il paraît que ce serait mal vu. Me voilà prié de demeurer au-dessus des couvertures. J’obéis, naturellement.
Elle ronfle jusqu’au matin.

C’est le lendemain que j’ai fait la gaffe. Elle a déjà dû vous en parler comme d’un crime. Mais, vraiment, j’avais des excuses !...
Nous étions côte à côte sur la table de cuisine. Il faisait bon, mes pensées ont pris un tour sentimental. Je suis une midinette dans le fond…
J’étais content aussi parce que des gens étaient en train de nous admirer et une gentille dame blonde s’est exclamée : « Oh, quel mignon jeune chat noir et blanc ! »
Quand on connaît mes précédentes angoisses, on ne s’étonnera pas que je me sois senti fondre en entendant ces mots !

Ardoise paraissait un peu fatiguée, elle baissait le regard. Tout attendri, je réfléchissais : « Pauvre Ardoise ! C’est du travail pour elle, venir en week-end ! Voilà qu’elle ne mange plus ! Elle maigrit ! Elle dort à peine ! Tout ça pour veiller consciencieusement sur moi ! Pauvre gentille Ardoise ! »
Comme elle tournait la tête vers moi, je n’ai écouté que l’impulsion que me dictait mon bon cœur : SMAC ! Un gros bisou sur son nez rose !
Elle en est restée muette un instant, mais après ! Quel cinéma !
Elle m’a poursuivi sur la table, patte levée, toutes griffes dehors ! Moi, je fuyais pour sauver ma vie. Elle n’a pas voulu entendre mes explications ! Et j’étais un grossier, un dégoûtant, et encore ceci et cela ! Et elle devait se laver à nouveau, maintenant, et gnagnagni et gnagnagna !

Je ne voyais pas en quoi cela pouvait l’incommoder, vous savez ! Elle passe SA VIE à se nettoyer, avec la plus évidente satisfaction. Elle aurait dû être contente que je lui en donne encore une fois l’occasion !

Faut dire que j’étais un peu vexé de l’accueil réservé à ma tentative de rapprochement. Je ne suis pas sale, quand même ! Je me lave aussi, moi ! Elle dit que j’ai une petite odeur. J’ai beau renifler, je ne sens rien. Je commence à croire qu’elle essaie de me déstabiliser.

Il va de soi que je lui ai caché ces secrètes pensées. Je me suis fait tout petit, humble et insignifiant, ce qui est un exploit pour un maître-chat ! Mais nécessité fait loi…

Le week-end suivant, j’espérais qu’elle avait retrouvé sa bonne humeur et j’avais pris soin d’arriver dès le vendredi soir pour ne pas la froisser.
Peine perdue ! Elle a été littéralement infernale avec moi ! Mimiche a dû intervenir plusieurs fois pour l’empêcher de me dévorer tout cru ! Ah, je suis bien à plaindre, les amis !

Bon, je dois avouer que j’avais mangé tout son steak haché. Je lui en avais même chipé un bout sous le nez, dans sa sacro-sainte assiette à laquelle je ne peux jamais toucher ! Mais c’était tellement succulent et je n’ai que deux jours par semaine, moi, pour prendre du bon temps ! Elle ne veut pas le comprendre.
C’est une rancunière, je vous dis !
Combien de week-ends passeront-ils avant que je sois pardonné ?

Si je partais quelques jours ? Si je m’exilais ? Peut-être qu’à la longue, elle me regretterait ? Tout avait bien commencé, pourtant, il y a une quinzaine de jours ! Il a suffi d’un bisou innocent et sincère pour tout gâcher.
Ah, la douce Ardoise, ce n’est pas la Belle au Bois Dormant ou Blanche-neige ! Ou alors, c’est moi qui n’ai rien d’un Prince Charmant ?
Pourtant, les filles du village disent que je ressemble à Depardieu… Ce physique serait-il trop rébarbatif ?
Faudra peut-être que j’emprunte à Mimiche son « Rexona » pour faire la chasse à la « petite odeur » ? Que je me lave les dents ? La demoiselle de céans me considérerait peut-être d’un œil moins féroce ?

S.O.S. ! Donnez-moi des conseils ! Je les attends par le prochain courrier ! Vous pouvez mettre sur l’enveloppe : « Orca, Prince pas Chat-rmant » !



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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 18 Jan - 23:47:14

Pauvre Orca


La suite .... la suite .....

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 20 Jan - 20:10:24

Merci Catherine !
Inutile que je présente encore les "écrivains" à chaque chapitre, n'est-ce pas ?


Nous sommes à présent au début du printemps 2000…
Au bout de cinq années de cohabitation quotidienne avec les humains que je me suis choisis, j’arrive encore à les étonner par mes multiples inventions et mon comportement hautement fantaisiste. Notez que mon apparence est trompeuse : si vous me regardez, vous ne voyez rien de spécialement particulier : un petit visage gris au menton couleur crème, au regard rêveur, à l’expression sérieuse… Vous diriez un chat ordinaire, mais attendez de me connaître mieux ! D’ailleurs, si vous êtes en train de lire mes aventures, je suppose que vous avez déjà votre petite idée sur la question…

Et je ne possède même pas un immense espace vital pour donner libre cours à mon imagination débordante ! Je me contente d’un appartement de dimensions restreintes, que je connais par cœur mais où je ne m’ennuie jamais !

En ce moment, ma nouvelle place de prédilection se situe dans la chambre de Michèle et Daniel. Je m’assieds, me couche, médite de longues heures durant, sur quelques centimètres carrés de tapis, devant la garde-robe. Pas question que je dévie d’un millimètre ! D’ailleurs, un petit cercle de poils gris sur le tapis bleu témoigne de mon assiduité.

- Ardoise, regarde donc ces poils sur mon tapis ! Tu ne peux pas te mettre ailleurs ?
- Non, Madame, j’y suis j’y reste ! Non mais, de quoi j’ me mêle ?
Elle passe l’aspirateur. Ça fait un bruit pas possible, je déteste ça ! Si cette machine rugissante allait m’aspirer, par erreur, comme un vulgaire « minou » de poussière ? A regret, je quitte ma place de prédilection pour me mettre à l’abri sur le seuil de la porte, mais mon regard inquiet suit attentivement les va-et-vient du monstre. Sacrilège ! Il passe sur ma place ! Une fois, deux fois… S’il continue, les délicats effluves ardoisiens que j’ai disséminés là vont se dissiper ! Je ne me sentirai plus chez moi, sur ces quelques centimètres-carrés de tapis !

Heureusement, mes poils tiennent bon. Alléluia ! L’aspirateur s’essouffle (il n’est pas très performant). Michèle aussi (elle non plus !).
- La prochaine fois … Pfffft ! Pffffft !... Si j’en ai le courage… Pfffft ! Pffffft !… Je passerai une raclette humide sur ce tapis. C’est radical.
Je suis tranquille. Si je dois attendre qu’elle ait du courage, il me reste pas mal de beaux jours pour profiter de mes acquis !

D’un pas solennel, je regagne ma place inviolée et m’y installe pour faire ma toilette. De nouveaux poils fins et légers s’accrochent au tapis. Michèle soupire mais va passer l’aspirateur ailleurs.

Le soir, mes parents d’adoption se sentent un peu seuls… Où est donc passé l’animal dit « de compagnie », censé les distraire par ses mille cabrioles ?
Pour m’attirer dans le salon, ils allument le radiateur.
- Viens ici, minette, il fait bien chaud ! Viens sur ton petit coussin !
- Pas maintenant, dis-je sans bouger. Je n’ai pas encore épuisé tous les charmes de ma nouvelle place favorite !
Je ne consens à les rejoindre, pour leur faire plaisir, que tard dans la soirée… quand ils s’apprêtent à aller au lit. Nous nous croisons dans le corridor. Conciliante, je fais demi-tour et je les suis, d’un petit pas obéissant. Je me réinstalle sur mon bout de tapis et ferme les yeux, heureuse de cette nouvelle journée passionnante que je viens de vivre.

Durant la nuit, bien sûr, je vais à la cuisine prendre un petit en-cas. Zut… des boulettes de lapin en gelée. J’en ai marre de cette boîte, Michèle devrait bien me cuire un petit bout de colin d’Alaska ! Si elle était réveillée, je lui dirais comme elle devient écoeurante, cette boîte… Bon, d’accord, il y a deux heures je l’adorais, mais maintenant j’ai changé d’avis. Gratt, gratt, gratt… Avec mes pattes de devant, je fais des mouvements rythmés autour de l’assiette, pour bien manifester mon ras-le-bol. En pure perte, hélas, personne n’est là pour prendre acte de ma désapprobation. Gratt, gratt, gratt… Je n’aime pas manger la même chose aux trois repas. Il faudrait varier mes menus… Tiens, ces croquettes ne sont pas mauvaises… Je crois bien que je vais vider le bol… Un petit coup d’eau, à présent… Ah, j’ai bien mangé ! Je peux retourner dormir sur mon coin de tapis.

J’ouvre un œil. L’aube n’est pas loin, je le sens.
Fraîche et dispose, je bondis sur mes pattes et, d’un saut léger et aérien, je me propulse sur le lit.
Ça ronfle. Ils dorment. Peut-on dormir alors qu’il est déjà… Quoi ? Cinq heures du matin ?
Je me hisse sur l’estomac de Michèle, histoire de la réveiller en douceur. Je ne m’occupe pas de Daniel : il ne m’intéresse que le week-end, à la campagne, quand je me blottis contre lui pour passer la nuit au chaud. Ici, pas besoin d’un chauffage d’appoint !

Elle pousse une sorte de couinement, mais ne se réveille pas. Elle rêve qu’un bulldozer lui passe dessus.
J’insiste, me promenant de long en large sur le monticule qu’elle forme sous la couette.
Je frotte ma tête contre son menton, lui tapote les joues d’une patte insistante.
Finalement, elle ouvre les yeux, tâtonne des deux mains pour identifier le bulldozer. Un bulldozer tout doux, à l’épaisse fourrure bien reconnaissable.
- Ardoiiiiiiise ! Tu as vu l’heure qu’il est ? On fait encore dodo !
Je me place, stratégiquement, entre elle et son réveille-matin. Elle est obligée de se redresser pour lire l’heure sur le cadran lumineux.
- 5 heures 10 ! glapit-elle. Tu es folle, Ardoise !
- Puisque tu es déjà assise, tu pourrais peut-être te lever pour me servir mon petit déjeuner ? suggéré-je, pleine d’espoir.
L’égoïste refuse. Elle tient à dormir encore une heure avant de devoir se lever pour aller travailler. Tant pis pour elle : je reste campée devant le cadran du réveil, ça lui apprendra !

Je vois qu’elle n’est pas tranquille. Quand elle entrouvre un œil pour vérifier si elle a encore un peu de temps devant elle, elle ne distingue qu’une énorme masse sombre, comme un rocher, qui lui dissimule le paysage. Je corse encore les choses en piétinant sur la table de chevet. Elle se demande quelle bêtise je suis en train de faire mais, stoïque, reste couchée. Elle veut profiter de sa dernière heure de repos, na !
Elle est têtue comme une mule, je vous dis !

Parfois, n’y tenant plus, elle lève une main languissante et me grattouille le cou, histoire de me distraire de ma tâche. Elle susurre : « Viens, minette, viens chez maman ! » pour que je dégage la place, mais moi aussi, j’ai de la suite dans les idées. Je reste de marbre, occultant toujours de ma silhouette dodue le cadran du réveil.

Finalement, sonne l’heure de se lever. Je saute de la table de chevet pendant que Michèle enfile ses pantoufles à tâtons.
Je sautille : « Tu vois que ce n’est pas si terrible, se lever ! »
- Si, c’est terrible, dit-elle.
- Je suis bien levée depuis des heures, moi !
- Oui, mais toi, tu vas maintenant te remplir la panse et après, tu vas retourner dormir ! Pendant que moi, je travaillerai !
Rien de plus vrai. Le statut de chatte au foyer a de ces avantages …

Pendant que je me sustente avec gravité et recueillement (Michèle a ouvert une nouvelle boîte de boulettes en sauce, d’une autre variété), ne voilà-t-il pas que je sens comme une petite humidité sur le cou !
- Tiens, pleuvrait-il ? Dans la cuisine ? Bizarre…
Je rumine la chose, en même temps que ma bouchée de boulettes.
Plouc !
Je me secoue, lève les yeux. Que vois-je ?
Le bananier ! Vous vous souvenez du bananier de l’année passée ? Il est devenu grand et Michèle l’a placé près de l’évier de la cuisine, sur l’armoire qui surplombe justement mon coin-repas.
Ce que nous ignorions tous (et que j’apprends à mes dépens), c’est qu’un bananier, qui boit beaucoup d’eau, en perd une partie par les feuilles. Et l’une de ces feuilles, ornée d’une énorme goutte scintillante, se penche malignement sur votre malheureuse petite Ardoise !
Le bananier, qui me considère de haut, n‘a pas perdu son air fanfaron ! Il chantonne :
« Tiens, v’là Ardoise la tigrée, yé yé,
Le chat bouffeur de bananiers, yé yé ! »

Moi, vous pensez bien, depuis le temps, je l’avais complètement oublié, ce végétal ! Je ne m’étais même pas aperçue qu’il avait réintégré l’appartement après son long séjour sur la terrasse ! Et puis, un bananier devenu adulte, dépourvu des charmes de l’âge tendre, cela ne m’intéresse pas. Moi j’aime les jeunes pousses croquantes comme de la laitue.
Je n’ai donc pas répliqué. J’ai traité ses moqueries par le dédain et, impavide, je me suis remise à manger. Faudra que je dise à Michèle qu’elle doit tourner le pot de cet énergumène de manière à ce qu’aucune de ses grosses feuilles ne menace d’arroser ma nuque lorsque je suis attablée devant mon repas… Faudra aussi qu’un de ces jours, je saute sur l’armoire pour en avoir le cœur net : ce bananier pourrait se mettre à avoir des petits, lui aussi…
Le problème, c’est que si Michèle s’aperçoit de la chose avant moi (et il y a des chances : elle est à la bonne hauteur, elle !), je serai chocolat bleu pâle, comme on dit ! Elle va de nouveau mettre hors de portée de mes dents l’objet de ma convoitise !

On m’a déjà comparée à pas mal d’objets ou d’animaux divers : à un camion, à un autobus, (voire un bulldozer), à une grosse souris, à un nounours…
L’autre jour, en rentrant de la campagne, Michèle s’est exclamée en me prenant dans ses bras : « Bonjour, mon adorable jeune dinosaure ! »
- Ça va la tête ? ai-je demandé, éberluée.
Bon. Il paraît que ce week-end, on donnait à la télé une émission sur les grands sauriens. Une émission très bien documentée, avec des dinosaures, des brontosaures, des tyrannosaures… Bref, toute la galerie en or ! Vraiment comme si on y était !
L’héroïne du troupeau sur l’écran était une jeune dinosaure pleine de charme. Michèle regardait distraitement lorsque, soudain, la silhouette de la bestiole lui a paru étrangement familière : voyons, cette petite tête, cette ligne du cou, si particulière, cette queue ondulante… mais oui, Ardoise, bien sûr ! La jeune dinosaure ressemblait à Ardoise !
Ravie de cette découverte d’une autre des innombrables facettes de ma personnalité, Michèle a ajouté ce surnom à la liste déjà longue de mes multiples identités.
Bon, je veux bien admettre qu’ il s’agisse d’une appellation affectueuse, mais je ne peux m’empêcher d’être un peu vexée quand Daniel, me voyant déambuler dans la salle à manger, me traite de « gros brontosaure » !
Il y a des limites, non ?

Parfois, je suis dispensée du week-end à la campagne, mais cette semaine, je n’y ai pas coupé. C’est quand même incroyable : j’ai beau m’époumoner de toutes mes forces pendant le trajet, Daniel et Michèle persistent à m’emmener respirer l’air pur de la Belgique profonde !
- Je pourrais bien rester à la maison toute seule, dis-je. Regardez Orca : vous lui laissez trois assiettes de nourriture et il se débrouille ! Moi aussi, je suis capable d’en faire autant !
- Oui, mais en règle générale, Orca sort pour se promener et s’oxygéner ! Ce que tu ne ferais pas, vu que tu vis en appartement ! Et puis, tu as besoin de compagnie, tu es si sensible !
- Moi ?
- Oui, nous ne voulons pas que tu deviennes neurasthénique… Que ferais-tu sans nous ? Ou sans Olivier pour te soigner ?
- Je ferais ce que je fais maintenant : je me coucherais en boule sur mon bout de tapis et je dormirais.
- Mais non, Ardoise, abandonne cette idée ! D’ailleurs, tu ne veux pas l’admettre, mais tu ADORES te trouver à la campagne !
- Moi, ça alors !
- Tu n’aimes pas le trajet en voiture, mais quand tu es sur place, tu revis !
- Bien sûr, puisque j’ai été à l’agonie pendant près de deux heures ! Je ne peux que me sentir mieux !
- Et quand tu vois Orca, tu rayonnes ! Avoue : tu ADORES surveiller et tyranniser ce malheureux animal !
- Bof, bof…
Bon, admettons : l’Orca apporte du piment à ma petite vie si confortable, mais parfois un peu fade. Toutefois, point trop n’en faut !

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Jeu 20 Jan - 23:50:13

Merci Scouby , j'aime toujours autant

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 22 Jan - 21:53:51

Il y a une huitaine de jours, Dan et Mimiche ne sont venus au village que le samedi, en début d’après-midi. Moi, j’étais déjà tout déçu ! J’étais allé faire un petit tour dans la maison, mais il n’y avait personne ! Tout était morne et froid, mes assiettes vides…
- Eh bien ? M’auraient-ils oublié ?
Je suis sorti et me suis précautionneusement glissé sous un talus afin d’éviter une voiture qui remontait la rue.
Je m’étais à peine éloigné de quelques pas, que j’ai entendu des appels : « Orca, Orca ! »
La voiture, c’était eux ! Je suis évidemment accouru de toute la vitesse de mes pattes.
- Me voilà, me voilà ! Vous arrivez plus tard que d’habitude !
- J’ai dû travailler ce matin, Orca ! Un samedi par mois, tu sais cela !
Je jette un coup d’œil dans la voiture, saute dans le coffre ouvert. Pas de panier Félix « Titanic » en vue. Pas de chatte furibonde non plus.
- Elle n’est pas là ? Chouette ! C’est pas que j’aime pas votre bestiole, croyez bien, mais elle est un peu coincée, non ? Un peu ronchon… Je vais pouvoir prendre mes aises, ce week-end !

Ils déchargent le coffre, entrent dans la maison. Je les suis d’un pas gaillard, sans arrêter mes miaulements de bienvenue et mes commentaires avisés.
- Comme vous voyez, j’ai presque tout mangé… J’ai laissé un tout petit peu de la pâtée au lapin parce que je n’aimais pas tant, et puis quand j’ai eu envie de la manger, j’ai trouvé qu’elle était un peu faisandée… Je la jetterais, si j’étais vous. Faut pas se rendre malade avec de la pâtée de lapin faisandée ! Oh, et puis, j’ai utilisé le beau bac à sable bleu, qui appartient à vous savez qui… C’est celui que je préfère, quand même… Vous voulez pas m’en acheter un pour moi tout seul ? Et puis aussi…
Un vrai moulin à miaous !

Je suis tellement content que c’est à peine si je touche à la nouvelle pâtée qu’on met dans mon assiette. La vieille pâtée un peu moisie, ils l’ont mise dehors « pour les bêtes ». Ça veut dire les pies et autres volatiles voraces qui se baladent dans le jardin.
En regardant un peu plus tard par la chatière, j’ai pourtant vu mon amie Mme Gourmande se régaler… J’espère qu’elle ne sera pas malade.
La suite des événements balaiera mes inquiétudes : Gourmande peut avaler n’importe quoi, elle n’est JAMAIS malade ! Un estomac d’autruche, cette chatte !

Dan allume le poêle à bois. De le voir ainsi à quatre pattes, occupé à souffler sur la flamme pour que j’aie bien chaud, un grand élan de tendresse me submerge. Je saute allègrement sur son dos. Je ne vois pas pourquoi on me le défendrait, la chatte Ardoise le fait aussi, je l’ai déjà vu !
- Ça ne va pas la tête, Orca ? Viens sur ta chaise !
Pas encore, pas encore ! J’attends que le feu soit allumé et lorsque Dan s’assied dans le salon, je m’installe sur ses genoux et piétine des pattes de devant sur son pantalon.
Ce mouvement bien rythmé a une signification évidente. Il signifie : « Je-suis-con-tent, je-suis-con-tent, je-suis-con-tent… »
- Mais oui, Orca, on le sait, que tu es content ! Arrête maintenant, dit Dan qui craint un peu pour le tissu de son pantalon.
Inlassablement, je poursuis : « Je-suis-con-tent-je-suis-con-tent-je-suis-con-tent… »
- Tiens, tu n’aurais pas un peu grossi, Orca ? remarque Mimiche.
- Vous croyez ? dis-je, plein d’espoir.
On me tâte. Je me laisse faire.
- Je sens comme un soupçon de viande entre la peau et les os, commente Mimiche. Evidemment, il y aura encore de grands efforts à faire, Orca !

Aïe ! Je crains fort que ce très léger progrès ne se trouve vite anéanti. Vous comprenez, les amis, nous sommes au printemps, c’est la saison des amours. Je suis invité partout ! Mme Gourmande me fait les yeux doux, Néfer m’attire dans son bosquet… La seule indifférente, bien sûr, c’est ce monstre de Petite-Goulaffe qui continue à se prendre pour un chaton. Mais notez bien, ce n’est pas moi qui ferais la cour à Petite-Goulaffe, pas si fou ! Je laisse cela aux autres qui oseront s’y frotter… Et je ricane intérieurement.

Quand on parle du loup…
Qui vois-je arriver, toute frétillante et souriante ? Devinez !
- Bonjour, M’sieur Orca ! J’peux entrer ?
Sans attendre la permission que je ne lui aurais pas donnée, elle se faufile par la porte entrouverte.
- Oh, mais c’est la charmante Petite-Goulaffe ! Bonjour, Petite-Goulaffe ! s’exclame Mimiche en caressant l’animal qui fait des petits bonds de satisfaction.
- Si j’ai bien compris, votre proprio revêche n’est pas là aujourd’hui ! me lance joyeusement le fléau d’Attila avant de se ruer sur ma gamelle qu’elle vide en trois bouchées.
Après quoi, elle se met à tourner à toute allure autour d’un pied de la table de cuisine.
- Que fais-tu là, Petite-Goulaffe ? dis-je, ébahi, en me penchant pour suivre du regard ses évolutions.
- Je fais du charme, M’sieur Orca ! Ça ne se voit pas ?
Et de tourner de plus belle.
J’en reste comme deux ronds de flan. Jusqu’à ce jour, je n’aurais jamais choisi pour définition du charme, une sorte de tourbillon gris autour d’un pied de table ! Ça doit être de l’art abstrait…
La jeunesse actuelle se révèle décidément incompréhensible…

- Petite-Goulaffe, ta maman est venue te chercher ! prévient Mimiche.
- Oh, la barbe ! soupire la jeune effrontée. Je m’amusais si bien !
Elle sort. Sur la terrasse, Gourmande termine un petit en-cas offert gracieusement par la maison. Sans conviction, par pur devoir parental, elle tance sa progéniture : « Ça ne se fait pas de s’imposer comme ça chez les gens ! »
- Mais, M’man, toi aussi…
- Moi c’est différent, je suis ta mère ! Allons, raccompagne-moi, on rentre !
Je les vois qui s’éloignent côte à côte. Gourmande, la tête tournée vers son chaton boudeur, semble lui tenir un long discours.
Je suis sceptique : malgré des efforts occasionnels et louables, la pauvre chatte tricolore n’a pas l’autorité voulue pour introduire un soupçon de discipline dans le comportement de son rejeton ! Il y a comme ça des gens qui ont des enfants alors qu’ils sont absolument incapables de les prendre en main… pardon, en patte ! Gourmande en est un frappant exemple.
Mais par ailleurs elle est si charmante, dotée d’un caractère tellement agréable ! Je l’estime beaucoup.

J’apprécie aussi énormément les week-ends sans la divine Ardoise ! Je me laisse dorloter, cajoler… Je joue même un peu à l’enfant gâté… C’est si bon ! Evidemment, ces moments ne sont jamais qu’une parenthèse, puisque, immanquablement, au bout de quelques jours, la chère et tendre est de retour ! Enfin ! J’ai acquis une philosophie de vie qui me permet de toujours voir le bon côté des choses. Ainsi, je me dis : « Bon, elle est un peu ch... heu, sciante, mais pas méchante ! Et puis, avec elle, je ne m’ennuie pas ! J’apprends à m’observer, à me contrôler ! C’est positif ! »
Et j’endure avec le sourire ses petites avanies…

Enfin, quand je dis « avec le sourire », j’exagère un peu !
L’autre vendredi, j’arrive, tout heureux de pouvoir me faire caresser. Je vais sauter sur les genoux de Mimiche quand je m’aperçois, in extremis, que la place est déjà prise. La créature grise pelotonnée là me jette un coup d’oeil triomphant.
Cette fois, je le prends mal. C’est quand même injuste, vraiment !
Je m’installe sur l’accoudoir d’un autre fauteuil et contemple ma famille d’accueil d’un œil désespéré.
- Pauvre Orca, viens chez moi, mon gamin ! dit Dan, touché par ma détresse.
Je ne me le fais pas dire deux fois ! Me voilà, à mon tour, perché sur une paire de genoux accueillants. J’essaie de capter le regard de la chère Ardoise… peine perdue !
Elle a dédaigneusement détourné les yeux et s’est mise à contempler le plafond, apparemment très intéressée par les fissures qu’elle y découvre. Je n’ai pas droit à un seul coup d’œil, elle fait exactement comme si je n’existais pas !
On a beau être un chat philosophe, ça fait un drôle d’effet d’être snobé comme ça !

Et puis, ce n’est pas tout !
Vous vous souvenez comme elle avait magistralement mis à la porte cette péronnelle de Petite-Goulaffe, il y a quelques semaines ?
Eh bien, figurez-vous qu’elle a changé d’avis !

Samedi passé, nous étions, elle et moi, béatement allongés sur nos chaises, devant le feu. J’avais les yeux fermés. Elle, selon sa chère habitude, me surveillait. Oui, j’existe, dans ces cas-là ! Même quand je dors, elle m’observe, prête à réprimer dans l’œuf toute tentative de rébellion !
On voit vraiment qu’elle a une très haute opinion de sa petite personne. Moi, je suis le bouseux, même pas digne de respirer le même air qu’elle… Parfois, je ne peux m’empêcher de me sentir froissé, puis je me raisonne : « Du calme, Orca ! Ce n’est pas en prenant la mouche que tu feras avancer tes affaires ! Laisse dire, ce n’est jamais que de la roupie de sansonnet ! »
Ce qu’il y a de bien quand on se tient à soi-même ce genre de discours, c’est qu’on se sent très évolué, très sage, très supérieur à la bestiole là, en face ! Une bestiole qui, à ses moments perdus, oublie toute dignité pour jouer comme une folle avec des élastiques ou des sacs en plastique ! Encore un peu bébé, cette Ardoise malgré ses grands airs ! Est-ce que je joue, moi ? En ce qui me concerne, j’emploie mon temps utilement : je médite, je réfléchis…
Qu’est-ce que vous dites ? Que j’ai, moi aussi, un petit complexe de supériorité ? A peine, voyons, à peine…

Toujours est-il que nous étions bien tranquilles, lorsque la porte s’ouvre. Petite-Goulaffe n’attendait que cette occasion pour bondir à l’intérieur de la cuisine tandis que Mimiche s’interpose : « Petite-Goulaffe, reste dehors aujourd’hui ! Ardoise est là et tu sais qu’elle n’admet pas la présence d’une autre chatte chez elle ! »
Moi, faux jeton au possible, je souris dans mes moustaches en affectant un petit air détaché. Ah, elle va voir ce qu’elle va voir, la Petite-Goulaffe !

La charmante Ardoise s’étire, laisse tomber sur le cyclonique chaton un regard serein.
- Bonjour, noble Demoiselle Ardoise ! minaude la visiteuse, soucieuse de ménager la susceptibilité de ma « revêche proprio ».
Ceci étant dit, Petite-Goulaffe plonge le nez dans la gamelle de la maîtresse de céans et se régale, tout en surveillant la noble Demoiselle du coin de l’oeil…
Aucune réaction.
Enhardie par ce succès inespéré, le satanique chaton se dirige vers le salon et se dans un fauteuil en faisant mine de fermer les yeux. En réalité, elle est très attentive : jusqu’où peut-elle aller ?
La chère Ardoise regarde paresseusement dans sa direction, sans faire montre de la moindre agressivité.
Quelle girouette, cette chatte !
Je suis ulcéré.

Ce n’est que vers le soir qu’elle a défini sa position… et la nôtre.
Petite-Goulaffe s’est réveillée de son somme et se joint à nous, dans la cuisine. Elle veut s’asseoir devant le poêle, quand une petite tape sur la tête la met en alerte. Moi aussi, j’ai droit à une tape sur le sommet du crâne, mais pas une petite, une grosse ! Paf !
- Ecoutez bien ! claironne la chère et douce, le chef de meute ici, c’est MOI ! MOI, je fais ce que je veux et vous, vous faites ce que JE veux ! Compris ? MOI, je mange en premier lieu et vous me suivez ! Pigé ?
Petite-Goulaffe et moi baissons la tête. Moi par habitude, pour avoir la paix, et elle par calcul… car personne ne me fera jamais croire à l’humilité de la révolutionnaire à quatre pattes !
En y réfléchissant bien, je crois avoir découvert le motif du revirement de la charmante Ardoise : en tolérant la présence de Petite-Goulaffe, ça lui fait encore quelqu’un à SURVEILLER… Elle adore ça ! Et comme, au printemps, je recommence à mettre le nez dehors et à faire de longues promenades quotidiennes, elle s’ennuie pendant mon absence. Le chaton gris est donc une solution de rechange !

Grande nouvelle !
- M’sieur Orca, vous savez quoi ? J’vais avoir des petits frères et sœurs !
Le premier choc passé, j’exprime ma haute désapprobation.
- Enfin, Petite-Goulaffe ! Ta mère est déjà incapable de t’élever, toi ! Que va-t-elle faire avec d’autres moutards, je te le demande !
- Faut le lui demander à elle, M’sieur Orca !
- J’ai peine à concevoir l’idée qu’elle puisse mettre au monde un autre exemplaire de ton espèce ! Si on me gratifie d’une nouvelle Petite-Goulaffe, je m’expatrie, je quitte le village !
Alors là, je suis bien résolu ! J’enfonce encore le clou.
- Quel manque de sens des responsabilités ! Comment est-ce possible ?
La Petite-Goulaffe se permet un regard entre deux airs… Que va encore me sortir cette jeune peste ?
- Heu… M’sieur Orca, quand les chatons naîtront…
- Oui ?
- Je regarderai s’il n’y en aurait pas un noir et blanc dans le tas !
Je proteste vertueusement.
- Petite-Goulaffe, je ne suis pas le seul matou du village !
- Bien sûr, je disais ça comme ça… Faut pas vous inquiéter, M’sieur Orca !
- Moi, m’inquiéter ? Peuh ! Et puis, Petite-Goulaffe, ne te mêle pas des affaires des grandes personnes ! Va jouer avec ton saule, il commence à avoir des feuilles…
La regardant s’éloigner en sautillant, je ne peux m’empêcher de m’interroger : et s’il y en avait « un noir et blanc dans le tas » ? Notez, ce n’est pas sûr, pas sûr du tout ! Mais si… ?

Non, non, je ne m’inquiète pas ! Qu’est-ce que vous allez chercher là ?
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 2 Fév - 13:12:45

L'on peut dire que tu les as bien observés Scouby.

Tu as un vrai beau talent

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 2 Fév - 13:46:39

Merci Catherine ! J'en rajoute une petite couche...



Pour le moment, Michèle déprime un peu parce qu’il n’arrête pas de pleuvoir. C’est fou ce que les conditions météorologiques ont de l’influence sur le caractère de votre copine à deux pattes ! Votre copine à quatre pattes, elle, est toujours de bonne humeur (sauf quand elle roule en voiture mais là, c’est justifié !).

Ma mère d’adoption a commencé ce qu’elle appelle son « nettoyage de printemps », ce qui veut dire qu’en un grand sursaut d’énergie, elle a lavé les rideaux et s’est attaquée aux vitres de la cuisine et de la salle à manger. Du coup, on dirait qu’il fait plus clair chez nous… Les fenêtres des deux chambres, ce sera pour après. Après quoi ? Mystère…

J’ai observé, avec une légère inquiétude, qu’elle a mis mon panier « Titanic » dans la corbeille à linge sale. Dans quel état va-t-elle me le rendre ? Encore plus mou qu’avant, et dépouillé de ma si délicate odeur féline, je parie ! Enfin, il faut bien que je supporte Michèle telle qu’elle est : imparfaite. A son âge, ce n’est plus la peine que je me charge de son éducation. D’ailleurs, tout étant à revoir, une vie de chatte n’y suffirait pas ! Et puis, en la matière, je ne possède pas le savoir-faire de Sa Seigneurie Caramel !

J’ai délaissé ma « place favorite » du mois dernier. Durant deux jours, je n’ai pas prétendu sortir de la cuisine où j’avais élu domicile sur un sac à provisions. Puis je m’en suis lassée et, après mûre réflexion, me suis hissée sur le petit fauteuil Louis XV (faux, bien sûr) du salon. C’est une bonne place, j’ai vue sur la porte d’entrée et le couloir qui mène à la cuisine. Il est impossible de se faufiler jusqu’au frigo sans que je le voie ou l’entende. Et pour le moment, il y a un paquet de steak haché dans le frigo…

Quand je m’endors, étendue de tout mon long sur le fauteuil, Daniel a la détestable manie de me tirer brusquement de mon sommeil par des cris d’effroi : « Ardwâââââse ! Tu vas tomber ! Attention ! »
Tout ça parce qu’il voit ma belle queue et mon arrière-train glisser insensiblement sous l’accoudoir et se retrouver dans le vide !
- Mais non, je ne vais pas tomber ! dis-je, fâchée d’être ainsi réveillée en sursaut. « J’ai le sens de l’équilibre ! »
- Sens de l’équilibre ou pas, le poids de ton derrière t’entraîne ! Tu vas te retrouver par terre !
Dédaignant de répliquer, je referme les yeux et, bien que la position de mon corps brave toutes les lois de la physique et de la logique, je ne tombe pas !
Daniel n’y comprend rien. Michèle lui dit de prendre les choses avec philosophie : venant de moi, RIEN ne peut plus les étonner !

J’ai à présent délaissé mon fauteuil Louis XV (faux comme chacun sait) pour un fauteuil Voltaire (tout aussi faux, s’il était vrai il y a longtemps qu’il serait écroulé) placé contre un mur du salon, entre les deux fenêtres. Oui, vous avez raison : je suis une lunatique doublée d’une fantaisiste, mais que voulez-vous ? On ne se refait pas !
Cette nouvelle « place favorite » était déjà occupée quand j’ai décidé de m’y établir. L’intruse, une poupée de porcelaine assise sur l’accoudoir, ne semblait pas déterminée à me laisser le champ libre.

Qu’elle a l’air bête, cette poupée, vraiment ! Elle me dévisage de ses yeux bleus à l’expression bovine, tandis que ses longs cheveux blonds mousseux frisent autour de sa tête. Histoire de la faire enrager, je saisis une mèche entre mes dents et je tire. La poupée tombe à la renverse dans le fauteuil… et y reste, cette idiote, avec sa robe à fleurs et son minuscule pantalon de dentelle ! J’ai encore moins de place que tout à l’heure. Je soupire et me pose précautionneusement à l’avant du siège.
- Tiens, ma poupée a basculé ?
Michèle repose la poupée en équilibre sur l’accoudoir de MON fauteuil. Cela ne me satisfait pas : quand je veux me mettre à l’aise, les longs cheveux (a-t-on idée de porter des cheveux pareils !) me chatouillent le dos. Et puis, quand je me retourne, le spectacle de cette créature stupide, dans ses ridicules vêtements, me donne de l’urticaire : c’est bien simple, je ne peux pas la voir en peinture ! Est-ce que je me promène avec des pantalons en dentelle, moi ?
Une nouvelle fois, je lui tire les cheveux. Elle re-bascule.
Michèle a compris : maintenant la poupée est assise dans un coin du divan. Elle se fait discrète. Et moi, j’occupe somptueusement toute la surface du fauteuil Voltaire.
Pour combien de temps ? Vous avez déjà compris que mes « places favorites » ne font pas long feu…

Le week-end passé, je ne suis pas allée à la campagne. Zut, pour une fois que j’en avais envie ! Quand j’ai vu Michèle et Daniel rassembler leurs affaires, je ne me suis pas cachée dans un petit coin, comme je le fais d’habitude. Je me suis dirigée vers eux, certaine qu’ils allaient m’apporter mon panier.
- Eh bien Ardoise ? Que se passe-t-il subitement ? s’est étonnée Michèle.
- Mais… nous partons à la campagne, non ?
- Pas toi, ma minouchette ! Olivier va venir te soigner… Ce n’est pas la peine de venir cette fois-ci, nous serons tout le dimanche à l’extérieur. Tu t’ennuierais, toute seule avec Orca !
Ça alors ! Moi qui voulais, précisément, passer deux jours entiers à surveiller scrupuleusement ma meute ! Un chef, ça doit montrer son autorité ! Si je m’adonne à l’absentéisme, la discipline de la troupe va en souffrir ! La nouvelle recrue nommée P’tite-Goulaffe n’est pas encore suffisamment formée pour que je puisse relâcher mon attention à son endroit. Bon, d’accord, elle m’admire et me respecte, mais c’est oublieux un chaton !
Je suis contrariée et ça se voit.
Ils s’en vont, sous mon regard noir de reproches.

Quand ils sont rentrés, le dimanche soir, j’ai voulu leur montrer ma désapprobation. J’ai essayé de bouder… mais je n’ai pas tenu le coup. Cinq minutes après leur arrivée, je m’étais déjà étalée sur les genoux de Michèle, à ronronner comme un petit moteur. Je suis trop bonne fille, trop sentimentale au fond… malgré mes petits airs déterminés !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 2 Fév - 14:25:29

Merci Scouby

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Sam 19 Fév - 15:13:23

L’autre vendredi, j’étais bien tranquille, allongé sur la table de la cuisine. Il n’y avait personne, la maison était à moi tout seul pour plusieurs heures encore. Je me suis endormi…
Et j’ai fait un rêve… Z’imaginez pas ! Un rêve affreux !

La chère Ardoise, subitement matérialisée, prenait place à côté de moi sur la table. Quand je vous disais que c’était affreux !
Je la dévisage. Son petit air narquois a vraiment le don de me mettre mal à l’aise !
- Permettez, dis-je dans mon rêve, le week-end n’a pas encore commencé. Z’avez pas le droit d’être là !
- Z’ai tous les droits ! répond-elle.

Comme vous voyez, jusque-là c’était un rêve assez proche de la réalité. Dans la vie réelle, j’aurais peut-être tourné sept fois ma langue dans la bouche avant de lui parler sur ce ton, mais la réponse de la belle elle-même est bien dans sa manière : « Je-suis-le-chef-de-la-meute » !

Puis le rêve est devenu vraiment étrange, au fur et à mesure que mon sommeil se faisait plus profond.

La douce Ardoise s’est mise à claquer des pattes de devant, en cadence. Et j’ai vu que mes copines les chattes du village, elles aussi, étaient là ! Elles entouraient la table et claquaient également des pattes ! Un boucan infernal que ça faisait ! Clap ! clap ! clap !
Elles avaient l’air de bien s’amuser. Moi pas.

Puis la chère Ardoise s’est mise à chanter. Et là, ça dépassait tout ! Je voulais me boucher les oreilles mais j’étais comme paralysé ! Quel cauchemar !

Ardoise

Yé yééééééééééé ! Yé yéééééééé !
J’suis la plus belle minette du monde civilisé,
La plus adorable bête qui se puisse imaginer,
En ma superbe fourrure toute de gris habillée,
Je porte la tête haute et les moustaches rebiquées !
Yé yééééééééééé ! Yé yéééééééé !

Les chattes (en chœur)

Yé yéééééééééé !
(Elles se trémoussent en cadence)

Ardoise

Inutile de le dire et pourquoi le répéter ?
(Elle a l’air de se poser la question mais le dit et le répète quand même !)
Je suis la prima donna et la coqu’luche du quartier !
La chérie de ma famille et des chats la célébrité !
La plus bell’d’entre les bêêêêêêêêlles, c’est Ardoise la tigrée !
Yé yééééééééééé ! Yé yééééééééééé !
Moi (hagard)

Horreur !
(Elle chante faux, ça me grince dans les oreilles !)
Pitiéééééééé !

Les chattes (en chœur)

Pitiééééééééé !
Yé yéééééééé !
Moi (suppliant)

Mais soyez raisonnables ! Le yé yé, c’est fini depuis les années soixante ! Vous n’étiez pas nées, vos mères, vos grand-mères et arrière-arrière-arrière non plus !

Les chattes (claquant des pattes)

Pas néééééééééées !
Yé yééééééééé !

Elles se mettent à tourner autour de moi. Je vais avoir une migraine, je le sens. Même ma Néfer, toujours si placide, semble survoltée aujourd’hui !
Comme toujours quand la situation me dépasse, je baisse la tête, l’air accablé, dans l’espoir d’attendrir mes tortionnaires.
Elles s’en fichent. J’ai un petit (tout petit) sursaut de révolte.

- Et puis, je me demande bien pourquoi la bête grise à grosse fourrure pourrait clamer sur tous les tons qu’elle est le chef de la meute, la plus bêêêêêêlle, la plus charmante et tout et tout et tout… et pourquoi moi, je ne pourrais pas en faire autant !

La bête grise à grosse fourrure me fixe de ses grands yeux étonnés.
- Mais tout simplement parce que c’est vrai ! s’exclame-t-elle ? C’est moi la plus belle, c’est objectif, indiscutable, comme deux et deux font trois ! Vous pouvez pas dire que vous êtes beau, quand même, ce serait un mensonge !
Elle me dévisage.
- Un ENORME mensonge, précise-t-elle pensivement.
- Je suis si moche que ça ? dis-je, douloureusement surpris.
- Oh non, c’est encore pire ! fait-elle avec la plus absolue sérénité.

Pourtant, j’ai déjà essayé de me rendre compte, je le jure ! Après m’être aperçu que je ne pouvais pas atteindre les rares miroirs de ma maison (ils sont fixés trop haut), je me suis penché sur l’eau de l’étang. Je n’ai vu qu’une ombre de tête de chat, avec deux oreilles pointues. Mais je me suis bien aperçu que les poissons fuyaient dans tous les sens, terrifiés par le spectacle.
Suis-je si effrayant ?

Maintenant, elles sont toutes là à me regarder sous le nez.
- Le malheureux ! s’exclame l’une.
- Est-ce possible ? fait l’autre.
- A ce point-là, il doit le faire exprès ! opine une troisième.
Et de faire des réflexions sur ma ligne-spaghetti, la couleur éteinte de mon poil, l’aspect étrange de ma queue (cassée au bout), la couleur de mon nez (gros et parsemé de petits points rouges comme celui d’un buveur de beaujolais… Non, ce n’est pas une maladie : ce sont les égratignures que m’infligent les ronces quand je traverse les haies)…

Je suis tout déconfit. Prêt à me croire le monstre le plus hideux de l’univers félin. La créature de Frankenstein faite chat !
Une lueur d’espoir, soudain, traverse les ténèbres de mon cerveau.
- Mimiche dit que j’ai de très beaux yeux ! dis-je fébrilement.
- Ah, les yeux, peut-être, concède l’une.
- Vous aimez les yeux jaunes, vous ? demande une autre (cette peste de Petite-Goulaffe).
- Ils sont pas jaunes, ils sont dorés ! rétorque la troisième (merci Néfer !).
- Et puis, faut avouer qu’ils ont de l’expression…
- Voui, ça rachète un peu le reste !
- Ce mec, l’est peut-être pas bô, mais l’a un regard sympa !

Le cauchemar s’adoucit, se dilue. Dans mon sommeil, je pousse un soupir de soulagement et me retourne sur la table. Insensiblement, les chattes se transforment en nuages, s’éloignent, se dissolvent…

J’émerge.
Et me retrouve couché, tout seul dans ma maison bien tranquille. Quel rêve ébouriffant, ça alors !

Quel jour sommes-nous ?
Comme je me pose paresseusement la question, j’entends une voiture s’arrêter devant la porte, un brouhaha de voix. On entre. Quelle agitation, subitement, dans ma paisible retraite !
- Orca, mon minou, hou hou ! On est làààààà !
- Mwââââââââ aussi, je suis làààààààààà ! clame dans mon propre langage une petite voix bien connue. « J’vais vous surveiller tout le week-end, chouêêêêêtte ! Z’êtes content de me voir, hein ? «

Bien sûr que je suis content !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 22 Fév - 11:33:32

Pauvre Orca , il en a vu de belles avec Ardoise cat

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 22 Fév - 13:11:13

Oui, c'est vrai, et il était tellement conciliant, le pauvre ! Il regardait bien où il mettait les pattes, sachant que le terrain était miné !
Par la suite, je n'ai plus jamais connu un chat diplomate à ce point-là.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 21 Mar - 18:09:47

Et voilà, je reviens de mon week-end pascal et je m’en remets à grand-peine ! Je suis FATIGUEE, vous ne pouvez vous imaginer combien !

« Pourquoi cela ? « me demanderez-vous.
Eh bien, parce que j’ai été obligée de SURVEILLER un monde fou ! Orca, Daniel, Michèle, Olivier, Nathalie et autres bestioles qui venaient flairer ma maison et mon jardin !

Orca, c’est devenu assez facile : il ne bouge pas. A la limite, c’est même assez frustrant de surveiller un chat comme ça… C’est monotone. Mais les autres… C’est tout le contraire !

Daniel et Olivier, armés de scies, de clous, de marteaux, travaillaient à la future salle de bains, alors que Michèle et Nathalie étaient soit à la cuisine, soit à la salle à manger. .. ce qui faisait que la pauvre petite Ardoise devait se trouver partout à la fois !

- Tu es toute excitée, mon Ardoise ! Tu aimes bien les week-ends à la campagne, hein ? dit Michèle qui ne se doute pas de la complexité de mon problème.
Effectivement, je courais partout sans savoir où donner de la tête ! L’Orca, lui, me contemplait benoîtement, allongé sur une armoire non loin du feu. Il se la coule douce, l’Orca !

Comme Nathalie a une peur bleue de certain chat noir et blanc au look patibulaire, nous, les félins, avons passé la nuit au rez-de-chaussée, avec Daniel qui n’aime pas nous abandonner à notre sort… à moins qu’il ne se méfie de ma vive imagination ?
Orca s’est pelotonné à ses pieds, sur la couverture, et n’a plus bougé. Moi, encore trop survoltée pour dormir, j’ai résolu de réaliser un vieux rêve injustement contrarié : explorer le fenil !

Au cas où ça vous intéresserait, les amis, voici comment procéder : d’abord, vous attendez que tout le monde soit profondément endormi.
Vous, vous êtes déjà sur place : vous avez affecté de choisir, pour votre lieu de repos, l’une des chaises de jardin qui se trouvent (quelle coïncidence !) dans la petite pièce qui jouxte cet intéressant fenil.
Quand plus rien ne bouge, vous descendez silencieusement de la chaise où vous avez fait mine de vous assoupir… Enfin, quand je dis « silencieusement », c’est façon de parler. Ça fait « POUM ! » quand vous atteignez le sol, mais, par chance, personne ne l’entend.
Vous vous dirigez vers la porte du lieu de tous les délices et vous agrippez de la patte la corde qui permet de l’ouvrir… Vous tirez, doucement.
- Grouîîîîîîîîîîn ! fait la porte.
Vous vous immobilisez. Heureusement, l’ouverture est juste assez large pour livrer passage à une chatte grise un peu grassouillette : vous !
Ah, l’ivresse de la liberté !

Qu’est-ce que je me suis amusée ! Je suis allée partout où on me défend d’aller : sur le tas de bois, sous les matériaux de fer qui attendent d’être utiles à quelque chose (et qui attendront longtemps), sur la dalle vétuste qui masque un vieux puits désaffecté… Mon exploration a duré des heures !
Et toutes ces délicieuses odeurs, vieilles de deux siècles ! J’ai voluptueusement empli mes narines de ces effluves que ma mémoire, ensuite, va soigneusement me restituer pour que je puisse les disséquer et les analyser à loisir. Des petits bruits exquis nourrissaient mon imagination : piétinements de souris ? Craquements de vieux bois ? Frôlement de fantômes ?

La nuit était bien avancée quand j’ai regagné mon fauteuil de jardin, les pattes molles de fatigue. Quels bons moments j’avais passés, vraiment !

Michèle m’a trouvée là, au matin, profondément endormie, la porte du fenil juste entrouverte assez pour permettre passage à une chatte grise (devinez laquelle…). J’aurais pu la repousser, cette porte, personne n’aurait jamais rien su. Je n’y ai pas pensé.
Et puis, faut dire qu’en plus, des toiles d’araignée ornaient de manière artistique les pointes de mes oreilles… Des toiles « made in fenil » !

- Mon Ardoise ! Tu aurais pu avoir un accident !
- Meuh non ! Je suis un chat, quoi qu’on en dise ! C’est souple, un chat ! C’est adroit, un chat !
- Oui, sauf quand tu rates ton saut et que tu te retrouves sur la figure !
Admettons, cela m’est déjà arrivé, mais justement pas cette nuit, alors !... Personne n’a le pouvoir de ternir ma joie !

J’aurais quand même dû penser à repousser cette porte : maintenant, Michèle met la corde hors de ma portée. J’ai déjà essayé de tirer le panneau vers moi, avec mes pattes, mais c’est beaucoup plus dur… Il va falloir que je me muscle un peu, mais j’y arriverai, j’y arriverai !

- Comme je suis quand même occupé à refaire ce mur, dit Daniel de l’air inspiré du Grand-Constructeur-qui-a-bâti-le-Monde, je me demande si je ne vais pas remplacer cette vieille porte de fenil par l’ancienne porte d’entrée de notre appartement, celle qui est bien solide…
Sans commentaires…
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 21 Mar - 20:26:32

Merci Scouby pour ce nouvel extrait de la vie d'Ardoise et compagnie

Et cette porte vous l'avez changée ou pas ?

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Lun 21 Mar - 23:48:21

Coucou Catherine !
Oui, c'est une nouvelle porte... sans ficelle pour Ardoise, hélas !
... Mais elle ne se ferme pas bien.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 5 Avr - 16:19:08

Le lundi soir, au moment de repartir, j’étais sur les rotules. Michèle et moi sommes rentrées seules à Bruxelles, dans la voiture d’Olivier : Daniel, lui, avait congé et restait à la campagne avec l’incontournable Orca.
Sitôt rentrée dans mon appartement, je me suis précipitée dans l’ex-chambre d’Olivier, sur son fauteuil de bureau et j’ai dormi… dormi… pendant trois jours !

Michèle ronchonnait : « Ayez un petit animal fidèle qui vous tiendra compagnie aux moments de solitude ! La seule personne qu’on ne voit jamais, qu’on ne risque pas de rencontrer, c’est bien le petit animal fidèle ! Tout ce qu’on voit, c’est la gamelle qui se vide régulièrement ! »
- Et alors ? Faut que je reprenne des forces : je suis CREVEE ! soupiré-je quand elle se penche au-dessus de mon fauteuil, un peu inquiète malgré tout (Et si le petit animal fidèle avait oublié de respirer ?).
Elle s’adoucit. S’aventure dans les méandres de ma personnalité profonde.
- Ce qu’il y a avec toi, mon Ardoise, c’est que tu prends les choses trop à cœur ! Tu t’impliques et tu dépenses trop d’énergie !
- Demain, ça ira mieux !
- Peut-être, mais demain c’est moi qui repars à la campagne pour le week-end du 1er mai et j’y resterai jusque mercredi !
Je ronchonne : « Ayez un humain fidèle et affectueux ! Quand vous vous réveillez après une grosse, grosse fatigue, la personne que vous ne risquez pas de voir, c’est l’humain fidèle !... »
Bon, il paraît qu’Olivier va venir me nourrir et s’efforcer de me distraire. Il peut bien : parce que si je suis tellement fatiguée, c’est en partie de sa faute. J’ai eu trop de monde à surveiller le week-end de Pâques !

Et Michèle est repartie sans remords et sans état d’âme. Sur l’armoire de cuisine étaient posées en évidence une quantité astronomique de boîtes de nourriture pour chat. Mon bac était bien propre. J’étais nommée « gardienne du foyer ».

J’ai profité de ces quelques jours pour me retaper complètement et, le mercredi 3 mai au soir, j’ai accueilli Michèle avec des transports d’allégresse.
- Oh, mine de rien, tu m’as manqué ! Je suis bien contente de te revoir !
- Mais moi aussi, mon Ardoise !
Embrassades, nez contre petit museau. Toute la soirée, je suis restée vissée sur ses genoux, à me frotter la tête contre sa main. C’est quand même chouette, la famille !

- Au moins, tu pourrais faire montre d’un peu de dignité ! dit une voix désapprobatrice à mon oreille.
- Tiens ! Bonjour Vot’Seigneurie !
Elle apparaît à mes côtés, luisant de toute sa fourrure beige et brune. Parfois, ça me plairait bien d’être un siamois aux yeux bleus… mais il paraît qu’ils ont un fichu caractère, alors, peut-être que je ferais mieux de rester petite Ardoise aux yeux verts, finalement…
- Je te l’ai déjà dit, pourtant ! soupire mon mentor. Allons, réfléchis : Michèle t’a froidement abandonnée pendant quatre jours et toi, dès qu’elle arrive, au lieu de lui faire sentir à quel point tu es vexée, tu te précipites pour te rouler sur ses genoux !
- Mais… Mais… J’suis pas vexée, Seigneurie ! Je me suis bien reposée ! Et l’ancien Grand-Amour-de-ma-Vie est venu me soigner et me faire la conversation !
- Si tu n’es pas vexée, au moins, fais semblant ! Ah, les choses n’étaient pas ainsi de mon temps ! De mon temps, on RESPECTAIT le chat de la maison (Moi !). Evidemment, tout dépend du chat…
Je baisse la tête : « Je ferai des efforts, Seigneurie… »
Elle ne me croit pas. Elle a raison. Jamais, jamais je n’arriverai à être un chat RESPECTABLE !

Et l’Orca, lui, est-il un chat respectable ? Lui, on le quitte toutes les semaines pour cinq jours, et il n’est jamais fâché ! Donc, l’Orca est encore moins respectable que moi… Il est vrai aussi que s’il n’était pas si gentil (là, je reprends les paroles de Michèle et Daniel, ce n’est pas moi, Ardoise, qui irai jusqu’à dire que l’Orca est gentil, même si…), il ne serait pas devenu le chat attitré de notre maison de campagne. Parce que, au fond, il n’a que sa personnalité pour s’imposer… La beauté, n’en parlons pas.

Je suis en train de philosopher ainsi, tandis que Michèle est allée rendre visite à l’une de ses tantes, une adorable petite dame très âgée. D’ailleurs, si vous lisez mes mémoires en ce moment, c’est justement grâce à cette petite tantine : un beau jour, j’ai commencé, par jeu, à lui écrire, je lui ai envoyé une lettre de quinze pages tous les mois, cela lui a tellement plu que j’ai continué, et voilà !
Michèle rentre, toute contente : « Regarde, ma petite Ardoise, ce que tante Germaine nous a offert, à toi et à moi ! »
Elle pose un grand sac sur la table. Moi, bien sûr, j’y plonge tête la première : j’adore les sacs ! Je ne peux pas en voir un sans m’y enfouir toute entière !
- Le contenu est pour toi, le contenant pour moi ! dis-je péremptoire, en m’installant confortablement au fond du contenant, tandis que Michèle en tire le contenu.
- Viens voir, c’est intéressant ! dit-elle.
Curieuse de nature, je sors de mon emballage-cadeau. Michèle est en train de feuilleter un gros livre luxueusement illustré : une encyclopédie des chats !
Il y a plein de photos ! Nous regardons où je peux me trouver.
- Je n’y suis pas, dis-je, bouleversée, reprise par tous mes doutes (chat ou pas chat ?).
- Mais si, tu y es ! rétorque Michèle en me montrant une page sur laquelle on peut admirer un superbe chat tigré.
Comme ma physionomie naturelle est trop mobile, nous étalons une de mes photos sur la table pour comparer.

Entre parenthèses, vous n’avez pas idée du nombre de photos sur lesquelles je figure ! On me mitraille constamment ! Clic ! clic ! Je crois bien que mon press-book est encore plus important que celui de Lady Di…

- Il y a une indéniable ressemblance… la couleur brique du museau est pareille…
- Voui, mais j’ai moins de rayures…
- Par contre, tu portes bien sur le front le « M » caractéristique des chats de la race Tabby !
- La race Tabby ?
Mon « M », ressemblant au sigle des restaurants MacDonald, est moins prononcé que sur l’image, mais il existe, il n’y a pas de doute !
- En ce qui te concerne, Silver Tabby ! Tu es un chat Silver Tabby !

Nous sommes enchantées. Je n’en reviens pas : tout ce qu’on peut apprendre dans les livres, c’est incroyable ! Même comment on s’appelle, dites donc !
- De plus, continue ma mère d’adoption, une de tes ancêtres a dû batifoler avec un chat bleu, puisque tu as peu de rayures. Lis : « Il arrive que l’on croise des chats Tabby avec des chats bleus, pour une amélioration de la race… »
Rejeton d’une race améliorée, je me gonfle et m’épanouis. D’orgueil.

Après ça, je ne vois vraiment pas ce que l’Orca va pouvoir raconter d’intéressant !
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 5 Avr - 22:36:12

Une petite photo alors Scouby

Voilà donc comment ont commencés tes écrits , très jolie histoire

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 5 Avr - 23:53:25

Voilà une photo toute récente de ma petite centenaire. Elle est un peu plus claire au naturel, mais c'est bien son expression coutumière :
[img][/img]
On distingue la lettre M sur son front.
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 6 Avr - 9:51:05

C'est une magnifique centenaire Scouby

Quel regard , plein d'intensité

Merci pour la photo

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 6 Avr - 13:02:53

Le regard plein d'intensité, c'est parce que je l'avais réveillée en prenant des photos et elle voulait dire :"Mais c'est fini de me déranger, à la fin ?"
Voilà la photo de la seconde précédente :
[img][/img]
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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mer 6 Avr - 13:10:30

La pauvre chérie , dérangée en pleine sieste elle t'a fusillée du regard , il n'y a pas de doute

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MessageSujet: Re: Chatte des villes et chat des champs (extraits)   Mar 10 Mai - 14:21:00

Pour moi, ça roule ! Je suis toujours le même, pas beau mais sympa. Heureusement, les chattes du coin ont décrété que j’ai un physique, non pas « horrible » (dixit cette peste de Petite-Goulaffe), mais bien « intéressant », et ne se détournent pas en glapissant quand je fais ma promenade dans la rue principale de notre village. Faut dire que la rue est large, je suis petit, et quand on me voit de loin et que je marche vite, j’ai l’air plus ou moins normal. Je ressemble à un chat, quoi !

Il n’y a que la chère Ardoise qui fronce le nez lorsque j’apparais dans son champ de vision. Ces chattes des villes, ça n’a pas vu grand-chose, c’est vite dégoûté… Pourtant, si j’ai bien compris son histoire, cette chatte-ci a fait les poubelles quand elle était petite… Que voulez-vous ? Mademoiselle ne s’en souvient plus ! Elle a pris quelque part l’idée que son « de Gouttière » est un titre de noblesse et elle y croit dur comme fer ! Maintenant, elle se donne des airs d’adjudant et, évidemment, les bidasses, c’est moi et Petite-Goulaffe ! Ou plutôt, moi tout seul, parce que Petite-Goulaffe fait semblant, elle rigole… Elle trouve tout ça très amusant, la Petite-Goulaffe !

Il faut la voir quand elle s’introduit chez moi avec son faux air penché ! Même moi, je pourrais m’y laisser prendre et pourtant, vous savez comme je connais le bestiau !
Sitôt le museau apparu dans l’entrouverture de la porte, la chérubine lance un coup d’œil aigu sur le siège où la chère Ardoise a l’habitude de trôner, tout près du poêle à bois.

Si le « chef de meute » est présent, Petite-Goulaffe prend une attitude effacée, un petit air entre deux airs qui veut dire : « C’est moi, mais faites comme si je n’étais pas là, je ne suis qu’une ombre qui passe… J’ai juste un tout petit peu faim ! » et, d’une démarche aérienne, elle se dirige vers les gamelles. Lorsqu’elle a tout vidé, elle s’esquive vers le salon avec, à l’attention de la noble « de Gouttière », un petit sourire d’excuse, style : « Maintenant faut que je fasse une petite sieste, mais ne vous en formalisez pas. Je serai à peine visible, tout juste un soupçon de chat dans du tissu à fleurs ! »
D’un bond léger, elle saute sur son fauteuil préféré, se met en boule et s’endort.

Quand, d’aventure, la belle Ardoise se met en idée de « vérifier » la présence de ses troupes et se dirige vers ledit fauteuil, l’Attila en fourrure la suit attentivement du regard sans en avoir l’air. Après avoir donné un léger coup de patte sur l’oreille du soi-disant « soupçon de chat », l’air de dire « Votre conduite est satisfaisante mais n’oubliez surtout pas que vous êtes ici chez moi ! », la générale en chef fait demi-tour et va se réinstaller dans la cuisine en me gratifiant d’un coup d’œil sévère : « Vous, la forte tête, j’vous ai dans le collimateur ! Pas de faux pas, Sinon… »

Si, par un heureux hasard, il n’y a pas trace d’un chef de meute à l’horizon quand la Petite-Goulaffe se pointe, finis les airs sournois ! L’animal respire d’abord un bon coup pour déterminer si aucun effluve « ardoisien » ne flotte dans l’air puis, rassuré, fait irruption dans ma cuisine d’un pas martial. Après s’être précipitée, sans état d’âme (ni aucun mot d’excuse) sur mon assiette, elle fait le tour du salon à toute allure pour se vautrer finalement, soit dans son fauteuil (avec toutefois infiniment moins de discrétion que lorsque la maîtresse des lieux est présente), soit sur les genoux de Mimiche (tout à fait interdit en temps ordinaire).

Ce que je pense, moi ? On s’en fiche !
- Petite-Goulaffe, dis-je, en l’absence de la chère Ardoise, c’est moi le chef de meute intérimaire ! Il faut m’obéir !
- Hi hi, z’êtes comique quand vous prenez cet air-là , M’sieur Orca ! s’esclaffe la meute.
Je devrais être découragé, mais je suis opiniâtre : je n’ai pas perdu l’espoir d’améliorer les déplorables manières du chaton que le monde entier m’envie…
- Petite-Goulaffe, je suis très mécontent !
- Ah ? Et pourquoi ça, M’sieur Orca ? s’enquiert l’infâme animal sans la moindre nuance d’inquiétude dans le ton.
- Le respect dû aux aînés se perd ! constaté-je d’une voix lugubre.
- Oh, M’sieur Orca, comme c’est beau ce que vous dites là ! Mais c’est quoi le respect du « Oh-zéné », M’sieur Orca ?
- L’autre jour, tu te trouvais avec ta maman (ma chère Gourmande !) et j’ai cru entendre… comme un grognement de ta part ! Ça ne se fait pas, grogner sur sa maman, Petite-Goulaffe ! 
- J’ai pas le choix, M’sieur Orca ! Vous savez, M’man est bien gentille, mais elle n’a pas tellement la fibre maternelle…
Ça, j’avais remarqué.
- Alors, quand elle a plongé la tête dans une assiette, faut bien que je la rappelle un peu à l’ordre ! J’ai le droit de manger, moi aussi !
- Oui, mais de là à grogner…
- Quand elle se remplit l’estomac, c’est le seul langage qu’elle comprenne, M’sieur Orca !
Je bats en retraite. Comment avoir le dernier mot avec cette engeance ? Sans compter que, si on y réfléchit, la Petite-Goulaffe n’a pas tort à 100 %. Plutôt à 95 %, je dirais…

Le dernier week-end, elle a grogné une fois de trop…
La chère Ardoise était présente et la Petite-Goulaffe, ayant accompli tous les salamalecs décrits plus haut, s’est dirigée vers son fauteuil préféré pour la sieste rituelle.
Subitement, elle a changé d’idée : et si elle passait à la phase 2 de son plan de conquête ?
Elle s’est entortillée autour des chevilles de Mimiche en poussant de grands miaulements roucoulants : « Rrrrrrrrrrrrrrmiou ! Rrrrrrrrrrrrrrrrmiou ! Yèèèèèèk ! »
Et de faire des petites mines ! Et de balancer langoureusement sa superbe queue d’écureuil !
- Pas vrai, M’dame Mimiche, que vous allez m’adopter ? Je pourrai rester ici, hein, M’dame Mimiche ? Dites oui ! Dites oui ! 
Mais M’dame Mimiche, après avoir jeté un petit coup d’œil précautionneux vers la cuisine où la chère Ardoise se repose sur sa chaise sans avoir la moindre idée de ce qui se trame derrière son dos, se contente de caresser le faux chaton (mais vraie chatte) et de le déposer sur un autre fauteuil… gentiment mais sans avoir prononcé le « oui » tellement attendu !

Désappointée, Petite-Goulaffe se pose des questions : « Mais pourquoi la phase 1 de mon plan a tellement bien marché et pas la phase 2 ? J’ai pourtant tout calculé ! Bien réfléchi ! »
Obligeant, j’y mets mon grain de sel : « Ça n’a rien à voir avec toi, Petite-Goulaffe ! Tes plans sont sûrement bien ficelés, mais Mimiche ne souhaite pas adopter un troisième chat pour le moment, voilà tout ! »
- Mais je ne suis pas un quelconque troisième chat ! Je suis la grande Petite-Goulaffe !
- Et puis, Petite-Goulaffe, tu as déjà une maison ! Et tu ne te prives pas de venir ici en visite ! Qu’est-ce que cela t’apporterait de plus ?
Elle fait la tête.
Impossible de la raisonner ! J’y renonce.

Sur ces entrefaites, Ardoise se réveille, s’étire et, consciencieuse comme de coutume, décide de passer la revue de son cheptel. Après m’avoir flairé d’un air distrait, elle se dirige nonchalamment vers le fauteuil où la Petite-Goulaffe remâche sa déconvenue.
Comme la générale en chef tend le nez pour vérifier si c’est bien sa Petite-Goulaffe à elle qui se trouve là et non une autre entrée par inadvertance, ne voilà-t-il pas que l’ignoble chaton fait entendre un grognement rageur !

Pauvre Ardoise ! Elle en reste sidérée, les yeux emplis d’un douloureux étonnement. Comment est-ce possible ? La moitié de sa meute se rebellerait contre son autorité ? Sans mot dire, elle fait dignement demi-tour et retourne se pelotonner sur son siège, les idées visiblement en déroute.

Evidemment, brave type comme toujours, j’entreprends de la consoler.
- Vous bilez pas, chère Ardoise ! Petite-Goulaffe a ses têtes, ça lui passera ! Je vous avais bien dit qu’il ne fallait pas lui faire confiance !
Bon ! J’aurais dû savoir qu’en cas de problème, c’est toujours celui qui entonne le grand air du « Je-l’avais-bien-dit » qui est le plus haï.
- Vous, la paix ! J’vous ai pas sonné ! me jette ma supérieure hiérarchique avec un regard furibond.
Et elle retourne à ses sombres pensées, tandis que je n’ose plus bouger un poil.

Dans le salon, Mimiche est en train de morigéner la Petite-Goulaffe qui sent bien qu’elle a fait un pas de travers.
- Petite-Goulaffe, ce n’est pas gentil de grogner sur Ardoise qui est si conciliante avec toi ! Si tu recommences, tu ne pourras plus entrer ici ! D’ailleurs, il est temps que tu rentres chez toi, la nuit tombe.
Catastrophée, la Petite-Goulaffe fait la morte. Elle n’a pas du tout envie de quitter ce bon fauteuil bien moelleux.

- La pauvre, elle dort, dit Dan qui a un faible pour l’infernal chaton. Tu ne vas pas la réveiller maintenant, attends que nous allions au lit !
Il détourne les yeux de Petite-Goulaffe qui, d’un regard soudain bien vif, l’épie étroitement, pressentant un renfort inattendu.
- Mais non, elle ne dort pas ! dit Mimiche.
Dan regarde une nouvelle fois la créature qui, roulée en boule, semble enfoncée dans un profond sommeil. A peine l’a-t-il quittée des yeux que Petite-Goulaffe, sans se rendre compte que Mimiche l’observe sans en avoir l’air, relève la tête.
- Retourne-toi, Daniel, c’est vraiment trop drôle !
Il obtempère : Petite-Goulaffe dort à pattes fermées, un air d’innocence répandu sur toute sa personne. Qui aurait le cœur de mettre à la porte cette malheureuse petite bête ?

C’est pourtant ce à quoi il faut se résoudre, quand sonne l’heure du couvre-feu.
En grande cérémonie, Mimiche raccompagne sur le seuil de la porte notre Attila qui gémit à fendre le cœur.
- Pourquoi moi je dois sortir et eux pas ? C’est pas juste…
Tiens, ce refrain éveille certains échos dans ma mémoire… N’ai-je pas tenu les même propos, il y a déjà deux ans de cela ?
- M’dame Mimiche, z’imaginez pas tous les dangers qui guettent un innocent chaton, dans l’obscurité ! Si vous saviez, vous me laisseriez pas sortir !
- Voyons, arrête ton cinéma, Petite-Goulaffe ! dis-je sans pitié inutile tandis que la chère Ardoise regarde ostensiblement ailleurs, montrant bien par là qu’elle est toujours vexée.
- Vous avez pas de cœur, M’sieur Orca !
- Petite-Goulaffe, tu as une maison et une famille ! dit Mimiche pour mettre les choses au point. Rentre chez toi, tu n’as que la longueur de la rue à traverser !
- Oui, mais j’aime mieux cette maison-ci ! Dans ma famille, il y a M’man ! Et où-s’kya M’man, c’est la ruine ! Elle mange tout ! Ici, je suis plus tranquille…
Elle continue à se lamenter en quittant notre terrasse pour regagner son bercail.
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, je me sens doublement heureux d’être moi !

La douce Ardoise serait-elle rancunière ?
Ce dernier dimanche, comme le temps était au beau fixe, Mimiche s’était installée sur la terrasse, dans son fauteuil de jardin, pour prendre le soleil. Ardoise, bien étalée sur ses genoux, jouissait elle aussi de la douceur de l’air.
Moi j’étais, comme d’habitude, collé contre le poêle ronronnant. Depuis que j’ai maigri, j’ai plus souvent froid qu’avant.
Une petite forme a traversé la haie et s’est humblement avancée, jetant un regard craintif à la despotique créature à quatre pattes qui se bronzait le dos au soleil d’avril.
Petite-Goulaffe, bien sûr ! Toute douce, toute repentante, prête à tout pour se faire pardonner un grognement intempestif et regagner le terrain perdu.
- Noble demoiselle Ardoise, c’est moi…
La chère et tendre n’a pas bougé, mais elle a entamé l’un des processus de transformation dont elle a le secret.
Elle vous a sûrement raconté comme elle peut, à volonté, se métamorphoser en petit chat de peluche, tout attendrissant ? Eh bien, figurez-vous qu’avec la même facilité, elle a la faculté de se muer en serpent venimeux ! C’est Petite-Goulaffe qui en a fait les frais.

Les oreilles de la chère Ardoise se sont aplaties, son pelage est devenu d’argent au soleil tandis que ses yeux, habituellement couleur de feuille tendre, se sont faits d’ambre jaune, avec les pupilles réduites à deux fentes minces… En une seconde, Petite-Goulaffe a cru se trouver face à un boa constrictor. Et ce boa la fixait, la fixait…
Après deux ou trois petits tours hésitants sur la terrasse, histoire de ne pas perdre la face, la Petite-Goulaffe a préféré se retirer. Elle reviendra quand la rancune du chef de la meute se sera diluée dans l’oubli… D’ici une semaine peut-être.

Dès son départ, les oreilles de la tendre Ardoise ont retrouvé leur position normale. Le boa si terrifiant est redevenu une chatte grise paisible, prenant un bain de soleil.
Elle n’est même plus fâchée : c’est pour le principe.
Ardoise est une bête à principes.

Vous vous souvenez certainement que, durant les mois d’hiver, le chef de meute et moi avons passé le temps sur deux chaises, devant le feu. Mais Mimiche commençait à trouver encombrants ces meubles conçus pour des humains adultes et non pour des créatures félines hautes comme trois pommes. Elle les a remplacés par deux petites chaises d’enfant en plastique rouge.

Naturellement, la puérile Ardoise s’est empressée d’essayer ces deux petites chaises, l’une après l’autre.  Moi, j’hésitais.
- Une chaise de bébé pour moi, l’Orca Maître-Chat ? N’est-ce pas un peu ridicule ? Mon prestige…
- Quel prestige ? s’enquiert l’Ardoise, piétinant joyeusement mon amour-propre. C’est vous qui êtes ridicule ! Elles sont géniales ces chaises ! Et bien à notre taille ! Quand je lève la tête, maintenant, je vois derrière le dossier au moins ! C’est plus facile pour surveiller…
Enchantée, elle a choisi minutieusement sa chaise à elle (notez qu’elles sont absolument identiques) et n’en a plus bougé. Pour un peu, elle l’aurait emmenée avec elle, à Bruxelles.
Moi, j’hésite toujours…

- Vous repartez encore ? Comme je suis triste ! C’est gentil de me laisser de la nourriture, mais, vous savez, ce n’est pas pour ça que je viens… C’est pour la tendresse !
- Pauvre Orca, dit Mimiche toute émue elle aussi, il ne lui manque vraiment que la parole…
- Et tout ce que je vous raconte alors, c’est quoi, si ce n’est pas de la parole ? Ne me dites pas que vous n’entendez que des miaous sans signification !
- Ses yeux sont tellement parlants, à ce pauvre Orca ! Nous aussi on est triste, mon minou ! On revient dans cinq jours, sans faute ! Et bientôt, tu seras bien content !
- Oui ? Pourquoi ?
- Dan va venir passer deux semaines de vacances avec toi, mon Orca !
Eh bien, voilà une excellente nouvelle. Un doute me vient.
- Avec ou sans Ardoise ?
- Sans, mon Orkatteke !
- Quel dommage ! dis-je avec une hypocrisie sans borne.
- Heu… Si vous y tenez beaucoup… propose la bestiole qui se voit déjà à la joie de me surveiller pendant quinze jours.
- Non, non, dis-je avec énergie. Vous ne voulez pas laisser Mimiche toute seule à Bruxelles, hein, chère Ardoise ! Que deviendrait-elle sans vous ?
- C’est vrai, opine gravement l’animal pénétré de sa responsabilité : faut que je reste à Bruxelles pour surveiller Michèle ! Ça ne fait rien, quand viendra le mois de juillet, nous serons à nouveau ensemble…
- Mais oui, dis-je.
C’est dans combien de temps, le mois de juillet ?
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Chatte des villes et chat des champs (extraits)
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